"Hysteria"

par Shini-sama.

Chapitre 2 : Tu seras captif.

Couple : Grimmjow X Ichigo

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à Tite Kubo.

Inspirations : « Hysteria » de Muse (à écouter ^^) et ma fiction originale (il y a quelques similitudes entre cette fiction et mon œuvre originale)

Note : Merci tout le monde pour avoir donné votre avis sur cette nouvelle fiction. Elle me plait beaucoup et en ce moment j'ai vraiment très envie de recommencer à écrire voilà pourquoi je publie déjà ce second chapitre qui j'espère vous plaira encore ;)


Chapitre 2 : Tu seras captif.

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..._

_...

« Lorsque le cœur du soldat saignera, l'« Hysteria » s'emparera de lui,

et alors le monde se noiera dans les larmes de son chagrin puis sombrera dans la noirceur de son âme ».

_...

..._

_...

Ses pieds lui faisaient mal, atrocement. Sa tête lui tournait, horriblement. Cette sensation d'abandon le brûlait, affreusement.

Ichigo avançait – ou plutôt se trainait – sous l'impulsion du pas rapide des soldats qui le soutenaient, trébuchant à chaque pas, quémandant par sa bouche ouverte un peu d'eau qu'on ne lui donnait pas et réclamant qu'on lui laisse du repos.

Mais personne n'entendait ses supplications; pas même ceux qui le tenaient, si proches de lui, ni même l'homme devant lui dont il ne voyait que le dos long et droit, fièrement dressé. Ulquiorra apparaissait comme une ligne de mire devant lui, traçant son chemin vers son enfer, traçant son chemin vers une nouvelle vie dans laquelle il ne serait rien de plus qu'un vulgaire objet de décoration dans la chambre d'Aizen Sosuke.

Le rouquin le savait déjà, il n'était pas ce genre de garçon naïf, il avait vu le regard du seigneur Aizen sur lui et il avait compris en quoi sa prochaine tâche à ses côtés consisterait. Voir le désir dans le regard d'un autre homme était une chose qu'il n'avait plus vu depuis un certain temps. En réalité, cela lui arrivait fréquemment de croiser le regard de nobles – ou même de paysans – lorgnant sur son corps avec délectation. Mais la façon dont ce seigneur là l'avait regardé était une toute nouvelle expérience et il s'en sentait férocement honteux.

Le soleil qui n'était pourtant pas encore à son zénith, brûlait la terre nippone de ses rayons dorés, accablant un peu plus au gré des minutes les pas de l'esclave nouvellement acheté. Voilà plus de trois jours qu'il n'avait rien mangé – à part des légumes pourris – et qu'il n'avait pas dormi plus de deux heures par nuit. Aussi ses jambes étaient-elles lourdes et son corps difficile à bouger.

Le tissu qu'il portait comme vêtement lui collait à la peau, logé entre ses cuisses frottant contre sa peau en l'irritant désagréablement, ralentissant toujours plus son rythme de marche. Sa cadence était presque réduite à néant maintenant, alors que les soldats qui le portaient effectuaient des roulements, agacés d'avoir à porter le jeune homme au bord de l'évanouissement.

_Je vais le prendre avec moi.

Le cortège du seigneur s'arrêta soudain, alors que Aizen descendait de sa superbe monture ivoire pour soutenir lui-même l'orangé. Ses gardes restèrent interdits, n'osant contredire le noble qui tout à coup éprouvait de la compassion pour un esclave, un pauvre fils de paysan sortit de nulle part? Sosuke entoura le corps mou de ses bras et hissa le jeune homme sur son cheval comme s'il eut été mort, sa tête ballottant sur un flanc, et ses pieds sur un autre. Il se remit ensuite en selle non sans se tourner vers ses soldats qui l'observaient, médusés.

_Faut-il que votre seigneur fasse votre travail à votre place, bande d'incapables? demanda-t-il à sa garde qui s'était mise au garde à vous, tremblante sous le regard haineux de l'homme puissant. Ulquiorra, cinquante coups de fouets pour ces hommes qui se disent de ma garde!

Schiffer inclina faiblement la tête, lui-même hautement surpris par le geste de son seigneur et l'importance que venait de prendre – tout à coup – Ichigo dans la vie de son maître.

_Ce sera fait, Aizen-sama.

Le seigneur regagna la tête du cortège au trot, soutenant d'une main le corps épuisé du jeune homme, rebondissant inconfortablement sur la croupe de son destrier.

Schiffer l'observa s'éloigner, interdit et la bouche entrouverte signalant sa surprise. Les soldats échangèrent quelques regards surpris et quelques messes basses.

_Ulquiorra-sama..., tenta alors un soldat à ses côtés, que... qui est donc ce garçon pour que Aizen-sama en soit si concerné?

Le brun soupira, fourrant tout à coup ses mains dans son kimono d'un blanc immaculé tout en tournant ses yeux en direction des hommes stupéfaits :

_Il semblerait bien qu'Aizen-sama ait découvert une chose que je n'espérais jamais le voir trouver. La cécité causée par l'amour est une chose dure à combattre mes amis. Vous recevrez vos coups de fouets et comprenez bien ceci : Aizen-sama et ce jeune garçon sont désormais liés. Ne croyez pas qu'il s'agit d'un simple esclave comme les autres. Mettez-vous cela en tête.

Ulquiorra reprit sa marche, délaissant ses sous-fifres bouches bées, plantés au milieu de la route. Pourtant, le brun éprouvait lui-même des difficultés à croire à ce qu'il venait de déclarer; Aizen-sama réagissant ainsi... Le grand seigneur, le redoutable maître d'arme, le cruel politicien agir en conséquence avec un paysan, quelle folie l'avait donc emporté? Jamais il ne l'avait vu se conduire ainsi pour un quelconque esclave! Cette histoire allait certainement se révéler très délicate...

Il devait mettre Grimmjow au courant de cela très rapidement.

_Lorsque vous serez rentré à la maison, Grimmjow-sama, nul doute que la vie reprendra son cours normal. Que cet « Ichigo » soit arrivé ne changera en rien notre vie.

Ses yeux se tournèrent lentement en direction de l'est et ses yeux se voilèrent d'une certaine nostalgie. Quand le frère du seigneur reviendrait-il parmi eux...?

-.-.-.-.-.-

Traversant rapidement le jardin traditionnel de sa demeure, coloré par mille et une fleurs, embaumé par les parfums des cerisiers, Aizen passa à côté du petit lac, rejoignant bientôt l'intérieur en transportant dans ses bras le corps d'un Ichigo inanimé et aussi pâle que la mort. Il déposa lentement le corps sur le tatami dans la pièce vide, et se hâta de fermer les shojis en les faisant coulisser silencieusement, de manière à couper la pièce du monde extérieur.

_Hinamori-chan, vite! s'écria-t-il alors, revenant tout près du jeune homme et appréciant de sa paume de main, la chaleur de son front. Il est brûlant...

Une jeune fille émergea de derrière un shoji, à l'autre bout de la pièce, ses cheveux bruns retenus en un chignon strict et ses petits yeux s'écarquillant à la vue du jeune homme inanimé par terre :

_Il... Est-il mort? demanda-t-elle en plaquant ses mains devant sa bouche, s'approchant rapidement de son seigneur.

_Dépêche-toi de préparer un futon, imbécile! la réprimanda Aizen qui observait, avec grande inquiétude, le visage fermé de l'orangé.

La jeune fille ne se fit pas attendre et s'activa à préparer un futon confortable sur lequel Sosuke déposa le rouquin, lentement, se plaçant à genoux à côté de lui.

Il remonta la couverture sur le frêle corps puis poussa un soupir inquiet. Cette fièvre semblait tenace et s'il n'agissait pas rapidement elle perdurerait encore plusieurs jours; il ne pouvait le laisser dans un tel état.

_Va me chercher des linges propres, de l'eau fraiche, de la nourriture, autant que tu pourras porter et de quoi soigner ses pieds endoloris.

_Bien.

Le jeune fille disparut en courant dans les couloirs de la demeure, répondant aussi vite que possible à la demande de son seigneur.

Ce dernier, restait maintenant auprès du jeune homme, caressant les cheveux oranges de ses longs doigts fins. Quelque part, il s'était rendu coupable de l'état d'Ichigo et n'avait pas pensé qu'il pouvait être fragilisé par son manque de nourriture.

_Je présume qu'il n'a rien mangé depuis des jours, pensa-t-il en constatant le visage creusé de la jeune personne. Espérons qu'il ne s'agisse que d'une insolation ou d'une déshydratation.

Ses yeux chocolats détaillèrent avec attention chaque trait de son visage, penchant sa tête de façon à mieux apprécier les courbes du nez, la forme de la bouche, l'arrondit du menton. Il y avait en cet Ichigo une chose qui le surprenait, qui le captivait tout entier; et bien qu'il ne parvint pas à savoir quoi exactement, il sut que cet individu l'intéressait bien plus que tous ceux qui pouvaient être à ses côtés depuis toutes ces années.

Après un petit temps d'hésitation, Sosuke repoussa la couverture pourtant tout juste posée sur le jeune homme, pour le libérer de ses vêtements sales. Le bout de tissu qui cachait son corps était moite et poisseux, collant sur sa peau brûlante, mais le seigneur le lui retira avec précaution, prenant garde à ne pas brusquer l'orangé inconscient, pensant qu'il serait sans doute plus à l'aise ainsi.

Puis, après avoir retiré la totalité de l'étoffe, il hésita un nouvel instant : le corps nu de celui qu'il venait de ramener chez lui était désirable, très désirable. Et malgré la maigreur relative de son tronc, les muscles secs de sa jeunesse ressortaient magnifiquement, traçant des courbes élégantes sur la peau dorée et velouté.

Aizen déposa sa main sur la hanche osseuse d'Ichigo, caressant voluptueusement son ventre, puis ses pectoraux. C'était comme si la peau réagissait sous son toucher, frémissant et se délectant de son doigté si soyeux; ou bien était-ce seulement une impression? Mais il stoppa bientôt son geste après avoir – par négligence – tenté d'éveiller un mamelon rose et d'avoir réussit à éveiller en son propre bas ventre une chaleur tenace, sans vraiment l'avoir voulu au préalable.

Ce garçon éveillait en son sein des sensations des plus surprenantes, mais aussi des plus agréables.

_Bon sang..., soupira-t-il se rendant compte de son acte insensé.

Il cessa ses caresses indécentes brusquement, remontant la couverture rapidement sur le corps nu, puis prit un instant son visage entre ses mains se trouvant parfaitement ridicule d'éprouver un tel désir pour un corps sans connaissance et un jeune homme qu'il venait de pousser à bout sans délicatesse aucune.

_J'ai appris que vous étiez rentré, Aizen-sama.

Une voix grave mais veloutée s'éleva de l'autre côté de la pièce, une silhouette aux courbes généreuses et voluptueuses se détachant à la lumière du soleil. Sosuke ferma les yeux d'un air irrité, se tournant lentement en direction de la nouvelle venue qui aimait à s'introduire dans ses moments les plus intimes.

La longue chevelure blonde de la jeune femme tomba en cascade dans le vide alors qu'elle esquissait une révérence profonde, relevant son magnifique kimono blanc sur ses jambes bronzées. Le seigneur l'observa avec intérêt puis reporta son attention sur le jeune homme allongé à côté de lui. Et même s'il haïssait être dérangé dans ces moments-là, il fit un effort pour répondre à la nouvelle venue :

_Je viens de le ramener du marché. Il sera à mes côtés dorénavant.

La jeune femme sembla tiquer et eut un geste nerveux : elle replaça maladroitement ses longs cheveux dans son dos, feignant de garder son calme face à la réplique de son seigneur qui sonnait le glas pour elle.

N'avait-il donc aucun cœur pour lui annoncer cela? N'avait-il pas de respect pour elle et les deux années qu'elle venait de passer avec lui, si proche de lui? Son visage se décomposa à vu d'œil et en observant son seigneur se comporter si... si amicalement avec ce jeune homme endormi, elle se sentit piquée à vif.

_Voulez-vous dire que vous désignez cet... cet enfant comme votre amant officiel, Aizen-sama?

Le puissant homme ne sembla pas remarquer la profonde surprise de la jeune femme et resta interdit de longues secondes avant de finalement délaisser la chevelure rousse pour se relever. Il fit quelques pas en direction de la jeune femme blonde et prit sa main dans la sienne pour y laisser un baiser :

_Je suis on ne peut plus navré, Hallibel. Mais à partir de maintenant, tu n'es plus ma maîtresse officielle.

_Aizen-sama, je...

_Je me suis lassé de tes jérémiades et de tes demandes impossibles, vois-tu. J'espère au moins que tu auras passé deux années agréables en ma compagnie. Mais il est temps de laisser la place.

La jeune femme ouvrit des yeux stupéfaits et se jeta tout à coup au cou de son seigneur, ses dents serrés et ses yeux d'un bleu pâle lançant des éclairs. Elle s'accrocha au kimono de l'homme, ses ongles s'enfonçant dans la peau de son maître :

_Pourquoi? demanda-t-elle, médusée. Vous manquait-il un homme dans votre lit? Qu'a-t-il de plus...? Aimez-vous à ce point vous faire satisfaire par des enfants?

_Ce que je désire ne te regarde plus désormais. Je n'aime guère le ton que tu emploies également, déclara-t-il en se dégageant d'un geste brusque de la poigne de la jeune femme.

Mais la blonde ne semblait pas prête à se laisser faire et ses yeux remplis de haine se posèrent sur le corps immobile du jeune rouquin. Cependant Aizen, qui connaissait Hallibel très bien, savait exactement le fond de sa pensée en cet instant et attrapa sa maîtresse par le menton en guise d'avertissement :

_Ôte-toi cette pensée immonde de ton esprit, et tout de suite! ordonna-t-il. Ne crois pas que j'ignore que tu aimes torturer tes rivales et rivaux. Le requin, voilà comment ils t'ont surnommé. Si j'apprends que tu as touché à un seul de ses cheveux, je me chargerai personnellement de toi, Hallibel. Et il se pourrait bien que ta charmante tête ne soit plus guère connectée à ton cou si cela arrivait. Comprends-tu où je veux en venir?

La jeune femme sentit sa respiration s'accélérer soudain, ses yeux accaparés par le regard chocolat et haineux de son seigneur. Les menaces qu'il venait de lui transmettre étaient on ne peut plus claires, et elle comprit parfaitement qu'elle s'exposait à la mort en s'en prenant à celui qui venait de lui prendre sa place.

_Ta nouvelle résidence sera la demeure d'Ichimaru Gin, mon ami proche. Tu y partiras dès ce soir.

Sur ces mots, il relâcha le menton de la blonde et lui fit signe de sortir. La jeune femme serra les dents, la colère se lisant clairement sur son visage. Se faire évincer par un gamin à moitié mort... Elle n'était pas de poids contre un gamin de seize ans, puant comme un animal, aussi maigre qu'un clou et dont le visage semblait avoir été plongé dans la boue?

_Si tu ne sors pas d'ici, je me chargerai de le faire moi-même, à l'aide de mon épée, susurra Aizen, posant délicatement une main sur la garde de son sabre.

Hallibel s'inclina tout à coup aussi bas qu'elle le pouvait, reculant précipitamment jusqu'à sortir de la pièce et laisser Sosuke seul avec sa nouvelle acquisition.

_Pfff..., souffla l'homme en se passant une main sur le front.

Il avait craint un instant que la blonde ne se rebelle et fasse une chose insensée, voire complètement inutile et stupide. Mais Dieu soit loué, elle avait saisit qu'elle ne faisait plus partie de cette maison et que si elle avait en tête une action inespérée contre Ichigo elle s'exposait à des sanctions qui lui coûteraient la vie.

Aizen voulait se débarrasser d'elle et de son caractère de cochon; il voulait seulement garder Ichigo prêt de lui. Hallibel n'aurait été qu'un obstacle encombrant.

Il se tourna à nouveau en direction du jeune homme qui bougeait faiblement maintenant, sans doute éveillé par le remue ménage. Le seigneur retourna à ses côtés et prit sa main dans la sienne, la serrant légèrement. Et même si son corps bougeait, le roux semblait incapable d'ouvrir les yeux à nouveau, peut-être cauchemardait-il? Peut-être ces mouvements n'étaient dû qu'à une réaction de ses nerfs?

Sosuke attendit que son corps redevienne inerte, serrant toujours dans sa main celle brûlante du jeune homme, se demandant ce que Hinamori pouvait bien faire pour mettre autant de temps. Mais peu lui importait en fin de compte, tant qu'il pouvait rester seul avec lui...

_Kurosaki Ichigo, énonça-t-il avec un sourire charmeur. Il est temps d'accomplir ce pour quoi tu es né.

Et sur ces mots, il s'abaissa au-dessus du corps inerte, jusqu'à ce que ses lèvres entrent en contact avec celles du jeune homme. Et bien qu'elles fussent desséchées, les lèvres d'Ichigo avaient un goût salé, presque amer au goût d'Aizen.

Ce baiser scellait leur rencontre et leur lien nouveau.


Ulquiorra attendait, une main devant les yeux pour se cacher du soleil et l'autre sur la garde verte de son sabre, à l'entrée de la demeure. Les gardes de la grande porte d'entrée avaient annoncé qu'une troupe de chevaux était en approche, se fiant à la longue trainée poussiéreuse significative d'un nombre important de coursiers lancés au galop.

Plus que quelques minutes et il serait de retour. Schiffer attendait ce moment depuis de très longs mois désormais, ne désirant que revoir le visage du frère de son seigneur, le visage de Grimmjow.

Bientôt, le bruit des sabots battant le sol de marbre de la cour du seigneur se fit entendre et une horde de chevaux sales et blessés, pour certains, entrèrent telle une vague se brisant sur les rochers, dans le jardin d'été de la demeure d'Aizen-sama.

Malgré son air fermé, Ulquiorra trépignait d'impatience, ses yeux verts balayant la troupe de soldats à la recherche de celui qu'il attendait. Et bientôt, un immense étalon noir se fraya un chemin entre les soldats descendant à terre, transportant sur une selle ivoire et turquoise le chef des armées impériales de l'empereur, le frère d'Aizen et celui que Ulquiorra attendait avec tant d'impatience.

_Bon retour parmi nous, Grimmjow-sama!

Grimmjow descendit de sa monture et confia les reines de cuir noires au plus proche soldat à ses côtés. Un large sourire carnivore venait de se dessiner sur ses lèvres alors qu'il admirait de ses yeux clairs la demeure de son enfance pour la première fois depuis deux années.

Son visage n'avait guère changé, même s'il était assombrit à cause de la poussière et du sable récoltés tout au long voyage effectué. Peut-être avait-il l'air plus mature encore, son regard semblait s'être posé, il conservait cette impression de détermination que Ulquiorra lui connaissait depuis l'adolescence.

_Ulqui..., salua-t-il le brun en lui tapotant l'épaule. Toujours aussi blanc bec?

_Votre voyage s'est-il bien passé?

_J'ai mal au cul... se plaignit-il, en guise de réponse. Mais nous sommes enfin rentrés!

Il plaça ses mains sur ses hanches, détendant son dos endoloris par la chevauchée qu'il venait de faire. Ses yeux turquoises parcoururent la foule de soldats arrivés dans le jardin, cherchant manifestement quelqu'un des yeux.

_Que ceux qui sont blessés aillent tout de suite voir des médecins! Les autres vous pouvez dores et déjà rentrer chez vous! Deux ans sans voir vos familles c'est long!

D'un geste évasif du bras il désigna la porte à ses soldats fatigués. Certains d'entre eux applaudirent à son discours et s'en allèrent sans un mot de plus, d'autres vinrent d'abord saluer leur commandant avant de prendre congé et d'autres restèrent avec lui par pur dévouement.

_Êtes-vous blessé? s'enquit Ulquiorra en saisissant le guerrier par son armure. Vous devriez retirer ça.

_Ça va, je vais bien, répondit l'autre avec un sourire malicieux.

Il retira ses jambières et confia son casque à un proche soldat, prenant une grande bouffée d'air après avoir transpiré dans son armure étonnamment lourde. Seulement vêtu d'un pantalon de cuir noir et plaçant autour de son cou un linge propre de couleur blanche, le corps de Grimmjow semblait meurtri et parsemé de cicatrices diverses et variées.

Mais son allure sauvage ne l'avait pas quitté pour autant, ces blessures rajoutaient du charme et du cachet au personnage qu'il était : un grand soldat respecté par ses pairs et l'objet de l'adoration de bon nombre de courtisanes - et même d'hommes - en la demeure du seigneur Aizen.

La main blanche et délicate de Schiffer se posa sur l'omoplate du bleuté, pressant la peau autour d'une cicatrice qui suintait encore :

_Vous devriez vous faire soigner, celle-ci n'est pas jolie à voir.

Mais le commandant se contenta de lui sourire en retour et de prendre sa main dans la sienne :

_As-tu fini de t'inquiéter pour moi, Ulqui? T'aurais-je manqué au point ou tu chercherais à me chouchouter et à me dorloter, comme un enfant?

Le sourire amusé du turquoise sembla désarçonner un moment Ulquiorra qui ne répondit rien mais plongea ses yeux émeraudes dans ceux de l'homme face à lui, traduisant par son regard ce qu'il ne pouvait dire à haute voix en ces lieux.

Grimmjow lui répondit par un sourire envieux, déposant une main sur l'épaule frêle du soldat :

_Nous verrons cela plus tard. J'ai d'autres choses à régler maintenant.

Schiffer se demanda alors s'il avait pensé à la même chose que lui en cet instant? Lui avait-il manqué au point qu'il ne pouvait attendre « plus tard »? Ce n'était visiblement pas le cas puisque le commandant des armées s'était détourné brusquement de lui et s'éloignait sans un mot à travers la foule de soldats.

_Il Forte!

Le bleuté déboucha sur un groupe de soldats réunis autour d'un cheval marron, transportant sur sa selle un corps inerte.

Il Forte salua brièvement son supérieur, retenant ses longs cheveux blonds dans son dos en s'abaissant rapidement. Ses yeux bleus traduisaient une certaine appréhension voire même une inquiétude notable et Grimmjow le remarqua immédiatement :

_Qu'y a-t-il?

Ulquiorra rejoint le bleuté au sein du groupe de soldats, observant la scène avec étonnement. Ses yeux semblèrent se fixer sur le corps enroulé dans un drap blanc qui reposait sur le cheval du dénommé Il Forte, le bras droit de Grimmjow.

_Il va mal, taichou..., répondit le blond en soulevant le drap pour montrer le visage fermé de l'homme.

Ulquiorra fronça très légèrement les sourcils. Un prisonnier? Grimmjow avait fait un prisonnier?

_Qui est-ce? demanda-t-il alors que le bleuté hissait le corps inerte sur son épaule pour l'amener à l'intérieur de la demeure.

_Si tu dis la moindre chose à Sosuke, sois certain que toi et moi ne partagerons plus le même futon, Ulquiorra, le menaça le commandant avec sévérité, plus sérieux que jamais.

Schiffer resta interdit, ne traduisant pas la moindre émotion sur son visage. L'homme aux cheveux turquoises prenait cela bien à cœur, et le brun en fut étonné. Que cachait-il?

_Très bien, je ne dirai rien.

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Grimmjow déposa le corps qu'il transportait sur un tatami d'une petite pièce, à l'écart du cœur de la maison, faisant fermer les shoji autour de lui par un Ulquiorra obéissant mais on ne peut plus curieux.

Le bleuté débarrassa l'inconscient du drap qui l'entourait et déposa sur ses lèvres quelques gouttes d'eau issues de sa gourde. Le prisonnier allongé à terre était vêtu richement, d'un kimono noir fait dans la plus brillante des étoffes, ses longs cheveux rouges éparpillés autour de son visage cachant les tatouages de son visage.

Qui était-il donc? se demanda le brun, se plaçant à genoux à côté du corps, face à Grimmjow. Il avait tout l'air d'un noble... et si le bleuté s'était amusé à capturer un noble, Aizen aurait de graves ennuis!

_Pourquoi porte-t-il des menottes? Et... bon sang, qui est-ce? s'enquit le brun en implorant son voisin des yeux.

_Il a mal réagi à la drogue que nous lui avons donné pour qu'il s'endorme. Je crois que son rythme cardiaque a chuté. Il est en mauvaise voie. J'ai besoin d'un médecin.

Les yeux turquoises semblèrent implorer le soldat de faire quelque chose et pour cause : Ulquiorra n'était pas seulement le chef de la garde du seigneur Aizen, il était aussi un bon guérisseur à ses heures perdues.

_Je ne suis pas médecin, répondit-il, et j'ignore qui est cet homme. Je ne ferai rien en cachette comme cela, alors que Aizen-sama...

_Je croyais pourtant que tu m'étais loyal, Ulquiorra, le coupa soudain le bleuté en arborant un visage déçu. Moi qui avais une telle envie de te revoir, d'être seul avec toi, moi qui ai compté sur toi pendant tant de temps, maintenant tu me dis que tu ne peux pas prendre soin d'un prisonnier?

_Si c'est un prisonnier, sa place est en prison! répliqua le brun, néanmoins atteint par les paroles du bleu.

Un silence s'installa pendant lequel Grimmjow soupira. Schiffer ignorait pourquoi ce prisonnier de guerre lui semblait si important et pourquoi il s'en faisait tant pour lui, mais il ne désirait pas mentir à Aizen-sama en soignant un inconnu dans sa demeure. Surtout qu'il connaissait Grimmjow et sa roublardise...

_Si je te dis qui il est, et pourquoi je l'ai ramené, le soigneras-tu?

Les yeux émeraudes sondèrent le visage du commandant y cherchant une trace de supercherie, connaissant la capacité de Grimmjow a raconté des mensonges.

Mais ce dernier se pressa de lever ses deux mains hauts et de se mettre sur la défensive :

_Promis, je ne mentirai pas.

Le brun soupira mais accepta sa requête. De toute manière : que pouvait-il refuser à Grimmjow-sama?

_Cet homme est le Lieutenant de la garde de Kuchiki Byakuya.

_Kuchiki Byakuya? répéta Ulquiorra en haussant les sourcils faiblement. Le sixième seigneur le plus influant de l'empire?

_Lui-même.

_Que fait-il donc ici?

Grimmjow s'assit en tailleur en déposa ses mains sur ses hanches :

_La guerre dont nous venons de rentrer se passait très loin d'ici et l'empereur avait demandé à ses treize plus importants seigneurs de lui fournir des soldats de qualité. Kuchiki-sama envoya cet homme que tu vois inconscient : Abaraï Renji est son nom. Cependant, lui et moi sommes devenus amis au fil des batailles, menant des combats ensemble et... et je n'ai pas voulu le laisser repartir auprès de son seigneur.

Les yeux d'Ulquiorra s'écarquillèrent de stupeur et il s'éloigna de son interlocuteur dans un geste incontrôlé. Comme il l'avait craint, Grimmjow s'était encore mis dans une situation dangereuse et avait commis un acte répréhensible, qui pourrait bien lui coûter la vie.

_Je connais déjà ton avis, Schiffer, pas la peine de me le donner à haute voix, poursuivit-il. Mais il est le seul trophée à mon goût! Et je ne le laisserai pas à ce bourge de Kuchiki!

La colère du bleuté était significative; il avait clairement une dent contre le clan Kuchiki et Ulquiorra se demanda si ce Renji n'en était pas tout simplement la cause. Bon sang était-il... était-il tombé amoureux? Grimmjow amoureux...? Non, impossible! C'était autre chose.

Ulquiorra se releva dans un mouvement gracieux, pointant son long doigt fin sur le corps d'Abaraï :

_Vous devez renvoyer cet homme à son seigneur, et tout de suite.

_Non! Non, bon sang, tu n'as pas écouté ce que j'ai dit? Je le veux! Je le veux!

_C'est faux Grimmjow-sama. Ce que vous voulez, ce que vous aimez c'est voler. Vous voulez cet homme car il appartient à un autre, n'est-ce pas? Ma main à couper qu'il est l'amant de Kuchiki Byakuya et que c'est pour cela qu'il trouve de l'intérêt à vos yeux.

Grimmjow serra les poings et se releva dans un saut prêt à faire face aux accusations que Ulquiorra. Ce dernier sut d'ailleurs qu'il avait visé juste à la vision de la réaction du commandant. Grimmjow était toujours le même, son caractère si impulsif lui faisait faire des choses insensées et il aimait voler et posséder ce qui était à autrui et à plus fort que lui :

_Il est ma capture de guerre et personne ne me le fera renvoyer là-bas! s'écria-t-il, son visage se tordant de rage.

_J'ai bien peur de ne pas partager votre avis. Et malgré tout le respect que je vous dois, permettez-moi de vous mettre en garde : votre acte insensé pourrait bien nous coûter une guerre civile. Kuchiki lancera son armée sur nous s'il apprenait qu'une telle chose s'est produite.

_Qu'il l'envoie, je le recevrai! s'exclama le bleuté en tirant son sabre de son fourreau. Et tu risques bien d'y goûter toi aussi si tu cours trouver mon frère...

Nullement inquiété par les menaces du turquoise ni par la vision de son sabre planté face à sa gorge, Schiffer déposa une main sur la garde de son propre sabre pour le libérer de son étui. Les deux lames se frottèrent, se titillèrent, garantissant un futur combat des plus violents.

Les deux hommes s'observaient hargneusement, ne désirant pas lâcher leur point de vue.

_Vous êtes bien le frère d'Aizen-sama, semblables en tout point, lâcha soudain Ulquiorra alors que les lames s'entrechoquaient dans un bruit sourd. Les mêmes envies incontrôlables, les même erreurs stupides...

_Qui es-tu pour juger de nos actes, sale vermine! Tu n'es rien ici, tu entends?

_Que votre frère achète un paysan au marché je peux encore le concevoir, mais que vous capturiez l'amant d'un puissant seigneur pour le faire votre. Grimmjow-sama, avez-vous perdu la tête?

Le bleuté abandonna soudain sa position de combat et relâcha son épée, interloqué. Son visage se détendit et il sembla tout à coup fortement intéressé par ce que Schiffer venait de lui dire, à la plus grande surprise de ce dernier qui ne pouvait expliquer ce changement brutal d'attitude :

_Sosuke a acheté un paysan? demanda-t-il, fronçant ses sourcils épais.

_Oui. Un jeune homme d'une quinzaine d'années, il y a de cela quelques heures.

_Comment est-il? demanda l'autre, sa question posée d'un ton agressif.

Surpris, Ulquiorra inspira profondément, se demandant si finalement il connaissait réellement cet homme face à lui au vu des réactions étranges qu'il avait depuis son retour.

_Comment est-il? répéta-t-il, pensif. Il est jeune et maigre, sale également...

Grimmjow attrapa soudain le soldat par le col de son kimono le rapprochant très près de sa bouche, sa respiration saccadée prouvant à Schiffer que quelque chose ne tournait définitivement pas rond chez lui depuis qu'il était rentré. Leurs regards s'accrochèrent; celui du bleuté était avide et le brun le remarqua aisément. Quelque chose intéressant grandement le frère d'Aizen-sama et Schiffer savait bien à quel point Grimmjow ne s'intéressait pas à des broutilles.

_Dis-moi de quelle couleur sont ses cheveux? questionna le bleuté d'un filet de voix.

Les yeux d'Ulquiorra traduisirent sa surprise. Son cœur sembla accélérer ses mouvements, sa question lui semblait tant stupide, voire même complètement inutile qu'il se surprit à penser que Grimmjow savait une chose qu'il ignorait. Mais qu'est-ce que cela pouvait être?

Grimmjow connaissait-il ce paysan? Non, c'était inconcevable, son intérêt si soudain ne pouvait pas venir de là. Alors pourquoi si précipitamment...?

_Ils sont oranges, répondit enfin le brun de sa voix lointaine.

Les yeux turquoises restèrent fixés droit devant lui pendant un instant puis glissèrent jusqu'au corps toujours immobile de Renji à terre. Une émotion indéchiffrable passa sur son beau visage et ses lèvres formèrent quelques mots que Schiffer ne parvint pas à déchiffrer. Mais vraisemblablement, le choc de cette nouvelle était conséquent : Grimmjow était on ne peut plus surpris et ne pouvait même plus bouger. Cependant, bientôt, il lâcha le brun qui replaça son kimono en le défroissant avec attention :

_Mais pourquoi ces questions, Grimm...? Grimmjow-sama!

Mais le bleuté venait de s'enfuir de la pièce, ouvrant à la va-vite le shoji et détalant dans le couloir tel un prédateur ayant vu sa proie passer devant ses yeux affamés. Ulquiorra resta interdit, écoutant les pas du frère de son seigneur s'évanouir complètement.

_Que se passe-t-il donc ici? demanda-t-il au silence.