Eh non, ce n'est pas un nouveau chapitre en avance - désolée - c'est une réédition de celui-ci afin que je puisse corriger une erreur horrible ! Et voui, puisque pour le chapitre précédent je n'avais pas 3 mais 4 reviews.
Alors Manon, mille fois pardon ! Merci beaucoup pour ta si gentille review. Ca me fait vraiment plaisir de pouvoir te compter parmi mes lecteurs ^^
Un grand merci à tous ceux qui suivent cette histoire, rédigent des reviews ou des messages personnels.
OtakTouch, j'espère que ce chapitre répondra à tes désirs, aussi contradictoires soient-ils ^^ En fait, je crois que je suis comme toi ! lol ! Merci de me faire part de ce que tu ressens à chaque chapitre ! Tes commentaires m'amusent beaucoup !
Elisab, tu es trop forte ! Parfois, je me demande si tu n'es pas devin ^^ Le prologue arrive bientôt. ^^ C'est impressionnant de constater à quel point tu es investie dans la lecture de cette fic ! Merci !
Dinahe, j'espère que trop de suspense ne tue pas le suspense (ou l'auteure ^^) parce que sinon je vais aller me planquer très très loin avant que tu finisses la lecture de ce chapitre ^^ Dis-moi si je me trompe mais j'ai la sensation que ton penchant pro-Dean est bien ancré ? lol ! J'ai beaucoup ri en te lisant. J'adore ! Merci !
Mon objectif principal à travers cette histoire était de faire valoir l'importance de la relation fraternelle en m'appuyant sur la psychologie des personnages (telle que je la perçois) et ... de vous faire détester la grosse vilaine méchante sans étaler des passages gores, juste en agissant sur l'état d'esprit. Je ne sais pas si c'est évident ou si ça reste trop à l'état subliminal ? ^^
Merci à vous tous pour vos encouragements et bonne lecture ^^
Chapitre 16
L'arrivée de son aîné le rassura dans un premier temps. Il n'était plus seul. Dean allait le sortir de ce merdier dans lequel il s'était fourré. Mais lorsqu'il le vit descendre de la voiture, il résista à l'envie de s'enfuir à toutes jambes ! Après avoir claqué la portière plutôt violemment à son goût, son frère avança d'un pas décidé vers lui. Son visage était fermé, ses sourcils froncés et ses yeux reflétaient une certaine colère qu'il aurait préféré éviter. Visiblement très énervé, il venait d'enlever sa veste d'un geste brusque. Vraiment tout ça n'annonçait rien de bon pour lui ! Il aurait pourtant dû se douter que ça ne se passerait pas si facilement.
- Mets ça ! Ordonna Dean sur un ton sec, en lui tendant le vêtement.
Il esquissa un pas en arrière en secouant négativement la tête. Mais son aîné ne l'entendait pas de cette manière et grâce à quelques mouvements rapides et agiles, il s'approcha suffisamment près de lui pour lui attraper le poignet. Il le serra tellement fort qu'il crut un instant que ses os allaient se briser. Il leva la tête vers lui et se trouva face à cette lueur déterminée qu'il connaissait bien – même si d'ordinaire elle ne lui était pas destinée – et qui l'obligea à obéir.
Tout en enfilant la veste, il prit conscience du grand bouleversement qui venait de s'effectuer au sein de son organisme. Cet immense sentiment de rage qui le hantait depuis des jours l'avait déserté en partie, au moment même où son frère avait saisi son poignet. Réconforté par la chaleur que lui fournissait ce vêtement si confortable, il n'en restait pas moins très mal à l'aise. La culpabilité qui sommeillait en lui, prit rapidement de l'ampleur. D'autant plus que Dean continuait de le fixer. Il l'interrogeait du regard, espérant très certainement comprendre ce qui lui était passé par la tête. Il aurait voulu lui dire quelque chose mais aucun mot n'était en mesure de franchir ses lèvres. En plus, rien ne lui disait que la colère résiduelle circulant encore dans ses veines, ne lui ferait pas dire des horreurs. Il évita donc les yeux inquisiteurs de son grand frère et préféra admirer la pointe de ses chaussures. De toute façon, que pouvait-il bien lui dire ? Il ne trouvait aucune explication logique à ses actes et son moral était au plus bas. Il se sentait minable et maudissait cette solitude qui découlait de ses agissements. Il avait fait une sale vacherie à l'unique personne qui aurait pu lui remonter le moral. Mais pourquoi avait-il fait ça ? Il resserra la veste de son frère autour de lui dans une tentative désespérée de combler ce besoin vital de réconfort.
- Monte dans la dépanneuse, lui ordonna Dean, froidement.
Il s'exécuta sans se faire prier. Il voulait en finir et partir d'ici le plus vite possible. En s'installant sur le siège passager, il observa son aîné évaluer les dégâts sur l'Impala. Il était déjà bien remonté et malheureusement ça n'allait pas s'améliorer. Pourtant, dans son dernier message, Dean avait l'air moins en colère et bien plus inquiet. Son changement d'humeur avait dû rebasculer au moment où il avait constaté qu'il allait bien. A moins que ce ne soit parce qu'il ne l'avait pas rappelé alors que c'était la seule chose qu'il lui avait demandée – presque suppliée. Ou encore parce que sa patience, déjà très limitée, avait été mise à rude épreuve. Il ne pouvait pas l'en blâmer. Lui-même ne pouvait plus se supporter.
Dean grimpa dans la dépanneuse et mit le contact. Il amorça une marche arrière sans se préoccuper de son passager. Pourtant, Sam le regardait, abasourdi : Son aîné n'allait tout de même laisser sa voiture, son « bébé », ici, au milieu de nulle part ! A cet instant, il se dit que finalement, il avait plus de chance que la Chevrolet car lui au moins, n'avait pas été abandonné aux fins fonds des bois. Mais quelques mètres plus loin, la dépanneuse effectua un demi-tour avant de repartir en marche arrière dans le sens inverse. Bien sûr ! Dean allait remorquer l'Impala. A aucun moment il n'avait envisagé de la laisser tomber. Elle était bien trop précieuse à ses yeux. La question maintenant était de savoir si lui aussi avait encore un peu de valeur aux yeux de son grand frère. Parce qu'une chose était sûre : il ne l'avait jamais vu aussi en colère. Pourquoi ne disait-il rien ? Pourquoi ne s'énervait-il pas une bonne fois ? Il n'allait tout de même pas faire comme s'il n'existait pas. Non, il n'avait pas le droit de l'ignorer comme ça !
Malheureusement pour lui, son aîné c'était de toute évidence octroyé ce droit. Mis à part les couinements épouvantables provenant de la vieille guimbarde, le trajet jusqu'au garage s'effectua dans un silence de mort. Dean avait tout du robot qui suivait son programme à la lettre sans se laisser distraire par quoi que ce soit … ou qui que ce soit. Il agissait de manière mécanique, impassible, glacial. D'abord il libéra la Chevrolet de son harnais. Puis il récupéra les clés de contact sur la dépanneuse, repartit en claquant la portière et pénétra dans le bureau dans lequel son patron devait encore travailler puisque la lumière artificielle filtrait à travers la fenêtre. Il en sortit environ cinq minutes plus tard avec un bidon et disparut dans l'obscurité derrière l'Impala.
Il avait une furieuse envie de se retourner pour voir ce que son aîné fabriquait. Dans le but d'être plus discret, il orienta le rétroviseur intérieur dans la bonne direction. Mais la faible luminosité des lampadaires de la rue ne lui permettait pas d'y voir quoi que ce soit. Il soupira. Pourquoi ne sortait-il pas tout simplement de cette vieille bagnole qui puait des pieds ? En plus, il commençait à avoir des fourmis dans les jambes. Sa décision prise, il grimaça lorsque les gonds de la portière se mirent à grincer affreusement. Peut-être que le bruit aurait le mérite de rappeler à son frère qu'il était toujours là ! Mais encore une fois, il fut déçu de son manque de réaction. Dean referma le réservoir d'essence et s'installa au volant. Aussitôt, le moteur riposta mais au deuxième essai, il s'emballa et le ronronnement familier résonna dans la pénombre.
Etait-il possible que la panne vienne de là ? Non, ça ne pouvait pas être un simple manque d'essence. Il s'en serait aperçu ! Quoique, en y repensant, il ne se souvenait plus d'avoir vraiment vérifié. D'ailleurs, il ne se rappelait pas de grand-chose, juste qu'il était hors de lui. Mais là encore, impossible de savoir pourquoi …
Le phare de l'Impala s'illumina, Dean amorça une marche arrière et son cœur se serra d'un coup. Son frère n'allait quand même pas partir sans lui ?! Il envisagea sérieusement de se ruer sur la portière pour s'installer furtivement à l'intérieur. Mais il restait bêtement planté là, partagé entre l'angoisse et la colère. Puis Dean coupa le moteur et il se détendit de nouveau. Grâce à la luminosité du lampadaire, il put observer les moindres faits et gestes de son aîné qui ne mit pas plus de quelques secondes à changer l'ampoule du phare avant gauche. Finalement, mis à part la boue qui envahissait tout le bas de caisse et l'absence de l'optique qui laissait l'ampoule à nue, la Chevrolet était comme neuve. Dean avait su la réparer en moins de cinq minutes et sans effort particulier. Alors, s'il était si doué pour arranger les choses, pourquoi n'essayait-il même pas de l'aider lui, son propre petit frère ? Pourquoi se bornait-il à s'occuper de sa foutue bagnole sans même lui accorder un regard ? Il sentit la colère l'envahir de nouveau et fit son possible pour la maîtriser. D'un autre côté, il n'allait pas le laisser l'ignorer comme ça. Ses jambes se mirent en mouvement et il monta dans l'Impala. Comme ça, au moins, Dean ne repartirait pas sans lui !
Et, effectivement, ils rentrèrent tous les deux, toujours dans un silence de plomb. Une heure plus tard, rien n'avait changé – sauf peut-être le fait qu'ils n'étaient plus assis en voiture mais étendus sur leurs lits.
Impossible de dormir ! Il en était malade. Accablé, vide, fautif, malheureux, sur les nerfs, il ne savait pas laquelle de ces douloureuses sensations était la plus difficile à supporter. S'il voulait arrêter de se torturer l'esprit, avoir l'infime espoir de se sentir mieux, il n'avait pas le choix : il devait mettre tout ça au clair avec son aîné.
- Je paierai la réparation, s'engagea-t-il d'une voix si faible qu'il se demanda si son frère l'avait entendu.
Au bout d'un moment, il soupira. Une chose était sûre : Dean ne dormait pas. Le problème était qu'il ne réagissait pas non plus. La rage subsistante qui affluait toujours dans son système nerveux, affleurait sa peau et il n'était pas sûr d'être en mesure de la gérer encore longtemps. Décontenancé, il réitéra malgré tout sa tentative.
- Si tu me montres, ou juste que tu m'expliques, je pourrais peut-être faire la réparation moi-même.
Toujours pas de réaction. Le désespoir qu'il ressentait se traduisit par une exaspération telle qu'il devint agressif.
- Dean, merde ! Je sais que tu ne dors pas alors réponds, bordel !
- L'optique de phare ne me coûtera rien et je n'ai pas besoin de toi pour réparer ma bagnole.
Ces quelques mots eurent l'effet d'un coup de massue sur le sommet de son crâne. La réponse n'était pas à la hauteur de ses espérances et le ton était glacial. Il sombra de nouveau dans la démoralisation la plus totale.
- Alors quoi ? Y a rien à faire, c'est ça ?
Derrière cette question anodine, se cachait en réalité son ultime et infime espoir. Ses pensées étaient à des milliers de kilomètres de l'Impala maintenant. La seule chose qu'il voyait était que si son grand frère ne cherchait plus à l'aider alors il n'y aurait effectivement plus rien à faire, plus rien à espérer …
x*x*x*x
La voix cassée de son petit frère l'incitait à le réconforter. Il voulait lui dire qu'il ne devait pas s'en faire pour l'Impala, que ce n'était pas ce qui importait et qu'il n'y avait rien à ce sujet qui puisse justifier qu'il se torture encore. Sauf que ça allait à l'encontre de son plan. Ca faisait un bail que son instinct lui hurlait que quelque chose de beaucoup plus grave se cachait derrière tout ce foutoir et il avait besoin d'en avoir le cœur net. Malgré ses réactions étranges de ces derniers temps, il connaissait très bien son cadet. Et comme rien de tout ce qu'il avait fait jusque-là n'avait été très concluant, il avait décidé d'adopter cette attitude dédaigneuse, l'ignorant superbement. C'était bien une chose que Sammy ne supportait pas et qui l'inciterait forcément à réagir. En plus, ça n'avait pas été très difficile car il lui en voulait énormément. Cette situation ne pouvait plus durer. Il était hors de question que son petit frère se mette une nouvelle fois en danger aussi stupidement. Le moment était venu de s'expliquer clairement et il ne flancherait pas jusqu'à ce que tout soit résolu !
Il s'assit donc sur le bord de son lit et appuya sur l'interrupteur. La lumière soudaine dégagée par l'ampoule du plafond leur agressa les yeux. Après quelques secondes d'adaptation, il constata que Sam était toujours allongé sur le dos et qu'il s'était caché en plaçant son avant-bras sur son visage.
- Dis-moi ce qui t'es passé par la tête, lança-t-il de but en blanc.
Voyant que son cadet restait muet, il l'incita à réagir.
- Sam ! C'est toi qui a voulu parler alors parle !
Le plus jeune soupira : maintenant Dean n'allait pas le lâcher. Et le plus désespérant était qu'il n'avait aucune réponse à lui apporter. Il ne savait même pas lui-même ce qui le mettait dans ces états extrêmes. Il se dit alors qu'il aurait mieux fait de s'abstenir. Pourquoi avait-il fallu qu'il commence cette foutue conversation ? Après tout, passer une nuit blanche n'était pas si terrible. Il avait l'habitude, surtout ces derniers temps. Maintenant, c'était trop tard. Il sentait le regard insistant de son aîné braqué sur lui. C'était irritant au point qu'il en serra les mâchoires et les poings.
- J'te l'ai déjà dit, articula-t-il difficilement entre ses dents. J'ai pas d'explication. Y'a rien à dire !
- Y'a rien à dire ?! Explosa le plus vieux en se levant brusquement. Arrête de te foutre de moi ! Tu fais n'importe quoi. Tu ne manges plus rien. Si ça continue c'est tes fringues qui vont te porter. Et puis, ça fait combien de temps que tu n'as pas dormi ? Oh, et évite les conneries du genre : « Mais non, Dean ! Tu te fais des idées, Dean ! J'vois pas de quoi tu parles, Dean ! … »
Cette imitation plus qu'approximative et cette pseudo-analyse de son problème ne plurent pas le moins du monde à Sam qui laissa son ressentiment s'exprimer.
- Ben voilà, c'est ça ! Je suis anorexique, je m'empêche de dormir et mon seul plaisir est de te pourrir la vie. Oui c'est ça, je fais tout ce qu'il faut pour être crevé et devenir un emmerdeur de p'tit frère !
- Tu n'es pas un … enfin si, t'en es un ! Surtout quand tu réagis comme ça. Mais ça ne peut pas durer. Dis-moi c'qui cloche ! Et regarde-moi, bordel !
Le plus jeune souffla son exaspération et s'exécuta. Il ôta son bras de son visage et s'assit sur le bord de son lit. Malgré tout il n'avait aucune envie de lever la tête pour croiser le regard furieux de son frère. En plus, Dean ne cessait d'arpenter la chambre dans tous les sens et ça lui donnait le tournis.
- C'est si difficile à croire pour toi que j'puisse être comme ça, lui demanda-t-il finalement.
- C'est-à-dire ?
- J'suis un mec normal de seize ans, Dean ! J'étais tellement en rogne contre toi ce matin que j'ai eu envie de te faire chier. Et bousiller ta bagnole m'a paru un bon moyen d'arriver à mes fins. C'est tout. Inutile de te creuser les neurones pour essayer d'élucider le mystère. Alors si ça t'énerve tant que ça, tu n'as qu'à m'en coller une et on n'en parle plus !
Le poing de Dean siffla dans les airs avant de s'abattre violemment sur la table de chevet qui séparait leurs deux lits.
- Arrête de me prendre pour un con ! Hurla-t-il, exaspéré.
L'aîné se calma net dès qu'il croisa enfin le regard de son petit frère. Sa réaction explosive l'avait fait sursauter et il avait fini par relever la tête, médusé. A présent, il pouvait voir les cernes noirs qui se creusaient sous ses yeux rougis par la fatigue. Cette vision agit instantanément sur son humeur et il se radoucit en une fraction de seconde. Il se rassit sur son lit et se massa les arcades sourcilières dans un geste qui se voulait apaisant. Pour autant, il n'avait pas envie d'en rester là. Après tout, rien n'avait encore été résolu.
- Sam, c'est pas de la bagnole dont je suis en train de parler. J'm'en fous de la bagnole …
- Ouais ! Souffla ironiquement le cadet en se levant. C'est ça ! J'vais t'croire !
- Quoi ? S'étonna le plus vieux en l'imitant.
Le changement de ton ne lui plut pas du tout mais la lueur de rage qu'il venait de croiser dans le regard de son petit frère lui indiqua que l'explosion allait être imminente. Alors il se prépara moralement et physiquement à encaisser. De toute façon, ils devaient en passer par là !
- Tu ne te rends pas compte à quel point tu es pathétique mon pauvre Dean ! Commença Sam en arpentant la chambre de long en large. Tu veux que j'arrête de te prendre pour un con ? Ben mon p'tit pote t'as qu'à commencer par utiliser ta tête. De quoi tu voudrais que je te parle ? De toute façon tu n'comprends rien ! T'es incapable de réfléchir par toi-même. Il faut toujours qu'il y ait quelqu'un pour te souffler les réponses. Et si tu ne trouves personne pour t'aider et ben tu restes planté là tout seul comme un con et tu ne fais rien ! T'es même pas foutu de t'en rendre compte parce que tu ne t'es jamais posé cette question ! C'est dramatique ! T'as aucune personnalité. Ta foutue bagnole de merde, tes goûts musicaux – si on peut appeler ça comme ça – et même ta veste en cuir, rien ne t'appartient vraiment. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu n'es rien ! Tu n'es personne !
- T'as fini ?! Intervint Dean en essayant tant bien que mal de garder un semblant de calme.
- Oh, non ! Je suis loin d'en avoir fini ! Finalement t'es quoi ? T'es qu'une pâle copie de notre père ! Et encore, même ça t'es pas foutu de le faire correctement ! Mais tu sais quoi ? C'est pas plus mal. Non mais franchement tu pouvais pas te trouver un meilleur modèle ? John Winchester, hurla-t-il en faisant de grands gestes avec ses bras, le plus grand chasseur de monstres de tous les temps ! Formidable ! Ben tu sais quoi, c'est tout ce qu'il est ! Il est tellement borné qu'il ne vit que pour sa putain de vengeance et sa quête à la con. Résultat, la seule chose qu'il est à mes yeux, c'est un géniteur ! Il n'est jamais là pour nous et il se fout complètement de nous mettre en danger …
- Bon allez, c'est bon ! T'as fini ! S'énerva l'aîné.
Il ne supportait plus d'entendre autant d'horreurs sur leur père ni sur sa vengeance qui n'avait vraiment rien d'anodine puisqu'elle concernait quand même le meurtre de leur mère. Il serra les poings, résistant à l'envie d'incruster la tête de son frangin dans le mur derrière lui.
Mais ça, Sam l'avait bien compris et il savait où appuyer pour que ça fasse mal ! La machine était lancée et il ne contrôlait plus rien. Les mots fusaient et se plantaient directement dans le mille à chaque fois. Il déversait toute la fureur qu'il avait en lui mais rien ne le soulageait vraiment. Alors il poursuivit en affichant un sourire malsain :
- Ah, non, non ! Tu voulais qu'on parle, alors on parle ! Quoi ? J'tai vexé ? Mais y a qu'la vérité qui blesse mon p'tit Dean ! Tu me détestes, hein ? T'inquiète, c'est réciproque. J'suis sûr que là, t'as vachement moins envie d'être mon grand frère ultra protecteur. Je sais que t'en as marre de moi. Mais tout ça c'est de la faute de ton idole : Ta vie serait tellement plus simple si papa m'avait laissé cramer avec mam …
Dean ne le laissa pas finir sa phrase et mit un point final à cet épouvantable monologue.
x*x*x*x
- Je sais que t'en as marre de moi. Mais tout ça c'est de la faute de ton idole : Ta vie serait tellement plus simple si papa m'avait laissé cramer avec mam …
Il n'eut pas le temps de la voir arriver. En revanche, il ressentit pleinement la gifle que lui administra son frère. Il recula de deux pas sous l'effet de l'impact. Aussitôt, il appliqua sa main gauche sur sa joue tout en essayant de faire face aux différents ressentis qui l'assaillaient.
Comme au poste de police, le « Sam diabolique » venait de disparaître en une fraction de seconde, le laissant seul face à ses méfaits. Il n'y avait plus une once de colère en lui, juste une épouvantable masse de remords. Dean le fixait, attendant certainement une réaction de sa part. Malheureusement, il en était incapable. Il était comme pétrifié. En soi, la gifle avait été douloureuse mais supportable. En revanche, la symbolique du geste fit naître en lui une souffrance indescriptible. Il avait terriblement mal. Les propos que son double maléfique lui avait fait dire étaient blessants et injustes. Il n'en pensait pas le moindre mot et regrettait amèrement que son aîné les ait entendus. Cinq minutes auparavant, il aurait tout fait et tout dit pour faire réagir son frère, lui rappeler qu'il était là et qu'il avait besoin de lui – au risque de déclencher une bagarre avec lui et provoquer une rupture irrévocable entre eux. Et maintenant qu'il était parvenu à ses fins, il aurait fait n'importe quoi pour que ce moment n'ait jamais eu lieu. Pourquoi n'avait-il pas su éteindre ce feu rageur qui l'avait consumé de l'intérieur et avait réduit en cendres la relation si forte qui le liait à son frère ? A ce stade, les excuses étaient inutiles, le pardon impossible ! Il sentit un grand vide se former au sein de son corps. Sa gorge était nouée. Ses yeux le brûlaient tant il refusait de laisser ses larmes couler. Il ne devait pas pleurer, il n'en avait pas le droit !
Puis ce fut son estomac qui se manifesta. Décidément, tous ces bouleversements entraînaient des conséquences extrêmement désagréables au sein de son organisme. Il se retint et se précipita vers la salle d'eau. Il eut juste le temps d'atteindre la cuvette des toilettes avant de vomir une mousse jaunâtre. Il suffoquait et commençait à éprouver des vertiges. Cette désagréable sensation lui donna des sueurs froides. Un moment, il crut percevoir la présence de son grand frère derrière lui mais lorsque les spasmes s'arrêtèrent enfin, il jeta un œil autour de lui et constata qu'il était seul, désespérément seul. Epuisé et misérable, il pivota sur le côté et se laissa tomber à même le sol, se servant du mur pour y accoler son dos. Il laissa son coude et son avant-bras sur la cuvette pour avoir un point d'appui en cas de deuxième round avec son estomac qu'il estimait décidément peu stable. Il percevait les larmes ruisseler sur ses joues brûlantes. Il ressentait des fourmillements dans les jambes et ses oreilles bourdonnaient comme si elles étaient soumises à une trop forte pression. Il posa sa tête sur son bras et ferma les yeux pour faire passer ce malaise. Il vainquit un nouveau haut-le-cœur. Son petit déjeuner était un lointain souvenir et seule la bile acide remontait le long de son œsophage. Dès qu'il eut maîtrisé sa respiration, il se concentra sur les signes qui auraient pu indiquer la présence de son aîné dans la pièce d'à côté.
A bout de force, il décida néanmoins de se redresser lorsqu'il entendit une porte claquer. Même s'il l'avait mérité, il ne voulait pas perdre son frère. Il ne fallait pas qu'il parte. Seul le désespoir lui permit de sortir de la salle d'eau. Il fut obligé de prendre appui sur les murs pour progresser. Ses jambes ne le supportaient plus. Sa tête tournait tellement qu'il ne savait même plus où il était. Mais il continuait à avancer car la seule chose qui résistait encore en lui était son désir inébranlable de le retrouver. Malheureusement, le sol devint dangereusement instable et ses genoux se dérobèrent sous son poids. Il s'effondra et sombra dans l'inconscience avant même que sa tête heurte le parquet.
x*x*x*x
Formidable ! Magnifique ! Enfin ! Comme quoi tout venait à « poing » à qui savait attendre ! Bon sang, qu'elle était fière de son jeu de mots ! C'était l'extase due à sa grande réussite. Ca valait vraiment le coup de poireauter là pendant des heures dans le froid. D'accord, elle devait bien avouer qu'à certains moments elle avait été assaillie de doutes. Ce grand nigaud de Dean qui ne s'énervait pas et ce p'tit crétin de Sam qui ressentaient déjà des remords alors que le combat du siècle n'avait pas encore eu lieu. C'était vraiment dépitant ! Heureusement que sa p'tite boule de nerfs préférée avait su se rattraper par la suite. Elle avait mis de grands espoirs en lui et il se devait de ne pas la décevoir.
Le grand dadais, par contre, avait été plutôt frustrant. Non mais c'est vrai, quoi ?! Pour un guerrier qui arborait l'œil du tigre, se limiter à balancer une petite baffe comme ça, c'était proche du ridicule ! Mais bon, elle se contentait de ce qu'elle avait et lorsque cet imbécile, long à la détente, avait eu la bonne idée de partir en claquant la porte d'entrée, elle avait tout de suite compris qu'elle avait gagné ! Elle était à deux pas de la maison, juste assez éloignée pour ne pas être repérée et suffisamment près pour intervenir le moment venu. Elle attendait donc que Dean s'en aille à bord de sa foutue bagnole et elle partirait à la charge aussitôt. Elle n'avait pas de temps à perdre. Lorsque le grand frère reviendrait, il trouverait son petit Sammy sans vie. C'était tellement triste qu'elle aurait presque pu feindre la larmichette. Enfin, elle n'allait certainement pas se gâcher l'appétit ! La faim et la soif de vengeance se faisaient ressentir depuis des jours, des mois ! Alors, à table !
