Coucou tout le monde ^^
OtakTouch et Dinahe, je sens bien que vous avez un personnage préféré ... et que ce n'est pas le même ! lol ! Rassurez-vous, mon sadisme est partagé équitablement entre les deux ! Pas de chouchou ^^
Elisab, je crois que je n'ai pas reçu ton dernier message perso en entier. En effet, après deux ou trois phrases, le mot est coupé et pouf! plus rien ^^
Bonne lecture à tous et merci de suivre cette histoire !
Chapitre 13
Dans un flou artistique, il vit Sammy se ruer sur lui. Son audition se limitait à un sifflement strident alors il se concentra sur les lèvres de son frère pour comprendre ce qu'il était en train de lui dire. Lentement – bien trop lentement à son goût – ses sens reprirent le dessus et il put percevoir pleinement le ton angoissé qui accompagnait ses paroles :
- Dean ! Dean ! Ca va ? Réponds-moi ! Comment tu te sens ?
Tout en lui criant dans les oreilles, son cadet s'affaira à écarter les pans de sa veste et inspecta son torse déjà bien douloureux. Il lui saisit donc les deux poignets et le repoussa légèrement pour l'inciter à arrêter.
- Je vais bien, Sammy, grogna-t-il pour le rassurer, tout en vérifiant qu'il en était de même pour leur père et Bobby.
- Non, il y a du sang partout, regarde !
D'un mouvement circulaire, il balaya du regard le sol et le pilier en ciment sur lesquels il était avachi. Effectivement, il baignait dans un liquide visqueux et rougeâtre, presque noir. Il se souvint alors de la femelle dominante qu'il avait décapitée juste avant de voir la dernière se ruer sur son cadet.
- C'est pas l'mien. J'vais bien, j'te dis ! Répéta-t-il en le repoussant plus loin et en se relevant pour prouver ses dires.
Il se redressa en prenant grand soin de ne pas montrer qu'il avait mal partout. Puis il lui adresa son sourire le plus goguenard pour le rassurer mais il s'effaça très rapidement et ses sourcils se froncèrent devant le changement d'humeur radical qui venait de s'effectuer chez son petit frère : Ses poings étaient serrés, ses bras, comme l'ensemble de son corps, étaient tendus à l'extrême, sa respiration suivait un rythme saccadé, son visage marquait une colère froide et ses yeux brillants trahissaient une profond malaise. Il n'eut pas le temps de comprendre à quoi était dû ce comportement car Sam envoya son poing droit dans sa mâchoire avec une force égale à son mal-être. Sous la violence du coup et l'effet de surprise, l'aîné recula d'un pas.
- Non mais t'es malade ?! S'énerva-t-il tout en réfrénant un mauvais réflexe de retour à l'envoyeur.
- Pourquoi t'as fait ça ? Elle aurait pu te tuer ! Hurlait le plus jeune dont les iris clairs se voilaient progressivement d'éclats luisants indéchiffrables.
- Parce que si je ne l'avais pas fait, c'est toi qui aurais pu te faire tuer ! Renchérit Dean, les mâchoires serrées, évoquant ce qui était pour lui une évidence.
- N'importe quoi ! Arrête de me traiter comme un gamin ! Je suis assez grand pour me défendre tout seul ! Tu n'as pas à prendre des …
- La ferme, Sam ! Tu n'as pas à me dire comment j'aurais dû agir alors que tu étais trop préoccupé à faire du steak haché pour t'apercevoir qu'on t'attaquait !
- Qu'est-ce qui te dit que je ne l'avais pas remarqué ? Tu lui as sauté dessus avant même que j'ai eu le temps de réagir !
- C'est bien le problème : tu as été trop long à réagir !
- Non, c'est pas vrai !
- Arrête ! Je lui ai sauté dessus juste avant qu'elle écrase sa grosse patte velue sur ton p'tit crâne d'ingrat !
- Ouais ben on ne saura jamais ce qui aurait pu se passer parce que comme d'hab, môsieur le sauveur du monde n'en fait qu'à sa tête sans mesurer les conséquences ! C'était vraiment pas très intelligent !
- « Intelligent » ? Le fait d'avoir sauvé ton cul, ne fait pas de moi un demeuré ! Y a pas que l'intelligence dans la vie, Sam !
- Non, c'est sûr ! Y a aussi la connerie !
- Quoi ? Répète un peu pour voir !
- Ca suffit, tous les deux ! Intervint fermement leur père sur un ton qui n'acceptait aucune objection. On a du ménage à faire alors aidez-nous un peu au lieu de vous chamailler comme deux gonzesses !
Respirant fortement tant sa colère le submergeait, Dean fut le premier à bouger. Il passa juste à côté de son cadet et s'arrêta à sa hauteur.
- J'me réserve le droit de t'en coller une ! lui annonça-t-il froidement à l'oreille.
Après s'être échangé un dernier regard mauvais qui indiquait clairement qu'ils n'en avaient pas terminé, les deux frères s'attelèrent à la tâche. Alors que l'aîné aidait John et Bobby à rassembler les restes des corps, le plus jeune arrosait le bâtiment d'essence. Dès qu'ils eurent terminé, ils ne s'attardèrent pas à admirer l'immense brasier et s'enfouirent dans le 4x4 noir paternel pour retourner au motel.
Dans l'habitacle, le silence était devenu oppressant. Même les bâches plastiques installées sur les sièges pour les protéger après la chasse ne faisaient aucun bruit car personne n'esquissait le moindre mouvement. Dean, assis à l'avant du côté passager, sentait le regard furieux de son frère sur sa nuque. Il savait également que les yeux de Bobby ne cessaient de passer de Sam à lui, comme si la tension qui régnait entre eux s'était matérialisée en un lien visible. Seul John paraissait détendu et se concentrait sur sa conduite. Il avait l'air satisfait. Il fallait bien avouer que, finalement, bien qu'elle ait très mal commencé, cette chasse était un franc succès. Toute la meute avait été détruite et de leur côté, ils n'avaient que quelques blessures superficielles à déplorer. Ils avaient même évité de nouvelles victimes. Dean se surprit à penser qu'il fallait bien qu'un point positif ressorte de cette nuit pourrie !
Arrivés à l'hôtel, il s'empressa de regagner leur chambre et commença à faire son sac. Sans un bruit, Sam l'imita. Toujours aussi énervé après son cadet, il se réfugia dans la salle de bain et prit une douche rapide mais revigorante avant d'enfiler des vêtements propres. Lorsqu'il réapparut dans la chambre, son regard se porta d'abord sur Sam qui était assis sur son lit. Il lui tournait le dos et tout dans sa posture montrait sa rancœur. Dans la mesure où il en avait autant à son service, il ne se formalisa pas le moins du monde et s'attarda sur les changements qui s'étaient effectués dans la pièce durant son absence : le mur avait été débarrassé de toute trace d'enquête et le sac de son frère gisait près du sien à côté de la porte – message subliminal qui lui indiquait qu'il n'avait pas le droit de partir sans emmener avec lui son abruti de frangin ! De toute façon, l'idée de prendre la route sans lui ne lui serait jamais venue à l'esprit. Une promesse était une promesse. Il s'était engagé à faire son possible pour qu'ils soient rentrés le lundi matin alors il allait s'y tenir, même si pour ça, il allait devoir rouler tout le reste de la nuit et supporter les humeurs de ce sale petit ingrat. Quoique sur ce dernier point, il envisageait deux ou trois solutions tout aussi radicales les unes que les autres.
Après avoir frappé à la porte, Bobby pénétra dans leur chambre.
- Où est papa ? lui demanda-t-il.
- Il prend une douche, l'informa son ami. Je crois qu'on en a tous bien besoin, ajouta-t-il en regardant Sam qui se leva aussitôt avant de disparaître dans la salle de bain.
Ils attendirent d'entendre l'écoulement de l'eau pour commencer à converser.
- John pense que vous comptez partir maintenant.
- Ouep !
- J'crois pas qu'ce soit une bonne idée. Tu as besoin de sommeil. Prenez la route demain.
- Non. Je ne pourrais pas dormir de toute façon.
- Dure nuit, hein ?
- Ouais, c'est ça.
Le silence s'installa de nouveau. Dean fit le tour de la pièce afin de vérifier que son frère et lui n'oubliaient rien en essayant d'échapper au regard insistant du vieux chasseur. Malheureusement, cette activité ne dura pas suffisamment longtemps et il dut se résigner à poursuivre la discussion.
- Ecoute Bobby, je sais que Sam n'est pas lui-même en ce moment. Mais je vais lui filer un coup de main et ça ira mieux.
- Et je peux savoir à quel genre de coup de main tu penses.
Là, tout de suite, il devait bien avouer qu'il songeait au sens littéral du terme. Mais après une ou deux bières et quelques heures de route au volant de son bébé, les choses devraient revenir à la normale. Devant l'air peu convaincu du vieux chasseur bourru, il insista :
- Je sais m'occuper de mon frère.
- J'ai pas dit le contraire. J'veux juste te rappeler que je suis là … au cas où.
- Merci mais ça va aller.
- Foutue tête de mule ! Râla Bobby en ouvrant la porte pour quitter la pièce.
Avant de disparaître, il lui lança ses yeux goguenards, sa manière à lui de montrer à quel point il se souciait d'eux. Dean secoua la tête devant ce trop plein d'attention puis, comprenant que son cadet était sur le point de sortir de la salle de bain, il saisit son sac et rejoignit l'Impala garée juste devant le motel.
A peine une minute plus tard, son passager balança ses affaires dans le coffre et s'installa à ses côtés. Ils reprirent la route sans un mot ni même un regard. Sam s'endormit assez rapidement. Aux yeux de son aîné c'était une excellente chose. D'ailleurs, il était préférable pour lui qu'il ne se réveille pas – même à cause de l'un de ses foutus cauchemars – car sinon il n'hésiterait pas à l'assommer un bon coup pour avoir la paix.
x*x*x*x
Ils passèrent rapidement par leur maison – ou plutôt leur point de chute provisoire - pour se rafraîchir et récupérer son sac de cours. Peut-être était-ce parce qu'il avait suffisamment dormi et qu'il voyait tout sous un autre jour ou parce qu'il s'était passé plusieurs heures depuis leur dispute mais Dean avait l'air moins fâché. Tant mieux ! C'était toujours un poids de moins. Il avait beau chercher, il ne pouvait pas expliquer ce qu'il ressentait. De son côté, il était toujours énervé. Il lui en voulait énormément. Ce n'était pas un grand frère qu'il avait mais un grand abruti de frangin ! Ne pouvait-il pas faire passer sa propre sécurité en priorité ?! Comprendrait-il un jour que s'il lui arrivait quelque chose, ce serait pire que tout ? Parce que, non, décidément, il ne supporterait pas l'idée de le perdre sous le prétexte débile qu'il cherchait à le protéger. Il avait terriblement besoin de lui, encore plus ces derniers temps et s'il lui arrivait quoi que ce soit, il ne s'en sortirait pas.
Ils avaient repris la route assez vite pour avoir le temps de s'arrêter prendre un café. Ni l'un ni l'autre n'avait daigné ouvrir la bouche jusque-là. Ils avaient également pris un soin tout particulier à ne pas se regarder – ou tout du moins, pas directement dans les yeux.
Avant de se réinstaller au volant, Dean lui tendit son gobelet et de quoi grignoter.
- Merci, lui murmura-t-il en acceptant exceptionnellement la nourriture de bonne grâce.
Enfin, son grand frère lui octroya un regard. Il se sentit soudain plus léger et commença à manger et siroter son café. La Chevrolet reprit le chemin du lycée.
- Tu ne finis pas tard aujourd'hui. Tu voudras que je vienne te chercher après les cours ?
Il se tourna vers son aîné, surpris d'entendre finalement sa voix.
- Non, j'ai plein de boulot à rattraper, expliqua-il en essayant de contrôler son ressentiment. Il faut que je récupère tous les cours que j'ai manqués. J'irai à la bibliothèque.
- OK. Je ne bosse pas au garage ce matin mais j'irai cet après-midi, alors si tu veux que je te ramène après …
- Non, c'est bon j'te dis, j'me débrouillerai.
- Comme tu veux.
Du coin de l'œil, il vit son frère se renfrogner et se concentrer sur la route. Non mais quelle chochotte ! Il n'allait quand même pas bouder à chaque fois que sa réponse ne lui convenait pas ! Il soupira avant de laisser parler son amertume :
- De toute façon, rien ne nous dit que tu ne seras pas parti avec papa pour une nouvelle chasse.
- C'est pas au programme.
- Ouais, c'est ça. Mais si jamais le « Grand John Winchester » t'appelle, tu accourras sans te poser de questions.
- Bien sûr, si papa a besoin de moi, je serai là pour lui.
- C'est bien le problème, Dean. Pourquoi il faudrait qu'on soit à sa disposition dès qu'il claque des doigts ?
- Parce que s'il nous le demande c'est que c'est important.
- Important pour qui ? Il faut toujours qu'on fasse ce que lui a décidé. On n'a jamais rien à dire. Il n'en à rien à faire de nous ou de c'qu'on veut.
Au moment précis où Dean freina et stationna l'impala sur le bas-côté, il sut qu'il était allé trop loin. Il cala son dos dans l'angle que formait son siège avec la portière et fit son possible pour affronter le regard meurtrier que lui lançait son frère.
- J'vais t'dire : j'en ai plus que marre de ton attitude !
- Mais Dean …
- Hier, grâce à Papa, des vies ont été sauvées !
- Oui, je sais …
- Oui, tu le sais mais tu t'en fous complètement ! Tout ce qui compte pour toi, ce sont les cours que tu as manqués et tes foutus exams !
- Non, j'dis juste que …
- La ferme, Sam ! J'ai plus envie de t'entendre. Va poser ton cul en cours, va te faire chier à la bibliothèque et montre à tous les bons-à-rien qui t'entourent que tu es le plus intelligent de tous ! Reprends le cours de ta p'tite vie « normale » ! Fais c'que tu veux ! Mais ferme-la !
Sur ces mots plus qu'énergiques, il redémarra en trombe. Cette fois, l'infime espoir de réconciliation venait de s'évaporer aussi surement que les poules n'avaient pas de dents. Encore qu'avec toutes les bizarreries qu'ils étaient amenés à croiser, rien ne pouvait être aussi sûr ! Il se réinstalla correctement sur son siège en se bornant à fixer le paysage qui défilait à toute allure derrière sa vitre. Il croisa les bras sur sa poitrine – geste qui ne suffit pas à lui apporter un quelconque réconfort. A la base c'était lui qui devait être en colère contre son frère et non l'inverse ! Il avait toutes les raisons du monde de lui en vouloir. En plus, il ne pouvait résister à cette rage qui résidait dans chaque fibre de son corps. Dean était un crétin fini ! La liaison entre ses oreilles et ses neurones était-elle momentanément indisponible ? Peut-être s'agissait-il des séquelles des coups qu'il avait pris sur la tête. A moins que ce soit le résultat du manque d'oxygène provoqué par sa dernière blessure. Une chose était certaine : Dean n'avait rien compris à ce qu'il voulait lui dire ! Ces derniers temps, c'était récurent. Pourquoi ne pouvaient-ils plus communiquer sans s'aboyer dessus ? Pourquoi ne se comprenaient-ils plus alors qu'avant un simple regard suffisait ? Et surtout, pourquoi se sentait-il si mal à l'aise alors qu'il estimait n'avoir rien à se reprocher ?
Tout bien réfléchi, il avait peut-être la réponse à cette dernière question. A partir de l'instant où Dean s'était énervé, l'énorme poids virtuel s'était de nouveau installé bien largement sur ses épaules. Puis, comme si ce n'était pas suffisant, un gigantesque vide s'était creusé au sein de son organisme. Il détestait ce sentiment de solitude. Jusqu'à très récemment, il avait toujours pu compter sur son aîné, quelles que soient les circonstances, même lorsqu'ils se disputaient. La réciproque était tout aussi vraie. Mais d'ordinaire, leurs querelles aussi importantes soient-elles se résolvaient rapidement et sans effort. Et ça aussi, ça avait changé. C'était passablement agaçant … et terriblement angoissant. Si son propre frère l'abandonnait alors qu'il se sentait partir à la dérive, il était foutu.
Etonné, il s'aperçut que le paysage ne défilait plus. L'Impala était stationnée devant la grande bâtisse qui engloutissait des lycéens par groupes entiers. Depuis combien de temps étaient-ils arrivés ? Il s'empressa de prendre son sac posé sur la banquette arrière non sans jeter un œil à son frère au passage. Sa main droite agrippait fermement le volant pendant que la gauche empoignait le levier de vitesse. Signe qu'il attendait impatiemment de pouvoir repartir. Son visage était fermé, ses sourcils étaient froncés à l'extrême et, pire que tout, son regard était froid. De toute évidence, la réconciliation n'était pas pour tout de suite. Il se résolut donc à sortir. Malgré sa rancœur, il referma la portière avec le plus de douceur possible. La claquer n'aurait pas aidé !
Il chargea son sac sur son épaule droite et enfouit les mains dans ses poches avant de traverser la rue. Derrière lui, il entendit la Chevrolet repartir. Il remonta ses épaules pour se protéger de la brise sournoise qui venait de glisser le long de son dos jusque sur sa nuque. Il faisait vraiment froid pour une matinée printanière !
x*x*x*x
- Toi, tu t'es encore disputé avec ton frère !
- Quoi ? S'étonna-t-il en découvrant Jeanne à côté de lui alors qu'il montait les marches de l'établissement.
- Je ne t'ai pas vu depuis la semaine dernière et c'est tout c'que tu trouves à m'dire ? s'indigna-t-elle avec un sourire en coin.
Il s'arrêta de marcher et tenta de lui porter toute son attention mais il ne pouvait pas se résoudre à lui sourire. Il n'était vraiment pas d'humeur. Son esprit était complètement embrouillé. Une boule s'était formée en travers de sa gorge et il avait de plus en plus de mal à déglutir. Il était à deux doigts de faire demi-tour. Même si aucune ligne de car n'était en mesure de le ramener chez lui à cette heure-ci, il était prêt à marcher, courir ou même voler une bagnole si c'était nécessaire, mais il devait impérativement rentrer. La durée du trajet lui permettrait de trouver une bonne entrée en matière. D'accord, Dean lui avait demandé de se taire mais ça ne devait pas l'arrêter pour autant. Il le connaissait bien et il savait qu'il ne serait pas en colère encore très longtemps. Quelques heures de repos lui feraient le plus grand bien. Oui, c'était ça ! Bien sûr, c'était évident : Depuis combien de temps n'avait-il pas dormi ? Dean était épuisé et c'était pour ça qu'il avait été aussi irascible ce matin. Peut-être devrait-il plutôt le laisser se reposer un peu. Il pourrait éventuellement l'appeler vers midi …
Jeanne déposa un baiser sur ses lèvres et voulu le prendre par la main mais il esquiva ce geste, trop occupé à réfléchir à la meilleure façon d'agir.
- Vas-y. Dis-moi ce qui te contrarie, lui murmura-t-elle si près de lui qu'il sentit son souffle sur sa peau.
Son sentiment de culpabilité s'atténua au profit d'un excédent de colère qui lui fit oublier toutes ses bonnes résolutions :
- C'est juste que … J'en ai marre d'être transbahuté de « Mégamerdiquetown » à « Commilestnultonbled » ! J'ai envie de stabilité, de normalité mais personne ne me comprend. Mon père ne pense qu'à son job et mon frère ne voit que par lui. Dean n'est pas foutu de mener sa propre vie. Il passe son temps à vouloir imiter notre père et à se mêler de ma vie. Et ça, ça me fout les nerfs !
- Pourquoi tu ne lui dis pas ?
- Il ne m'écoute pas.
- Alors trouve un autre moyen de lui faire comprendre. Force-le à t'écouter.
Il souffla un rire sans joie.
- Ca se voit qu'tu n'le connais pas. Il a la tête plus dure qu'un bloc de béton.
Et ce n'était pas peu dire puisqu'il l'avait encore prouvé la nuit dernière ! Compatissante, elle tenta une nouvelle fois de prendre sa main dans la sienne. Mais trop contrarié pour s'apercevoir de son geste affectueux, il croisa les bras sur sa poitrine.
- C'est ton frère, Sam. Pas ton père, lui expliqua-t-elle après avoir soufflé son exaspération.
- Et alors ?
- Et alors, moi aussi j'aime ma sœur et mon petit frère mais je ne me gène pas pour les remettre à leur place quand il le faut.
- Ca n'a rien à voir. Toi, tu as toujours tes parents.
- Oui, enfin je ne les vois pas beaucoup. Et puis toi aussi tu as toujours ton père. Même s'il n'est pas souvent là. Dean n'a aucun droit sur toi. Il n'a pas à te dire ce que tu dois faire. Renvoie-le balader une bonne fois.
- Non, non, tu ne comprends pas, l'informa-t-il en secouant la tête et en passant ses deux mains dans ses cheveux pour tenter de se calmer. D'aussi loin que je m'en souvienne c'est toujours Dean qui … enfin c'est lui qui … il a toujours été là pour moi.
- Ben si, tu vois ! Je crois que j'ai plutôt bien cerné le problème au contraire. Tu te sens redevable envers lui. Et c'est ce qui fait que c'est pire encore !
- Quoi ?
- Avec ton père, tu sais à quoi t'en tenir mais avec ton frère … Elle secoua la tête en signe de frustration. Puis elle verrouilla son regard dans le sien et lui caressa lentement sa joue gauche. Il profite de savoir que tu le respectes pour te faire passer la pilule. Il sait que tu ne lui en voudras pas longtemps parce que tu te sens redevable. Alors il te fait faire tout ce qu'il veut sans prendre en compte tes désirs.
Il la regarda, éberlué. C'était comme si, grâce à elle, la vérité lui était soudainement apparue !
- T'as raison, lui avoua-t-il.
- J'ai toujours raison, plaisanta-t-elle avec un large sourire. L'idéal se serait de trouver un moyen de lui faire comprendre que tu n'es pas sa chose. Mais bon, je te connais, tu n'oseras jamais faire quoi que ce soit contre ton grand frère si génial.
Une vague de fureur le submergea. Non, il n'était pas sa chose ! Cette nuit il lui avait sauvé la vie plusieurs fois et ce matin, au lieu de le remercier comme il aurait dû le faire, cet enfoiré lui avait passé un savon ! Et pourquoi ? Juste parce qu'il était trop con pour comprendre ce qu'il pouvait ressentir ! Dire qu'il s'était senti rassuré quand il avait su que son grand frère allait l'aider avec ses problèmes. Mais comment un abruti pareil, qui ne comprenait rien à rien, pourrait bien lui venir en aide ? De toute façon, ce matin, Dean avait été très clair : il ne voulait plus rien entendre. Il fallait se rendre à l'évidence : cette enflure l'avait abandonné.
- Tu ne me connais pas si bien que ça ! Finit-il par lâcher, les poings serrés. Cette fois il va le payer !
