Coucou tout le monde ^^
OtakTouch et Elisab68, mais bien sûr que non, je ne vais pas faire du mal à l'Impala ...je l'adore cette voiture, ce bébé d'amour ... et puis, je ne m'appelle pas Sam et je ne suis pas sous l'emprise d'une vilaine méchante créature ! lol ! Non vraiment, je n'y peux rien du tout : je ne suis pas responsable de ce qui peut lui arriver ! ^^ Vous vous rendez compte ? Ce serait un coup à avoir des ennuis avec Dean et ça ne me tente pas trop ! lol !
Bonne lecture à tous et merci de suivre cette histoire !
Chapitre 15
- Merci, susurra-t-elle en déposant un léger baiser sur ses lèvres. Tu es un excellent conducteur. Si ton frère t'accordait un dixième de la confiance que tu lui portes, il te laisserait conduire sa voiture bien plus souvent.
Cette fille était vraiment d'une lucidité incroyable. Il s'énerva contre lui-même. Pourquoi était-il aussi gentil avec des gens qui le prenaient pour un imbécile ? Elle avait raison : Dean n'était pas mieux que leur père ! De quel droit se permettait-il de lui imposer ses choix ? Pourquoi ne prenait-il jamais en considération ses désirs ? Pourquoi lui faisait-il aussi peu confiance ? Il était toujours là, à guetter ses moindres faits et gestes, l'épiant comme s'il attendait qu'il fasse une bêtise, attendant le bon moment pour lui sortir : « J'te l'avais bien dit Sammy ! » ou « Tu aurais dû m'écouter, Sammy ! » Et puis ce surnom débile qui ne faisait que lui prouver que son père et son frère le prenait encore pour un gamin. Se faire appeler « Sammy » à seize ans, c'était plus que ridicule, c'était humiliant. Son nom à lui c'était SAM, S.A.M. c'était pourtant pas difficile à retenir, bordel ! Leur entêtement à l'appeler comme ça montrait bien qu'ils n'avaient aucune considération pour lui.
- Ramène vite la voiture avant que ton frère s'aperçoive qu'elle a disparu ! Je ne voudrais pas que tu aies des problèmes avec lui à cause de moi, lui lança la jeune fille en lui caressant le bras. Tu sais à quel point il tient à cette voiture ?!
Elle l'embrassa une dernière fois avant de quitter la Chevrolet et de disparaître derrière la porte d'entrée de sa maison. Il ne prêta pas plus attention que ça au départ de la jeune fille. Au milieu de ce brouillard irréel dans lequel il se trouvait, il pensait que ses idées, elles, étaient très claires.
Comment ça, il aurait des problèmes avec Dean. Ah mais son imbécile de frangin n'avait rien à lui dire ! D'ailleurs il allait lui montrer qu'il faisait ce qu'il voulait, quand il voulait et surtout, sans lui demander son accord ! Tout son organisme venait de recevoir une onde dévastatrice de fureur et il décida de l'exploiter au mieux. Alors comme ça, son grand frère le prenait pour un con ! Il allait lui faire regretter ! Lui qui ne vivait que pour sa foutue bagnole, il se ferait un plaisir de le faire brailler.
x*x*x*x
- Jeanne ? C'est Dean.
- Dean ? Comment as-tu eu ce numéro ?
- Sam me l'a donné, éluda-t-il, estimant qu'elle n'avait pas besoin de savoir qu'il enquêtait toujours sur les relations de son petit frère. Est-ce que tu sais où il est ?
- Il m'a déposée tout à l'heure …
- Quand exactement ?
- Ben j'sais pas, il y a environ dix minutes. Je crois qu'il a dit qu'il voulait faire un tour avant de retourner te chercher. Pour une fois que tu lui prêtes la voiture, c'est normal qu'il en profite, non ?
- Attends. C'est ce qu'il t'a dit ?
- Quoi ?
- Que je lui avais prêté ma bagnole.
- Oui. Il a dit que ça n'avait pas été facile parce qu'il n'y a rien de plus important pour toi que ta voiture. Mais que, finalement, tu avais cédé. Tu devrais lui faire plus confiance, tu sais. Sam est un excellent conducteur.
D'accord, si c'était effectivement ce qu'il lui avait raconté, alors ça prouvait bien que son frangin avait une idée derrière la tête.
- Comment il était ?
- Comment ça ?
- Est-ce qu'il avait l'air d'aller bien ? Il était calme, énervé … ?
- Ben, il avait l'air normal. Il souriait, comme d'habitude. Apparemment il avait l'impression d'avoir réussi son examen. Alors forcément, ça l'a aidé à être de bonne humeur. Et puis, je lui ai filé mes cours pour qu'il puisse rattraper ce qu'il avait manqué. Du coup, il a décidé qu'il n'avait pas besoin d'aller à la bibliothèque et on est rentré plus tôt. Donc je dirais que Sam m'a paru tout à fait détendu et oui, il allait bien. C'est quoi toutes ces questions ? Tu t'inquiète pour ta voiture ? Tu ne devrais pas. Elle ne risque rien avec Sam. C'est quelqu'un de très prudent et de très réfléchi. Quand il prend une décision, il l'a toujours très mûrement cogitée. Enfin, tu le sais bien. Après tout, c'est ton frère.
Ca, oui, il le connaissait bien et c'était ce qui l'inquiétait le plus. Alors comme ça, avec elle il était calme et réfléchi mais avec lui c'était une vraie boule de nerfs qui faisait n'importe quoi. Que devait-il en conclure ? Que son frère se foutait de lui depuis le début ? Si c'était le cas, il allait lui faire payer … et très cher !
- Par où est-il parti ?
- Euh, vers l'est je crois. Il a dû penser qu'un p'tit tour à la campagne lui ferait du bien.
Ben voyons ! « Un p'tit tour à la campagne. » Il raccrocha sans prendre le temps de la remercier. Il appuya sur l'accélérateur mais la vieille guimbarde toussa et crachota. Elle devait être à sa vitesse maximale. Il frappa le volant avant de tourner violemment la poignée à sa gauche pour ouvrir la vitre. Il avait besoin d'un peu d'air frais et ce n'était pas juste à cause de l'odeur pestilentielle de pieds moisis qui régnait à l'intérieur de l'habitacle. Il était en proie à de sérieux doutes. Il ne savait plus si ce qu'il ressentait était de la colère ou de l'inquiétude mais quel que soit ce sentiment, il était directement dirigé vers son frère. Il secoua la tête. La réponse viendrait en son temps et ce n'était pas ce qui allait l'empêcher de le retrouver.
x*x*x*x
Il était paumé au milieu de nulle part. Il se pencha en avant pour observer la végétation à travers le pare-brise. Il ne voyait même pas le ciel. Il était cerné par les arbres, les fougères et les ronces. Quoi de plus normal puisqu'il s'était engagé sur un chemin qui s'enfonçait dans une immense étendue forestière. Sur le moment, ça lui avait paru être une bonne idée. Le sentier n'était pas totalement sec en raison de l'humidité offerte par le sous-bois. Du coup, la peinture de l'Impala s'était progressivement constellée de crasse. En plus, c'était relativement drôle de faire du rodéo entre les arbres. Alors il ne s'était pas aperçu tout de suite que quelque chose clochait.
La Chevrolet avait commencé par donner des à-coups puis, malgré le fait qu'il enfonçait la pédale d'accélérateur au maximum, elle s'était arrêtée complètement. Il avait bien essayé de la redémarrer mais elle refusait obstinément de fonctionner. Pourquoi lui faisait-elle ça ? Ce n'était pas du tout ce qu'il avait prévu. Non, ça n'avait rien avoir avec son plan. Il voulait juste donner une leçon à son frère, pas lui donner une bonne raison de le tuer !
Quelle merde ! Il n'arrivait même plus à réfléchir. Il était toujours furieux contre son aîné mais pour une raison qu'il ignorait, une certaine appréhension en provenance de son subconscient cheminait doucement jusqu'à son esprit. Sa respiration devint laborieuse alors il tenta de se raisonner. Il devait faire quelque chose. Si ça se trouve, ce n'était rien du tout. Un petit réglage, un de ces espèces de tuyau à rebrancher ou un bon coup pour décrasser la machine et tout rentrerait dans l'ordre.
Pour avoir vu Dean le faire un nombre incalculable de fois, il réussit à ouvrir le capot. Malheureusement, même si la nuit n'était pas encore tombée, il faisait très sombre et il ne distinguait rien. Il récupéra une torche dans le coffre et illumina le moteur. OK, maintenant il voyait bien … mais ça ne l'avançait pas beaucoup. Il persévéra néanmoins car son appréhension se muait lentement mais sûrement en une crainte profonde. Il frissonnait. Il se rassura : Il n'y avait rien d'étonnant là-dedans, son tee-shirt ne faisait pas le poids face à l'humidité du sous-bois ajouté au crépuscule. Ces frissons n'étaient donc qu'une réaction normale de son corps face à la fraîcheur qui l'entourait. S'il voulait échapper à l'hypothermie, il devait se bouger un peu plus. Repérant la batterie, il tenta de vérifier les cosses. Ses doigts avaient à peine touché le métal que la sensation de brûlure lui fit faire trois pas en arrière. Enervé, il balança deux coups de pieds sur le pare-choc. Mais la seule conséquence de ce geste rageur fut une nouvelle douleur dans son pied droit. Saloperie de bagnole ! Il retourna dans le coffre, saisit une clé à molette et revint à la charge. Il resserra un boulon par ci et un boulon par là avant de faire un nouvel essai … rien. Il insista sur la clé de contact, pompa sur la pédale d'accélérateur … toujours rien. Il serra les poings et replongea de nouveau dans le capot, la torche dans la main gauche et la clé dans la droite. Complètement désespéré, il commença à tapoter sur le gros cylindre en face de lui, puis sur l'espèce de boitier près du tableau de bord. Mais la nouvelle tentative fut aussi concluante que les précédentes. Il frappa donc plus fort avant de faire un ultime essai.
Putain de bagnole de merde ! De rage, il ressortit de la voiture, claqua la portière derrière lui, referma le capot avec force, empoigna une grosse branche sur le sol, l'arma comme s'il s'agissait d'une batte de base-ball et l'abattit de toutes ses forces sur l'Impala. Les deux premiers coups résonnèrent dans le sous-bois. Le troisième envoya valser des milliers de petits bouts de verre lorsque l'optique de phare explosa.
Non ! Non, non, non ! Horrifié, il lâcha son arme improvisée et se pencha pour évaluer les dégâts. Non seulement le bébé de son frère ne démarrait plus à mais en plus, maintenant, elle était borgne ! Envahi par de lourds regrets, il se mit à caresser la carrosserie avant de se figer sur place. Devenait-il fou ? Ne voyait-il donc pas à quel point ce geste était absurde ? Qu'est-ce qu'il croyait ? Qu'elle allait lui pardonner s'il lui présentait des excuses ? A moins qu'il n'espérait un miracle. Ah oui, ça, ça aurait été bien. Parce que là il était foutu, complètement foutu. Il glissa le long de l'aile gauche et se laissa tomber à même le sol, le dos appuyé sur la roue avant.
Pourquoi ? Qu'est-ce qui … ? Comment en était-il arrivé là ? Il était seul, perdu au milieu de nulle part. Il était frigorifié et la seule personne qui aurait pu être en mesure de l'aider, allait, à coups sûrs, lui en vouloir à mort.
Sans vraiment y faire attention, il sortit l'objet qui le gênait dans la poche arrière de son jeans. Il l'observa un moment, se demandant s'il devait l'utiliser ou le balancer le plus loin possible. Il avait éteint son portable parce qu'il ne voulait pas donner les moyens à Dean de le retrouver. Son frère et lui avaient vu ça un soir, dans un reportage : Un enfant qui avait été enlevé avait pu être localisé grâce à son téléphone. Inutile de dire que Dean avait trouvé ça très intéressant. Alors il avait préféré ne pas lui octroyer cette possibilité. Mais maintenant il se demandait si ça avait été une si bonne idée. Il aurait tellement voulu qu'il soit là. Enfin, si ça avait été dans d'autres circonstances. Son pouce survola les touches, attendant l'ordre d'appuyer dessus. Après tout, qu'est-ce que ça lui coûtait de l'allumer ?
La mise en route était à peine terminée, que déjà son téléphone lui indiqua qu'on avait cherché à le joindre. Il considéra l'écran un moment. Il y avait un appel de Jeanne perdu au milieu d'une multitude de messages en provenance de Dean. Devait-il vraiment les écouter ? Au point où il en était, quelques reproches et menaces supplémentaires ne le toucheraient plus.
« Sam, t'as intérêt à avoir une excellente explication pour avoir piqué ma bagnole sans me le dire ! T'as cinq minutes pour revenir ici. »
Il souffla son abattement. Le délai étant dépassé depuis un bail, il avait peu d'espoir que la suite lui soit plus favorable. Peut-être serait-il préférable de raccrocher …
« Les cinq minutes sont passées ! Qu'est-ce que tu fous, bordel ? Reviens immédiatement ! »
Pourquoi était-il incapable d'appuyer sur la touche qui le libèrerait de ce calvaire ? Tout bien considéré, ce genre de messages le touchait plus qu'il ne voulait bien l'admettre – le pire n'étant pas vraiment les mots mais le ton utilisé par son aîné.
« Sam, putain réponds ! J'te préviens : je suis à ta recherche alors tu f'rais mieux de me rappeler avant que je te retrouve ! »
Oui, alors là, il voulait bien le croire ! Pourtant ça ne l'encourageait pas franchement à le rappeler. Pourquoi, malgré tout, espérait-il au plus profond de lui que son grand frère parvienne à le retrouver ?
« Bordel Sam, rallume ton putain de portable ! »
Ca c'était fait. Mais à y repenser, ça n'avait pas été la meilleure idée du siècle. Son mal-être s'amplifia sans demi-mesure.
« Sam, c'est Jeanne. »
Le changement de voix le fit tressaillir. Il aurait dû être heureux de l'entendre. Elle était si gentille. Mais la seule chose à laquelle il pensait à cet instant était de trouver un moyen de se sortir de là.
« Ecoute, je viens d'avoir un appel de Dean. Il avait l'air furax que tu lui aies pris sa voiture. Je ne comprends pas. Ca fait un moment que tu aurais dû lui rapporter. Je suis très inquiète pour toi. S'il te plait, rappelle-moi. On trouvera une solution tous les deux. Tu pourras même dormir à la maison le temps que ton frère se calme. Je n'en reviens pas qu'on puisse se mettre dans des états pareils juste pour une voiture. C'est complètement dingue. J'te laisserai pas tomber, rappelle-moi ! »
Sur ce coup-là, Jeanne avait tout faux ! « … juste pour une voiture. » Première erreur ! C'était la base du problème. L'Impala n'était pas juste une voiture, c'était ce qui comptait le plus aux yeux de Dean. Et non seulement, il lui avait piqué mais en plus il … Son regard se porta sur les petits éclats de verre qui constellaient le chemin. Bien sûr que son frère était furax. Il avait toutes les raisons de l'être. Et quand il verrait l'état de sa bagnole, ça n'allait pas s'arranger ! Pas de doute possible. Autant dire qu'il n'y avait aucune chance pour qu'il se calme avec le temps. Bien au contraire. Le connaissant, plus les minutes s'écoulaient sans qu'il l'ait retrouvé et plus il serait sur les nerfs.
Il raccrocha avant d'écouter le dernier message. C'en était trop. De nouveau, son esprit s'embrouilla. Il ressentait toujours cette colère sourde dont il était incapable de déterminer l'origine. Il avait envie de tout démolir, de frapper tout le monde. Et en même temps, il était extrêmement malheureux, complètement désespéré. Toute cette fureur venait de s'orienter vers lui. Dean avait toutes les raisons de lui en vouloir. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Pourquoi s'était-il mis dans cet état ? Comment en était-il arrivé là ? Tout ça n'avait plus réellement d'importance. L'unique chose qui comptait à présent était qu'il était tout seul, qu'il avait froid, qu'il ne savait pas où il était et qu'il n'avait même plus la possibilité de demander de l'aide à la seule personne en qui il avait toujours pu compter. Tout ça parce qu'il avait déconné ! Il était vraiment catastrophique comme petit frère. Non, c'était pire que ça, il était monstrueux. Tout ce qu'il avait fait ces derniers temps, ça ne lui ressemblait pas et pourtant c'était bien lui. Il détestait ce qu'il était en train de devenir mais il n'arrivait pas à le maîtriser. C'était un peu comme si sa nature profonde faisait soudain surface alors qu'il avait essayé de la cacher pendant toutes ces années. Finalement, cette situation était peut-être un signe. Il avait fait suffisamment de mal comme ça et il refusait de continuer de cette manière. Le mieux serait sans doute qu'il disparaisse pour de bon.
Totalement désespéré, il continuait à fixer son téléphone. Il restait un message, un seul. Peut-être devait-il faire l'effort de l'écouter. A ce stade, il n'avait plus rien à perdre. Pourtant, il avait peur. Il craignait que ces derniers mots n'anéantissent l'infime espoir qui se battait encore au fond de lui : Il était possible – avec un éventuel petit coup de pouce divin – que la situation s'arrange, s'il faisait le choix d'affronter la colère de son frère. Après tout, il s'agissait de Dean. Anxieux mais résigné, il lança la lecture du dernier appel.
« Sammy, déconne pas ! Quand tu auras rallumé ton portable, rappelle-moi. J'veux juste savoir si tu vas bien. Il faut que … Oublie tout ce que je t'ai dit avant, ok ? Allez, déconne pas, Sammy. Rappelle-moi, s'il te plait. »
Dès le premier mot, des larmes chaudes avaient sillonné sur ses joues gelées. L'ensemble de son corps fut soumis à des tremblements qu'il ne put empêcher. Il plia ses genoux et appuya ses coudes dessus afin de mieux enfouir sa tête dans la cachette que lui procuraient ses bras. Il était incapable de réfléchir. Il était complètement perdu. Que devait-il faire ?
x*x*x*x
Dean scruta les alentours et emprunta le troisième chemin qu'il trouva sur sa gauche. Il avait inspecté les deux premiers sans aucun succès. La nuit était tombée et il ne distinguait rien à plus de cinq mètres tant ces feux de croisement étaient faibles. Quant à ses pleins phares, ils étaient inexistants. C'était à croire que le sort s'acharnait sur lui. Quelle galère !
Malgré tout, il persévérait. Sam était forcément dans le coin et il n'avait pas d'autre choix que de poursuivre ses recherches dans cette vieille caisse pour le retrouver. D'autant plus qu'il savait qu'il se rapprochait de lui car son dernier appel avait porté ses fruits. Le simple fait de ne pas tomber directement sur la messagerie, lui avait redonné l'espoir. Même si son cadet n'avait pas fait l'effort de le rappeler alors qu'il avait remis en fonction son téléphone, lui, au moins, avait toujours la possibilité d'essayer de le joindre. Et il n'avait pas hésité une seconde. Après quatre sonneries interminables, il avait enfin entendu la voix de son frère :
- Dean, je suis désolé, avaient été les premiers mots qu'il avait murmurés.
N'ayant que faire de ses excuses, il lui avait demandé où il se trouvait. La réponse avait tardé mais entre les microcoupures dues à la perte intermittente du réseau, il avait finalement compris où il devait cibler ses recherches. Puis sa batterie l'avait lâché au moment où il lui avait ordonné de rester où il était – anéantissant par la même occasion tout espoir de pouvoir le recontacter.
Le sentier qu'il arpentait était très chaotique mais la dépanneuse filait droit car il n'avait pas relâché son emprise sur le volant depuis des lustres. D'ailleurs, ses articulations lui faisaient un mal de chien mais c'était plus fort que lui. A priori, Sam allait bien mais le temps qu'il ne s'en serait pas assuré par lui-même, il serait dans l'incapacité de se détendre. Et même après ça, il ne pouvait pas être certain que tout s'arrangerait. Il était en colère, vraiment très en colère ! Il ne se souvenait pas avoir été à ce point fâché contre son cadet – sauf peut-être le jour où ce petit crétin avait décidé de fuguer. Mais même là, il avait tellement été heureux de le retrouver qu'il avait été incapable de se souvenir de sa rancœur et il lui avait tout pardonné en une fraction de seconde. Aujourd'hui, c'était différent : Sam faisait n'importe quoi. Il passait son temps à se mettre en danger. C'était intolérable et il fallait que ça cesse ! Si pour qu'il revienne à la raison, il devait le secouer alors ce ne serait vraiment pas un problème !
Il plissa les yeux lorsqu'il discerna une forme sombre en face de lui. En se rapprochant, il sut qu'il était enfin arrivé à destination. La première chose qu'il aperçut fut son petit frère assis sur le sol, adossé à la Chevrolet, les genoux repliés sur lui-même et la tête enfouie dans ses bras. Lorsqu'il s'arrêta juste derrière l'Impala, il vit Sam se redresser doucement. Il coupa le moteur mais laissa néanmoins les phares allumés. Il observa son cadet à travers le pare-brise encrassé : Ses mouvements étaient restreints et peu assurés et lorsqu'il daigna relever légèrement la tête, le faisceau des feux de croisement de la dépanneuse accentua son teint blafard. Quant à ses yeux, il ne les reconnaissait plus : derrière un soupçon d'appréhension et une lueur d'espoir, il pouvait voir une colère sourde sommeiller au fond de lui. Ce n'était malheureusement pas la première fois qu'il voyait ce regard et un frisson glacé longea sa colonne vertébrale. La personne qu'il avait devant lui dans ces moments-là n'était plus vraiment Sammy et il détestait ça. Même ses bras ballants n'avaient pas trouvé le chemin pour que ses mains puissent s'enfouir dans ses poches. Ses sourcils se froncèrent d'eux-mêmes sans qu'il s'en aperçoive. Il sortit en toute hâte du véhicule lorsqu'il constata l'état déplorable de cet être à l'allure si fragile qu'il avait tant de mal à reconnaître. Il avait l'air frigorifié : il tremblait de partout et sa peau était bleue. Il savait bien pourtant qu'il faisait horriblement froid quand la nuit tombait ! Il aurait pu penser à prendre de quoi se couvrir, plutôt que de rester bêtement en tee-shirt ! Mais qu'avait-il donc en tête ?! Si cet imbécile choppait en plus une pneumonie, il ne manquerait pas de le soigner à sa manière ! Tout en ôtant sa veste, il avança à grands pas vers lui, déterminé à mettre un point final à cette situation.
