Bon ben je sais, je ne fais pas dans l'originalité mais quand même c'est important de vous dire merci !
Ben voui, vous prenez le temps de lire chaque chapitre et parfois même, d'écrire un tit commentaire super mignon tout plein !
Bonne lecture à tous et merci de suivre cette histoire !
Chapitre 11
Peu importait ce qu'il devrait faire pour y parvenir, il veillerait sur lui. C'était le moins qu'il puisse faire. Au moment où il avait attrapé le bras de Dean pour l'empêcher de partir, toutes ses paroles et la dispute dans son ensemble lui étaient revenues en pleine face comme un boomerang. Une bonne partie de la colère qu'il avait accumulée s'était évanouie et il avait dû faire face à cette intolérable solitude, avec ce lourd sentiment de culpabilité qui l'avait assaillit brutalement.
Il n'avait aucune idée de ce qui avait pu se passer entre ce moment et maintenant. Il avait dû déambuler comme un zombie et se laisser tomber sur le lit car il était étendu là, les yeux fixés sur le plafond, à se repasser en boucle les horreurs qu'il avait lancées à son frère.
Après la dispute avec leur père, il avait ressenti le besoin de venir discuter avec son aîné. Il avait l'intention de lui expliquer pourquoi il avait réagi de cette manière et surtout, il voulait que Dean comprenne à quel point il était inquiet pour lui. Il avait vraiment un très sale pressentiment et le fait qu'ils doivent de nouveau affronter des femmes ne faisait qu'empirer les choses. Il ne pouvait pas l'expliquer mais il était persuadé que son frère aurait de graves ennuis à cause d'elles ou, au moins, à cause de l'une d'entre elles. Et ça le rendait malade.
Il avait à peine eut le temps d'ouvrir la bouche que tout avait dérapé sans qu'il puisse l'en empêcher. Il ne comprenait pas ce qui s'était passé. Il ignorait les raisons qui l'avaient poussé à s'énerver à ce point. Il ne savait même pas d'où il avait pu sortir tous ces propos haineux, incohérents et totalement injustes. Il faisait pourtant tout son possible pour garder son calme et, par conséquent, sa raison. C'était un combat de chaque jour, de chaque minute, et malheureusement il n'en était que très rarement le vainqueur. Il ne contrôlait rien et ça le terrifiait.
Résultat, il avait dit des choses qu'il ne pensait pas ou, tout au moins, qu'il n'aurait pas exprimé de cette manière en temps normal. Certes il en voulait à son père de ne pas faire plus attention à ses fils. Son paternel pouvait quand même avoir plus de considération pour Dean qui lui était totalement dévoué et qui n'hésitait pas à exécuter tous ses ordres, même les plus aberrants. Combien de fois son frère avait-il fini à l'hôpital avec des blessures plus ou moins graves juste parce que John l'avait entraîné avec lui dans ses chasses débiles ?! En quoi laisser son propre fils agoniser faisait-il de lui un héros ? C'était tout aussi déroutant qu'horripilant !
En revanche, il n'avait rien contre son aîné. Bien au contraire. Il lui était même reconnaissant. Impossible d'ignorer tout ce que Dean faisait pour lui. En plus du reste, son grand frère faisait preuve d'une patience exemplaire avec lui or personne ne pouvait nier que ce n'était pas l'une de ses qualités premières. Il avait certainement vu qu'il allait mal et il faisait son possible pour l'aider, résistant même à l'envie de lui en coller une alors qu'il lui balançait des horreurs à la figure. Le simple fait d'y repenser lui donnait la nausée. Comment avait-il pu être ignoble à ce point ? Que lui arrivait-il ? Devenait-il fou ? N'y avait-il rien à faire pour éviter qu'il se transforme en monstre ?! Pour sûr, il détestait ce qu'il devenait et comme si ça ne suffisait pas, tout ce qu'il entreprenait pour arrêter le processus se soldait par un échec. Il partait inexorablement à la dérive et s'il continuait comme ça, il perdrait son seul point d'ancrage, l'unique personne qui le maintenait à la surface et l'empêchait de sombrer.
De nouveau, le besoin d'avoir Dean à ses côtés se fit ressentir. Malheureusement, il pouvait le chercher du regard, il ne le trouverait pas. Il était bel et bien seul dans cette vieille baraque pourrie et il ne pouvait s'en prendre qu'à lui.
Pendant qu'il arrivait encore à réfléchir, il devait impérativement rattraper le coup avec son frère. Il se redressa et s'assit sur le bord de son lit. Il attrapa son téléphone et l'observa un moment. Devait-il l'appeler ? Il en avait terriblement envie mais ce n'était décidément pas une bonne idée. Il n'y avait aucun doute qu'il s'emporterait encore car il sentait toujours cette rage transpirer par tous les pores de sa peau. Et comme il n'avait pas trouvé le moyen de la maîtriser … De toute façon, il était préférable de résister à ce besoin insupportable d'avoir son frère près de lui. Cette distance était sans doute mieux pour eux deux – ou, tout du moins, pour son aîné. Il ne voulait plus lui faire du mal et il devait trouver une manière de se faire pardonner. Pour Dean les actes étaient bien plus importants que les mots. C'était donc cette ligne de conduite qu'il devait suivre.
Il se leva difficilement et farfouilla au fond du placard, à la recherche de son sac. Une fois trouvé, il le balança sur son lit et sélectionna quelques vêtements à emporter. Puis il vérifia le bon fonctionnement de ses armes comme Dean le lui avait appris et rangea le tout dans le sac qu'il déposa au pied de son lit, bien en évidence. Enfin, dans la mesure où il devait impérativement garder son esprit occupé et qu'il avait de l'énergie à revendre, il quitta la chambre et s'affaira à ranger la pièce de vie. Sur la table, il y avait toujours le carton de pizza dans lequel il restait deux énormes parts. Il n'avait vraiment pas faim et la garniture ne lui faisait pas du tout envie. Pourtant c'était celle qu'il préférait d'habitude. Dean l'avait certainement choisie dans le but qu'il en mange un peu. Il n'arrêtait pas de lui reprocher son manque d'appétit mais qu'y pouvait-il ? Il avait un dégoût de tout. Sans compter que le simple fait de mâcher le fatiguait. Il avait bien conscience qu'il s'agissait d'un cercle vicieux mais de toute façon, pourquoi se forcer ? Pourquoi se battre ? S'il tenait encore debout c'était uniquement à cause de toute cette hargne qui parcourait son corps. La même hargne qui le faisait se disputer avec son frère. Celle qui le faisait se détester. Celle qui l'incitait à se demander chaque jour s'il ne serait pas préférable pour tous qu'il n'appartienne plus à ce monde.
La sonnerie de son téléphone le fit sortir de sa léthargie. Il s'empressa de le récupérer, prêt à prendre l'appel. En jetant un œil à l'écran, il se ravisa. Ce n'était pas Dean, c'était Jeanne. Une vague de déception le submergea, entraînant avec elle un profond désespoir. Il s'effondra sur la chaise à côté de lui et abandonna son téléphone sur la table. Il n'avait aucune envie de lui répondre. Il ne voulait parler à personne, il ne voulait voir personne et pourtant, il ne voulait plus être seul. Il se sentait tellement perdu, tellement mal. Que devait-il faire pour que cette horrible sensation cesse ? Son regard s'attarda sur la grande pièce vide puis sur la porte d'entrée. Il resta figé un moment, réfléchissant à ses options, de la plus simple à la plus complexe, voire irréalisable. Il se tortura l'esprit au point que son mal-être en devint plus qu'insupportable. Ses idées s'embrouillèrent jusqu'à ce que tout devienne clair. Quand finalement il valida sa décision, il sentit comme une brise de soulagement envahir son esprit.
x*x*x*x
Dean appuya sur l'accélérateur. Il s'était éloigné pour se calmer et éviter de faire quelque chose qu'il regretterait par la suite mais dès qu'il avait réussi à dompter sa rancœur, il s'était aperçu que la plus grosse erreur qu'il ait faite avait été de partir. Son torse lui faisait un mal de chien. Sa colère s'était amenuisée au profit d'une certaine appréhension. Celle-ci s'était rapidement muée en tourment. Et maintenant, il devait faire face à une angoisse profonde, à la limite de la panique.
Sammy n'aurait quand même pas profité de son absence pour faire un truc stupide ! Il y a encore quelques temps, cette idée ne lui serait jamais venue à l'esprit. Mais depuis qu'il avait été obligé de traverser le pays pour retrouver son petit frère qui n'avait rien trouvé de mieux que de fuguer, il était devenu un peu plus méfiant. Pendant cette escapade, il aurait pu lui arriver n'importe quoi. C'était son job de le protéger mais comment pouvait-il le faire si son petit frère décidait de partir loin de lui ?
Il fixait la route, long et interminable cordon de bitume perdu au milieu de la végétation. Mais de toute façon, devant ses yeux, n'apparaissait qu'une seule image, toujours et encore le même visage furieux et fermé de celui qu'il ne reconnaissait plus. Pourtant, à mesure qu'il repassait leur dispute dans sa tête, il commençait à distinguer quelque chose qu'il n'avait pas remarqué jusque-là. Il percevait cette petite lueur distinctive dans le regard de Sammy. Derrière toute cette incroyable rage, elle avait réussi à se frayer un chemin. Ecrasée et affaiblie, elle se battait encore pour lui prouver que son petit frère était toujours là, bien qu'il ne paraisse plus lui-même. Et cette petite lueur, avec toute sa ténacité, lui criait de lui venir en aide !
Dean déglutit difficilement. En partant aussi précipitamment, c'était lui qui avait fugué. Il avait fui ses responsabilités. Il avait tourné le dos à l'appel au secours de Sammy. Il l'avait abandonné. Cette conclusion provoqua une remontée acide dans son œsophage. Une multitude d'idées plus sombres les unes que les autres lui traversèrent alors l'esprit. Parmi elles, l'éventuelle fugue de Sam lui parut être la moins dramatique de toutes, voire même, la seule option qu'il serait en mesure de gérer.
Il arriva devant la maison et s'aperçut qu'elle était plongée dans l'obscurité. Il coupa le moteur avant même d'être totalement à l'arrêt et se précipita à l'intérieur. Tout était calme. Il n'y avait aucun bruit. Il appuya sur l'interrupteur. La lumière éclaira la grande pièce, vide. Son regard se porta aussitôt sur sa droite : La porte de la chambre était fermée. Il fit quelques pas pour l'atteindre et saisit la poignée. Il resta figé un instant, tiraillé entre l'envie et la crainte de découvrir ce qui se cachait derrière cette porte. Sa raison prit le dessus rapidement : parfois quelques secondes pouvaient faire toute la différence.
L'ouverture du battant permit à la lumière de la pièce de vie de pénétrer dans la chambre. La faible luminosité révéla d'abord son lit puis celui de Sam. Dean ajusta sa vision et monopolisa tous ses autres sens pour vérifier sa première impression. Il sentit ses jambes se dérober et préféra s'adosser contre l'encadrement. Sammy était là, allongé sur son lit. Il ne bougeait pas. Il lui tournait le dos. D'où il était, il ne pouvait donc pas voir son visage. Pourtant, il avait compris. Il savait. Oui, il savait que son petit frère faisait semblant de dormir … comme il le faisait toujours dans ces cas là !
L'air pénétra enfin dans ses poumons presque asphyxiés. Il tenta de se ressaisir et prit la direction de la salle de bain où il aspergea généreusement son visage d'eau fraîche. Il prit appui sur le lavabo et releva la tête pour découvrir son reflet dans le miroir. Vraiment, il avait une sale tête !
Il ne comprenait pas. Son instinct ne l'avait jamais trahi auparavant. A quoi était due cette épouvantable angoisse qui lui torturait les entrailles ? Qu'est-ce que c'était qu'ce délire ?
Sammy était ici, avec lui. Il respirait et il paraissait en bonne santé. Il n'y avait donc aucune raison de s'en faire. Pourtant le soulagement dû à ce constat ne l'avait pas totalement libéré du poids qu'il avait sur la poitrine. Il avait toujours ce gouffre au sein de son abdomen et ça ne le rassurait pas du tout. Il quitta la salle de bain pour se rendre dans le coin cuisine. Il ouvrit le frigo et en ressortit une bière qu'il décapsula avant de la porter à ses lèvres.
Tout en appréciant la fraîcheur de ce liquide salvateur, il prit le temps d'observer autour de lui. La pièce était rangée. Les cartons de pizza étaient entassés dans un coin. Par curiosité, il les ouvrit un à un. Un pâle sourire apparut sur son visage quand il constata qu'ils étaient tous vides. Sammy avait finalement prit la décision de se nourrir. Il retourna sur ses pas et se posta dans l'encadrement de la porte de la chambre. Cette fois, ses yeux se portèrent sur le sac bien apprêté et posé en évidence devant le lit de son frère. Lequel, d'ailleurs, ne dormait toujours pas.
Il secoua la tête. Pourquoi continuait-il à s'en faire ? C'était du Sammy tout craché. Il n'y avait rien d'anormal dans ce comportement. Il se rappela alors les paroles de son père : c'était juste un mauvais cap à passer. Même s'il avait de sérieux doute, il n'avait aucun droit de contredire ses propos. Après tout, son père avait de l'expérience alors il savait mieux que lui. Et puis s'il continuait à s'inquiéter pour un rien, il allait devenir parano.
- Comment tu sais que la chasse va bien se passer ? Marmonna soudainement Sam.
Il s'attendait à une question mais il fut surpris de son contenu. Comme la réponse se faisait attendre, son cadet se tourna vers lui.
Il actionna l'interrupteur. La lumière révéla le visage défait de son petit frère : Il avait l'air épuisé, terriblement faible. C'était à se demander s'il avait réellement mangé. Dans son regard sommeillait toujours cette rage inouïe mais c'était comme si elle avait perdu en intensité.
- Dean, insista Sam. Qu'est-ce qui te fait dire que ce sera différent des deux dernières fois ?
Formulée de cette manière la question lui parut bien plus intéressante :
- Facile, Sammy. Cette fois, tu seras avec moi.
Les traits du visage du jeune Winchester se détendirent. De toute évidence, malgré ses doutes raisonnables sur le bienfondé de cette réponse, c'était ce qu'il avait besoin d'entendre.
- Tu sais, Dean. Demain j'aurai fini vers onze heures. Tu veux qu'on parte juste après ?
- Ouais, je passerai te prendre. Et je t'emmènerai au bahut aussi. Il faut que je fasse un tour au garage de toute façon ... J'vais faire quelques vérif. sur mon bébé avant de prendre la route.
Tout en parlant, Dean s'était rendu dans la cuisine à la recherche de quelque chose à grignoter. Après un tri sélectif de ce qui pouvait encore être comestible, il s'arrêta sur un paquet de céréales. Il en versa une bonne quantité dans un saladier et ajouta le reste du lait. Sur le chemin de la chambre, il s'empara d'une cuillère et la plongea dans la mixture. Il tendit le tout à son frère qui l'interrogea du regard tout en déclinant son offre d'un signe de tête.
- Me regarde pas comme ça, Sammy, insista-t-il en lui plaçant le saladier sous le nez. Qu'est-ce que t'as fait des deux dernières parts de pizza ?
Le visage de Sam s'était de nouveau fermé. Sa respiration était devenue saccadée. Ses yeux s'étaient durcis et venaient de quitter l'amalgame de céréales pour lancer des éclairs en direction de son aîné. Leurs regards entrèrent en contact et se verrouillèrent. Ils se fixèrent un moment avant que le plus jeune ne commence à céder du terrain. Au prix d'énormes efforts, il réussit à contrôler sa respiration en prenant de plus grandes bouffées d'oxygène. Ses sourcils se détendirent et ses mâchoires se relâchèrent lentement.
- J'les ai balancées au chien de la vieille peau qui habite en face, admit-il finalement en saisissant le saladier à contre cœur.
x*x*x*x
Il devait faire confiance à l'instinct de Dean : cette chasse aurait un heureux dénouement. Il croyait en son frère plus qu'en lui-même alors ce ne devrait pas être si difficile de s'en convaincre. En tout cas, d'habitude c'était simple. Mais cette fois, il y avait un problème : il se méfiait de ses propres réactions. Il était de moins en moins maître de ses agissements. A chaque fois qu'il voulait suivre sa volonté, il devait fournir des efforts inimaginables. Du coup, derrière cette rage qui ne le quittait plus, il éprouvait également une profonde angoisse.
Trois coups secs frappés sur la vitre le firent sortir de ses préoccupations. Comme convenu la veille, son aîné était passé le prendre au lycée juste après son examen. Ils avaient roulé pendant plus d'une heure. Le trajet avait été plutôt silencieux – ce qui l'arrangeait bien – jusqu'à ce que Dean se plaigne de sa fringale grandissante. Ils s'étaient donc arrêtés dans une station service et ce goinfre venait d'en ressortir les bras chargés de victuailles diverses. Et maintenant il lui tendait une partie de ses provisions avec son sourire débile.
- J'suis pas une oie, Dean ! S'énerva-t-il après avoir ouvert sa portière.
Sans se formaliser, l'aîné haussa les épaules et déversa tout ce qu'il avait dans les bras sur les genoux de son frère. Il garda néanmoins les gobelets de café installés sur leur support cartonné. Puis il referma la portière et contourna l'Impala pour s'installer au volant. Sam le fixa avec de grands yeux ronds, totalement exaspéré par cette attitude. Il ne lui fallait déjà pas grand-chose pour qu'il s'énerve alors si en plus cet abruti le cherchait, ça risquait de vite dégénérer. Son irritation augmenta lorsqu'il entendit la sonnerie de son téléphone retentir. L'objet était dans la poche arrière de son jean et pour le récupérer, il lui fallait d'abord se débarrasser de ce fourbi. D'un geste rageur, il expédia le tout sur son aîné. Puis il se contorsionna et réussit enfin à faire glisser le portable hors de sa poche.
- Tu le couves ou quoi, se moqua Dean en le voyant s'agiter.
- J'te rappelle que c'est toi qui as exigé que je l'aie toujours sur moi, répondit-il sèchement, sans lui adresser un regard.
Il prit connaissance du message et commença à répondre. A côté de lui, son aîné contribuait au rangement des provisions en engloutissant la nourriture et en balançant les emballages sur la banquette arrière. Mais malgré son insatiable boulimie, ses yeux restaient fixés sur lui. Cette sale manie était parfaitement exaspérante. Ne pouvait-il donc pas avoir une vie privée ? Il soupira et décida de l'ignorer. Il poursuivit la rédaction de son message tout en cachant au mieux l'écran de son téléphone. Puis il s'affaira à enfouir son portable dans la poche avant de son jean en prenant bien soin de ne pas croiser le regard inquisiteur de son frère.
- Jeanne ? Demanda finalement le plus vieuxentre deux gorgées de café.
- J'croyais qu'on devait s'arrêter qu'cinq minutes, lança-t-il pour toute réponse en piquant rapidement le deuxième gobelet avant qu'il ne subisse le même sort que celui que tenait son aîné.
Dean souffla son exaspération. Il balança le plateau en carton vide sur la banquette arrière et se débarrassa de la nourriture encore emballée en la répartissant tantôt sur le tableau de bord, tantôt sur les genoux de son cadet. Il mit le contact, enfonça la cassette dans le lecteur de l'autoradio et augmenta le volume. Aussitôt, Hard As A Rock résonna dans l'habitacle. La Chevrolet regagna la route et prit de la vitesse.
Sam ne parvenait pas à savourer son café. Cette foutue musique était trop forte ! Son frangin était un abruti ! Et sa vie était merdique ! Il enfouit le plus possible le nez dans son gobelet mais du coin de l'œil, il voyait toujours son frère, les sourcils froncés, les yeux rivés droit devant lui comme si le fait de suivre la route lui demandait une vigilance extrême. Ils n'allaient quand même pas faire tout le chemin comme ça ?! Il y en avait pour des heures ! Un profond malaise s'installa au fond de lui. D'ordinaire, en entendant cette chanson, Dean ne pouvait pas s'empêcher de battre la mesure sur le volant. D'ailleurs c'était en le voyant faire quand il l'entendait à la radio que lui était venue l'idée de lui offrir l'album « Ballbreaker » dès sa sortie. C'était il y a près de quatre ans aujourd'hui. A ce moment-là tout était beaucoup plus simple. Peut-être était-ce la nostalgie, mais le fait de voir les doigts de son aîné cramponnés sur le volant de cette manière ne lui convenait pas du tout. Il profita de la transition entre deux chansons pour baisser considérablement le volume et tenter de relancer un peu la discussion.
- Jeanne était inquiète parce que ne suis pas au lycée.
- Tu ne l'avais pas prévenue que tu partais ? S'intéressa son aîné en lui octroyant enfin un regard.
- Ben, je ne l'ai pas vue puisqu'on est arrivés à la bourre ce matin et qu'il a fallu qu'on parte juste après mon exam, répondit-il amèrement.
- Tu me reproches quelque chose là ?! Non, parce que je te rappelle quand même que c'est toi qui m'as dit qu'on pouvait partir dès onze heures et il me semble bien qu'on s'est pointés dix minutes avant la sonnerie ce matin.
- C'était un exam, Dean, il fallait être présent vingt minutes avant le début de l'épreuve, s'emporta-t-il, incapable de se contrôler.
- J'peux pas deviner si tu m'le dis pas.
- C'est sûr ! C'est pas avec le nombre d'exams que t'as passés qu'tu peux le savoir.
Cette fois, Dean ne répondit pas mais il n'augmenta pas le volume de l'autoradio pour autant. Il se concentra de nouveau sur sa conduite, les mâchoires serrées à l'extrême et le visage fermé. Sam abaissa ses paupières un instant. A son tour, il serra les dents avant de secouer indistinctement la tête : il avait encore foiré ! Cette attitude allait à l'encontre de ce qu'il avait décidé la veille. Il avait opté pour la solution la plus difficile : celle qui consistait à se battre jusqu'au bout. Cette décision il l'avait prise pour son frère – parce qu'il lui devait – mais jusque-là ce n'était pas une réussite. Il voulait s'excuser mais il avait peur d'ouvrir de nouveau la bouche. Dans sa tête, tout s'embrouillait. Il essayait tant bien que mal de se maîtriser, de faire des efforts et tout était anéanti en une micro seconde. Tout ça parce que l'ensemble de son corps se rebellait contre lui : Son cœur battait la chamade, ses poumons s'asphyxiaient, sa peau ruisselait, ses mâchoires se crispaient, ses muscles se tendaient, ses poings se serraient et ses cordes vocales prenaient un malin plaisir à faire résonner des énormités. Il n'était plus du tout sûr d'avoir pris la bonne décision. S'il voulait vraiment faire quelque chose pour son frère, alors peut-être devrait-il plutôt sauter de la voiture en marche !
Malheureusement, c'est à cet instant précis que Dean stoppa l'Impala à un croisement. Toutes les voies étant désertées, il aurait pu poursuivre sa route mais il n'en fit rien.
- Quoi ? S'inquiéta Sam. T'attends que le panneau STOP passe au vert ?
D'un geste brusque, Dean éteignit complètement l'autoradio.
- Sammy, j'ai besoin de savoir, commença-t-il après un moment d'hésitation. Est-ce que tu … Tu prends de la drogue ?
- Quoi ?! Non ! s'écria le plus jeune, outré par la question.
- Si tu en prenais, tu me le dirais ?
- Non, souffla-t-il sans même prendre le temps de la réflexion.
Franchement, à quoi cela servirait-il ? Dean était au courant de tous ses faits et gestes sans même qu'il ne prononce un mot. Il devinait tout et anticipait toujours le moindre de ses mouvements. Il n'aurait même pas eu le temps de porter un joint ou un cachet d'extasie à la bouche que déjà son frère le lui aurait arraché des mains. Et puis l'idée ne lui était même pas venue à l'esprit.
- D'accord ! C'est pas la drogue, conclut le conducteur en fixant son passager comme s'il pouvait lire dans son esprit. Alors qu'est-ce que c'est ?
Prisonnier du regard torturé de son aîné, Sam aurait vraiment voulu lui apporter une réponse honnête. Malheureusement, il était tout aussi perdu que lui et de toute façon, il estimait qu'il était préférable pour eux deux qu'il n'ouvre pas la bouche. Ce fut donc le plus vieux qui reprit la parole.
- Alors je vais t'dire, peut-être que t'en as juste marre d'avoir ton imbécile de frangin sur le dos peut-être qu'en ce moment tu as tout simplement un trop plein d'hormones en ébullition mais une chose est sûre : il y a un truc qui cloche et je vais trouver ce que c'est. Et dès que j'aurais trouvé, je résoudrai le problème rapidement – avec ou sans ton aide ! Est-ce que j'me suis bien fait comprendre ?
Ca ne pouvait pas être plus clair ! Au-delà des mots, le regard de son grand frère était envahi de cette volonté farouche qui le caractérisait si bien lorsque quelque chose lui tenait à cœur. Si Dean l'avait décidé alors il réussirait. Il n'y avait aucun doute là-dessus. Sam acquiesça d'un signe de tête bref mais franc. Pendant que la Chevrolet reprenait sa route, il s'intéressa à ce qu'il avait sur les genoux et commença à picorer avant de prendre de vraies bouchées. Etonnamment son appétit revenait doucement. Encore plus surprenant : il s'aperçut que le ciel était dégagé et que le soleil lui envoyait une douce chaleur à travers les vitres de l'Impala.
