Coucou tout le monde ^^
Dinahe, Tout pareil ! La relation fraternelle est l'élément que je place au top de ma liste "ce que je préfère dans Supernatural". J'espère juste que ce passage "bisounours" n'était pas trop édulcoré et que ça restait proche de la série. Parce que même si je suis en manque, faudrait voir à ne pas trop compenser quand même ! lol !
OtakTouch, pfiou, j'ai eu peur ! J'ai cru que tu avais fait une overdose de cette fic ou que tu n'avais pas du tout aimé le chapitre 17 ou que tu avais abandonné parce que c'était trop tendu ou ... lol ! C'est mon côté sammyesque qui me fait trop cogiter !^^ Dois-je dire que je suis soulagée et super contente de t'avoir retrouvée ?
Elisab,t'es trop gentille ! J'peux pas poster deux lignes sans que tu m'écrives un adorable commentaire. Permets-moi de te faire de la pub : chers lecteurs, allez donc faire un tit tour par là ( s/8689796/1/Je-te-l-avais-bien-dit), vous allez adorer ^^
Merci à vous pour vos reviews, MP ...
Dans ce chapitre, j'ai pris quelques libertés : j'ai mélangé du réel et du fictif et j'ai agrémenté le tout à ma sauce pour que ça colle avec l'histoire. Euh ... désolée ^^
Bonne lecture à tous et merci de suivre cette histoire !
Chapitre 19
- Je crois avoir trouvé un truc intéressant, commença Bobby à l'autre bout du combiné. J'pensais que la créature que vous aviez exterminée avec John était une sorte de sirène puisqu'elle attirait ses victimes en les faisant succomber à ses charmes. Mais en creusant un peu plus, j'ai découvert une légende qui date d'un bail mais qui pourrait tout à fait correspondre avec ce que tu m'as raconté ce matin.
Dean avait appuyé sur la touche du haut-parleur afin que Sam puisse également écouter. L'après-midi touchait à sa fin et le vieux chasseur venait de les rappeler pour leur faire part de sa découverte.
Il leur relata l'existence de deux sorcières qui seraient nées en plein cœur de l'Antiquité, dans une région obscure d'Europe. La naissance de ces sœurs jumelles aux dons phénoménaux avait été mal perçue par la population de l'époque, en adoration devant leurs Dieux. En effet, outre leur immortalité, elles avaient, apparemment, les moyens de s'approprier certains pouvoirs des divinités et cette faculté faisait d'elles, des personnes à la fois dangereuses et fascinantes. Chassées par les croyants, plébiscitées par les autres, ces sœurs maudites auraient grandi dans une haine farouche des humains et de leurs Dieux. A l'âge adulte, elles auraient décidé de mettre un terme à leur calvaire et se seraient employées à perfectionner leurs dons pour parvenir à leurs fins. Il leur aurait fallu près d'un demi-siècle mais un jour, la Terre trembla, le ciel gronda et les humains paniquèrent à l'idée de la fin du monde. Il s'avérait que ces catastrophes naturelles étaient la résultante de leur pernicieuse réussite. Grâce à une incantation, elles seraient parvenues à prélever les capacités de deux dieux de l'Olympe, Aphrodite et Ares. Malheureusement pour elles, ce nouveau pouvoir aurait été trop lourd pour leurs corps aux propriétés humaines qui s'asséchèrent progressivement, prenant l'allure de plaques de marbre, avant de se désintégrer en poussière. Leurs âmes ne pouvant survivre sans enveloppe charnelle, elles n'avaient pas eu d'autre choix que de posséder divers hôtes trouvés à proximité immédiate. Mais elles échouaient dans leurs tentatives de les conserver : au bout de quelques heures, la peau se flétrissait, les organes vitaux se desséchaient et l'ensemble de la musculature dépérissait. Elles étaient obligées d'effectuer des transferts fréquents et beaucoup trop coûteux en énergie. Grâce à leurs pouvoirs, elles mirent en œuvre une méthode qui leur permit de prélever sur les humains, les substances nécessaires au bon fonctionnement de leur enveloppe charnelle et d'assouvir, par la même occasion, leur besoin inébranlable de vengeance.
Au début, les gens parlaient de tortures et de massacres. A elles deux, elles formaient une équipe indestructible à laquelle rien ne pouvait résister. Tout était relaté dans les moindres détails : de l'agonie de leurs victimes à la jouissance de leur réussite. Le peuple fit appel à ses Dieux mais ses prières ne furent jamais exaucées. Les croyances déclinèrent doucement et les témoignages s'estompèrent au fil du temps.
- Si cette légende a un fond de vérité alors il y a de bonnes chances pour que nos sœurs jumelles aux dons hors du commun aient affiné leur technique. Elles ont eu le temps pour ça. Avec les documents que j'ai sous les yeux, ça ne m'étonnerait pas qu'elles aient profité des différents conflits qui sévissent dans le monde pour faire le plein et hiberner tranquillement quelques temps. Mais bon, la bonne nouvelle, c'est qu'on sait comment les exterminer, conclut Bobby.
Aussitôt, Sam devint blanc.
- Ouais, ben justement, intervint Dean. Je me demandais s'il n'y avait pas un autre moyen pour ça.
- Pourquoi ?
- Bah … pour mettre toutes les chances de notre côté, expliqua rapidement l'aîné en éludant la véritable raison.
- Jusqu'à ce que ton père et toi éliminiez la frangine, personne n'avait envisagé que ce soit possible donc essayer de chercher un autre moyen de la zigouiller alors qu'elle vous menace, ça ne me parait pas vraiment prioritaire.
- Et si on l'obligeait à quitter son corps, intervint Sam à son tour, complètement plongé dans ses pensées, loin d'avoir entendu ce que leur ami venait de dire. Puisqu'apparemment elle a besoin d'une enveloppe charnelle pour subsister …
- Ouais, c'est une idée, admit Bobby, peu convaincu malgré tout. Mais déjà il faut trouver un moyen imparable de la faire sortir – autant dire que la seule chose qui pourrait l'y obliger serait la mort de son hôte alors j'vois pas pourquoi perdre du temps sur ce point – en plus, il faudrait s'assurer qu'elle soit enfermée dans une pièce sans aucun autre être vivant à proximité. Et enfin on ne connait pas le temps nécessaire à son auto destruction une fois hors de son hôte, ni si ça va réellement fonctionner. Ca fait beaucoup trop de paramètres incertains pour moi.
Les arguments présentés par Bobby étaient imparables et pourtant les deux frères étaient déjà en train de mettre sur pied une stratégie commune pour mener à bien l'idée de Sam. A travers leurs regards respectifs, un flot d'informations circulait silencieusement. Lorsque Dean raccrocha juste après avoir remercié leur ami, il ne prit pas le temps d'écouter les mises en garde de celui-ci quant au fait d'attendre de l'aide ou encore d'être vigilent. Les frères Winchester venaient de prendre leur décision et il ne faisait aucun doute qu'ils feraient tout pour parvenir à leurs fins.
x*x*x*x
Les prochaines trente-six heures seraient déterminantes et le départ serait donné dès que Dean enclencherait sa clé dans le contact pour que l'Impala les conduise en ville.
En théorie, tout était prêt, ou, tout du moins, organisé. En pratique, il y avait certains éléments qui perturbaient Sam plus qu'il ne voulait bien l'admettre. Il était en charge de mettre au point un poison et un antidote pour Jeanne … et, accessoirement, pour Dean. Il avait bien quelques recettes expérimentales sous la main mais soit il lui manquait des ingrédients, soit il n'y avait pas de contre poison, soit il n'était pas certain de son efficacité. Son objectif principal était de faire croire à la mort de Jeanne en ralentissant son cœur suffisamment. En aucun cas, il n'était prévu qu'elle meurt pour de bon. Son choix s'était d'abord arrêté sur des médicaments. Il lui suffisait de braquer une pharmacie et il avait du prêt à l'emploi. Sauf que ça aurait tendance à attirer l'attention, qu'il fallait considérablement augmenter les doses pour que ce soit efficace et la plupart avait une action qui pouvait s'éterniser dans le temps. Or il ne voulait pas laisser l'occasion à Bobby ou à son père d'intervenir dans cette histoire. Il voulait régler tout ça au plus vite. Comme si ça ne suffisait pas, ce genre de médication avait le gros défaut de causer des dommages corporels irréversibles.
Il s'était donc focalisé sur les plantes – merci les cours de botanique ! Il avait évincé les baies car il était prévu d'insérer le poison dans la nourriture et leur goût amer ne passerait pas inaperçu. Un mois plus tôt, il aurait pu utiliser le muguet. La convallarine qu'il contenait s'assimilait à la digitaline. Au-delà des troubles digestifs qu'elle pouvait provoquer, les troubles cardiaques risquaient d'entraîner l'arrêt du cœur. Mais, de toute façon, cette option n'était plus envisageable. En revanche, c'était la pleine saison du rhododendron Ponticum. Sa toxine, appelée grayanotoxine pouvait être extraite des fleurs et des feuilles et se trouvait être soluble dans l'eau. Selon la dose utilisée, elle agissait directement sur les pulsations cardiaques. Il devait impérativement être précis car d'autres symptômes pouvaient apparaître : faiblesse musculaire, déshydratation – à cause des vomissements, transpiration, salivation – convulsions et mort. Autant dire que la pression sur ses épaules était à son comble.
L'étrange mélange était plutôt simple et rapide à réaliser et il avait un avantage certain : il possédait un antidote tout aussi aisé à fabriquer qui garantissait une totale réussite de leur plan. Il était convenu que Dean et lui se rendent au lycée au milieu de la nuit afin d'utiliser le labo de chimie car il avait besoin de matériel bien spécifique. Et d'autre part, de manière à être parfaitement préparé, il tenait à passer à la bibliothèque de la ville pour s'assurer qu'il n'y avait pas de contre indication quant aux substances médicinales qu'il allait devoir ajouter pour que ça fonctionne.
De son point de vue, il était bien plus simple de tout faire d'un coup cette nuit. Seulement Dean en avait décidé autrement parce que la bibliothèque – contrairement au lycée – était bien trop sécurisée à son goût, que ça demandait trop d'efforts pour essayer de déjouer les alarmes et que si l'alerte était donnée alors ça compromettrait le reste de leur plan ! Il avait donc exigé que la partie recherche se fasse en plein jour pendant les horaires d'ouverture. Cela impliquait qu'il fallait tenir Jeanne à distance pendant ce temps-là et, d'après son aîné, de toute façon il était préférable de savoir où elle était et il fallait garder un œil sur elle. Dean s'était donc octroyé cette charge et n'avait rien voulu entendre de ses objections. Il avait donné rendez-vous à Jeanne au lycée pendant la pause méridienne en prétextant de lui ramener les cours qu'elle avait prêté et en lui demandant de bien vouloir lui passer ses notes de manière à ce que son si studieux petit frère ne prenne pas de retard. Elle avait bien évidemment accepté et s'était empressée de demander de ses nouvelles puisqu'elle essayait de le joindre depuis un bail, sans succès. L'aîné s'était étalé sur l'état de santé de son petit frère en précisant qu'il était tellement mal qu'il ne pouvait pas recevoir de visite avant le lendemain et qu'elle serait la bienvenue chez eux si elle le souhaitait. Elle avait accepté « avec joie » sans savoir que dès qu'elle aurait mis un pied dans la maison le piège se refermerait à tout jamais sur elle.
Sauf que là encore, cette partie du plan ne convenait pas du tout à Sam. Une fois de plus, Dean envisageait de prendre tous les risques et il ne voulait rien entendre à ses objections. L'idée principale était de faire ingérer le poison à Jeanne lorsqu'elle viendrait leur rendre visite. Mais afin que la chose qui la possédait n'ait pas la possibilité d'accéder à un autre corps, il fallait que celui qui la reçoive « meurt » également. La seule tâche qui incombait au grand absent de cette scène était d'attendre, bien planqué à l'extérieur, que l'âme de la créature s'autodétruise avant d'administrer l'antidote aux deux victimes pour les réveiller de leur sommeil artificiel. Pourquoi fallait-il que ce soit lui qui attende avec sa petite fiole dans la poche pendant que son aîné serait aux prises avec le monstre qui possédait Jeanne ? Pourquoi ce serait à son frère d'ingurgiter le poison ? Jeanne était son amie, c'était son idée, c'était donc à lui d'être en première ligne ! Que pouvait-il bien faire pour inciter cette tête de mule à changer d'avis. Ah, il pouvait parler de confiance ! Avec cette attitude, il lui prouvait bien qu'il n'avait aucune foi en lui.
Ils étaient sur le point de partir pour la bibliothèque et il fallait impérativement qu'il profite du trajet pour lui faire comprendre son point de vue.
- Ca va durer combien de temps ? Demanda-t-il soudainement alors que Dean s'installait au volant de l'Impala.
- Quoi ?
- Cette situation. Tu veux toute ma confiance et tu l'as ! Mais toi ? Est-ce que tu me fais confiance ?
- Ben oui, bien sûr !
- Alors, pourquoi t'es le seul à prendre toutes les décisions importantes ? Comment ça se fait que je n'ai pas mon mot à dire ?
Dean étudia son frère intensément. Il avait une foi inébranlable en son cadet. Seulement, même s'il y avait quelques progrès au niveau de son état de santé, il était loin d'être totalement remis. Pas besoin d'être Einstein pour comprendre qu'il était toujours très faible … vraiment trop faible ! Et il ne pouvait s'enlever de l'esprit le souvenir de son corps inanimé sur le sol. Comme il ne pouvait pas s'empêcher de repenser à leur dernière chasse et au nombre de fois où Sammy s'était retrouvé en danger de mort. D'ailleurs, il se demandait bien pourquoi il s'était finalement lancé dans cette folie. Bien sûr, ils avaient toutes les raisons du monde d'aider Jeanne et de mettre un terme à cette situation déplorable. Sans compter que l'idée de son cadet était excellente et que le plan qu'ils avaient élaboré tenait la route. Mais un simple coup d'œil à Sammy faisait émerger de sérieux doutes dans son esprit. Alors, oui, peut-être qu'il se montrait un peu dur avec lui, peut-être qu'il était un tantinet dirigiste, voire carrément intransigeant, mais il assumait parfaitement ce choix parce que c'était pour son bien. Et puis il avait consenti de suivre son idée et de la réaliser rapidement. C'était déjà pas mal.
Il fit de son mieux pour éviter son regard insistant et se protégea de cette discussion qu'il ne voulait pas avoir en se lançant dans l'humour.
- C'est bizarre que tu penses que t'as rien à dire parce que moi j'ai vraiment l'impression de n'entendre que toi ! Tu n'arrêtes pas de jacasser ! T'es pire qu'une gonzesse !
- Ca n'a rien de drôle, Dean ! S'énerva Sam en fronçant les sourcils. Tu sais très bien ce que je veux dire. On est censé bosser en équipe, se partager le boulot équitablement. Je ne suis pas un petit être fragile ! Si tu continues à me traiter comme un gamin inexpérimenté, ça ne fonctionnera pas.
- Arrête ta parano ! Et si on suit notre plan à la lettre, ça ne peut pas rater.
- Ouais ! Souffla Sam en évacuant toute son amertume. Le super plan que TU as élaboré ! Celui où TU prends les décisions ! Celui où TU prends les risques ! Celui où TU m'ordonnes de rester bien gentiment à l'abri !
- J'te rappelle quand même qu'au départ c'était ton idée !
- Ouais, exactement, c'était MON idée et j'estime avoir mon mot à dire dans la réalisation de MON idée.
- Tu as dit qu'on devait se partager le boulot. Ben c'est ce qu'on fait : tu t'occupes du poison et de l'antidote et je m'occupe de Jeanne. A chacun ses compétences. J'me vois pas faire la mixture, perso. Et j'comprends pas c'qui te gène là-dedans. Je t'ai déjà promis de ne faire aucun mal à ton amie et tu es censé avoir confiance en moi.
- C'est pas ça le problème, marmonna Sam en secouant la tête désespérément. C'est … Et si elle te chope tout à l'heure ? Et si c'était elle qui te faisait du mal ? Et si pour une raison ou une autre, elle faisait en sorte de te retourner contre moi ?
- Ca n'arrivera pas.
- T'en sais rien du tout ! S'emporta-t-il de nouveau. Qu'est-ce que tu crois ? Que c'est facilement gérable ?! Que t'es invincible ?! Ben tu te goures ! Je n'ai rien pu contrôler, moi. Je sentais la colère me submerger, je n'étais plus capable de réfléchir et je te haïssais sans même comprendre pourquoi …
- Ok, on se calme ! Tu m'as dit que c'était quand elle te touchait qu'elle agissait sur ton humeur donc il suffit que je garde mes distances et tout ira bien.
- Et si elle te piégeait quand même ?
Dean garda le silence un moment. Son air goguenard qu'il pouvait afficher lorsqu'il était mal à l'aise n'avait pas sa place sur son visage. Il était sérieux et le fait de voir son petit frère dans cet état ne faisait qu'approfondir la gravité de la situation. De toute évidence, quoi qu'il puisse lui dire, il ne réussirait pas à le rassurer.
- Dean ! S'impatienta Sam.
- D'accord, céda l'aîné. On envisage qu'elle réussisse à m'atteindre. Dans ce cas là, je deviens un danger pour toi parce que comme tu l'as si bien dit, je ne pourrais plus me contrôler. Je pourrais dire des choses que je ne pense pas ou pire encore faire des trucs impardonnables. C'est pour ça que je préfère qu'on se retrouve à la bibliothèque. Quand j'arriverai, tu observeras bien mon état d'esprit. Si tu sens que je suis énervé, tu te barres, tu cherches la protection des vigiles, tu me fais mettre en taule, bref, tu fais ce qu'il faut pour te protéger.
- Quoi ?! N'importe quoi ! C'est pas la peine, je pourrais encaisser et je sais me défendre.
- Putain, Sam ! Tu fais ce que je te dis !
- T'as pas d'ordre à me donner ! T'es pas papa !
Ils se fixèrent intensément avant de détourner leur regard respectif, tout en essayant de réguler leur respiration devenue saccadée.
- Non ! Mais j'suis l'aîné … décréta Dean après quelques secondes d'un silence pesant. Et c'est moi qui ai les clés ! Ajouta-t-il en agitant le trousseau pour bien faire comprendre qu'ils ne bougeraient pas de là, le temps qu'ils ne seraient pas d'accord.
Ils se défièrent du regard, chacun convaincu du bienfondé de ses arguments, attendant que l'autre finisse par entendre raison.
x*x*x*x
- C'est bien c'que j'disais, tu n'as pas confiance en moi ! Finit par décréter Sam sur un ton boudeur.
- Putain, c'que t'es lourd ! S'énerva Dean. Si je n'avais pas confiance en toi, j'peux te dire que je n'ingurgiterais pas ta foutue potion magique.
- Ben justement, ça c'est à moi de le faire ! Après tout, si Jeanne vient à la maison c'est pour me voir moi, pas toi !
- J'en ai rien à foutre ! hurla l'aîné avant de se passer une main sur le visage pour essayer de se calmer. Tu n'es pas encore complètement rétabli et on ne sait pas si ton fameux breuvage n'aura pas des conséquences bien plus graves sur toi que sur moi ... Non, Sam ! Le coupa-t-il au moment où il le vit ouvrir la bouche pour rétorquer. Voilà le seul choix que je te propose : Soit on fait tout comme on a dit, soit on attend que tu sois complètement rétabli et dans ces conditions tu pourras avaler ta décoction cul sec !
Sam souffla son exaspération. Dans ces moments-là, il était impossible de faire entendre raison à Dean. Il était tellement borné qu'il ne voyait aucun intérêt à essayer d'envisager d'autres options. Quant à son fameux choix qu'il lui octroyait, c'était ni plus ni moins qu'un leurre. Son frangin était tellement prévisible : à ses yeux, il ne serait jamais suffisamment rétabli pour l'autoriser à prendre un risque, même minime. Par contre, il ne voyait aucun problème à se sacrifier lui-même pour la bonne cause et ça, au-delà de l'aspect agaçant, c'était vraiment inenvisageable ! Et dans la mesure où le temps leur était compté et qu'il allait batailler dans le vide, il ne lui restait plus qu'une chose à faire.
- D'accord, on fait comme on a dit, accepta-t-il à contrecœur.
Dean fixa son cadet en plissant intensément les yeux. Si seulement, il pouvait lire dans son esprit ! Mais maintenant que Sammy avait détourné son regard, c'était vraiment trop compliqué. Et ce simple geste, cette étrange réaction, le faisait fortement douter. Quelque part, ça le mettait mal à l'aise de penser ça mais il devait bien admettre que la confiance qu'il portait à son petit frère venait de s'en prendre un coup ! Qu'est-ce qu'il pouvait bien mijoter dans sa petite tête d'intello ? Tout ça ne lui disait rien qui vaille. Tout en tripotant ses clés de voiture, il se demanda si tout compte fait, il ne ferait pas mieux d'attendre du renfort …
- Si tu veux mettre le contact, le plus simple est encore de glisser la clé dans cette petite fente que tu vois là, indiqua Sam en accompagnant ses paroles d'un léger signe de tête et de son index pointé en direction du neiman. Et ensuite, tu tournes délicatement …
Dean soupira.
- Peut-être qu'on devrait attendre, avoua-t-il finalement.
- Quoi ? Non, non, non, tu ne peux pas me faire ça ! Pas après tout ce que tu viens de me dire … Ecoute, ce qu'on peut faire c'est y aller par étapes. Tu vas à ton rendez-vous avec Jeanne. Tu fais gaffe qu'elle ne t'approche pas, tu l'observes jusqu'à ce qu'elle retourne en cours comme c'était prévu et enfin tu me rejoins à la bibliothèque. On avisera de la suite en fonction du taux de réussite de cette phase. Qu'est-ce que tu en penses ?
Si son aîné commençait à avoir des doutes, c'était mort ! Il venait d'avoir une excellente idée qui leur ferait gagner du temps, qui minimiserait les risques et qui aurait le mérite de prouver à Dean qu'il était capable de se débrouiller tout seul. Seulement s'ils n'allaient pas tout de suite en ville, la totalité de son plan tomberait à l'eau.
- Alors ? Demanda-t-il avec impatience.
- Tu me promets qu'on se retrouvera à la bibliothèque et que tu prendras les précautions nécessaires si tu vois que je ne suis pas dans mon état normal, insista le plus vieux d'un ton suspicieux.
- Oui, je te promets que quand tu reviendras me chercher, je serai bien gentiment assis devant une pile de bouquins à la bibliothèque et que je t'enverrai direct en taule au moindre signe d'agressivité envers moi, lui répondit-il très sincèrement en soutenant sans problème son regard perçant.
Ce qui était bien avec cette promesse c'était qu'elle était tout à fait compatible avec ce qu'il envisageait de faire. Comme ça, même si Dean se fâchait parce qu'il n'avait pas suivi leur plan à la lettre – ce qui en fait ne manquerait pas d'arriver – il ne pourrait pas lui reprocher de lui avoir menti ou de ne pas avoir respecté sa parole !
Sa réponse – ou plus exactement, sa façon de répondre – avait fini par convaincre Dean puisqu'il mit enfin le contact et prit la route en direction de la ville.
D'un côté, Sam se sentait détendu : il était persuadé que son nouveau plan était infaillible. Il s'était souvenu que le père de Jeanne était en déplacement. Il n'y avait donc personne chez elle. Si dans l'après-midi, il introduisait le poison dans sa nourriture et dans ses produits cosmétiques, il agirait dès ce soir, soit par l'ingestion, soit par le contact avec sa peau. Ni lui, ni son frère n'auraient à risquer leur vie. Ils leur suffisaient de l'observer à bonne distance et d'attendre que la chose s'autodétruise avant de donner à Jeanne le contrepoison. C'était absolument parfait et Dean serait à coup sûr d'accord avec cette partie puisque ça minimisait grandement les risques pour eux deux.
Tout ceci aurait dû le plonger dans une sérénité parfaite. Malheureusement, ce n'était pas du tout le cas et il faisait son possible pour ne pas se tortiller sur son siège tant il était mal à l'aise. Finalement, l'étape la plus difficile était celle qu'il allait entreprendre dans une demi-heure. Enfin elle n'avait rien de compliqué à réaliser, ce qui était le plus dur c'était de la cacher à son frère et de tout lui avouer dès que ce serait terminé. Nul doute qu'il allait s'en prendre plein la tête ! Ce serait tellement plus simple s'il pouvait tout lui expliquer dès maintenant. Seulement, s'il avouait à son aîné que pendant qu'il serait avec Jeanne, il allait se rendre au lycée pour élaborer le poison et l'antidote, Dean ferait demi-tour dans la seconde, sans écouter plus d'explications, en prétextant que c'était trop dangereux. Or ce n'était vraiment pas le cas. Il avait pensé à tout. Pendant la pause méridienne, le labo était déserté puisque les profs allaient se restaurer. La porte était fermée à clé mais il n'aurait aucun mal à la déverrouiller. Il y trouverait les quelques additifs dont il avait besoin et le matériel nécessaire à la conception des deux solutions. Le parc qu'il avait l'habitude de traverser pour aller rejoindre son frère au garage était pourvu de gigantesques parterres de Rhododendron et se trouvait à moins de cinq minutes du lycée. En plus, il n'y avait aucun risque que Jeanne l'attaque puisqu'elle serait avec son frère pendant tout ce temps. Bref, il n'y avait vraiment rien à craindre. Le tout était faisable en environ trente minutes, ce qui lui laissait le temps de repartir en direction de la bibliothèque et de s'y installer confortablement en attendant son aîné. Il avait même envisagé le cas extrême où Dean se ferait piéger par Jeanne. Dans ces conditions, et uniquement dans ces conditions, il tiendrait sa promesse et le ferait enfermer en cellule le temps qu'il se calme. De son côté, il pourrait toujours réaliser la suite de son plan. Enfin l'idéal serait quand même que tout aille bien pour son frère et qu'il le retrouve en bonne santé et en pleine possession de ses moyens, à la bibliothèque. D'ailleurs, peut-être devrait-il profiter de ce lieu « sécurisé » pour lui montrer les fioles et lui expliquer le bienfondé de son action. Dean n'oserait peut-être pas lui hurler dessus dans un tel endroit … Sur cette pensée, il ne put s'empêcher de jeter un œil au conducteur, mal à l'aise.
Regard furtif que Dean capta aussitôt. Il tenta malgré tout de rester concentré sur la route qui défilait devant lui. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser que Sam lui cachait quelque chose. Si ce p'tit malin avait accepté si facilement ses conditions, c'était qu'il avait une idée derrière la tête. Quant à son attitude, elle lui paraissait louche. D'un autre côté, il était peut-être tout simplement inquiet pour lui, comme il avait essayé de lui faire comprendre tout à l'heure. Et puis le fait de s'être engagé comme il l'avait fait, le rassurait en partie. Il était sûr que son cadet tiendrait sa promesse. Oui, il en était persuadé. Alors pourquoi avait-il si mal au ventre ?
