Ah mais non, mais non, je ne vous ai pas oubliés ! J'arrriiiiive ! Un grand merci à tous ceux qui suivent cette histoire, rédigent des reviews ou des messages personnels.

Elisab,le moment où tout va déraper est ... maintenant ! Attention, top départ ! lol !

Dinahe, en réalité j'ai honte car la dernière fois j'ai posté le mercredi parce que le week-end précédent je n'avais pas eu l'occasion de le faire. Je suis impardonnable ^^ Attaque de pupyy eyes quand même : on ne sait jamais, ça pourrait peut-être fonctionner ! lol !

OtakTouch, MDR ! J'espère sincèrement que ce chapitre sera à la hauteur de tes espérances. Quand j'ai lu ton commentaire dans la mesure où je connaissais déjà la suite ^^), je me suis dit que ça devrait te plaire ... enfin j'espère ^^

Merci à vous trois pour votre gentillesse et votre fidélité.

Merci à vous tous pour vos encouragements et bonne lecture ^^


Chapitre 20

Sera avait entendu le ronronnement du moteur si particulier, à des kilomètres de là, au moment même où la Chevrolet avait passé la pancarte indiquant son entrée en ville. Dans la mesure où Dean et elle avaient rendez-vous au lycée, elle l'attendait dans la cour, devant l'entrée, avec une impatience certaine. Dans son sac-cabas, elle avait glissé quelques notes prises à la va-vite durant des heures interminables de cours plus inintéressants les uns que les autres. Dire qu'elle avait dû se fendre d'y participer pour donner le change. Décidément, cette vengeance nécessitait des sacrifices dont elle se serait bien passée !

Lorsqu'elle comprit que l'Impala faisait un détour en ville, elle se décida à aller à sa rencontre. Elle avait besoin de savoir. C'en était devenu presque vital. Jusque-là, elle n'avait trouvé aucune information digne d'intérêt. Elle avait fureté chez eux, s'était décarcasser à visiter le moindre cabinet médical mais au final, elle n'avait aucune idée du lieu exact où les deux frangins s'étaient terrés ces derniers jours. Au-delà de l'aspect inquiétant de la chose, elle éprouvait un certain agacement !

Elle courut jusqu'à ce qu'elle finisse par distinguer la Chevrolet stationnée devant la bibliothèque. Tout en restant à couvert, elle décupla l'ensemble de ses sens afin d'optimiser sa surveillance. Le moteur n'était pas coupé. Dean restait installé au volant. Il venait de poser son bras droit sur le dossier de la banquette avant et se penchait pour s'adresser à son frère qui sortait du véhicule.

- On est d'accord. J'te retrouve dans la bibliothèque dans une heure ! N'oublie pas ta promesse !

- Ouais, râla le plus jeune, visiblement agacé. Et toi, fais gaffe ! Lui conseilla-t-il très sérieusement en le fixant intensément avant de fermer la portière et de gravir les marches de l'immense bâtisse.

De l'intérieur de l'Impala, Dean suivit son frère d'un regard grave jusqu'à ce qu'il ait totalement disparu derrière les lourdes portes en bois du vieux monument. Elle l'avait imité et s'était réjouie de constater à quel point Sam était diminué. Il avait certes repris quelques couleurs mais il était toujours très faible, très amoindri. Elle aurait pu le voir à des kilomètres à la ronde. C'en était à se demander comment il arrivait encore à tenir debout. Nul doute que la moindre contrariété ne manquerait pas de l'anéantir une bonne fois. Et si ça angoissait l'aîné et que ça brisait le petit cœur si fragile de son hôte, elle, de son côté, ça la ravissait au plus haut point ! Finalement, elle avait bien bossé !

Lorsque la Chevrolet reprit sa route, elle s'empressa de retourner au lycée. Tout en s'activant sur le chemin du retour, elle assimila les quelques données qu'elle venait de récolter : Sam était vraiment mal en point – élément positif – mais, malgré tout, son grand frère ultra-protecteur l'avait laissé sortir et l'abandonnait même tout seul dans la bibliothèque. Comment était-ce possible ? Et surtout pourquoi ? C'était vraiment louche ! D'autre part, il y avait le « Fais gaffe ! » du plus jeune qui la contrariait grandement. Ces deux abrutis n'avaient tout de même pas compris ce qu'elle manigançait ?! Encore moins qui elle était ?! Comment auraient-ils pu ? Ce n'était que des enfants après tout. Quoique, c'était là que se situait son erreur. Car, maintenant qu'elle les connaissait si bien, l'innocence de la jeunesse n'était vraiment pas un trait de caractère chez ces deux là. Sans oublier qu'ils avaient été élevés dans la conscience d'un monde surnaturel et qu'ils avaient été entraînés à détruire les êtres de son espèce. Sale vermine ! Elle ne devait pas faire la bêtise de les sous-estimer. Elle s'était déjà fait avoir à plusieurs reprises en essayant de briser leur complicité fraternelle. Elle y avait pourtant mis du cœur, de l'énergie, de l'ingéniosité mais le résultat n'était pas à la hauteur des efforts fournis. C'était quand même intolérable ! A force de le ronger, ce lien aurait dû finir par casser. Or c'était tout juste s'il était émoussé ! Bah ! Inutile de se complaire dans la frustration. Il y avait quand même une des extrémités qui commençait à lâcher prise. Il ne restait plus qu'à s'occuper du deuxième maillon.

Cette nouvelle étape était tout à fait réalisable mais elle devait néanmoins rester sur ses gardes. Ces deux abrutis n'étaient-ils pas en train d'essayer de lui tendre un piège ? Elle allait devoir vérifier la chose. Etrangement, ça ne l'inquiétait pas plus que ça puisqu'il n'y avait rien d'incompatible avec ce qu'elle avait prévu de faire. Si ces deux petits branleurs la prenaient pour une truffe, ils allaient être surpris.

Elle ralentit la cadence en arrivant devant le lycée. Ce qui était pratique avec l'heure du déjeuner, c'était l'abondance de véhicules qui circulaient en ville. Elle avait bien plus vite fait de traverser les différents pâtés de maisons en empruntant les passages piétons, que Dean qui devait tout contourner dans une circulation laborieuse. Elle se posta donc dans la cour et attendit bien tranquillement la venue de sa deuxième victime préférée.

x*x*x*x

Dean se stationna tant bien que mal dans une ruelle près du lycée. Il s'extirpa difficilement de l'habitacle, la tête embrouillée dans ses réflexions. Il ne pouvait s'empêcher de penser que quelque chose allait foirer. Il avait ce nœud au creux de l'estomac qui ne le lâchait plus et il faisait de son mieux pour ne pas faire demi-tour tout de suite pour rejoindre son frère. Même confiné dans la bibliothèque, Sammy n'était pas à l'abri du danger. Et même s'il était bien conscient qu'il savait se défendre, le fait de le savoir si fragile actuellement ne lui facilitait pas la tâche. Pourtant, il s'était engagé vis-à-vis de lui et ne pouvait faillir à sa parole. Il devait impérativement se concentrer, essayer de se raisonner. Il commença à se détendre lorsqu'il constata que Jeanne l'attendait effectivement dans la cour, devant l'établissement. Elle afficha un sourire qui aurait pu lui paraître sincère, dès qu'elle le vit approcher. D'autres lycéens conversaient à proximité par petits groupes isolés, ce qui dépeignait un tableau des plus banals … enfin s'il n'avait pas su que la jeune fille hébergeait une monstruosité prête à tout pour leur pourrir la vie.

Il la salua d'un signe de tête en entrant dans l'enceinte et s'arrêta de marcher quand il s'aperçut qu'elle s'avançait vers lui d'un pas décidé. Lorsqu'elle arriva à sa hauteur, elle se hissa sur la pointe des pieds et approcha rapidement son visage du sien.

- Wow ! Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda-t-il sur la défensive en s'écartant et en tendant une main devant lui pour la tenir à distance.

- J'te dis bonjour ! répondit-elle tout simplement, comme si c'était une évidence. C'est comme ça qu'on fait en France.

- Ah ouais ben pas chez nous ! Rétorqua-t-il plus sèchement qu'il l'aurait voulu.

- C'que tu peux être prude ! Pourtant, d'après Sam, t'es plutôt un chaud lapin.

- Quoi ? J'suis un quoi ?

- Ah non mais, ne te vexe pas ! Ce serait plutôt à moi d'être vexée. Je ne te plais pas ? Minauda-t-elle, boudeuse.

- Euh … Ca n'a rien à voir, s'embrouilla-t-il. J'te rappelle que tu sors avec mon frère.

- Où es-tu allé chercher cette idée ? Sam n'est pas mon petit ami, Dean.

D'accord, cette fois, il avait perdu pied. Elle avait réussi à le déstabiliser en quelques mots, des banalités, dès le début de la conversation. Il fallait impérativement qu'il se ressaisisse, qu'il reprenne le dessus.

- Ouais, ben je ne m'immiscerai pas dans votre « non-relation » alors ! Coupa-t-il finalement. T'as les cours ?

- Oui, mais pas toi apparemment.

Il suivit son regard et s'aperçut qu'il avait effectivement les mains vides. Quel idiot ! Il les avait laissés dans l'Impala.

- J'vais les chercher …

- J'viens avec toi.

- Non ! S'empressa-t-il de répondre en hurlant presque. J'n'en ai pas pour longtemps. Tu m'attends ici, d'accord ?

- D'accord, accepta-t-elle à contrecœur en retrouvant sa moue boudeuse.

Il s'éloigna d'elle avec soulagement. Cette petite pause inopinée était la bienvenue. Il devait se recentrer sur l'objectif. A présent qu'il savait Sammy en sécurité, loin de cette folle furieuse, rien ne devait entraver sa concentration. Il était hors de question qu'elle réussisse à le piéger à cause d'une foutue seconde d'inattention. Il s'empressa de récupérer les quelques notes et prit le chemin du retour. Sans en avoir l'air, il s'était assuré de la garder dans son champ de vision. Tout en revenant sur ses pas, il s'efforça de lui lancer son plus joli sourire. En soi ce n'était pas si difficile. Il lui suffisait de se souvenir de la jolie jeune fille qu'il avait rencontrée la première fois. Son dynamisme, son humour et sa sincère amitié avec son petit frère avaient fait pencher la balance en sa faveur. Il avait été séduit par sa gentillesse et lui avait accordé toute la confiance dont il était capable envers les inconnus qui approchaient un peu trop près de son cadet. S'il y avait bien une personne que lui et Sammy devait aider, c'était elle. Pourtant, plus il se rapprochait d'elle et plus il voyait que son regard trahissait la chose horrible qui avait pris possession de son corps. Ce fut à cet instant qu'il remit de l'ordre dans ses priorités. Si ça devait dégénérer avec Jeanne, c'était Sammy qui primait. Alors quelle que soit l'horreur de la situation, il ferait ce qu'il faut. Lorsqu'il arriva de nouveau à sa hauteur, il était déterminé.

Il prit garde, lors de l'échange des documents, à ne pas se laisser effleurer par la jeune fille. Il géra bien plus facilement la conversation qui s'ensuivit. Tout en restant concentré, il se sentait plus à l'aise car il savait qu'il était maître de la situation. Mais il fallu une fraction de seconde pour que toute cette maîtrise s'effondre.

Il remarqua que les yeux de Jeanne venaient d'être attirés sur sa droite. Il suivit son regard et reconnut sans l'ombre d'un doute, la silhouette de son frère qui s'éclipsait derrière le mur d'enceinte. Il resta figé, ne sachant comment réagir, tiraillé entre la nécessité de jouer les innocents, de faire celui qui n'avait rien remarqué et le besoin de rejoindre son cadet au plus vite pour l'éloigner du danger. Mais pourquoi était-il là ? N'avait-il pas promis de rester à la bibliothèque ? Qu'est-ce qui lui était passé par la tête ? Dès qu'il aurait remis la main sur lui, il allait le …

- Je croyais que Sam était resté à la maison, s'enquit Jeanne amer, en lui enserrant le poignet.

Il essaya de se dégager mais la jeune fille avait une poigne de fer. Aussitôt, il sentit la rage le submerger. Avec horreur, il comprit qu'il ne pouvait pas contrôler sa progression malsaine au sein de son organisme. Pour autant, il ne s'avoua pas vaincu : S'il ne pouvait pas gérer la fureur qui l'envahissait insidieusement, il était toujours en mesure de l'orienter vers la personne de son choix.

- Comment ça, Sam ? Qu'est-ce que tu racontes ? Articula-t-il difficilement entre ses mâchoires serrées.

- Oh, arrête de me mentir ! Tu l'as vu aussi bien que moi. Par contre, tu as l'air tout aussi surpris que moi.

- C'est parce que je ne comprends pas de quoi tu parles, s'emporta-t-il. C'est impossible que tu aies vu Sam ! Il ne peut pas être là …

- Pourquoi en es-tu si sûr ? Lui demanda-t-elle les yeux plissés, sa main renforçant sa prise sur son poignet.

- Parce que !

- Parce que, quoi ?

- Parce qu'il me l'a promis ! hurla-t-il à travers ses dents comprimées à l'extrême, tout en se dégageant enfin de son emprise.

- Je vois, déclara-t-elle avec un sourire faussement compatissant. Tu ne devrais pas te mettre dans des états pareils, Dean. Tu t'attaches vraiment trop à des détails. Sam n'accorde peut-être pas autant d'importance aux promesses que toi … à moins que ce soit la personne à qui il ait fait cette promesse qui ne soit pas si importante que ça à ses yeux.

Sa respiration déjà haletante s'accéléra en même temps que les battements de son cœur. Il avait une furieuse envie de frapper tout ce qui bougeait et en particulier, il voulait arracher la langue de vipère de cette saleté et lui faire bouffer par les narines.

- Tu racontes n'importe quoi ! Ragea-t-il. Tu ne réussiras pas à me monter contre mon frère, exprima-t-il à haute voix pour s'en convaincre lui-même.

- C'est étrange que tu penses ça. Tu sais Sam est mon ami. Il me confie plein de trucs. J'essaie simplement de trouver une raison logique à son comportement. C'est toi qui viens de me dire qu'il avait brisé une promesse qu'il t'avait faite alors si ton explication est meilleure que la mienne, je t'écoute.

Elle avait raison. Non ! Elle essayait de le manipuler ! Il ne devait pas se laisser faire. Ce qu'elle disait n'avait aucun sens. Sammy n'était pas comme ça. C'était son frère et il le connaissait mieux que personne. Et pourtant, il n'avait pas respecté sa parole. Pourquoi avait-il fait ça ? Il avait certainement une bonne raison. C'était sûr ! Il se souvint alors de son regard fuyant lorsqu'ils en avaient discuté dans l'Impala et tout devint logique. C'était évident : Sam avait prévu ça depuis le début. Ce p'tit con l'avait manipulé ! Il l'avait trahi !

Un sourire satisfait s'étala sur le visage sadique de la jeune fille et il ne put s'empêcher de lui faire ravaler. Il enserra son cou, bien déterminé à en finir avec elle. Il sentit plusieurs lycéens l'attraper par les bras et tenter de lui faire lâcher prise mais sa volonté était telle que rien n'y faisait. Il était sur le point de parvenir à ses fins lorsqu'il croisa le regard de sa victime. Avec horreur, il s'aperçut qu'il était en train de tuer Jeanne. C'était bien elle qui était là, devant lui, en cette instant, suffocante et non l'horrible créature qui l'avait poussé à bout. Il écarta ses doigts, la libérant de son emprise, laissant son corps affaibli s'affaler à même le sol. Tout en se laissant entraîner vers l'extérieur de l'enceinte, il l'observa essayer de reprendre son souffle, entourée par une foule de jeunes affolés.

- On devrait appeler les flics, suggéra un des lycéens qui l'emprisonnaient.

L'annonce lui fit l'effet d'un électrochoc. Il se libéra rapidement, se battit avec les cinq gars qui tentaient de le retenir, commença à courir, se retourna pour aligner ses deux derniers poursuivants et s'engouffra dans sa voiture pour s'échapper. Une fois assis au volant, il hurla toute la fureur qu'il essayait en vain d'évacuer de son corps. Il n'était plus en mesure de raisonner. Tout s'embrouillait dans sa tête. La seule chose qui ressortait de ce chaos était cette incroyable rage qui ne fléchissait pas. Il devait pourtant essayer de se calmer. Peut-être devait-il se convaincre que l'origine de sa colère n'était pas fondée. Non ! C'était impossible. Il avait toutes les raisons du monde d'être furieux. La seule chose qu'il devait impérativement faire était de retrouver son frère. Il devait aller le récupérer et l'emmener loin d'ici. Ensuite il lui ferait part de sa façon de penser.

Décidé, il sortit en trombe de la Chevrolet, claqua la portière et fila dans la ruelle. Ne pouvant passer par la grande porte, il contourna l'immense établissement à la recherche d'une porte de service. Quand finalement, il repéra celle que son frère et lui avaient envisagé de prendre durant la nuit suivante, il fut obligé d'attendre que les badauds partent pour la forcer. Il sut que son foutu frangin était passé par là lorsqu'il s'aperçut que la serrure avait déjà été forcée. Son infime espoir de s'être trompé, d'avoir pris un inconnu pour son frère venait de partir en fumée. Quand enfin, il pénétra à l'intérieur, il se perdit dans le dédalle de couloirs. Plus les minutes s'écoulaient et plus il trouvait des raisons de s'énerver. Mais au bout d'un temps qui lui parut interminable, sa fureur atteint son apothéose au moment où il le découvrit en train de marcher dans le long corridor qui menait vers la sortie. Sam était bien là. Il n'était pas à la bibliothèque. Il avait brisé sa promesse. Il l'avait trahi.

- J'croyais qu'tu devais m'attendre à la bibliothèque ! Lui lança-t-ilavec amertume.

x*x*x*x

Au début, ça c'était plutôt bien passé. Il était entré dans la bibliothèque, avait consulté l'ouvrage dans lequel se trouvaient les informations dont il avait besoin. Puis il était ressorti rapidement, avait cueilli les feuilles et fleurs nécessaires à la réalisation des deux potions et s'était dirigé vers le lycée. A partir de là, ça s'était compliqué. Dean et Jeanne discutaient dans la cour devant le bâtiment. Il s'était mis à couvert pour essayer d'évaluer la situation. A priori, tout avait l'air de bien se passer entre eux. Mais à un moment, quand elle avait tourné son regard vers lui, il avait eu peur que son amie l'ait repéré. Dans la mesure où ni elle ni son frère ne devait le voir, il s'était éclipsé discrètement, avait contourné l'immense bâtisse et s'était faufilé par la porte de service qu'il avait repérée avec Dean lors de l'élaboration de leur premier plan. Le profond sentiment de culpabilité qu'il ressentait déjà avait pris de l'ampleur à cette simple pensée. Devant impérativement honorer la promesse qu'il avait faite à son frère, il s'était empressé de parcourir le dédale de couloirs qui menaient au laboratoire. Comme s'il n'avait pas suffisamment perdu de temps comme ça, les profs de sciences étaient en train de papoter dans la salle, critiquant joyeusement certains de leurs élèves et commentant allègrement leurs résultats médiocres. Il avait dû attendre une bonne dizaine de minutes avant qu'ils ne se décident enfin à aller manger ! Complètement stressé à l'idée qu'il ne serait jamais de retour à temps à la bibliothèque, il s'était activé à préparer ses mixtures tout en prenant soin de penser aux précautions d'usage : gants, destruction des preuves, élimination de toute trace de poison … Il en avait enfin terminé et se dirigeait en toute hâte vers la sortie en longeant un interminable couloir. Avec un peu de chance, il était encore en mesure de tenir sa promesse …

- J'croyais qu'tu devais m'attendre à la bibliothèque !

Il sursauta en entendant cette voix si familière. Il fit volte-face tout en redoutant le moment où leurs regards allaient se croiser. Ce fut à cet instant qu'il comprit que son subconscient était en excellent état de fonctionnement car, effectivement, son frère avait l'air terriblement en rogne.

- Dean, hey ! … non, en fait, c'que j'ai dit c'est …

- C'que t'as dit c'était des bobards ! Tu m'as pris pour un con.

- Ah, mais non ! Pas du tout ! Je peux tout t'expliquer.

- J'en ai rien à foutre de toi et de tes explications bidon ! On avait un deal, Sam !

- Oui mais regarde c'que … essaya-t-il de clarifieren sortant les deux fioles de ses poches et en les tendant vers son frère.

- « Mais » rien du tout ! Tu me prends la tête à me faire faire des promesses à la con et tu n'es même pas foutu de respecter le seul truc que je t'ai demandé !

- C'est pas ça, c'est juste que j'ai pensé que …

- Ah ouais, « t'as pensé » ! C'est vrai que la tête pensante de la famille c'est toi ! Et uniquement toi ! Moi, je ne suis que le boulet con comme ses pieds que tu dois te trainer …

- Non, Dean !

- Ah mais si ! Sois honnête ! Qu'est-ce que tu as dit déjà ? Ah, oui : je ne suis rien, je ne suis personne !

- Arrête ! C'est des conneries ! J't'ai déjà dit que j'le pensais pas, lui rappela-t-il au bord de la panique.

Même si son aîné avait le droit d'être fâché, il n'aimait pas du tout la tournure que prenait cette foutue conversation et le fait de ne rien contrôler ne l'aidait pas à relativiser.

- Ouais, c'est ça. Et tu me le prouves en faisant exactement le contraire de ce que je t'avais demandé. Comme ça au moins je vois à quel point tu me respectes, à quel point tu prends mon avis en considération ! Merci Sam ! C'est ta façon bien à toi de me montrer que tu te débrouilles très bien sans moi, que quand j'suis là, j'te fais chier, que je t'empêche de vivre …

- Mais non … tenta-t-il une énième fois en vain.

- C'est vrai, quoi !? Ce serait tellement mieux si je n'avais jamais existé ! Ou alors, puisque j'ai eu la mauvaise idée de naître, qu'on trouve un moyen de m'éliminer parce que j'fais TACHE DANS TON TABLEAU DE LA VIE PARFAITE !

Les hurlements se répétaient en échos dans le dédalle de couloirs désertés. Complètement abasourdi par ce qu'il entendait, il n'était plus en mesure de réagir. Sa respiration était devenue haletante et il lui était impossible de la contrôler. Il n'y avait rien qu'il pouvait dire pour sa défense, pour tenter de le faire changer d'avis, de le calmer. Et de toute façon, sa gorge était nouée autour de ses cordes vocales.

L'individu qu'il avait en face de lui était tellement en colère qu'il en devenait imperméable à tout ce qu'il aurait pu dire ou faire. Il ne le reconnaissait plus. L'inconnu qui n'avait plus qu'une partie de l'aspect extérieur de son aîné, ne tenait pas en place. Il faisait un pas sur la gauche puis revenait pour en faire un sur la droite et recommençait invariablement. De ses deux mains, avec des gestes nerveux, il se frottait inlassablement les yeux, les joues, les cheveux et pourtant la fureur déformait toujours les traits de son visage. Quant à son regard froid et dément, il était strié de nervures sanguinolentes. Impossible d'y déceler la moindre trace de la présence de son grand frère.

Si ses jambes avaient bien voulu l'écouter, il aurait considérablement augmenté la distance qui les séparait. Malheureusement, il restait figé, prisonnier de sa terreur. Lorsqu'il le vit ouvrir la bouche de nouveau, il se surprit à prier pour se réveiller immédiatement de cet épouvantable cauchemar.

- Tu sais quoi ? J'en ai marre de toi ! J'te supporte plus ! T'es qu'un sale petit con qui ne pense qu'à lui ! T'en as rien à foutre des autres, de ceux qui s'inquiètent pour toi… Tout ce qui compte, c'est toi, ta p'tite gueule, ta vie de merde et tes putains de désirs ! Le reste, ça te passe largement au-dessus de la tête ! Alors voilà, ton vœu est exaucé ! T'as gagné ! C'est fini ! J'abandonne ! T'es libre de faire tout ce qui te plait parce que, à partir de maintenant, considère que tu n'as plus de frère !

Sur ces mots douloureux, Dean tourna les talons et s'éloigna à grandes enjambées, les poings serrés, les épaules tendues, sans un regard en arrière.

De son côté, plus rien ne fonctionnait : ni ses jambes, ni ses cordes vocales, ni même sa tête. Il était incapable de penser. Quitte à multiplier les handicaps, pourquoi n'avait-il donc pas été atteint de surdité ? Les mots qui s'étaient écrasés si violemment contre ses tympans résonnaient encore et toujours dans son crâne endolori. « C'est fini ! … J'abandonne … tu n'as plus de frère … tu n'as plus de frère … »

Les deux fioles qui le gênaient, source de leur discorde, rejoignirent ses poches. Il profita de ses mains libérées pour resserrer les pans de sa veste. Il avait terriblement froid tout à coup. Son corps glacé était soumis à des tremblements incontrôlables. Il s'adossa contre le mur puis s'y laissa glisser jusqu'à ce qu'il se retrouve en position assise. Instinctivement, ses jambes se plièrent afin d'accoler ses cuisses contre son torse puis ses deux bras les encerclèrent avant de les enserrer avec force. Enfin sa tête s'inclina, ses épaules s'affaissèrent et son front se posa sur ses genoux offrant, par la même occasion une cachette appréciable à son visage dévasté par la douleur.

Il resta là, sans bouger, pendant une durée indéfinissable. Puis il sentit une main s'enfouir dans ses cheveux, glisser le long de sa nuque, caresser son dos et empoigner son bras pour l'encourager à se relever. Il se laissa guider comme un vulgaire pantin, sans même chercher à savoir qui était le marionnettiste. De toute façon, une chose était sûre, ce n'était pas Dean … car désormais, il n'avait plus de frère. Il suivit mécaniquement la silhouette féminine pendant un temps indéterminé, sans aucun repère géographique, jusqu'à ce qu'elle l'incite à s'allonger dans un endroit humide, sombre et crasseux. Malgré l'obscurité, lorsqu'elle pencha son visage vers le sien, il la reconnut sans l'ombre d'un doute : Jeanne.