Hysteria
par Shini-sama.
Chapitre 4 : Tu prendras la fuite.
Couple : Grimmjow X Ichigo
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à Tite Kubo. Cependant, cette fiction m'appartient entièrement, que ceux qui s'amusent à la plagier soient châtiés durement!
Inspirations : « Hysteria » de Muse (à écouter ^^) et ma fiction originale (il y a quelques similitudes entre cette fiction et mon œuvre originale).
Note : Merci à toutes pour vos reviews! ^^ Désolée de ne pas vous répondre personnellement U.U
Chapitre 4 : Tu prendras la fuite.
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« Lorsque le cœur du soldat saignera, l'« Hysteria » s'emparera de lui,
et alors le monde se noiera dans les larmes de son chagrin puis sombrera dans la noirceur de son âme ».
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~ Flashback ~
La grande et belle toile de tente du général des armées avait été plantée fièrement dans le camp militaire monté pour la campagne en cours. La toile bleue claire et les drapeaux qui l'ornaient laissaient savoir à tout le monde qui en était le propriétaire. Nul ne pouvait ignorer que son propriétaire n'était pas sur le champ de bataille en ce moment même, mais s'adonnait à son passe-temps favori que tous les soldats sans exception connaissaient.
Les deux gardes qui se tenaient à l'entrée de la tente, armes à la main et tenant rigoureusement leurs positions, tentaient de rester imperturbables malgré ce qui les perturbait. En effet, par moment, les deux hommes se renfrognaient sur eux-mêmes, alors qu'un énième bruit parvenait à leurs oreilles. Un bruit rauque, comme une respiration d'animal provenant pourtant de l'intérieur de la demeure de fortune :
_Hmm...
Des bruissements de draps et de corps se mouvant pouvaient se faire clairement entendre, et les deux hommes devaient chasser sans cesse les soldats curieux, voire même amusés, par les énièmes frasques de leur général.
_Oh oui, tu es toujours aussi bon..., déclara d'un ton enchanté une voix masculine bourrée de testostérone.
_Han... Grimm... jow... sama!
_Chuuuut!
A l'intérieur de la tente, un corps dénudé se redressa pour s'aplatir sur un second corps, lui aussi entièrement nu, le nez de l'homme furetant doucement dans le cou bronzé offert à lui.
_Tu comptes gémir comme une bonne femme encore longtemps? interrogea Grimmjow, un sourire aux lèvres mais sa virilité toujours aux portes de son invité.
_Je croyais pourtant que cela vous excitait, répliqua l'homme aux cheveux noirs, se redressant sur ses coudes. Auriez-vous changé de pratiques?
_C'était le cas avant..., répondit-il en s'insérant à nouveau à l'intérieur du jeune soldat qui gémit sous son intrusion. Maintenant, je préfère te voir te retenir...
Mais l'autre ne lui répondit pas, se contentant de ramener sa main en arrière pour la glisser dans les cheveux turquoises, amenant le visage de Jaggerjack a conserver sa position tout contre son cou.
Les mouvements de bassin amples et lents du soldat ne pouvaient être mieux calculés; à chacun de ses allées et venues il savait parfaitement jusqu'où s'arrêter pour satisfaire son partenaire. Ce dernier avait fermé ses yeux noirs et son visage s'écrasa bientôt sur les coussins de soie moelleux alors que son corps en sueur reposait, essoufflé et brisé, sur les draps mouillés.
_Comme d'habitude, tu t'es démarqué des autres, lui souffla un Grimmjow ravie dans le creux de l'oreille. Tu es comme une friandise pour les Dieux...
L'homme brun leva doucement ses yeux vers lui, dans une expression blasée, et ses pupilles sombres suivirent le corps nu du soldat qui quitta la couche pour se placer devant la petite cuvette d'or remplie d'eau.
Joignant ses mains pour s'en faire une tasse de fortune, le bleuté récolta le fluide pour le boire puis aspergea ses cheveux, sa nuque et enfin ses cuisses.
Lorsqu'il était nu de la sorte, il accaparait toujours les regards de ses amants de passage, juste après l'acte, alors que son être tout entier puait la sueur et le sexe. Il n'en ressortait que plus sauvage encore, plus bestial et c'était ainsi que les soldats qui lui servaient d'amants l'aimaient tant.
L'homme brun laissa glisser ses yeux de velours sur la silhouette musclée, tentant de ne pas faire attention à la semence chaude qui s'écoulait entre son postérieur. Il ne bougeait pas, son corps était si lourd et il avait si chaud...
_Ne me dis pas que tu veux qu'on remette ça? demanda Jaggerjack d'un ton amusé en observant l'homme à moitié mort sur sa couche. Tu es de loin l'un des meilleurs mais...
Le jeune brun consentit enfin à se sortir de la couche et se leva, cherchant des yeux ses vêtements et son armure, posés dans un coin de la grande tente. Et comme s'il n'avait nullement entendu ce que le bleuté venait de dire, il s'attela à remettre son kimono, défroissant les plis sur la soie douce. Puis, il remit son obi en place lorsqu'une coupe remplie de fruits arriva sous son nez, présentée par Jaggerjack qui venait de croquer dans une belle pomme bien rouge :
_Mange, lui ordonna-t-il, je n'aimerais pas que tu tombes au combat parce que je t'ai épuisé.
_Merci bien, mais non, répondit l'autre d'une voix monotone. Je rentre au camp... et je doute que je revienne.
Le regard qu'il lança au général se voulait insistant et le bleuté comprit aisément que leur relation s'arrêtait ici. Il sourit, dévoilant de longues canines pointues tout en haussant les épaules :
_Je te manquerai trop.
_Grimmjow-sama, vous connaissez les relations tendues entre Tousen-sama et vous-même et...
_Shuuhei, la politique et le cul n'ont rien à voir! le coupa sèchement le bleu, essuyant d'un revers de main le jus qui coulait à la commissure de ses lèvres, issue de la pomme qu'il dégustait. Si tu ne souhaites plus être sous moi de cette façon, tu pourras venir au-dessus...
Le ton était amusé et délibérément coquin, Grimmjow ne s'en cachait pas, surtout qu'il dévorait des yeux le corps maintenant totalement dissimulé de Shuuhei. Et même s'il ignorait pourquoi – sans doute par simple fierté – le général voulait retenir l'amusement qu'était le brun par tous les moyens; ou plutôt il voulait l'empêcher de le quitter et de le laisser seul comme une vieille chaussette. Son égo démesuré ne l'aurait certainement pas supporté.
_Vous ne comprenez pas...
_Oh si j'comprends! Tu m'as trouvé un remplaçant, hein? s'enquit le turquoise en fronçant les sourcils.
Shuuhei resta interdit, terminant de placer son armure sur ses épaules dans des gestes précis et rodés. Il n'avait aucunement l'intention de répondre à ses provocations et désirait s'en aller rapidement; mais il savait à quel point il était difficile de se défaire de Grimmjow Jaggerjack lorsque celui-ci vous avait dans son collimateur.
_Alors c'est comme cela que tu fais maintenant? Tu t'fais prendre sciemment et ensuite tu délaisses ton maître en jouant les inaccessibles? Sais-tu combien d'amant j'peux avoir en claquant des doigts, rien que dans ce camp?
Hisagi Shuuhei leva les yeux au ciel, son exaspération était telle qu'il aurait volontiers pu s'enfuir en courant de cette tente et ne plus jamais y revenir.
Comme si jouer sur le terrain de la jalousie allait fonctionner avec lui! D'ailleurs, il ne comprenait pas l'entêtement dont faisait preuve le bleuté à son égard.
_Je me moque de vos conquêtes, Grimmjow-sama, répondit-il avec une grimace peu sympathique. Et même si j'ai fait partie de ces conquêtes, je ne souhaite plus vous rencontrer à présent. Vous devez comprendre que je suis au service de Tousen-sama et qu'il m'est interdit de vous rencontrer.
_Dis plutôt que c'est lui qui te l'interdit!
_Cela revient exactement à la même chose! Vous devez comprendre que nous faisons partie de deux contrées différentes que nous...
Le bleuté fit claquer sa langue bruyamment en signe de protestation, ordonnant par là à Hisagi de se taire. Ce dernier obtempéra, constatant que cela ne servait à rien d'argumenter face à un homme borné. Détournant ses yeux du brun, Grimmjow attrapa une grappe de raisins dont il préleva un grain pour le déguster, et d'un geste peu respectueux fit signe à son invité de partir, comme on chassait un insecte.
Shuuhei hocha la tête un instant, surpris par ce changement soudain d'attitude mais ne demanda pas son reste. Il quitta la tente sans un mot de plus, disparaissant à jamais de la vie de Grimmjow, comme il le désirait.
Le sanguinaire soldat déposa sur sa langue un nouveau grain de raisin qu'il croqua d'un coup de dents rapide, écoutant avec une certaine délectation le bruit des noyaux craquant sous ses canines aiguisées. Il broyait encore et encore ces petits bouts de fruits en devenir, leur goût amer se déversant sur ses papilles sans retenue, lui amenant un frisson désagréable.
Étirant une moue mécontente, le turquoise déposa la grappe dans la coupe de fruit sans délicatesse aucune et inspira profondément, sentant ses nerfs lâcher. Cette dispute avec Shuuhei n'était pas pour lui plaire, surtout qu'il ne retrouverait pas de sitôt un amant tel que lui...
_Merde..., murmura-t-il, son poing appuyé contre ses lèvres pincées, se réfrénant pour ne pas hurler sa colère.
A vrai dire, il n'avait pas d'autre amant sous la main et c'était bien cela qui le contrariait fortement...
_Ta frustration sera bientôt apaisée, oh grand soldat de l'empereur.
Jaggerjack sursauta, se relevant en une fraction de seconde tout en saisissant un couteau de cuisine laissé près de lui. Il brandit l'arme devant lui, observant d'un œil noir la silhouette cachée sous une large cape avancer vers lui. Le général adopta une expression abasourdie.
L'étranger – ou plutôt l'étrangère si l'on se fiait à sa voix – pénétra sans y être invitée dans la tente du général, soulevant la toile de la demeure de fortune d'un geste ample et mesuré. Puis, l'encapuchonnée stoppa ses petits pas face à lui, sans la présence d'esprit de montrer son visage, ce qui était la moindre des politesses lorsqu'on s'adressait à un noble du rang de Grimmjow, d'accoutumé.
_Qui t'es toi? demanda rageusement le bleuté, prêt à embrocher l'inconnue dans la seconde.
_Je suis celle que tu attendais...
Un sourcil bleu se leva, incrédule, et une main passa dans les cheveux bleus - Grimmjow aimait faire ce geste lorsqu'une situation compliquée se présentait à lui, il aimait à dire que ce geste "oxygénait son cerveau"... Mais à cet instant précis, il avait plutôt envie de demander à cette folle ce qu'elle faisait là et comment diable avait-elle pu tromper sa garde?
_Il est aisé pour une femme comme moi de se faufiler dans un camp comme le tient. Les gardes qui le surveillent sont si grands et si hautains que leurs yeux ne se baissent jamais pour regarder plus bas que leurs épaules. Tout comme toi...
_Tch! Et j'imagine qu'avec ta p'tite taille, tu t'es aventurée jusqu'ici sans te faire prendre. Quelle bande d'imbéciles!
_Tu peux leur en être reconnaissant, reprit-elle. Car si je n'étais pas arrivée jusqu'à cette tente, tu n'aurais jamais su...
Jaggerjack éleva le couteau de cuisine dans les airs, le pointant sur le visage de l'intrépide. L'aura qui émanait d'elle était étrange et attirante à la fois. Il aurait certainement déjà tué quiconque aurait pénétré sa tente sans même y regarder au sexe, si la personne n'avait pas piqué sa curiosité comme cette femme était en train de le faire.
_J'aurais jamais su quoi? demanda-t-il, montrant son intérêt pour ses paroles.
_Le destin qui t'attend et que je vais te révéler, car il en va de mon devoir et de l'existence du monde entier...
La voix féminine mais pourtant grave de l'étrangère laissa Grimmjow un instant perplexe. Cependant, il étira un sourire moqueur à l'entente de sa dernière phrase. Lui faire croire à lui, l'homme le moins superstitieux du monde, que son destin avait quelque chose à voir avec cette bonne femme...?
_C'est quoi c'te mascarade? demanda-t-il, plissant ses yeux lentement.
_Je viens t'apporter un message. Un message qui m'est apparue en songe et que les Dieux m'ont confié; ils m'ont chargé de te retrouver pour te dire plusieurs choses...
Grimmjow ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. A dire vrai, il ignorait totalement comment réagir face à ce que cette femme lui débitait; il était étonné mais étrangement attentif à la moindre de ses paroles, suspendue à ses lèvres. Et il ignorait bien pourquoi...
_ « Lorsque le cœur du soldat saignera, l'« Hysteria » s'emparera de lui, et alors le monde se noiera dans les larmes de son chagrin puis sombrera dans la noirceur de son âme. Tes mains s'empareront de l'homme aux cheveux de feu, fais-le tient et garde-le dissimulé aux yeux avides des hommes avant que ceux-ci ne le mènent à la destruction... »
Le silence regagna soudain la tente vide, le bruit de la toile se tendant sous les rafales du vent brisant par moment ces instants tranquilles, étranges voire même lourds.
Grimmjow avait écouté ce que cette femme venait de lui dire; sa longue litanie était cependant complètement ahurissante, il n'y avait rien compris surtout qu'elle avait adopté – pour la compter – une voix profonde et mystérieuse, comme si tout à coup quelqu'un d'autre s'exprimait à travers elle.
_C'était quoi ça? demanda-t-il bientôt en haussant les épaules, surpris.
Mais la jeune femme sembla ignorer sa question et se contenta de tourner doucement les talons en levant une main en signe d'avertissement :
_Souviens-toi, tu dois le trouver... Avant qu'un autre ne le fasse...
_Qu... quoi? Mais hé!
Grimmjow rattrapa la jeune femme avant qu'elle ne sorte de sa tente, posant une main puissante sur l'épaule fine et fragile de l'étrangère. Il la stoppa et par la même occasion, fit tomber ce qui lui servait de capuche pour découvrir un visage gracieux, de courts cheveux noirs et de grands yeux marines. Il sembla un instant choqué par l'apparence de la jeune femme, qu'il considéra ne pas avoir plus d'une quinzaine d'années :
_C'est un sacrilège que de voir le visage d'un oracle, lui souffla-t-elle, cependant nullement perturbée et gardant un calme à toute épreuve.
_Oracle? répéta-t-il, toujours aussi surpris. Mais... pourquoi m'avoir dit ça? Qui... j'comprends rien!
_Je ne suis qu'un simple messager des Dieux, répondit-elle en replaçant sa capuche sur sa tête, toi seul dois savoir quoi faire.
Profitant alors de la surprise grandissante du soldat, la jeune femme s'éclipsa rapidement, sa silhouette disparaissant derrière une tente toute proche, ne laissant aucune chance à Grimmjow pour la rattraper.
Mais ce dernier n'en avait pas l'intention de toute manière. En effet, il venait subitement de penser à une chose, les paroles étranges de l'oracle revenant sans cesse dans son esprit et il avait beau les tourner et les retourner dans tous les sens, il n'y avait qu'une seule chose à laquelle il pensait, même si selon lui cela n'avait aucun sens.
L'homme aux cheveux de feu...
Ses yeux clairs détaillèrent un instant les hommes dans le camp, comme s'il eut voulu chercher quelqu'un qui correspondrait à cette description. Mais en réalité, il n'avait pas besoin de chercher... Ses yeux s'arrêtèrent sur une torche placée à l'entrée d'une tente voisine, cette torche était animée par une flamme vivace aux multiples couleurs; jaune, orange puis rouge...
_Grimmjow...? Tu m'as l'air bien pensif!
Une main se posa sur l'épaule du général, et ce dernier sortit de sa torpeur dans un mouvement violent, son corps sursautant sous la surprise. Une main qu'il ne connaissait que trop bien pétrit son épaule, une main qu'il avait vu tenir une épée au combat un nombre incalculable de fois...
Son regard glissa sur la large silhouette plantée à ses côtés et des cheveux d'une couleur peu naturelle entrèrent dans son champ de vision...
L'homme aux cheveux de feu.
_Renji...
_Quoi? demanda le Lieutenant de Kuchiki en l'observant avec intérêt. Tu fais vraiment une drôle de tête!
_Je...
Mais il ne trouva pas le moyen de parler de ce qu'il venait de vivre à son ami, ni même le courage pour cela. Il décida alors de garder son secret pour lui; ne désirant pas passer pour un fou aux yeux d'un de ses plus proches amis et collaborateurs. Pour dire toute la vérité, Grimmjow y croyait, il croyait à cette... prophétie? Oui, ça ne pouvait être que cela!
Et en observant Renji, il comprit que l'oracle ne pouvait se tromper...
~ Fin du flashback ~
Mais maintenant qu'il avait ramené Renji jusqu'ici, qu'il l'avait fait entrer le palais de son frère Aizen, il n'était plus certain d'avoir en sa possession la bonne personne. Et s'il s'était trompé depuis le début, si Renji n'était pas cet homme...?
Cet épisode s'était déroulé il y avait déjà plusieurs mois et malgré cela, il se souvenait de chaque instant, de chaque soupir, de chaque mouvement de l'oracle. Pourquoi fallait-il qu'il se rappelle aussi méticuleusement de cette rencontre? Pourquoi ne pouvait-il pas l'oublier tout simplement et reprendre une vie normale?
_Nom d'un chien! laissa-t-il échapper soudain, fermant ses yeux.
La pièce dans laquelle il se trouvait était toujours aussi silencieuse. Ulquiorra avait quitté les lieux, prétextant quelques affaires à régler et Grimmjow s'était retrouvé à veiller sur Renji. Mais plus il l'observait moins il y croyait...
Pourquoi avait-il fallu qu'il croit cette stupide oracle de malheur? se demanda-t-il - encore une fois - en frappant le shoji branlant qui manqua s'effondrer sous son coup de poing.
Ses soupirs étaient maintenant saccadés, le turquoise ne pouvait plus reculer. Il comprenait maintenant que son existence avait été bouleversée par la venue de l'oracle et qu'il avait fait des choses qu'il ne pourrait réparer : comme faire venir Renji ici. Ou plutôt kidnapper Renji...
_Grimmjow?
La voix du rouge le sortit tout à coup de ses songes et le fit pivoter violemment sur ses talons. Les yeux écarquillés et le cœur battant, Jaggerjack observa Abaraï bouger sur sa couche et se relever légèrement, prenant appui sur ses coudes.
Il était pâle, bien plus pâle que d'habitude et le bleuté s'en voulu quelque peu. Mais en observant étroitement l'homme tatoué, Jaggerjack remarqua qu'il semblait perdu, portant une main à son front tel un fiévreux étourdit par la chaleur qui l'étouffait. Cependant, son regard n'était pas aussi vague qu'il ne lui avait parut lors de son précédent réveil.
_Tu as l'air d'aller mieux, nota Grimmjow en lui apportant une coupe d'eau que sa victime but d'un seul trait. Et tu avais soif!
_Grimmjow, qu'est-ce que ça veut dire? demanda le rouge en s'essuyant la bouche d'un revers de main.
_Je te l'ai dit : je t'ai ramené chez mon frère.
Les petits yeux marrons le fixèrent un moment, rempli d'incompréhension, puis le visage du rouge se renfrogna et il secoua la tête.
_Tu ne m'as rien dit! protesta-t-il. Pourquoi suis-je ici, bon sang? Je dois retourner auprès de Kuchiki-sama!
_Renji...
_Mais tu ne comprends pas qu'il te tuera! s'écria l'autre en saisissant son bourreau par les épaules, le serrant de toutes ses forces.
Grimmjow resta un instant silencieux et immobile, quelque peu perplexe. Il recula d'un pas devant les yeux ahuris du rouge, comme si en observant le visage de cet homme il venait de remarquer une chose. Quelque chose le laissait penser que...
_Renji, tu t'rappelles de ce que je t'ai dit toute à l'heure pas vrai? demanda-t-il, clairement et distinctement.
_Tout à l'heure? répéta l'autre en prenant un air colérique. Mais je viens à peine de me réveiller, comment veux-tu que je...?
_Alors tu ne te souviens vraiment pas, hein? le coupa Jaggerjack avec un air méfiant. Dis-moi Renji, peut-être que maintenant tu vas pouvoir répondre à ma question...
_Quelle question? vociféra Abaraï fusillant son interlocuteur du regard.
Grimmjow étira ses lèvres en un sourire sadique, presque cruel et il ignorait pourquoi mais il sentait que d'une manière ou d'une autre Renji avait quelque chose à voir avec toute cette histoire. Comment aurait-il pu oublier la question qu'il lui avait posée plus tôt alors que celle-ci semblait l'avoir tant choqué?
_Qu'est-ce que c'est « l'Hysteria »?
Le visage d'Abaraï se figea soudain, dès qu'il eut terminé de poser sa question. Et le bleuté comprit que ce n'était pas la première fois qu'il entendait ce mot, cependant il ne comprenait pas pourquoi il s'obstinait à lui dire qu'il ne s'était pas réveillé plus tôt, et qu'il ne se souvenait plus de cette question. Mentait-il? Ça ne semblait pas être le cas, pensa Grimmjow, excité par tous ces mystères qui s'ajoutaient à la suite les uns des autres.
Les yeux exorbités du rouge traduisirent sa grande stupéfaction et sa bouche s'ouvrit pour émettre un son qui ne sortit jamais... Ce n'était définitivement pas l'attitude d'un homme qui entendait un mot étrange pour la toute première fois; Renji savait quelque chose à son propos!
_Si tu peux pas me répondre, reprit le bleuté en l'observant fixement, essaye au moins de répéter ce mot : hys-té-ria...
Mais le rouge resta figé, son corps raide tel un bâton de bois et son regard vidé de toute expression. C'était comme si, à chaque fois que le bleu prononçait ce mot Renji devenait comme mort, muet et totalement hermétique à ce qu'il se passait autour de lui.
Et Grimmjow, de son côté, était persuadé qu'il touchait quelque chose du doigt...
Le grand salon de la demeure était ensoleillé par un immense rayon de soleil, chauffant les shojis aux couleurs pâles et rendant l'atmosphère de la pièce irrespirable.
_Par pitié ouvrez! réclama Aizen en passant une main sous son kimono en soupirant de fatigue.
Les serviteurs obtempérèrent immédiatement, ouvrant rapidement les parois coulissantes sur le jardin exotique du seigneur, invitant par là la brise fraiche et les odeurs envoûtantes des fleurs à se mêler à la pièce.
Sosuke inspira profondément et son visage se détendit sous le bien-être de cette toute nouvelle sensation. Et même si l'après-midi touchait à sa fin désormais, il avait apprécié cette journée comme aucune autre. Et Ichigo n'y était pas étranger...
Ses lèvres s'étirèrent en un sourire satisfait alors que devant lui, en songes, le beau visage du jeune homme s'affichait. Le seigneur n'attendait plus qu'une chose : faire le jeune rouquin sien.
_Eh bien, Sosuke on prend l'air? piailla une voix désagréable dans son dos.
Un menton osseux se posa sur son épaule avant qu'il n'ait pu faire le moindre geste pour l'éviter. De doux et longs cheveux or glissèrent dans son cou jusque sur son torse, ne laissant aucun doute sur l'identité de son visiteur, et lui faisant ressentir un frisson désagréable le long de sa colonne vertébrale.
_Tu es en retard! réprimanda le brun, donnant un coup d'épaule violent pour se dégager de l'étreinte irritante de son précepteur.
Ce dernier, tout sourire et l'allure calme, haussa les épaules tout en explorant les lieux du regard :
_A ce que je vois, je ne suis pas le seul en retard!
_Grimmjow est d'une nature irritante, il aime être en retard car il sait parfaitement que cela m'irrite.
_Héhé, le malin...
Cependant, cela ne fit pas rire le seigneur qui tomba à genoux devant le chabudai* sur un coussin déposé à même le sol, traditionnellement. Une tasse de thé trônait devant lui, encore fumante, et il se décida à la prendre en main pour souffler sur le liquide, histoire de le faire refroidir plus vite.
Shinji l'observa avec un certain amusement; Sosuke ne semblait pas vraiment disposé à ce que l'on vienne lui chercher des noises aujourd'hui, surtout que cette réunion organisée entre le seigneur, Shinji et Grimmjow était vouée à discuter de l'état actuel militaire de l'armée, après la campagne menée par Jaggerjack.
Cependant, Hirako était d'une nature peu conciliante et il ne pouvait manquer une telle occasion...
_En parlant d'irritant..., reprit-il, fourrant une main à l'intérieur de son kimono, au niveau de son torse, il se trouve que... totalement par hasard bien entendu, je sois tombé sur... ah comment dire? Une chose étrange.
Aizen ne prit même pas la peine de hausser un sourcil à ses mots, bien trop habitué à la conversation ennuyeuse de Shinji. Il était perdu dans ses pensées, bien trop concentré à imaginer le corps nu d'Ichigo sous ses doigts, se tortillant en réclamant une attention toute particulière...
_J'ai rencontré quelqu'un... enfin « rencontré » disons plutôt que je suis tombé dessus. L'intéressé dormait à points fermés et il m'a intrigué. J'ai pensé que peut-être tu en saurais quelque chose?
Aizen but une nouvelle gorgée de sa tasse, ses yeux fermés tranquillement.
_Crois-tu que je suis au courant de tout ce qui a lieu dans ma demeure? demanda-t-il, d'un ton détaché.
_Oh que oui! jeta le blond avec un air perfide, s'approchant du seigneur lentement. D'ailleurs, une question me brûle les lèvres, Sosuke...
Le seigneur ouvrit les yeux alors que le blond s'agenouillait tout près de lui, comme s'il avait souhaité lui chuchoter une chose primordiale à l'oreille. Mais son sourire de dément fit reculer Aizen, qui n'aimait guère lorsque son précepteur était trop enjoué de la sorte.
_Qui est notre poils de carotte? finit par interroger Hirako, brandissant devant les yeux éberlués de Sosuke la touffe de cheveux oranges prélevée sur Ichigo.
Grimmjow soupira, terminant tout juste une conversation totalement stérile avec Renji. Il semblerait bien qu'il se soit trompé tout compte fait; le rouge ignorait ce qu'était l'« Hysteria » et notre bleuté n'était guère avancé, ou pire avait régressé, puisque maintenant Renji le considérait comme un fou.
C'était étrange cette faculté qu'il avait de tomber dans un mutisme terrifiant dès qu'il prononçait le mot "Hystéria"; puis lorsqu'il ne l'entendait pas à nouveau pendant quelques minutes, le rouge reprenait une attitude normale, qui était la sienne, et semblait avoir complètement oublié ce dont ils venaient de parler. Comme si le mot en question remettait sa mémoire à zéro...
_Si je m'étais réveillé et si j'avais dit quelque chose je m'en serai rappelé! avait répété le rouge, furieux et les yeux lançant des éclairs.
_Mais nom d'un chien je te dis que tu t'es bien réveillé que tu m'as regardé avec tes yeux d'abruti et que tout d'un coup tu as eu une sorte de folie! T'es tombé dans les pommes!
_N'importe quoi!
Il avait beau s'époumoner, Renji lui tenait tête que jamais il ne s'était réveillé et qu'il n'avait jamais eu ce qui aurait pu ressembler de près ou de loin à une « transe ». Et pourtant Grimmjow lui, était prêt à tout parier que le rouge ne s'en souvenait plus parce que justement, il était entré en transe. Mais il n'avait aucun moyen de le prouver, ni de l'expliquer.
Alors, il avait décidé d'avorter cette conversation et de laisser le rouge se recoucher, en prenant bien garde de le faire surveiller, de peur qu'il ne désire s'échapper.
Le général soupira longuement en se retrouvant dans le couloir sombre et silencieux, vide de toute vie, lui laissant quelques minutes de répit pour reprendre ses esprits. Grimmjow n'avait jamais été homme à s'inquiéter ou à se faire du soucis outre mesure pour quoique ce soit; il ne se faisait déjà pas du soucis lorsqu'il partait en guerre, mettait sa vie en jeu ou même lorsqu'il était certain de mourir au combat, alors pourquoi semblait-il tant concerné et soucieux quant à cet oracle et sa prophétie?
Il ne se comprenait pas lui-même.
Il prit son visage entre ses mains et commença quelques pas dans le couloir, se dirigeant par habitude vers les appartements de son frère. Il avait mal à la tête et ne se sentait pas en état pour cette réunion stupide avec son frère et Hirako; le blond avait le don de l'agacer sciemment et les deux hommes se tapaient dessus l'un sur l'autre dès qu'ils se voyaient. Une façon de se montrer à quel point ils ne pouvaient se voir en peinture, au plus grand regret de Sosuke.
Mais Jaggerjack n'en avait que faire; son but dans la vie n'était pas de satisfaire ou de contenter son frère de seigneur!
Perdu dans ses pensées, ses pas l'ayant mené non loin de l'entrée des appartements de Sosuke, il s'arrêta un instant pour s'adosser contre les murs, attirant l'attention des gardes qui contrôlaient les entrées des appartements d'Aizen. Il fallait dire que le bleuté offrait une vue assez pitoyable : adossé négligemment contre les murs, sa tête penchée en avant, cachée entre ses mains, il reprenait difficilement sa respiration, ses épaules secouées par de petits soubresauts.
_Vous allez bien Grimmjow-sama? s'enquit au bout de quelques minutes l'un des gardes, abaissant sa lance et se dirigeant vers le général souffrant.
_Je vais bien..., souffla-t-il en rejetant l'homme qui venait le soutenir d'une main.
Cependant, lorsqu'il prit appui sur la main du garde pour se redresser, celui-ci chancela sous le poids du turquoise, ne s'attendant pas à ce que ce dernier dépose tout son poids sur lui. Le second soldat, laissant tomber sa lance par terre en un bruit sonore, accourut à son secours, aidant le bleuté à se soutenir, alors qu'il se frottait le visage de ses mains, encadré par les deux gardes.
_Bas les pattes! s'écria-t-il, mécontent de paraître aussi faible à deux pauvres gardes de son frère. Laissez-moi tranquille!
Ces deux-là se feraient certainement une joie de colporter partout dans le palais que le si célèbre général Grimmjow Jaggerjack avait eu un malaise - comme une femme - dans les couloirs. Et il était hors de question que cela arrive! Le bleu entendait déjà les ricanements et les répliques acerbes de son frère concernant son état de faiblesse...
_Si vous racontez ça à qui que ce soit..., prévint-il en levant les yeux sur les deux colosses, les menaçant de son index, je vous embroche!
Les deux hommes échangèrent un regard apeuré, puis déglutirent péniblement. Cependant, ils s'abaissèrent dans un salut poli à leur général, prouvant par là qu'il pouvait compter sur eux et qu'ils resteraient muets.
Grimmjow s'apprêta à ajouter une énième menace lorsque tout à coup, un mouvement attira son regard.
Là où les deux gardes tenaient leur poste habituellement, une silhouette grande et fine venait de se dessiner, sortant des appartements d'Aizen. Grimmjow ne connaissait pas cette silhouette; elle n'appartenait ni à son frère, ni à Shinji, et il ignorait pourquoi mais il était certain qu'il ne s'agissait pas d'un domestique, vu la façon dont cet étranger agissait.
Tout à coup, l'individu se tourna vers la scène, entrant alors complètement dans le champ de vision du bleuté qui eut un coup au cœur en découvrant la chevelure orangée du jeune homme. Totalement apeuré, le roux prit ses jambes à son cou, s'éloignant dans le sens opposé à celui du bleuté, au nez et à la barbe des gardes qui s'inquiétaient pour le frère de leur seigneur et qui tournaient le dos à la scène.
Grimmjow n'attendit pas que le jeune homme ait disparu au coin du couloir pour se redresser et se lancer à sa poursuite, sa fatigue passagère comme envolée, balayée par cette rencontre inattendue, laissant les soldats éberlués derrière lui, il se jeta à la poursuite de l'intrus.
Il courut jusqu'à l'angle du couloir et se laissa guider par les bruits de pas du jeune garçon. Il se dirigeait tout droit vers les écuries et il le suivit à bonne distance, le cœur battant d'excitation.
« Bon sang, je l'ai bien vu! » se dit-il en serrant les poings.
Il en était certain, absolument convaincu, son esprit ne pouvait faire marche arrière à présent : il s'était trompé. Ce gamin avec ces cheveux oranges était bien l'homme qu'il recherchait, personne d'autre! Et il n'avait pas intérêt à le laisser filer s'il voulait connaître le fin mot de toute cette histoire! Renji avait définitivement un tout autre rôle à jouer que d'être celui qu'il recherchait véritablement...
Le soldat se mit à courir dans une course légère, pas très rapide, mais assez pour lui faire atteindre les écuries en quelques minutes. Toutes les informations qu'il avait recueillies se bousculaient dans sa tête, se tamponnant, se contrariant les unes aux autres dans un balais douloureux pour son crâne. Il ne parvenait pas à les remettre en ordre, il avait besoin d'une aide pour cela, et il était persuadé que ce jeune rouquin était cette aide en question...
En pénétrant dans les écuries, il stoppa sa course, détaillant rapidement l'espace puant mais vide de l'orangé. Pas une trace, rien qui puisse laisser deviner où il aurait pu s'échapper ou là où il était caché...
Le bleuté soupira, tournant sa tête à droite et à gauche, cherchant activement de ses yeux perçants un indice, le moindre petit indice. Mais sa tête était bien trop remplie de choses et d'autres, d'inquiétudes et d'excitation pour réfléchir calmement. C'était comme lorsqu'il menait une bataille; on lui avait toujours reproché son manque de tact et la façon qu'il avait de ne jamais penser les choses à tête reposée. Forcément, Grimmjow Jaggerjack fonçait dans le tas et abattait tout ce qui lui tombait sous la main! Sosuke s'était toujours demandé comment il avait pu atteindre le grade de général avec ce caractère sanguinaire et intrépide...
Mais Grimmjow avait toujours été le meilleur soldat, quelque soit la situation. Et ce n'était pas aujourd'hui que cela allait chan...
_Vous alertez la garde et je vous tranche la gorge...
Une lame, froide comme la glace, se posa délicatement sous la gorge du général aux cheveux bleus, le menaçant explicitement. Une douce voix masculine résonna à son oreille droite alors qu'un corps se collait au sien, tenant fermement son bras gauche dans une main visiblement crispée.
Le corps de Jaggerjack se tendit quelques secondes à la sensation de l'épée contre sa gorge. La lame tranchante ne lui ferait certainement pas de cadeau mais cependant, le bleuté eut un sourire; il ne chercha même pas à riposter, alors qu'en tant que soldat surdoué il aurait aisément pu découper ce gamin en petits morceaux dans la seconde...
Il hocha la tête en signe d'obéissance, le jeune homme ne pouvant voir le petit sourire amusé qui ornait le visage de sa victime.
_Dites-moi comment on sort d'ici! lui ordonna le rouquin, appuyant un peu plus l'épée contre lui.
_Par la porte, répondit innocemment l'autre, se voulant amusant.
La lame appuya de plus belle contre sa pomme d'Adam, son tranchant s'enfonçant petit à petit dans la chair bronzée, amenant le sang de Jaggerjack à perler sur sa lame d'acier. Grimmjow retint son souffle; ce gamin n'était pas d'humeur à écouter des blagues visiblement. Et le sang qui coulait maintenant le long de son cou en était la preuve!
_Ne jouez pas à ce petit jeu avec moi! le prévint-il, toujours aussi menaçant, prêt à enfoncer un peu plus l'arme dans les chairs déjà meurtries du bleuté.
_D'accord... D'ici il n'y a aucune sortie, lui répondit Jaggerjack d'un filet de voix. Il faut traverser tous les jardins pour y arriver. T'es le gamin que Aizen a ramené hein?
_Alors, vous allez venir avec moi et me conduire jusqu'à la sortie! reprit le jeune homme, ignorant sa dernière question.
_Chapeau pour avoir réussi à t'enfuir des appartements de Sosuke. J'suis admiratif...
Un silence se fit entre eux et Ichigo fronça les sourcils. Il tenait cet homme sous sa volonté, le menaçant d'une épée tranchante sous sa gorge et pourtant, il avait l'impression que celui-ci n'en avait que faire... Qu'il s'amusait même! Et cela malgré le fluide pourpre qui s'écoulait toujours de son cou...
_Tch! Il me tenait enfermé dans une espèce de pièce secrète pas plus grande que le box de ce poney! expliqua-t-il en désignant du menton le poney qui les observait bêtement, face à eux, dans un box ridiculement petit. Il m'a fallu une bonne heure pour trouver le mécanisme de sortie mais... peu importe!
Kuroskai n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il lui expliquait tout cela, l'heure n'était pas aux bavardages. Grimmjow laissa échapper un rire moqueur :
_Une pièce secrète, tiens donc? Comme ça n'm'étonne pas d'Sosuke! ricana-t-il, heureux de découvrir un secret de son frère de la bouche de cet étranger.
_Et vous, qui êtes-vous?
Un nouveau rire sortit des lèvres du bleuté, ce qui agaça d'autant plus Kurosaki qui resserra son étreinte autour de lui, se collant un peu plus contre on dos pour accentuer la menace. Grimmjow lui, jubilait et n'aurait stoppé cet instant pour rien au monde.
_Arrêtez de rire et de vous moquer de moi!
La voix du jeune homme se fit plus incisive, plus colérique mais le général n'avait pas l'intention de se calmer :
_Moquer? Moi? Non... Je m'amuse rien de plus! répondit-il, profitant du corps du jeune homme pressant contre le sien.
Il semblait à peine un peu plus grand que l'orangé, ses fesses se retrouvant appuyées contre le bas-ventre du jeune homme et non pas entre ses cuisses. Ce qu'il regrettait beaucoup d'ailleurs... Il n'osait avouer que le jeune homme lui plaisait puisqu'il n'avait pas encore vu son visage, mais sa voix et la façon qu'il avait de le tenir et de le menacer réveillaient les instincts primitifs d'un Jaggerjack en manque d'amusement... et en manque d'amant digne de ce nom. Et qui plus est, l'odeur du sang, de son sang, agissait sur lui comme il aurait agit sur un vampire en déshydratation...
_Quel dommage..., murmura-t-il.
_Quoi?
_Non, je disais « quel dommage! » que tu doives nous quitter si vite... Sosuke ne va pas être très content si tu t'échappes!
_En quoi ça vous regarde?
Grimmjow ricana à nouveau et sentit que sa patience touchait à sa fin. En effet depuis quelques minutes déjà il sentait le souffle chaud de la jeune personne contre son cou, son corps s'appuyer indécemment contre lui, sa main tenir son bras étroitement et tout ce qu'il voulait était enfin voir son visage. Il voulait croiser son regard, l'observer, le voir et lui poser les questions qui lui brûlaient les lèvres...
Il soupira un instant puis tourna son profil en direction du jeune homme, lui murmurant un avertissement :
_Retire cette épée de ma gorge maintenant, sinon j'risque bien de te faire mal...
Ichigo resta silencieux, ne voulant pas prendre au sérieux l'avertissement pourtant grave de l'homme devant lui.
_Comme si j'allais le faire!
Sa réponse déclencha alors le premier geste du turquoise. Très rapidement, avant même que l'orangé n'ait pu s'en apercevoir, sa large main avait empoigné la lame de l'épée et la retirait de sa gorge.
La lame fut balancée très loin, retombant dans le foin frais et neuf qui reposait non loin d'eux, sans un bruit. Puis, Jaggerjack dégaina sa propre épée empoignant le jeune homme par l'épaule pour le plaquer contre le mur de l'écurie et placer, à son tour, sa lame sous sa gorge fine.
Ichigo, essoufflé et les yeux exorbités, sembla mettre un certain temps à comprendre ce qui venait de lui arriver. Tout s'était passé si vite, il n'avait rien vu venir, n'avait rien compris tant cet homme était rapide et agissait si... avec une telle confiance en ses mouvements!
Le visage de Jaggerjack se plaça face au sien, de manière à ce que leurs yeux entrent en contact et qu'ils puissent sentir – l'un et l'autre – le souffle de leur vis à vis contre leur visage. Il était prisonnier maintenant, alors que quelques secondes plus tôt c'était lui qui tenait cette position de force. Mais en observant l'armure dorée de cet homme au sourire carnassier, en admirant la magnifique épée avec laquelle il le menaçait, il ne put que comprendre que cet homme occupait une place de choix ici; il devait être un officier reconnu dans l'armée, et il ne pouvait rivaliser avec un officier...
Le cœur d'Ichigo accéléra soudain lorsqu'il remarqua le sourire cruel de son agresseur, mais il ne se laissa pas intimider. En réalité, il n'avait pas encore baissé les bras :
_Laissez-moi partir! exigea-t-il.
_Du calme, princesse, répondit l'autre. J'vais te laisser partir et même t'amener jusqu'à la sortie pour m'assurer que tu t'échappes bien.
Les yeux ambrés s'écarquillèrent et le corps du jeune homme tressaillit de surprise. C'était à ni rien comprendre! Cet homme qui semblait si cruel, cet homme qu'il avait menacé de tuer, cet officier de l'armée... que venait-il de dire?
_V... Vraiment? balbutia-t-il, clignant des yeux pour être certain qu'il ne rêvait pas.
_Ouais. Mais avant ça, j'ai besoin que tu répondes à quelques unes de mes questions et ensuite, j'te laisserai t'en aller.
Ichigo fronça les sourcils violemment, son visage se contractant face aux yeux vicieux du plus âgé :
_C'est un coup fourré! protesta-t-il en levant le poing.
Mais le soldat dodelina de la tête, son épée délaissant soudain le cou offert face à lui pour rejoindre son fourreau, montrant par là sa bonne volonté.
_Pas du tout...
Kurosaki tenta de dissimuler un soupir de soulagement, alors que son corps était libéré de tout menace. Définitivement, il ne comprendrait jamais les nobles, ni les soldats; ils agissaient toujours avec une telle imprévisibilité!
_Pourquoi vous faites tout ça? questionna-t-il, le regard méfiant, prêt à riposter au cas ou l'homme changerait d'avis.
Grimmjow essuya à l'aide de sa main le sang qui coulait de sa coupure au cou, créée par le jeune homme. Puis, les yeux turquoises se plantèrent dans le regard ambré et juvénile de l'orangé. Il semblait sûr de lui, ses yeux ne mentaient pas et le rouquin sut qu'il le laisserait s'en aller pour de bon, si seulement il répondait à ce qu'il allait lui demander. Ichigo pensait qu'il s'agissait d'un marché honnête; tout ce qu'il avait à faire était répondre à quelques questions puis il retrouverait sa liberté!
_Parce que j'ai l'impression que toi et moi, on a des choses à se dire! Beaucoup de choses...
*Chabudai : table basse qui sert à servir les repas et, bien évidemment, le fameux thé.
