Coucou tout le monde ^^

Il était prévu que je poste ce chapitre pour le 25 afin de pouvoir vous souhaiter un très beau Noël, mais du haut de ma grande "nullitude", et bien je ne l'ai pas fait. Alors je tenterais bien un sourire deanesque mais ce serait gâcher (lol!), quant aux puppy eyes, j'ai épuisé le stock ^^ J'espère que vous avez passé un très bon Noël et je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d'année !

Elisab,merci ! Il se peut que le début de ce chapitre soit encore un peu "Outsiders" ^^ Et voui, c'est l'avant dernier chapitre et je suis contente de voir que tu es restée fidèle jusqu'au bout ^^

Dinahe, tu as raison : le Deanou est fort, le deanou est exceptionnel donc le Deanou vaincra ! ... même s'il galère ... même s'il est salement amoché ... même s'il est à l'article de la mort ...lol !

OtakTouch, MDR ! Moi aussi j'aime quand tout va mal, quand ça parait désespéré et que ... ça devient encore pire ! Un p'tit surplus d'hémoglobine ça te tente ? C'est une sorte de cadeau de Noël ^^ lol !

Merci à vous pour vos reviews, MP ...

Bonne lecture ! ^^


Chapitre 23

- Eh mec ! Le héla un grand énergumène filiforme à l'aspect teigneux. Tu te crois où là ? T'es pas sur ton terrain de jeu !

- Ah ouais ! Souffla Dean exaspéré. T'es sûr ? Parce qu'avec toutes vos têtes de Mickey, on se croirait à Disneyland !

- Enfoiré, j'vais t'faire la peau ! S'écria le plus balèze, en le chargeant comme s'il n'était qu'un foulard rouge agité devant ses gros yeux bovins.

Il l'attendit fermement, presque impatient. Il n'avait vraiment pas de temps à perdre mais si leur coller une bonne raclée pouvait lui permettre d'évacuer une partie de sa rage, alors il n'allait certainement pas s'en priver.

- Non, attends ! Intervint l'un des membres de la bande dont seule la voix lui indiqua qu'il s'agissait d'une personne de sexe féminin. Et moi, j'ai une tête de Mickey ? Minauda-t-elle avec sa chaîne qui partait de sa grande oreille pour relier son museau.

- Ah, ben non ! S'exclama-t-il en pouffant à cause de l'ironie de la question. Toi, tu serais plutôt … la p'tite sirène. Enfin « p'tite », tout est relatif. Mais pour sûr, t'as presque une tête de nana avec un vrai corps de thon !

Elle resta un instant sans réagir. Puis, un éclair de compréhension dut traverser l'unique neurone encore opérationnel de son cerveau ravagé, car ses yeux s'écarquillèrent au point que ses globes oculaires auraient pu s'éjecter eux-mêmes de leurs orbites. Elle hurla de rage et fondit sur lui en une fraction de seconde. Il contra son attaque in extremis, saisit la chaîne qui oscillait devant son visage et tira d'un coup sec. La chair déchirée de son lobe d'oreille et de sa narine se teinta aussitôt de rouge. Il profita de son cri de douleur et de sa vision troublée par les larmes pour attraper son poignet et l'enserrer tellement fort qu'elle lâcha son couteau qui tomba à leurs pieds. Il n'abandonna pas sa prise pour autant, lui tordit le bras dans le dos, sentit ses os se briser sous la pression et l'envoya percuter deux de ses acolytes. L'un d'eux esquiva en partie la collision mais perdit momentanément ses repères. Le deuxième, quant à lui, s'effondra sous l'impact et resta cloué au sol – les membres écartés telle une étoile de mer – écrasé par le poids mort de la sirène qui venait de s'embrocher sur son cran d'arrêt.

Sans attendre, Dean s'empara vivement de l'arme qu'il avait subtilisée à la « presque femme » et se releva d'un bond. Il tourna sur lui-même tout en accompagnant ce geste d'un mouvement ample du bras. Sa lame trancha net le cou de l'un de ses agresseurs et le sang qui jaillit de sa carotide aspergea les yeux du grand teigneux qui jura tout en s'essuyant férocement le visage d'un revers de manche. Il rouvrit finalement les paupières, juste à temps pour voir la paume de Dean entrer en contact avec l'extrémité de son nez, provoquant une remontée franche et un enfoncement déterminant de son os nasal dans son lobe frontal.

L'aîné des Winchester n'eut pas l'opportunité de le voir s'écrouler. Des bras puissants venaient de l'encercler par derrière et comprimaient sa cage thoracique au point qu'il commença à suffoquer. En face de lui, deux excités au regard vide et au sourire niais s'approchaient dangereusement de lui. Il profita que son geôlier le décolle du sol pour plier les genoux et propulser brutalement ses deux jambes jointes en avant. Le gros balèze étant un point d'appui plutôt solide, le premier gringalet encaissa le coup au niveau du plexus solaire et fut projeté en arrière avec une force inouïe. Il ne s'en releva pas. Le second n'eut pas le temps de réaliser ce qu'il se passait. Ses yeux étaient encore en train de suivre le vol plané qui avait déjà atterri depuis un bail, lorsque Dean fouetta violemment son visage de son pied droit. Son sourire godiche, devenu édenté et ensanglanté fana lentement avant que tout son corps s'avachisse sur lui-même. Lui non plus ne daigna pas se redresser.

Toujours prisonnier de l'emprise du dur à cuire, il essaya de se libérer en donnant des petits à-coups avec son couteau. Mais sa marge de manœuvre était très insuffisante pour atteindre son objectif. Le manque d'oxygène se faisait durement ressentir et ses jambes commençaient à fatiguer à force de battre l'air en vain. Il devait trouver un moyen de se dégager s'il voulait ratatiner cet abruti.

- Oh oui, chéri, sers-moi fort ! articula-t-il difficilement dans le peu de souffle qui lui restait.

- Qu'é qu'tu dis ? marmonna l'invincible titan crétin en le rehaussant de quelques centimètres pour mieux l'entendre.

Sans perdre plus de temps, il balança brutalement sa tête en arrière. Un cri étouffé s'échappa derrière lui mais la prise était toujours aussi serrée. Il renouvela donc rapidement l'opération « coup de boule » à deux, puis trois reprises, avant de commencer à en ressentir les effets. L'arrière de son crâne était vraiment douloureux mais ces poumons se gonflèrent à bloc au moment où il atterrit durement sur le sol. A quatre pattes, il essaya de retrouver ses esprits. Malheureusement, il perçut déjà de nombreux mouvements autour de lui. Animé par la fureur qui contrôlait l'ensemble de son corps, il se redressa, lança un coup de genou bien placé sur son tortionnaire et attendit qu'il se plie en deux pour lui asséner de quoi lui créer une bonne vieille commotion cérébrale. Il n'eut pas le temps de souffler que toute une bande d'hystériques se jeta sur lui. Il saisit un deuxième couteau dans sa main gauche et commença à trancher tout ce qui l'approchait d'un peu trop près. Au cœur de la mêlée, ses mouvements rageurs auraient pu paraître désordonnés et inefficaces. Mais chaque geste était régi par son instinct et ses années d'entrainements. Rien n'était laissé au hasard. Tout était sous le contrôle de son subconscient. Quant à sa force, il la prélevait directement dans cette hargne qu'on lui avait insufflée. Si certains pouvaient penser avoir pris le dessus en lui portant des coups ou en le lacérant par endroits, ils s'étonnèrent de le voir toujours debout, poursuivant la lutte. Les blessés qui en avaient encore l'occasion, s'échappèrent de ce chaos pendant que les autres attendaient leur heure en faisant des bulles dans leur propre sang ou en se faisant lourdement piétiner. Ceux qui avaient encore la possibilité de se battre commencèrent à s'alarmer.

Au final, Dean se retrouva au milieu de corps gisants les uns sur les autres et face à quelques résistants alignés en arc de cercle à quelques mètres de lui. Essoufflé mais étonnamment très en forme, il se mit en position d'attaque, ses couteaux bien en main, prêt à affronter n'importe qui. Mais ses rivaux avaient une certaine tendance à se défiler les uns après les autres. Certains lui faisaient toujours face mais reculaient d'un pas à chaque fois qu'il en faisait un vers eux. D'autres restaient plantés là, immobiles, inébranlables. Impossible de savoir s'ils étaient animés d'une volonté farouche de se battre ou s'ils étaient victimes d'une paralysie partielle qui leur interdisaient de s'enfuir à toutes jambes. Ecœuré par tant de lâcheté, il ne put s'empêcher de les provoquer :

- Venez, bande de fils de p… !

« Dean ». Il se figea, essayant de déterminer si cet appel était réel ou si ce n'était que le produit de son imagination. Son regard commença à fouiller les environs jusqu'à ce qu'il se rende à l'évidence : Sammy n'était pas dans le coin. Complètement perdu, il se demanda comment, dans ces conditions, il avait pu l'entendre. Il en vint rapidement à s'inquiéter du pourquoi. Oubliant radicalement ses éventuels rivaux, il lâcha son couteau et se précipita vers la bâtisse où il l'avait vu entrer avec Jeanne. Cette fois, personne n'eut la mauvaise idée d'entraver son chemin. Il courait à en perdre haleine, son cœur battant la chamade. Il n'avait aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis le moment où son frère avait disparu de son champ de vision et maintenant. Il n'aurait pas dû perdre autant de temps à se battre. Non seulement la rage qui l'habitait était toujours présente mais en plus il ne pouvait pas se permettre de gâcher ne serait-ce qu'une minute. Chaque seconde comptait. Sam était en danger et rien ne devrait l'empêcher d'aller le secourir.

Il déployait une énergie folle pour accéder le plus rapidement possible à son objectif et pourtant il avait cette épouvantable impression que la distance entre la porte et lui refusait de se réduire. Quand finalement il accéda à l'entrée du bâtiment, il agrippa la poignée au risque de l'arracher et ouvrit le battant à la volée. Il pénétra dans un hall répugnant tant à la vue qu'à l'odeur. Sur sa droite, une ouverture donnait sur des escaliers menant aux étages souterrains. En face de lui s'étendait un long couloir lugubre. Il avança, attentif au moindre indice. De chaque coté, il y avait de nombreuses portes métalliques, bien alignées, avec d'énormes numéros plus ou moins effacés avec le temps … ou à cause de la crasse. Le bâtiment tout entier était une immense cave découpée en plusieurs petites dépendances individuelles. Ce lieu lui donnait l'impression d'être un maton, vérifiant que chaque cellule soit bien verrouillée, s'attendant à chaque instant à l'attaque de l'un des bagnards, dans une prison au bord de l'explosion.

Alors qu'il allait atteindre l'extrémité du couloir, il entendit un cri horrible, déchirant, qui fit trembler les fondations de l'immense local. Il prit appui sur le mur poisseux, chercha un certain équilibre et se précipita vers la cage d'escaliers. Il dévala les marches, en en sautant cinq ou six avant d'arriver à chaque palier. Au deuxième sous-sol, il se stoppa et tendit l'oreille. Il n'avait pas repéré exactement la provenance du hurlement et il y avait encore deux étages en-dessous. Son attente ne fut pas aussi longue qu'il pouvait bien le penser car une série de nouveaux braillements éclata soudainement. De nouveau, le sol se mit à trembler au point qu'il dut s'accrocher à la rambarde pour ne pas tomber. Il plissa les yeux et rentra la tête dans ses épaules pour essayer d'affronter ce vacarme insupportable. Il se focalisa malgré tout sur son objectif. La cage d'escalier faisant résonnance, il décida d'atteindre le couloir pour tenter de situer précisément l'origine de ces vociférations épouvantables. Il agrippa l'encadrement de l'ouverture, se hissa de l'autre côté, s'éloigna tant bien que mal de quelques mètres et s'adossa au mur. Les mâchoires serrées, il ferma les paupières et fit son possible pour se concentrer. Les cris intermittents montraient à quel point celui qui les émettait était à l'agonie. Il s'agissait d'hurlements gutturaux, étranges, surnaturels. Il avait bien conscience qu'il ne pouvait pas s'agir de Sam mais il n'en demeurait pas moins extrêmement angoissé. Frustré de ne pas pouvoir localiser correctement ce bruit, il rouvrit les yeux. A peine quelques secondes plus tard, le cri se mua en un vrombissement apocalyptique qui se termina dans une terrible explosion. Des ondes rougeoyantes se diffusèrent de part et d'autres de la porte d'une cellule située à quelques mètres de lui. Il fixa ce phénomène extraordinaire et commença à avancer vers lui, déterminé, avant même que la luminosité aveuglante ne se soit totalement résorbée. Ce fut à ce moment précis qu'il s'écroula sur le sol.

x*x*x*x

Il ne comprenait pas pourquoi il était tombé, juste comme ça, d'un seul coup. Il se sentait tellement vide, dépourvu de toute énergie vitale. La seule chose qu'il pouvait percevoir pleinement était la douleur due à ses multiples blessures. A ses yeux, cette dernière constatation était quelque chose de plutôt positif : au moins, il n'était pas mort ! Et dans ces conditions, rien ne pourrait l'empêcher de se relever pour voir ce qui se tramait derrière cette porte. Non, rien ! Pas même cet immense vide qui le rendait si faible.

Pour lui, il n'y avait qu'une seule explication possible à ce bouleversement : Sammy avait trouvé un moyen d'anéantir la créature. Toutes ces secousses, ces flashs incandescents, sa rage qui s'était évanouie comme par enchantement, tout ça s'expliquait purement et simplement par l'exécution de cette sale pétasse ! Il venait d'assister à son extermination et le seul à avoir pu réussir cet exploit était sans conteste, son frère.

L'impressionnante puissance qui l'habitait encore quelques secondes auparavant contrastait pleinement avec le peu de tonus résiduel qu'il tenta de rassembler pour se remettre debout. Heureusement, il était animé d'une force proche de l'invincibilité : l'angoisse. Alors il combattit cet effet de tangage et cette sensation d'épuisement et il se redressa partiellement. Ses jambes le soutenaient à peine mais il avança, un pas après l'autre, renforçant sa volonté mètre après mètre. Lorsqu'il atteint enfin la porte, il resta figé sur la poignée. Pourvu que Sam n'ait pas fait une bêtise ! Il avait été si dur avec lui au lycée. Il l'avait abandonné au pire moment …

Prenant son courage à deux mains, il ouvrit le battant de quelques centimètres avant qu'il ne heurte quelque chose. Une fois encore, il dut développer une force qu'il n'avait plus pour dégager ce poids mort qui l'empêchait d'accéder à la petite pièce miteuse.

A tâtons, il chercha l'interrupteur et l'actionna. Malheureusement, l'ampoule avait dû griller et il dut se résoudre à pénétrer dans l'obscurité. Du pied, il chercha ce qui avait obstrué le passage et s'aperçut avec horreur qu'il s'agissait d'un corps. Il s'en approcha, cherchant à déterminer de qui il appartenait. La silhouette frêle qu'il réussit à distinguer lui indiqua qu'il s'agissait de Jeanne. Il la saisit et la transporta dans le couloir. Puis il l'allongea et vérifia ses constantes. Elles étaient très faibles mais bien présentes.

Essoufflé, toujours à bout de force, il retourna dans la petite pièce encombrée d'un fouillis inimaginable. S'habituant doucement au manque de luminosité, il avança très prudemment, évitant les pièges en tout genre, scrutant de son mieux les alentours. Sur le sol, il décela finalement une forme sombre et se rua à ses côtés.

- Sammy ! Qu'est-ce que tu as fait ? hurla-t-il alors qu'il cherchait désespérément son pouls. Non ! Sammy !

Les seuls battements qu'il pouvait distinguer étaient les martèlements endiablés de son propre cœur. Coupant sa respiration, il chercha le souffle de son frère mais là encore c'était peine perdu. Putain ! Et en plus, il ne voyait rien dans ce foutu bouiboui de merde ! Il agrippa le corps raide de son cadet sous les épaules et le traîna aussi vite que possible sous la lumière artificielle du couloir. De là, il l'examina de nouveau. De ses deux pouces, il lui souleva les paupières et se trouva face à un regard laiteux, vide. Il enserra sa tête entre ses deux mains et la fit pivoter, aussi délicatement que son anxiété le lui permettait, d'arrière en avant et de droite à gauche, inspectant méticuleusement ses oreilles et ses narines : pas de sang ! La saloperie qui avait possédé Jeanne ne l'avait donc pas touché. Alors il n'y avait aucune raison logique à son état. Il aurait dû se réveiller, réagir, faire quelque chose … et tout ça, il aurait dû le faire maintenant !

- Sammy, ouvre les yeux ! lui ordonna-t-il au bord de la panique.

Il le saisit par les épaules et commença à le secouer. A cet instant un objet en verre tomba discrètement et roula sur lui-même deux ou trois fois avant de se stabiliser sur le sol terreux. Attiré par le bruit, son regard fixa la petite fiole qui venait de s'échapper de la main droite de son frère. Il la saisit et constata qu'elle était presque vide : le poison !

- Non, dis-moi qu't'as pas fait ça ! s'exclama-t-il, horrifié par ce qu'il venait de comprendre.

Aussitôt, il se mit à la recherche de la deuxième fiole. Il fouilla d'abord dans les poches de la veste de son cadet. La dernière fois qu'il avait vu les deux flacons, ils étaient dans les mains de son frère. Il les brandissait devant lui en essayant de lui expliquer quelque chose qu'il n'avait pas voulu entendre ! Sammy devait toujours avoir l'antidote sur lui. Il en était persuadé alors pourquoi ne le trouvait-il pas ? Elle était où cette putain de fiole ?

Ce ne fut qu'en atteignant la poche gauche du jean qu'il en ressortit ce qu'il convoitait. Il ne perdit pas une seconde de plus. Il ouvrit la bouche de Sam, déboucha la fiole et versa une bonne rasade du liquide au fond de sa gorge. Impatient, il attendit que l'antidote fasse effet. Mais déjà, au bout de quelques secondes, il paniqua devant le manque de réaction. Ce n'était pas normal. Ca aurait dû faire effet ! Pourtant, Sammy était toujours aussi pâle, son torse ne bougeait plus, il gisait là, sur le sol, sans esquisser le moindre mouvement, même pas un imperceptible battement de cil. Peut-être que la solution miracle n'était pas aussi puissante qu'il l'avait pensé. Non, Sammy était un crack ! Il savait tout sur tout et il n'aurait jamais élaboré un tel poison sans s'être mille fois assuré qu'il était en mesure de fabriquer un antidote efficace ! Les yeux braqués sur son frère, il perçut un soupir à peine audible à côté de lui et se rappela que Jeanne devait également avoir besoin de quelques gouttes d'antidote. Il lui versa donc le reste dans la bouche et pratiquement aussitôt, elle commença à bouger et à reprendre des couleurs.

Il reporta donc toute son attention sur son frère. Si une toute petite quantité suffisait à la jeune fille, si frêle et si fragile, alors il n'y avait aucune raison pour qu'une telle dose n'agisse pas sur Sam ! Qu'est-ce que c'était qu'ce bordel ? Complètement désespéré, il commença le massage cardiaque. A côté de lui, Jeanne venait d'ouvrir les yeux mais il n'en prit pas conscience tant il était absorbé par son désespoir. En temps ordinaire, Sam était tellement robuste. Mais depuis quelques semaines, il n'était plus que l'ombre de lui-même. Il avait été terriblement affaibli et aujourd'hui, il en payait malheureusement le prix.

Mais il refusait de le perdre et sa détermination prit le dessus.

- J'te laisserai pas faire ! affirma-t-il entre deux pulsations. Tu m'entends, Sammy ? … Je t'interdis de me faire un coup pareil ! … J'te jure, mec … t'as tout intérêt à te battre … et à revenir parmi nous … Parce que … où qu'tu sois … j'te préviens … je viendrais te chercher … et j'te ramènerai par la peau du cul s'il le faut … t'as entendu ? … Tu sais que j'en suis capable ! … Sam ! Réagis, bordel ! … C'est un ordre !

A bout de nerf, il asséna un grand coup de poing sur la cage thoracique de son frère. Celle-ci riposta aussitôt en se gonflant à l'extrême avant de forcer l'air à évacuer les poumons. La remise en route de la trachée ne se fit pas sans heurts et Sam se mit à tousser violemment.

Dean empoigna son col de veste et l'attira vers lui, le maintenant en position assise, le soutenant d'un bras dans le dos et de sa main sur le haut de son torse afin qu'il ne tombe pas non plus en avant.

x*x*x*x

Sam s'affaira à contrôler sa respiration encore fragile et plutôt sifflante, tout en essayant de retrouver ses repères. Au moment où il comprit qu'il était entre les mains de son aîné, l'oxygène devint salvateur et son corps tout entier commença à se détendre, spontanément et de manière progressive.

Il avait bien fait de croire en lui. Il ne savait plus exactement pourquoi il pensait ça mais il avait pleinement conscience que c'était une bonne chose. Dean était finalement arrivé. Il était là, avec lui, et c'était tout ce qui comptait.

- …ean, j'…vais qu'…rais, tenta-t-il dans un souffle.

- Quoi ? demanda le plus vieux encore sous le choc

- J'savais qu'tu viendrais, articula-t-il après un instant, sentant peu à peu les forces lui revenir.

Mais Dean ne prêta pas la moindre attention à ce qu'il venait de dire. Il s'activa à étudier ses réactions, prendre son pouls, l'examiner sous toutes les coutures.

- Dean … Dean, je vais bien, tenta-t-il pour évoquer ce qui était pour lui une évidence.

Il voyait que son grand frère ne l'écoutait pas ou, plutôt, qu'il refusait de l'entendre. Il paraissait dans tous ses états. Pourtant, lui, se sentait comme s'il venait de s'éveiller d'une bonne sieste. Il avait conscience que ça ne devait pas être le cas et qu'il était loin d'être prêt à courir le marathon mais il était détendu, complètement rassuré … et ça suffisait à le faire se sentir bien. En plus, quoi qu'il soit arrivé auparavant, tout ne pourrait aller que mieux dorénavant !

En essayant d'échapper au trop plein d'attention fraternel, il détourna la tête et rencontra le visage égaré de Jeanne. Elle était assise là, à moins d'un mètre derrière son aîné et elle ne bougeait pas. Visiblement, elle essayait de comprendre ce qu'elle faisait là, pourquoi elle y était et comment elle avait pu y parvenir. Il comprenait parfaitement ce qu'elle pouvait ressentir et envisagea de la rejoindre. Malheureusement, il lui était encore impossible de se libérer du « surprotectionnisme ambiant ».

- C'est bon Dean ! Arrête ! J'te dis qu'j'vais bien, lui rappela-t-il d'un ton qui laissa échapper son agacement.

- Putain, Sam ! Ferme-la et laisse-toi faire ! Non mais t'en rates pas une ! T'aurais pu y rester ! Mais qu'est-ce que t'as dans le crâne, Bordel ?!

Saisi par la dureté de l'intonation employée, il dévisagea son aîné dans l'incompréhension la plus totale. Qu'est-ce qui lui prenait ? De quoi parlait-il ? Et surtout, pourquoi réagissait-il aussi violemment ? Ca ne lui ressemblait pas vraiment. La dernière fois qu'il l'avait vu s'énerver comme ça c'était … Oh, non ! Le lycée ! Soudainement, tout lui revint en mémoire, provoquant en lui une migraine carabinée. Il ferma aussitôt les yeux et enfouit sa tête entre ses avant-bras, comme si l'enserrer dans un étau allait faire disparaître la douleur. Puis, progressivement l'intolérable souffrance s'atténua. Il sentit les deux mains protectrices qui enveloppaient son visage l'obliger à redresser doucement la tête.

- Hey, Sammy ! entendit-il dans un murmure apaisant. Ca va aller, ça va aller. Tu m'entends ?

Lentement, il ouvrit les paupières et ses yeux restèrent prisonniers du regard bien trop brillant de son grand frère. Dean devait assurément être dans tous ses états pour laisser transparaître ainsi ses émotions. Aussitôt une boule se forma dans sa gorge. Il ne supportait pas de le voir comme ça. Pire encore, il ne pouvait pas concevoir l'idée d'en être le principal responsable. Avec le retour de tous ses souvenirs, il comprenait parfaitement ce qu'il pouvait endurer et ça le rongeait de l'intérieur. Il n'avait pas le droit de le laisser dans cet état. Il devait impérativement trouver les mots susceptibles de le réconforter et le mieux était encore de commencer par des excuses :

- Dean …

- Tu peux marcher ?

- Quoi ? S'étonna-t-il devant cette question tout aussi inattendue qu'inappropriée.

- Tu peux marcher ?

- Oui mais …

- Bien. Il faut qu'on se barre de là. Cet endroit craint. On doit évacuer.

- Attends Dean …

- Sammy, pas maintenant.

Encore une fois, la détermination de son aîné l'obligea à s'exécuter. Pourtant ce n'était pas un ordre qu'il venait de recevoir. Le ton employé était plus proche de la requête, voire de la supplication. Cette fois, c'était confirmé : Dean n'allait pas bien du tout. Alors il s'efforça de répondre favorablement à sa demande, espérant ainsi lui montrer tout son soutien. D'autant plus que, dans le fond, il avait entièrement raison : Ce n'était ni le moment ni le lieu pour discuter. Et puis ils devaient s'occuper de Jeanne.

Lorsque son grand frère lui tendit une main pour l'aider à se relever, il lui saisit automatiquement l'avant-bras et se laissa guider tout en remarquant, effaré, les multiples blessures qui ravageaient son corps. Ses mains étaient dévastées. Sur le dessus, elles avaient pris une teinte violacée. Ses paumes, quant à elles étaient partiellement labourées. Des lambeaux de peau ne tenaient que grâce au sang coagulé. Ses vêtements déchiquetés dévoilaient les lacérations qui zébraient ses membres ainsi qu'une partie de son torse. Si certaines entailles pouvaient paraître superficielles, leur nombre, lui, suffisait à s'inquiéter véritablement. D'autres balafres, plus profondes, laissaient encore échapper des trainées sanguinolentes. Et ça, ce n'était qu'un diagnostique partiel, établi en une fraction de seconde, sur les blessures visibles !

Comment avait-il pu ne pas remarquer l'état pitoyable de son frère auparavant ? Pourquoi Dean ne lui avait-il rien dit ? Que s'était-il passé ? Comment pouvait-il encore tenir debout ? Soudain la nécessité de partir de ce lieu lugubre au plus vite se fit ressentir. Il devait absolument l'emmener voir un médecin, le soigner par ses propres moyens, faire quelque chose, n'importe quoi, mais agir maintenant avant qu'il ne soit trop tard !

Au bord de la panique, il laissa, malgré tout, ses yeux poursuivre leur exploration jusqu'à ce qu'ils rencontrent son visage tuméfié. Ces nouvelles contusions auraient dû l'alarmer davantage. Pourtant, le sourire malin qui fit saillir les pommettes de son aîné stoppa net l'ascension de son angoisse. Mais ce n'est que lorsque leurs regards se croisèrent qu'il commença à se tranquilliser. Dean lui faisait savoir qu'il allait tenir le coup et il avait toutes les raisons de le croire. Après tout, son grand frère l'avait toujours fait et il ne voyait pas pourquoi cela devrait changer aujourd'hui. En plus, ils étaient ensemble et c'était l'essentiel. A eux deux, ils pouvaient tout affronter. Ils allaient assurément s'en sortir, laisser cette horrible histoire derrière eux et aller de l'avant.

D'un même geste, ils aidèrent Jeanne à se lever et la soutinrent pour quitter à tout jamais ce lieu maudit.