Un grand merci à tous ceux qui suivent cette histoire, rédigent des reviews ou des messages personnels.
Ouhlà, j'ai perdu deux revieweuses en route ... Vous êtes où ? NON, ne me dites pas que vous faîtes une allergie - ou pire : une overdose - de fic ! ^^
Elisab,merci mille fois de ta gentillesse, mille fois de ton soutien et mille fois de ta fidélité ! Je ne suis pas à la hauteur de ce que tu pourrais attendre puisque, malheureusement, je n'ai pas l'intention de faire intervenir John. Désolée, désolée, désolée.^^ Avec les premiers épisodes de la saison 8 (sauf le 5 que j'adore - merci Sammy ^^), je me suis sentie très en manque de lien fraternel donc ce sera juste : les frères Winchester contre l'adversité ! lol !
Dinahe, ravie que mon expression te plaise.^^ Je trouve que c'est vachement plus féminin que "Casser les burnes !" lol ! Rassure-toi, je n'ai plus qu'un bon petit massacre sur le feu avant la fin et en attendant, c'est détente ... ^^ MERCI, MERCI, MERCI pour tes super reviews !
Ceci est un chapitre zen bourré de moments frère-frère. Y a des jours comme ça où on en a besoin ... ça fait du bien ... enfin, en tous cas, ça fait beaucoup de bien à celle qui écrit ! lol !
Merci à vous tous pour vos encouragements et bonne lecture ^^
Chapitre 18
L'aube révéla la surface brumeuse du lac. Puis les premiers rayons du soleil caressèrent le capot de l'Impala où Dean s'était assis depuis près d'une heure. Malgré son manque de sommeil, il était détendu. Sam s'était endormi rapidement sur la banquette arrière, juste après avoir mangé un peu. Et la dernière fois qu'il y avait jeté un œil, il paraissait toujours aussi serein. Régulièrement, durant la nuit, il avait contrôlé sa respiration, craignant que son cadet ne sombre à nouveau dans un sommeil trop lourd à réveiller. Vers une heure du matin, Sammy avait commencé à grelotter alors il s'était tenu prêt à le sortir de l'un de ses nombreux cauchemars mais en le recouvrant de la couverture qu'il avait emportée, tout était rentré dans l'ordre. Le reste de la nuit avait été calme et pour lui, c'était plutôt encourageant.
Si l'état de santé de son frère avait décliné durant les dernières heures, il n'aurait pas hésité une seconde à briser la promesse qu'il lui avait faite. Il savait qu'il était capable de prendre soin de lui – il l'avait toujours fait – et surtout il n'avait aucune intention de l'abandonner à des inconnus, tout médecin qu'ils puissent être. Seulement, il s'était senti terriblement démuni, la veille, quand il avait constaté qu'il ne parvenait pas à le faire sortir de sa torpeur. Et puis cette forme de dépression dans laquelle était plongé Sammy lui rappelait douloureusement les victimes de la chasse que son père et lui avaient menée quelques mois auparavant. Alors, aux grands maux, les grands moyens ! Si son état avait nécessité une aide médicale – petit regard suppliant ou pas – il y aurait eu droit !
Sans en avoir conscience, un petit sourire en coin illumina son visage. Avec ses supplications, Sammy lui avait grandement facilité les choses. Il avait obtenu qu'il se plie à ses quatre volontés sans même lever le petit doigt. D'autant plus qu'à la base, ses intentions étaient de les éloigner le plus rapidement possible de la zone de danger qu'il avait détectée tout en gardant un œil constant sur son frère. A ce moment-là, il ne lui serait jamais venu à l'idée de le lâcher tout seul dans un hôpital. Il était hors de question de le laisser livré à lui-même, dans cet état pitoyable, au milieu d'incultes en matière de chasse alors qu'il y avait cette créature encore non identifiée à leurs trousses. Il se rappela du cri déchirant qu'il avait entendu la veille et son expression de visage changea du tout au tout. L'angoisse qu'il avait ressentie à cet instant continuait de lui tordre les trippes. Quelle que soit cette chose, elle en avait après eux. Il n'y avait aucun doute sur le fait que tous ces événements étaient liés.
Plus il y pensait et plus il était persuadé que sa théorie était la bonne. Malheureusement, ça n'allait pas du tout plaire à Sammy. Il devrait la jouer fine sur ce coup-là et c'était loin d'être dans ses cordes. Peut-être que, dans un premier temps, il pourrait demander confirmation auprès de Bobby. Ce vieux ronchon était un véritable puits de sciences. Il pourrait sans aucun doute lui fournir des éléments qui valideraient ou – ce qui l'étonnerait – infirmeraient son hypothèse. Au pire, il lui apporterait quelques informations non négligeables. Malgré cette excellente résolution, une chose était sûre : il allait devoir en faire part à son frère et ça ne serait pas une mince affaire. Pourtant, il était persuadé que Sammy en était arrivé aux mêmes conclusions que lui – et certainement bien avant lui ! Après tout, c'était lui l'intello de la famille. Et même avec ses accès de rage qui lui faisaient perdre régulièrement la raison, il n'y avait aucun doute que ce p'tit génie avait déjà résolu le mystère. Mais, tel qu'il le connaissait, il avait dû enfouir la solution aux fins fonds de son subconscient, refusant obstinément d'y croire une seule seconde, se torturant l'esprit à la recherche d'une alternative moins douloureuse.
Il sentit l'Impala bouger et comprit que son cadet était réveillé. Il décida de ne pas se retourner, de lui octroyer le temps nécessaire pour émerger, de le laisser venir à lui bien tranquillement. Après tout il lui devait bien ça. La discussion qu'ils allaient avoir ne serait pas de tout repos ni pour l'un ni pour l'autre. Mais quel que soit le mal que ça allait faire à Sammy, ils n'avaient pas d'autre choix que d'en passer par là.
x*x*x*x
Sam commença par s'étirer longuement. Il avait incroyablement bien dormi mais maintenant, son corps devait faire face aux courbatures dues à son entassement sur la banquette arrière. Inconsciemment son regard effectua une fouille complète de son environnement proche et s'arrêta de l'autre côté du pare-brise avant, sur le capot de l'Impala. Son frère y était assis et lui tournait le dos. Se sentant décidément de mieux en mieux, il entreprit de sortir de la voiture afin de satisfaire un besoin naturel. Le contenu de la bouteille d'eau qu'il avait avalé d'une traite avant de s'endormir se rappelait à son bon souvenir ! Une fois à l'extérieur, il remarqua que son aîné n'avait pas esquissé le moindre mouvement. Intrigué, il s'éloigna tout en se retournant partiellement pour l'observer du coin de l'œil. S'était-il endormi ? Dans cette position, c'était peu probable mais – avec son frangin – pas impossible ! De derrière l'arbre où il s'était installé, il le vit lever la tête vers le ciel avant de la rabaisser considérablement tout en se passant une main sur le visage. Donc, il ne dormait pas.
Ses sourcils se froncèrent d'eux-mêmes et il tira de cette observation, la conclusion qui s'imposait : Dean était contrarié. Il n'eut pas à chercher longtemps les raisons de ses préoccupations. Avec tous les événements qui avaient eu lieu ces derniers temps et qui s'étaient terminés en apothéose la veille au soir, il n'y avait rien d'étonnant à ce que son aîné soit dans cet état. Peut-être était-il temps de lui présenter des excuses. Dans un sens, il aurait préféré que Dean comprenne qu'il n'était pas lui-même lorsqu'il avait fait et dit toutes ces choses. Ca lui aurait grandement facilité la tâche. D'un autre côté, si son ainé prenait conscience de ce phénomène alors il mènerait plus loin ses réflexions et il en conclurait, sans aucun doute, la même chose que lui. Ce qui n'était pas envisageable.
Il se dirigea vers le lac et plongea ses mains dans l'eau glacée, les frottant vigoureusement l'une contre l'autre. Puis il s'aspergea le visage en espérant que ce petit coup de fouet lui fournisse la force d'affronter son frère. Dans la mesure où il n'avait aucune explication logique à lui fournir – et surtout pas celle à laquelle il pensait – il allait devoir développer des trésors d'ingéniosité pour le rassurer, tout en se faisant pardonner.
Il se releva, souffla une bonne fois et fit volte-face. Il observa ses pieds faire les premiers pas avant de relever la tête et se retrouva aussitôt prisonnier du regard profond et perçant qu'il connaissait si bien.
- Hey ! Lança-t-il innocemment.
- Hey ! Bien dormi, princesse ?
Il ne répondit pas et se contenta de sourire en inclinant et en secouant légèrement la tête. Dean ne changerait jamais ! Quelque part, c'était réconfortant. Il s'installa sur le capot de la Chevrolet, à droite de son frère. Ils restèrent un bon moment dans un mutisme total, à savourer la douceur des rayons du soleil sur leur visage, prisonniers de leurs esprits torturés. D'ordinaire, ce silence n'était pas un problème. Au contraire ! Mais dans ce cas précis, il devenait incroyablement lourd, presque impossible à gérer.
- J'crois que je mérite la palme du plus emmerdeur des p'tits frères, hein ? Finit-il par lâcher d'une traite tout en lançant des coups d'œil furtifs et gênés à son aîné.
- C'est sûr que tu aurais toutes tes chances lors d'une cérémonie de ce genre. Et tu pourrais compter sur mon vote.
- Ouais. J'vais devoir peaufiner mon discours alors. Euh … Dean ?
- Laisse tomber, l'interrompit le plus vieux, sachant très bien où il voulait en venir. C'était pas toi.
- Quoi ? Mais si, Dean !
- Non.
Sam dévisagea son frère, tiraillé entre le soulagement et l'appréhension.
- Et d'après toi, je suis moi maintenant ? Lui demanda-t-il sur un ton qui se voulait léger, proche de la plaisanterie, afin d'essayer de reprendre le contrôle de cette maudite conversation.
- Ouais.
- Comment tu le sais ?
- Je le sais.
Dans les yeux de son aîné, il put lire ce qu'il craignait le plus : Non seulement, il avait tout compris mais en plus il était déterminé à aller jusqu'au bout de son raisonnement. Cette fois, ils allaient droit dans le mur. Il tenta malgré tout de le contourner :
- Alors, pourquoi je me souviens de tout ? Dean, c'était bien moi qui ai fait et dit tous ces trucs. Comment ça pourrait être moi sans être moi ? Ce n'est pas logique.
- Il y a quelque chose ou plutôt quelqu'un qui te manipule.
- Qu'est-ce que tu en sais ?
- Ecoute Sammy, c'est vrai, tu n'as besoin de personne pour être un emmerdeur de première. Mais l'impulsivité, l'agressivité et l'inconscience, c'est pas ton truc. Alors, si tu as une meilleure explication, j't'écoute !
Sam baissa les yeux. Il devait bien admettre qu'il n'y avait aucune autre raison logique aux excès de rage qu'il avait ressentis. Le problème avec cette théorie était d'accepter que quelqu'un proche de lui le manipule et il refusait catégoriquement cette horrible possibilité. Et c'était à cause de ses réticences que le prénom de la première et unique personne qui lui était venu à l'esprit, ne franchirait jamais ses lèvres : Si Dean la soupçonnait alors il serait tenté de la tuer pour le protéger. Ou pire, il en parlerait à leur père qui, lui, l'exterminerait sans état d'âme …
- Toi aussi tu penses à Jeanne, lui indiqua la voix de son frère.
Son cœur marqua un arrêt avant de reprendre sa course à un rythme effréné. Dean était-il en mesure de lire dans son subconscient ? Non, c'était impossible. Alors pourquoi ne réagissait-il pas pour le convaincre du contraire ? Il devait impérativement dire quelque chose pour que son frère chasse cette idée de sa tête.
- Non. J'vois pas ce qu'elle vient faire là-dedans ? Mentit-il difficilement. Pourquoi tu dis ça ? Ne put-il s'empêcher de rajouter devant le regard sans équivoque de son aîné.
- Parce qu'elle a beaucoup changé depuis que je la connais. Parce qu'à chaque fois que tu es insupportable, tu viens de la quitter. Parce qu'elle a également essayé de me manipuler pour que je te fasse la peau alors que j'avais déjà envie de te tordre le cou … J'continue ou …
- Non, c'est bon, le coupa-t-il, incapable de cacher plus longtemps qu'il avait conscience de la validité de ses arguments. Mais … pourquoi ? J'veux dire – si c'est bien elle – pourquoi voudrait-elle me faire du mal ? On s'est toujours bien entendu. C'est une fille géniale …
- Oui, je suis d'accord avec toi. La Jeanne que j'ai rencontrée il y a deux mois était une fille géniale. Mais depuis, ce n'est plus la même. Et celle que j'ai eue au téléphone hier soir est définitivement une sale pétasse. Alors, soit elle a une sœur jumelle démoniaque soit …
- … elle est possédée.
Sam avait compris que son frère et lui en étaient malheureusement arrivés à la même conclusion mais il refusait catégoriquement qu'on fasse du mal à son amie. Pourquoi fallait-il qu'ils soient tous les deux de nouveau en phase, maintenant ?
- Dean, non. Il y a surement une autre explication. Réfléchis ! Qui m'en voudrait assez pour posséder Jeanne avec le seul objectif de m'en faire baver. Avant l'histoire avec les femmes-hyènes, je n'étais pas allé chasser depuis des mois.
- Tu te souviens de la chasse que j'ai faite avec papa. La vague de soi-disant suicides, les mecs dépressifs …
Il ne répondit pas. Bien sûr qu'il s'en souvenait mais il voulait effacer de sa mémoire la lecture du rapport d'autopsie et ce moment affreux où il était entré dans la chambre d'hôpital et qu'il avait vu son aîné inconscient et branché de partout. Il s'était senti tellement vide. La peur de le perdre et de se retrouver seul aurait pu lui faire perdre la tête !
- Sam ! Le rappela à l'ordre Dean. Tu es comme eux … j'veux dire comme ces victimes.
- Je ne suis pas dépressif ! S'emporta-t-il bien malgré lui.
Cette fois, ce fut au tour de son aîné de garder le silence. Pourtant, Sam détourna le regard, embarrassé, car les yeux de son frère en disaient bien plus long que ce qu'il aurait pu évoquer avec des mots.
- Mais … reprit-il, hésitant. Vous l'avez tuée …
- Elle, oui. Mais il y en a peut-être d'autres. Qui nous dit qu'elle n'avait pas une super copine qui n'a pas apprécié qu'on la zigouille, pensa l'aîné à haute voix tout en s'emparant de son téléphone. On va demander de l'aide à …
- Non ! L'interrompit Sam.
Dean s'arrêta dans son élan et le dévisagea en fronçant les sourcils, lui fournissant par la même occasion une irrésistible envie de se justifier :
- J'suis pas sûr que ce soit utile de mêler d'autres personnes à cette histoire. Imagine qu'on se plante. On aura l'air de quoi devant papa ? Non, je crois que le mieux c'est de faire d'abord quelques recherches par nous-mêmes et on avisera ensuite … Tu crois pas ?
- Si ! Confirma le plus vieux, suspicieux. Et le mieux placé pour nous aider dans ces recherches, c'est Bobby.
- Ah, oui, Bobby. C'est sûr qu'il en connait un rayon sur tout ça. Ok, mais peut-être que tu pourrais lui demander de rester discret, hein ?
La réponse se fit attendre mais il sut qu'il avait obtenu gain de cause lorsque Dean soupira. C'était toujours ça de gagné. Pendant que son frère se renseignerait sur la créature qui possédait Jeanne, lui, il s'affairerait à trouver une solution pour la sauver.
x*x*x*x
- Pourquoi tu ne veux pas que j'en parle à papa ? Lança Dean entre deux bouchées de beignet.
Son frère et lui étaient allés faire un tour dans la petite ville la plus proche et avaient rapporté de quoi manger pour les prochaines vingt-quatre heures. Ils étaient de nouveau installés près du lac, assis sur l'herbe, l'Impala stationnée à quelques mètres derrière eux.
Il avait décrété qu'ils resteraient ici pour la journée. Sammy avait essayé d'objecter mais il n'avait eu qu'à lui rappeler leur contrat pour le convaincre du bienfondé de sa décision. Il aurait tout aussi bien pu lui sortir un tas d'arguments tous aussi valables les uns que les autres. Mais maintenant qu'ils avaient évoqué le problème ensemble, il préférait utiliser le peu de temps disponible et profiter de cette accalmie partielle pour éclaircir certains points avec son cadet. Et de toute évidence, sa première question avait tapé dans le mille. La tête de Sam avait soudainement plongé dans sa tasse de café, camouflant partiellement son visage, et n'avait pas l'air de vouloir en sortir tout de suite pour daigner lui répondre. Pas de problème ! Après tout, ils avaient la journée. Il attendrait. Et puis, il arriverait bien un moment où ce foutu gobelet serait vide. Aucun doute que ce serait dans peu de temps … très bientôt … Cette attente nécessitait décidément beaucoup de patience … Non mais cette tasse était un puits sans fond !? Il le mâchait son café ou quoi !?
- Sam !
- J'vois pas de quoi tu parles ? lui répondit enfin l'accroc à la caféine, en sortant son nez de son gobelet mais en conservant un regard fuyant.
- Pour un mec intelligent, j'te trouve pas très brillant aujourd'hui ! déclara-t-il sans la moindre pointe d'humour dans la voix.
Il n'était pas vraiment d'humeur à plaisanter. La situation n'était déjà pas des plus simples alors il attendait des réponses claires et franches à ses questions. De son point de vue, il pouvait constater que le cerveau de son cadet était en pleine ébullition. Quelque chose le préoccupait et il était évident qu'il allait d'abord falloir résoudre ce problème avant d'obtenir les explications qu'il réclamait. Il décida donc de le fixer jusqu'à ce que cet incroyable cachotier crache enfin le morceau !
- Dean, j'ai besoin de savoir … Est-ce que … ? Est-ce qu'on est ok tous les deux ?
Ca c'était une excellente question. D'instinct, la réponse était oui. Mais maintenant qu'il était amené à s'interroger sur le sujet, il devait bien avouer qu'il éprouvait encore une certaine rancœur. Pourtant, il savait que Sammy n'était pas responsable. Il en était convaincu. C'était juste ces foutues paroles qui ne cessaient de se rappeler à lui. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser que la colère éprouvée par son cadet n'avait fait que révéler ce qu'il pensait réellement. Et ça faisait plus de mal qu'il ne voulait bien l'admettre. Mais il avait tout à fait conscience qu'il ne servait à rien de ressasser tout ça et que perdre du temps à se préoccuper de ce qu'il pouvait ressentir ne les aiderait pas à se dégager de ce bourbier. La seule chose dont il était sûr à cet instant, était qu'ils étaient frères et que ça ne pouvait que s'arranger. Jamais rien ne pourrait détruire ce lien. Alors, il se contenta d'acquiescer d'un signe de tête.
Une fois encore, Sammy prit le temps de la réflexion. Il n'avait pas l'air totalement convaincu par cette réponse furtive. Malgré tout, il se lança dans les confidences :
- Papa ne connait pas Jeanne – en tous cas, pas comme nous. La seule chose qu'il verra en elle c'est une créature à exterminer. Il va la classer dans la catégorie « monstres » et la chasser sans se poser plus de questions. Sauf que Jeanne est un être humain et qu'elle n'est pas responsable de ce qui lui arrive. Si on y réfléchit bien et si on suit notre logique de tout à l'heure, alors tout ce qui lui arrive en ce moment est de la faute de cette chasse que papa et toi avez faite il y a quelques mois. Elle est la victime d'une vengeance qui ne la concerne pas. Dean ! Je refuse qu'elle meure. Il faut que tu me promettes qu'on trouvera un moyen de la sauver.
C'était la deuxième promesse en quelques heures qu'il était amené à faire et qu'il n'était pas sûr de pouvoir honorer. Il savait parfaitement ce que pouvait ressentir Sammy pour l'éprouver lui-même. Cette jeune fille innocente et pleine de vie ne méritait pas de mourir. Et rien que l'idée de devoir lui planter un couteau entre les deux yeux le rendait malade. D'autant plus qu'il fallait saigner une de ses victimes auparavant et que la seule qu'il ait sous la main se trouvait être son petit frère ! Il s'en sentait totalement incapable. Sam avait raison : il était loin d'avoir la force de caractère de son père. Lui, dès que la situation l'exigeait, n'hésitait pas une seconde. Comme il le disait si bien, parfois, pour sauver des vies, il fallait savoir faire des sacrifices. Or, la chose qui possédait Jeanne s'acharnait sur son frère. Il ne pouvait pas la laisser poursuivre ce carnage il était incapable de tolérer ce genre de chose et il se savait prêt à tout pour protéger sa famille. En plus, rien ne lui disait que Jeanne n'était pas consciente malgré cette possession. Il se pouvait qu'elle souffre et qu'elle ne demande qu'une chose : être libérée de ce calvaire.
Alors il se retrouvait confronté à un vrai dilemme et la pression exercée par le regard insistant et implorant de son petit frère n'arrangeait rien.
- D'accord, j'ai compris, se lança Sam sur un ton indéfinissable, entre le désespoir et le reproche. T'as raison : tu ne me dois rien. Et je sais aussi que, malgré c'que tu veux m'faire croire, tu m'en veux encore. Mais, ce que j'essaie de t'expliquer c'est que … Dean, il faut absolument que tu comprennes que Jeanne et moi, on n'y est pour rien et …
- Oh ! La ferme ! S'emporta-t-il, exaspéré par la tournure de la dernière phrase de son cadet. Contrairement à ce que tu peux penser, je ne suis pas demeuré à ce point ! Et papa et moi, on n'est pas des monstres sanguinaires !
- Ce n'est pas …
- Tu me demandes de te faire une promesse que je ne pourrais peut-être pas tenir. Alors quoi ? Tu préfères que je te raconte des bobards ?
- Non, je …
- Bon ! Alors, écoute-moi bien ! A moi aussi ça me file mal au bide de savoir que Jeanne souffre à cause de nous ! Moi aussi, ça me fout la gerbe de penser qu'elle va peut-être y rester si on ne trouve pas un moyen de l'aider ! Seulement, voilà, pour le moment, la seule chose que j'ai c'est un putain de mal de crâne ! Je n'ai aucune solution à notre problème. Et dans la mesure où tu n'en as pas non plus, ben il est hors de question de s'engager dans des promesses à la con qui ne seront peut-être pas réalisables !
Sur ces mots, il se leva, appuya ses mains sur ses hanches pour comprimer un peu son abdomen douloureux et s'éloigna de quelques pas, tout en se forçant à reprendre une respiration normale. Il s'arrêta et souffla un grand coup. Il se sentait dépassé par les événements et l'urgence de la situation ne faisait qu'empirer les choses. Le comportement de son frère n'arrangeait rien non plus.
Il se retourna pour l'observer. Sammy était toujours assis sur l'herbe, les genoux pliés, les coudes posés dessus et la tête, inclinée vers le bas, prise en étau entre ses mains. Aucun doute qu'il était aussi désespéré que lui. Il soupira. Tout bien considéré, même s'il n'était pas en mesure de faire de miracle, il pouvait quand même s'engager sur certains points. Pour que son serment soit fiable, il lui suffisait de fixer des conditions, comme il l'avait fait la veille au soir. Il revint donc sur ses pas en se rongeant les ongles et se réinstalla à gauche de son cadet. Il garda le silence et lui jeta quelques regards en coin avant de se lancer :
- On va attendre que Bobby nous rappelle. On avisera ensuite. Toi et moi – et peut-être même Bobby – on cherchera une solution pour se débarrasser de cette chose en faisant le moins de mal possible à Jeanne. On fera tout ce qui est envisageable et dans la limite du raisonnable. Mais si ça ne fonctionne pas ou si on est à cours d'option, alors j'appellerai papa. Lui saura peut-être quoi faire.
- Et s'il ne le sait pas non plus ? Lui demanda Sam en dégageant son visage de ses mains et en appuyant sa question d'un regard inquiet.
- On verra à ce moment-là. Pour l'instant, ça nous laisse encore pas mal de possibilités. Sam, c'est tout ce que je peux te promettre. C'est à prendre ou à laisser. Sur ce coup-là, il va falloir que tu me fasses confiance.
- J'ai confiance en toi, marmonna son cadet en observant la touffe d'herbe qu'il était en train de manipuler sur sa droite.
- Ouais ! Ne put-il s'empêcher de souffler amèrement.
- Oui, Dean ! J'ai confiance en toi, s'énerva Sam en le fixant droit dans les yeux cette fois, juste avant de se radoucir considérablement. Ecoute, tout ce que j'ai dit hier soir, je ne l'ai jamais pensé, d'accord ? J'étais tellement en colère que j'ai sorti tout ce qui pouvait te faire du mal. Je te connais aussi bien que tu me connais. Alors ça n'a pas été très difficile de me mettre à ta place pour savoir ce que tu n'avais pas envie d'entendre. Mais ça ne veut pas dire que je croyais en ce que je disais. C'était cette foutue rage qui parlait. Pas moi ! … C'est vrai quoi, franchement ! T'es mon frangin, Dean. Et puis … Après tout ce que je t'ai fait subir – même si ce n'était pas vraiment moi – n'importe qui m'aurait laissé en plan. Mais pas toi ! Toi tu ne m'as jamais abandonné. Tu es toujours là pour moi. Alors, oui, Dean, j'ai confiance en toi ! Et j'te laisserai pas croire le contraire !
Voir Sammy déterminé à ce point, les sourcils froncés et le regard plongé dans le sien lui redonna l'envie de sourire. Enfin, il retrouvait son frère !
- T'es vraiment qu'un emmerdeur, lui confia-t-il sur le ton de la plaisanterie.
- Et toi, t'es qu'une tête de nœud ! L'imita Sam en piquant le dernier beignet de la boîte avant lui.
