Hysteria

par Shini-sama.

Chapitre 8 : Tu combattras l'ennemi.

Couple : Grimmjow X Ichigo

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à Tite Kubo. Cependant, cette fiction m'appartient entièrement.

Note : Reprise de cette fiction après une très longue pause ! J'en suis encore une fois désolée, mais j'espère cependant que vous prendrez plaisir à la re-découvrir, car elle est loin d'être terminée! Et je vous offre un long chapitre pour me faire pardonner ^^
Petit résumé pour celles et ceux qui auraient oublié ci-dessous.

Résumé :

Ichigo, le fils d'un paysan ruiné est vendu au riche et puissant seigneur de la cinquième contrée du Japon : Aizen.
Sitôt arrivé en son palais, Sosuke le cache dans ses appartements privés alimentant les rumeurs auprès de ses collaborateurs les plus proches, notamment son précepteur, Hirako Shinji, tandis que pendant ce temps, Grimmjow le frère de Sosuke est de retour d'une campagne militaire de laquelle il ramène Abaraï Renji le Lieutenant de la sixième contrée.
Tout bascule cependant lorsque Ulquiorra, fidèle suiveur d'Aizen mais aussi admirateur de Grimmjow, vend la mèche auprès de Jaggerjack que le seigneur a rapporté un jeune homme rouquin au palais. Aussi vite, Grimmjow s'en trouve très intéressé ; ayant eu vent d'une prophétie délivrée par un oracle, il s'est mis en tête de retrouver un être aux cheveux de feu et de le protéger. Ayant cru qu'il s'agissait de Renji, il kidnappa le Lieutenant, mai
s comprit bien vite que son frère Sosuke lui cachait bien des choses et notamment le garçon qu'il recherche.

Lorsque les deux hommes se rencontrent, alors que Kurosaki tente de s'enfuir du palais, Grimmjow se heurte à une barrière. Ichigo ne semble rien savoir de la prophétie et le bleuté se retrouve au point de départ, sans information supplémentaire. Et alors que la contrée subit de loin les menaces d'une guerre civile, Grimmjow découvre qu'il est évident que plus d'une personne est au courant de la prophétie. Et Ichigo se retrouve au cœur des convoitises et des interrogations...

Mais il leur reste encore tant de choses à découvrir : Comment Aizen est-il au courant de la prophétie ? Pourquoi Shinji se doute-t-il de quelque chose ? Qui est vraiment l'homme aux cheveux de feu de la prophétie ? Et cette prophétie que doit-elle apporter ? Pourquoi Isshin a-t-il vendu si lâchement son fils ? Et surtout : quel futur attend Ichigo ? Saura-t-il se battre pour regagner sa liberté ou se laissera-t-il séduire par le pouvoir et l'argent que peuvent lui offrir Aizen et Grimmjow ?


Chapitre 8 : Tu combattras l'ennemi.

_...

..._

_...

« Lorsque le cœur du soldat saignera, l'« Hysteria » s'emparera de lui,

et alors le monde se noiera dans les larmes de son chagrin puis sombrera dans la noirceur de son âme.

Tes mains s'empareront de l'homme aux cheveux de feu, fais-le tient et garde le dissimulé aux yeux avides des hommes avant que ceux-ci ne le mènent à la destruction.

Puisse l'acquéreur soigner son cœur meurtri,

et faire s'abattre une pluie céleste sur le monde. Car il sera dès lors son plus cher trésor.

Ses larmes seront de sang, son cœur sera de sang, mais sa mort sera d'or »

_...

_...

_...

L'insupportable chaleur des bains privés d'Aizen Sosuke se refermait comme une étouffante pince autour du corps encore affaiblit de Kurosaki Ichigo. Tout autour de la pièce, de grandes vitres faisaient office de mur, et réverbéraient la lumière du soleil créant ainsi une étuve asphyxiante. Il avait chaud et son esprit s'embrouillait à mesure qu'il suffoquait, sans pouvoir inspirer un grand bol d'air frais et pur.

Au contraire, cet homme à la crinière rouge satisfaisant les désirs de Grimmjow, le frère du seigneur de ces murs, intoxiquait de plus en plus son espace vital. Qu'avait-il à lui reprocher donc ? De s'être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment ? D'avoir assisté – malgré lui – aux ébats du général avec son captif alors qu'il aurait préféré ne rien voir et se prélasser tranquillement dans un bain chaud et relaxant ? Était-ce de la jalousie ?

_Je ne sais pas pour quelle raison Grimmjow s'intéresse à toi, mais il semblerait que ça soit plus grâce à ton joli petit postérieur que ton niveau intellectuel. Alors évite de jouer les malins ici avec moi.

Le rouquin écarquilla les yeux. Et maintenant il lui faisait même des menaces ? Que cherchait ce type ?

_Si ça peut vous consoler, répondit-il, sachez que mon seul désir est de m'en aller loin de cet endroit et de ne plus jamais revoir cette brute de Grimmjow et son imbécile de frère !

Le rouge fronça les sourcils à sa réponse et soudain il apparut beaucoup plus intéressé qu'auparavant.

_Comment ça ?

_On m'a enlevé, Aizen-sama m'a enlevé, expliqua-t-il. Pour je ne sais quelle raison ! Peut-être est-ce pour mon « joli petit postérieur » comme vous dites, mais je m'en fiche ! Je veux m'en aller et vite !

Renji prit soudain son bras entre ses doigts et le poussa plus loin, dans un coin plus sombre et à l'écart des bassins, ses yeux furetant à travers la buée épaisse à la recherche d'une oreille étrangère. Il chuchota alors, à la plus grande surprise du rouquin :

_Peut-être que nous pouvons trouver un terrain d'entente, toi et moi. Je suis captif également. Je suis Abaraï Renji, le lieutenant du sixième seigneur : Kuchiki Byakuya-sama. Je ne désire qu'une chose : retrouver mon poste. Grimmjow me prend pour son trophée de guerre ou je ne sais quoi…

_Pourtant, vous aviez l'air consentant il y a quelques minutes…

Renji baissa soudain les yeux, laissant échapper un soupir, comme s'il voulait laisser entendre que cette question était déplacée. Mais néanmoins il y répondit :

_Grimmjow et moi avons eu une aventure lors d'une campagne, mais c'était il y a longtemps. On s'est revu il y a peu et il a voulu remettre ça, j'ai dit non. Bref, je pense que tu commences à connaitre Grimmjow…

_Mph ! Il n'aime pas lorsqu'on lui dit non, c'est ça ?

_Exactement. Il a la désagréable habitude de vouloir toujours avoir le dernier mot. Et toi ?

_Moi ? Comment ça moi ?

_Pourquoi Grimmjow s'intéresse-t-il à toi ?

Ichigo haussa les épaules, il n'en était même pas sûr lui-même :

_Je n'en sais trop rien. Aizen m'a acheté à mon père, raconta-t-il en tournant son visage pour ne pas montrer une certaine tristesse. Dès mon arrivée Grimmjow a… comment dire, cherché à en savoir plus sur moi. J'ai essayé de m'échapper une fois, mais il m'a remis en cage. Et depuis c'est comme s'il savait quelque chose à propos de moi mais quelque chose qui m'échappe.

_Comme quoi ? Interrogea le rouge en le fixant.

_Il me pose des questions étranges, je pense qu'il me confond avec quelqu'un. Et il m'observe toujours de cette manière, comme lorsqu'il m'a découvert nu dans la chambre d'Aizen.

_Grimmjow est toujours ainsi : il désire tout. Chaque fois que ses yeux se posent sur une personne, il la désire et il ne peut rien contre ce fléau qui dévore son âme toute entière. Un beau jour cela le mènera à sa perte.

_Pourquoi est-il ainsi ?

Renji haussa les épaules, et Kurosaki comprit que sa question était ridicule. Personne ne pouvait savoir pourquoi cet homme était si avide. Était-ce la dureté de la guerre qui lui faisait tant aimer la chair ? Ou bien était-ce une sorte de vide qu'il cherchait à combler par n'importe quel moyen ?

_Grimmjow est un homme de guerre, un grand soldat. Seule la guerre et le sang le rassasient. Mais lorsqu'il est en campagne il aime aussi se divertir, et faire l'amour est une sorte de divertissement comme un autre. Des hommes, des femmes… il les prend tous et toutes. Pour un peu qu'ils ou elles lui plaisent, il s'en fiche.

_N'éprouve-t-il pas un quelconque sentiment d'attachement ? Pour vous, par exemple.

_Oh non ! répliqua le lieutenant en échappant un rire amusé. Certainement pas ! Mais dernièrement j'avoue qu'il m'inquiète un peu. Il ne cesse de répéter et de s'intéresser à cette « prophétie » ou je ne sais quoi. Il croit que je sais quelque chose à son propos et je le suspecte de m'avoir enlevé pour cela. Une chose est certaine : il n'arrêtera pas ses recherches tant qu'il n'aura pas trouvé une réponse.

_Une prophétie ?

_Oui, il ne fait qu'en parler.

Ichigo resta un instant pensif, oui il lui en avait parlé ce jour-là. Alors qu'il avait tenté de s'échapper du palais, Jaggerjack l'avait rattrapé et lui avait posé tout un tas de questions étranges en rapport avec une dite prophétie dont manifestement ni l'un ni l'autre ne semblaient savoir grand-chose.

_Je crois qu'il m'en a parlé. Il a même dit un mot étrange à un moment. C'était quelque chose comme… hystérie, mais dans une langue étrangère il me semble.

_Quoi ?

Renji sembla soudain paraître tendu et ses pupilles se dilatèrent. Il sentit son cœur battre plus vite et plus fort dans sa poitrine sans comprendre pourquoi.

_Qu'y a-t-il ? demanda Ichigo en l'observant, alarmé.

_Je… je ne sais pas, c'est… encore ce truc.

_Quel truc ?

_Continue ! Dis-moi ce que tu voulais dire…

_Mais… vous n'allez pas bien, reprit le jeune homme en posant une main sur le bras du rouge de plus en plus pâle.

_Continue ! Ce mot ! Ce mot… je dois l'entendre !

_Quel mot ?

_Ce mot qui semble étranger, dis-le !

_Je… je ne sais plus, c'est… hystérie ou… non : Hysteria.

Renji porta tout à coup une main à sa gorge, sentant son souffle se figer et manquer à son corps. Comme auparavant, comme avant de sombrer dans ce trou noir, sa tête se vida de toute pensée et un voile vint brouiller sa vue. Son monde tournait, son cœur souffrait et bientôt il allait s'effondrer sans comprendre pourquoi. Il s'y préparait.

_Renji ?

Mais la main d'Ichigo posée sur son bras était comme une bouée de sauvetage qui l'empêcha de sombrer. Lentement, il revint à la réalité, son cœur se calmant et ses sens revenant à la normale, étrangement. Kurosaki l'observait, alerté par son état.

_Wouah, articula-t-il, clignant des yeux comme s'il s'éveillait d'un profond sommeil. Que s'est-il passé là ?

_Je ne sais pas, répondit le rouquin. Vous êtes devenu... bizarre.

_Je me suis sentie comme... comme si j'allais m'évanouir et puis... et puis...

_Et puis quoi ? Questionna Kurosaki, ses yeux plissés tentant de comprendre ce que le rouge tentait de lui dire.

Abaraï ne lui répondit pas, certainement bien incapable d'expliquer cet état qui se déclenchait chez lui sans raison logique. Cependant, ses yeux se baissèrent sur la main du jeune homme en contact avec sa peau, posée sur son bras. Et il eut alors l'impression qu'elle était le seul lien qui le retienne encore attaché à la réalité.

_Je crois que tu as... tu as comme un effet neutralisant, tenta-t-il d'expliquer, fronçant lui-même ses sourcils en entendant ses mots. Comme si tu m'empêchais encore une fois de m'évanouir en entendant ce mot.

_Moi ? Mais... Pourquoi croyez-vous que j'ai quelque chose à voir avec ça ?

_Je ne sais pas. C'est peut-être simplement parce que le contact humain m'empêche de sombrer.

_Sombrer ? Répéta le roux en plissant les yeux.

Il savait qu'Abaraï tentait de lui faire passer une information, de lui faire comprendre quelque chose, mais il ignorait quoi. Et plus les secondes défilaient, plus il se croyait dans un monde de fous, entouré d'individus plus cinglés les uns que les autres...


Grimmjow rejoignit le plus rapidement possible ses appartements. Tenant fermement dans son poing la garde de son sabre, ses yeux martelaient sans cesse l'obscurité du couloir afin d'y découvrir des yeux curieux susceptibles de le suivre. Il savait qu'il n'avait guère de temps, si Hisagi avait fait tout ce chemin pour venir le voir en personne c'est qu'il avait de graves informations à lui communiquer.

Jaggerjack pénétra dans ses appartements en coup de vent, ne jetant pas même un regard à ses serviteurs qui s'inclinèrent à sa vue, et se précipita tout droit en direction de son patio. Hisagi Shuuhei s'y trouvait, tout près du massif d'hortensias, son corps et ses vêtements maculés de terre et de poussière. L'homme conservait un visage fermé, même à la vue du propriétaire des lieux et ses pupilles ne cessaient de bouger nerveusement trahissant la situation délicate dans laquelle il se trouvait.

_Shuuhei ! T'es dingue ! Le sermonna-t-il alors, avançant dans de grands pas jusqu'à lui.

Les deux hommes se rejoignirent rapidement, chacun avalant l'espace les séparant en quelques secondes à peine. Leurs regards s'étaient accrochés, mais celui d'Hisagi était plus teinté de désespoir qu'autre chose et il n'était pas pour rassurer le général :

_Il faut que tu donnes l'alerte, Grimmjow ! Le prévint-il alors en l'empoignant par le bras. Tosen-sama et Ichimaru seront bientôt là !

_Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? S'écria Jaggerjack, alarmé.

_Ils sont en route ! J'ai fait aussi vite que j'ai pu, débitait le brun sans reprendre son souffle. Ils se sont alliés, alliés contre Aizen qui n'a cessé de faire de la provocation envers eux. L'attaque est imminente Grimmjow, tu dois te préparer au combat.

Il sembla à Shuuhei que le turquoise mit un certain temps avant de comprendre ce qu'il voulait dire. Car son visage d'abord si peu expressif se mua en un tic nerveux à travers lequel Grimmjow laissa voir sa colère. Ses poings se serrèrent et il tendit l'oreille, attentif au moindre petit bruit inhabituel puissant corroborer les informations d'Hisagi.

Il ignorait combien de temps il avait, si toutefois l'attaque aurait bien lieu. Il ne doutait pas des paroles de Shuuhei mais se devait d'admettre qu'il avait toujours été un homme sceptique et qui ne croyait que ce qu'il voyait. Néanmoins, une telle attaque, sur les terres du seigneur de la cinquième contrée était plus qu'une information banale c'était une promesse de guerre civile et Jaggerjack ne comptait pas rester les bras croisés. Cependant, il devait s'en assurer avant toute autre chose :

_Pourquoi fais-tu ça ? Jeta-t-il alors, contre toute attente en fusillant le jeune homme des yeux.

Le brun soupira, détournant son regard face aux pupilles azurs brûlantes. Qu'en savait-il lui-même ? Qu'en savait-il s'il trahissait son Général, son seigneur, l'homme qui lui avait tout appris ?

_Je croyais que tu ne voulais plus jamais me revoir ! Continua Jaggerjack en l'accablant de son regard suspicieux.

_Ce n'est pas ça, Grimmjow. Nous étions épiés ce soir-là, que croyais-tu ? Que j'allais t'avouer que je viendrais te sauver de mon seigneur s'il le fallait ? Non ! On m'aurait exécuté sur le champ ! Lui jeta Shuuhei en portant une main sur sa propre poitrine. Tosen-sama suivait tous mes mouvements, je devais trouver un moyen de m'en sortir...

_Alors tu as dit ça ?

_Oui. J'ai dit que nous n'avions plus à nous revoir par sécurité, voilà tout.

_Et pourquoi revenir maintenant ? Ton seigneur saura que tu m'as prévenu, il doit te chercher maintenant, il saura que tu as déserté au moment de l'attaque. Tu dois y retourner !

Hisagi secoua sa tête de gauche à droite en signe de désespoir, ses doigts se rétractant autour de la garde de son sabre qu'il ne quittait pas. Il savait qu'il n'avait que peu de temps, et qu'il fallait que Jaggerjack comprenne, mais il ignorait comment lui paraître sincère.

_Tosen-sama m'a trahi, il y a bien longtemps, murmura-t-il, sa voix voilée d'un soupçon de tristesse. Il a trahi tous ceux qui avaient foi en lui... Muguruma-sama, Komamura-sama, puis moi. Son alliance avec Ichimaru a été comme un coup de massue, tu comprends ? Comment lui faire confiance à présent avec un tel homme à ses côtés ? Je préfère mille fois le trahir aujourd'hui et savoir que j'ai sauvé ta vie.

_Pourquoi ? Pourquoi veut-il me tuer ? C'est absurde ! C'est Aizen qui...

_Non, l'interrompit Shuuhei. Ils savent.

_Quoi? Comment ça ? Que savent-ils ? Demanda-t-il à court de souffle, attrapant le jeune lieutenant par les épaules.

_Ils savent. Pour le garçon. Et la prophétie.

Grimmjow ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Bien trop estomaqué pour avoir une réaction rationnelle, il resta figé. Il avait l'impression que le monde entier venait de s'abattre sur lui, d'un seul coup. Ichimaru et Tosen étaient au courant ? Ils venaient chercher Ichigo pour quoi ? Que savaient-ils de plus qu'il ignorait ?

_S'ils s'emparent du garçon, alors nous sommes tous condamnés.

Le général relâcha progressivement les épaules de Shuuhei, autour desquelles il avait refermé un étau serré, assaillit soudain par une nervosité sans nom. Pourquoi les seigneurs de la troisième et de la neuvième contrée seraient-ils au courant pour Ichigo ? Comment sauraient-ils à propos de la prophétie qu'il était le seul à avoir entendu ?

Mais pourquoi faisait-il encore confiance à cet oracle de malheur qui l'avait plongé dans une quête qui semblait sans fin ? Oui, elle lui avait dit qu'il était le seul au courant, que lui seul pouvait retrouver cet être mystérieux et le faire sien. Lui seul. Alors comment Aizen, comment Tosen, Ichimaru et même Hisagi étaient-ils au courant ?

_Je n'en sais pas plus, lui répondit le brun. Tosen-sama m'a raconté ça, passant sous silence comment il avait obtenu ces informations.

Grimmjow tenta de se reprendre, jouer les estomaqués ne ferait pas avancer les choses il le savait. Et son seul moyen d'avoir réponse à ses questions était de stopper cette attaque et de demander des explications à son frère. Confronter de face Aizen et lui extirper tout ce qu'il savait, et comment il le savait. Ichimaru et Tosen avaient certainement obtenus les informations de la prophétie de la même manière. Mais pour l'heure, une attaque se préparait, et il avait mieux à faire.

_Tu dois prévenir ton seigneur, lui souffla Hisagi en jetant des coups d'œil derrière lui de plus en plus soutenus. Quelqu'un vient…

Le bleuté entreprit alors de balayer l'espace de ses yeux, mais ne remarqua rien d'étrange. Cependant, il pouvait le sentir les battements de son cœur s'étaient faits lourds et douloureux, ses narines pouvaient frémir en sentant l'odeur du métal des épées, le bois des arcs, l'odeur du sang séché sur les armures des soldats. Ils étaient si proches… Si proches qu'il ne put empêcher son geste : il déposa sa main sur son sabre et tendit l'oreille une fois de plus. Mais ce n'était pas la seule chose que Grimmjow devait faire. Il devait avant tout retrouver Ichigo et le cacher convenablement avant que ces traitres ne…

_Mph !

Face à lui, Hisagi se raidit soudain, ses yeux sortant de leurs orbites. Son corps tout entier s'était figé, tendu tel un arc prêt à tirer, son visage blême se décomposant à vue d'œil. Grimmjow resta pétrifié, ayant essuyé un sursaut de surprise au moment du cri étouffé du jeune lieutenant. Il sut alors que l'assaut avait été lancé et qu'il venait de faire sa première victime, en observant le corps de Shuuhei basculer lentement en avant, comme s'il n'était plus d'un tas de guimauve sans forme.

_Shuuhei !

Le général rattrapa le jeune homme avant que celui-ci ne heurte le sol, soutenant son corps dans ses bras, alors que son hakama se maculait de sang, plus vite que la lumière. Une flèche plantée fièrement entre les deux omoplates du Lieutenant reposait, et Grimmjow leva un visage abasourdi en direction de la source du tir.

Assassiné par ses propres soldats ! Pensa-t-il en fronçant les sourcils, un accès de rage l'amenant à serrer sa mâchoire à s'en faire craquer les os. Assassiner comme un vulgaire traitre, pensa-t-il à nouveau, alors que cet homme était sans doute le plus intelligent soldat et le plus dévoué au Japon qu'il n'ait connu, allant jusqu'à trahir son seigneur pour leur épargner une guerre civile.

Lentement, il laissa le corps sans vie tomber à terre, ses mains le relâchant de leur soutien. Pour l'heure, il n'y avait rien qu'il puisse faire pour venger sa mort. Pas avant d'avoir affronté les responsables de cette mutinerie sans nom, et de cet assassinat immonde. Alors Tosen était prêt à sacrifier son meilleur élément pour le vaincre ? Pour vaincre Aizen et s'emparer du pouvoir sur les terres de la cinquième ? Qu'avait-il donc à l'esprit ? L'Empereur ne laisserait jamais une telle chose impunie et se chargerait d'envoyer illico ses troupes pour stopper la rébellion.

Grimmjow sentit ses doigts se crisper sur le manche de son sabre, et il releva ses yeux azurs encore voilés par la vision du corps de Shuuhei baignant dans son sang. Le long des murs qui entouraient et protégeaient le patio de ses appartements, des hommes apparurent, arcs en main, épées à la main, lances sur les épaules. Parés à l'attaque, ils commençaient à sauter à bas du mur, et à infester le patio de Jaggerjack, tous les yeux rivés sur lui prêts à le tuer.

Le turquoise se redressa, bombant le torse comme il en avait l'habitude avant chaque bataille, et fit face à ses adversaires, les sourcils froncés et la bouche étirée en un rictus haineux. La haine était à présent le seul sentiment qui le submergeait, la colère également et l'envie furieuse de voir le sang maculer à son tour le corps de ces meurtriers étrangers. Il savait qu'il n'avait plus le choix pour sauver sa propre vie et donner l'alerte avant que ces envahisseurs n'investissent le palais impunément, prenant tout le monde par surprise et massacrant ses habitants.

Ne quittant pas des yeux ceux qui le tenaient en joue, il esquissa un pas en arrière, puis un deuxième. Il en savait de cette manière un peu plus sur leurs intentions : ces hommes n'avaient pas eu l'ordre de le tuer, vraisemblablement. Sinon, lui aussi aurait déjà reçu une flèche mortelle dans le cœur. Pourquoi ne tiraient-ils pas ? Pourquoi ne tentaient-ils pas de le tuer comme ils l'avaient fait avec Shuuhei ? Peut-être avaient-ils l'ordre de le capturer vivant ?

La panthère échappa un rire étouffé à cette pensée. Lui ? Le capturer vivant ? Il préférait mourir. Et de loin !

Le dernier pas en arrière qu'il initia, le mena sous le balcon de ses appartements, qui se trouvait à l'étage supérieur. Et sans attendre son reste, Jaggerjack se retourna, et courut jusqu'au cerisier sur lequel il grimpa. Plus leste qu'un chat, plus rapide qu'un léopard, il se hissa sur les premières branches et courut jusqu'à sauter sur son balcon, pénétrant alors à toute vitesse dans ses appartements qu'il traversa sans même un regard.

La contrée de son frère était en danger !


Au même moment –

Renji passa une main dans ses longs cheveux défaits. Humidifiant lentement ses lèvres à l'aide de sa langue, il cherchait un moyen de gagner du temps et trouver les bons mots afin de convaincre le jeune homme. Il était de loin le seul et l'unique atout qu'il puisse avoir.

_Écoute, dit-il enfin en se tournant vers lui, les mains sur les hanches, il faut que je sorte d'ici. Il faut que tu m'aides à m'en aller.

Mais le rouquin n'avait pas vraiment l'intention de rentrer dans ses plans :

_Et pourquoi vous aiderai-je ? J'ai tout autant envie de m'enfuir.

_Justement ! S'écria-t-il en levant ses mains au-dessus de sa tête. Je suis lieutenant, j'ai une armée sous mes ordres ! Lui expliqua-t-il. Je reviendrai une fois libre, et je te ferai libérer par la force.

_Oui, bien sûr, lui répondit un Ichigo sceptique, croisant ses bras sur son torse. Voyez, il y a une chose que j'ai apprise très vite en arrivant ici, c'est qu'il ne faut faire confiance à personne. Et surtout pas à ceux qui sont proches de Grimmjow.

Abaraï sembla quelque peu insatisfait par sa réponse, et ses mouvements montrèrent une colère passagère. Plus les minutes filaient, plus ils risquaient que Grimmjow ne revienne et donc ne mette un terme à cette conversation. Mais comment convaincre le jeune homme de lui faire confiance ?

_Bien, alors dis-moi comment te prouver ma bonne foi.

_Je ne crois pas que ça soit nécessaire, ajouta-t-il en dodelinant de la tête. Tout simplement parce que c'est impossible comment pourrais-je vous aider à vous enfuir ? Vous auriez plus de chance en le demandant à Grimmjow !

_Tu ne comprends donc pas que Grimmjow est un faible face aux hommes comme nous ? Il ne peut pas résister à l'appel de la chair, et d'après ce que j'en ai vu, il aimerait probablement nous mettre tous deux dans son lit. Sûrement en même temps, mais passons cela. Servons-nous de lui et…

_Quoi ? Comme le séduire ? Répliqua-t-il, choqué par ses paroles. Désolé, je ne joue pas à ce jeu-là. Vous avez peut-être été son amant, mais je n'ai pas l'intention de me fourvoyer avec un tel individu. Plutôt mourir que d'être proche de lui !

_Ne dis surtout pas ça devant lui. C'est un sadique, cela décuplerait ses envies de te posséder.

Kurosaki haussa les épaules de manière lassée. Qu'en avait-il à faire si Grimmjow comptait le poursuivre de ses avances ? C'était déjà le cas, pensa-t-il avec certitude, il ne pourrait certainement rien lui arriver de pire que cela.

_Détrompe-toi. Cet homme a un appétit sans fin. Il est avide de sang et de sexe, chaque seconde de chaque jour que Dieu fait, comme si cela lui permettait de continuer à vivre. Donne-lui une guerre et des hommes et des femmes, alors il vivra éternellement satisfait de tuer des soldats et de se repaître de pénétrer des êtres humains. C'est justement ça : il aime pénétrer, à l'aide de son épée ou d'autre chose, cela n'a pas d'importance pour lui.

Ichigo haussa les épaules, parce qu'il croyait que ça en avait pour lui ? Qu'il pensait lui faire peur en lui racontant toutes les mésaventures et les appétits de Jaggerjack ? Le jeune homme était loin de se mettre à genoux devant le général, et de lui avouer qu'il le craignait. Jamais il ne le ferait, cet homme n'était qu'un être humain après tout, tout comme lui. Il était peut-être plus âgé que lui, de bonne naissance et de bonne famille, possédait une armée, mais sans épée, sans armure et sans soldat il n'était pas différent de lui.

Ce qui les séparait n'était que leur condition de venue au monde.

_Entre Aizen et Grimmjow je te conseillerai de choisir Grimmjow, reprit Renji en faisant quelques pas autour de lui. Tu ne te demandes pas pourquoi ?

_Parce qu'ils sont aussi horribles l'un que l'autre ?

_Oh non, lui répondit-il avec un sourire amusé. Aizen est perfide, vicieux, tu ne sais jamais ce qu'il a en tête. Et quand tu ignores ce qu'un homme a en tête, comment veux-tu avoir la possibilité de le contrer ? C'est impossible.

Ichigo fronça les sourcils à ses mots prononcés il comprenait ce qu'il tentait de lui dire, il était loin d'être bête. Et il se devait d'admettre que d'après ses premières heures entre ces murs, Abaraï avait raison. Aizen était certes moins vindicatif, moins violent, moins entreprenant mais il n'en reste pas moins un individu dont il se méfiait. Et il comprenait qu'il ne savait en fait rien des intentions d'Aizen vis-à-vis de lui. S'il était réellement impuissant, alors se contenterait-il de l'observer se dandiner nu devant lui ? De lui demander des massages ? Non… Il se fourvoyait depuis le début, Aizen ne l'aurait pas arraché à un paysan en payant une telle somme pour cela. A moins que les lubies des nobles soient si fantasques que celle-ci soit lot commun ?

_Alors que Grimmjow, poursuivit Renji imperturbable, il n'attendra qu'une seule chose de toi et tu le sauras depuis le début : le servir dans son lit ! Tu n'auras rien d'autre à faire, tu connaitras les enjeux dès le début de la partie, et tu pourras jouer selon ses règles. N'est-ce pas évident que dans ce cas-là, tu peux agir ? Tu peux contrer Jaggerjack parce que tu sais ce qu'il attend de toi. Aizen au contraire, il…

Les deux hommes tournèrent en même temps leur profil en direction des grandes vitres des bains, tendant leur oreille alors qu'ils avaient tous deux entendu un bruit étrange.

_Tu as entendu ? Lui demanda Renji.

Kurosaki acquiesça d'un signe de tête, et déglutit difficilement. Il avait comme un mauvais pressentiment, et visiblement Abaraï également puisqu'il prit son bras tout à coup et l'invita à rebrousser chemin en direction de la sortie des bains. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais soudain un bruit tonitruant les en empêcha.

Dans une seule et même explosion, les vitres des bains volèrent en éclat partout autour d'eux, laissant la lumière du soleil pénétrer crument les lieux. Ichigo resta figé tout près de Renji alors que les bouts de verre terminaient de tomber à terre en une cascade mélodieuse mais destructrice. Et ce fut à cet instant précis, alors que les débris terminaient leur chute sur le carrelage onéreux des bains, qu'il vit sa vie se terminer.

Trois hommes s'extirpèrent soudainement du brouillard épais créée par la buée humide, épées brandies eux, se précipitant dans leur direction, en courant. Et ils se déplaçaient si vite qu'il eut à peine le temps de pousser un soupir de surprise. Il croisa les pupilles noires d'un soldat et trembla furieusement, alors que la pointe de son sabre se rapprochait de son abdomen, sans qu'il ne puisse réagir, pétrifié par une sensation étrange que s'il mourrait maintenant sa vie n'aurait pas eu de but.

Quand soudain, la lame devant lui dévia violemment, entrant en contact avec un objet de métal qu'il ne parvint pas à discerner. Renji entra dans son champ de vision, une coupe de fruits en argent entre les mains. Il fit reculer le soldat, bloquant ses coups à l'aide de l'ustensile de fortune, ses gestes violents et pourtant contrôlés. Les deux autres hommes se ruèrent sur lui, il les laissa venir et s'engagea dans un combat rapproché avec l'un d'eux. Sous les yeux ébahis du rouquin, Abaraï parvint à arracher un sabre de leurs ennemis, annihilant ensuite les deux autres restants d'un tour d'épée bien calculé.

Le sans gicla sur le carrelage immaculé, alors que les deux trachées avaient été sectionnées en même temps. Un coup de sabre dans le cœur, donné de main de maître par Abaraï termina d'achever ces hommes. Le rouge se tourna vers lui, visiblement essoufflé et ses sourcils gravement froncés :

_Pars ! Lui ordonna-t-il. Pars prévenir Grimmjow ! Le palais est attaqué !

_Mais…

_Fais ce que je te dis ! S'écria-t-il en empoignant un second sabre afin de se faire une deuxième arme. Je vais rester ici, pour empêcher leurs soldats de s'introduire par cette brèche. Dépêche-toi !

_Renji !

Ichigo cria son nom lorsqu'un énième soldat apparut soudain devant ses yeux, sortant de la brume qui se dispersait trop lentement, courant dans sa direction à toute vitesse encore une fois. Tournant le dos à la scène Abaraï esquissa un mouvement pour faire face à son agresseur mais Ichigo fut bien plus rapide que lui. Il attrapa le lieutenant par le bras, et l'ennemi transperça le vide de son épée. Entrainé par sa vitesse, il fut incapable de modifier la direction de son arme, et bascula en avant, sans pouvoir se ralentir. Kurosaki en profita pour se saisir d'un épais vase disposé en décoration à côté d'eux, et l'abattit violemment sur le crâne du soldat qui s'effondra de tout son poids sur le sol. Assommé.

Renji lui adressa un regard étonné, mais à la fois gratifiant que le jeune homme n'était pas prêt d'oublier de sitôt. Son expression déterminée donnait l'impression qu'il était prêt à se battre, aucun trait sur son visage juvénile laissait entendre qu'il était apeuré, bien au contraire, remarqua Abaraï. S'il lui donnait une arme, il était prêt à se battre également. Mais ce n'était pas sa mission du jour.

_Pars, lui répéta-t-il, trouve Grimmjow. Et vite !

Ichigo hésita un instant, alors qu'il apercevait devant eux, les ennemis escalader le mur d'enceinte facilement et arriver dans leur direction.

_Je les empêcherai d'entrer. Maintenant pars.

Sans attendre plus longtemps, le rouquin acquiesça d'un rapide signe de tête avant de s'échapper rapidement en direction de la sortie. Sa course prit de l'ampleur alors qu'il atteignait les grandes portes et les ouvrit à la volée, trouvant sur le perron la jeune Hinamori qui l'attendait encore, debout. Il s'arrêta à sa vue et la jeune femme fronçant les sourcils.

_Je te conseille de courir vite, lui dit-il, en direction de ton maître. Nous sommes attaqués, il faut le prévenir !

_Com…

_Moi je préviens Grimmjow !

Et sur ces mots, il s'élança à nouveau ne s'inquiétant pas de savoir si la jeune femme exécuterait l'ordre qu'il lui avait donné. Il prit le grand couloir sombre qui s'ouvrait devant lui dans une course rapide, accélérant à chaque virage, reprenant son souffle tant bien que mal. Couloir après couloir, il tentait de se remémorer le chemin qu'il avait emprunté plus tôt avec Hinamori depuis les appartements d'Aizen. Selon lui, ceux de Grimmjow ne devraient pas se trouver si loin ! Et pourtant, il dut admettre en tournant au coin d'un énième virage que ce palais état pire qu'un labyrinthe.

Il stoppa ses pas, perdu et affolé, au carrefour de deux couloirs ; l'un sombre et visiblement peu accueillant et un second, aux murs de mosaïque baigné par la lumière du soleil. Comment un tel bâtiment pouvait-il regorger de tant de chemins dans de telles atmosphères différentes ? Le bruit relaxant d'une fontaine non loin attira son ouïe, et il posa ses yeux sur un patio d'hiver qui se trouvait derrière lui. Une fontaine ancienne y trônait en son sein, distribuant à deux bassins l'eau fraiche, dans lesquelles des truites roses nageaient. Le palais d'Aizen Sosuke était tout simplement extraordinaire pensa-t-il, en oubliant un instant sa présence en ces lieux.

Mais en tournant à nouveau ses yeux autour de lui, et admettant qu'il ne reconnaissait aucun couloir, il réalisa que s'il se perdait en plein assaut il ne donnait pas cher de sa pauvre peau ! Si seulement il avait emmené Hinamori avec lui ! Se baffa-t-il mentalement en repensant à la jeune femme à la sortie des bains. Mais il était trop tard, et il n'avait plus d'autre choix que de rebrousser chemin dans l'espoir de trouver quelqu'un qui saura l'aider. Oui, c'était le mieux à faire : revenir sur ses pas et croiser un allié. Il n'avait pas de temps à perdre.

Il recula d'un pas, prêt à faire demi-tour, ses yeux toujours accaparés par le jardin d'hiver accueillant devant lui, puis fit un second pas. Il allait pivoter sur ses talons, lorsque son corps tout entier se figea, comme s'il eut été prit dans la glace. Son dos entra douloureusement en contact avec le bout pointu d'un sabre aiguisé, et son souffle se bloqua dans sa gorge.

Une voix, amusée et trainante s'éleva dans le silence lugubre des couloirs :

_Trouvé !

Une voix au ton cinglant, presque moqueur retentit à son oreille et lui glaça le sang. Il tourna son profil dans sa direction et son regard se posa sur un visage blême et émacié, des yeux fermés et un sourire étrangement large, bien trop large et pincé. Le visage de son agresseur donnait froid dans le dos, mais Kurosaki n'en perdit pas son courage pour autant :

_Qui êtes-vous ?

_Oh pardon, j'me suis pas présenté, lança l'homme dans son dos sur un ton amusé. Ichimaru Gin. Ichimaru-sama pour toi, troisième seigneur du Japon.

Ichimaru ? Le troisième seigneur ? Le troisième plus puissant seigneur ? Se demanda-t-il, sentant son courage s'envoler à mesure qu'il appréciait le rang et la force de cet homme qui le tenait en joue. Il pouvait le transpercer quand bon lui semblait, et quoiqu'il puisse faire, cet homme aurait toujours le dessus. Un seigneur ? Un seigneur pénétrait ce palais rien que pour le trouver ?

_Allez-vous me tuer ? Demanda-t-il, tentant de ne pas laisser sa voix trembler.

_Te tuer ? Pourquoi donc ? Jeta l'autre sur ce même ton, comme si tout cela n'était qu'un jeu. Nan. J'ai b'soin de toi.

_Besoin de moi ? Répéta le jeune captif. Pourquoi faire ?

_Oh voyons ! Ton p'tit jeu fonctionnait certainement avec Sos'ke mais pas avec moi, je ne serai pas aussi gentil que lui. Tsss…

L'homme se rapprocha de lui, plaçant sa bouche à quelques millimètres de son oreille, amenant le jeune Kurosaki à essuyer un soupir de dégout.

_La prophétie…, lui souffla-t-il au creux de l'oreille, la prophétie de l'homme aux cheveux de feu.

_Co… comment ? Demanda-t-il, estomaqué, son cœur manquant battement sur battement, faisant battre le sang à ses tympans violemment.

Gin échappa un petit rire amusé, encore une fois, et se recula, aimant à enfoncer un peu plus sa lame dans le dos de Kuroaki. Cette fois-ci, il transperça lentement sa peau, le sang s'écoulant le long de sa colonne vertébrale, pour terminer sa course sur la serviette de bain blanche qu'il portait en guise de vêtement. Depuis qu'il s'était échappé des bains, Kurosaki n'avait nullement cherché à s'habiller convenablement, tout ce qu'il voulait était prévenir Grimmjow, prévenir le général qu'ils étaient attaqués !

Et maintenant il était retenu en otage par ce seigneur redoutable, à demi-nu au milieu de nulle part.

_Il n'y a pas qu'un seul oracle dans tout l'Empire, t'sais, répondit Ichimaru. Grimmjow a peut-être rencontré l'un d'eux, mais moi aussi j'ai rencontré un oracle qui m'a parlé de la prophétie. Et je doute être le seul au courant…. Qui nous dit que tous les seigneurs du pays n'en n'ont pas eu vent, hein ?

Et qu'ils viendraient tour à tour investir le palais d'Aizen pour mettre la main sur lui ?

_Mais comment avez-vous su qui j'étais ? Et que j'étais…

_Que tu étais le bon ? Le coupa Ichimaru. C'est très simple : Aizen aime se pavaner, il aime savoir que les rumeurs qu'il a une nouvelle maitresse ou un nouvel amant fassent bien le tour des contrées. Il était évident qu'un jour il mettrait la main sur le jeune homme de la prophétie, je le savais. Aizen a toujours été le seigneur le plus avide, mais également le plus opportun.

Évidemment… Aizen aimait protéger sa réputation, et ne laisserait personne supposer qu'il était impuissant. Aussi a-t-il répandu la rumeur qu'il avait un nouvel amant. Comment Aizen avait-il pu être aussi idiot sur ce coup là ? Une telle erreur de débutant n'était pas digne d'un seigneur de son rang.

Mais le rouquin ne pouvait s'empêcher de penser que cette chasse à l'homme était puérile. Pourquoi ces hommes croyaient-ils tant en une prophétie inutile, qui ne leur apporterait que guerre et dépenses futiles ? Il ne comprenait pas leur but. Ichimaru, Aizen, Grimmjow… Pourquoi croyaient-ils tant en lui depuis le départ ? Il était certainement le seul à ne pas croire en sa valeur, et cela depuis le début de son arrivée au palais. Il n'arrivait pas à y croire, quoiqu'ils puissent faire, pour lui cette histoire n'était qu'une légende farfelue que des hommes ennuyés à mourir, se complaisant dans leur pouvoir et leur fortune, avaient inventé pour se trouver une occupation.

N'était-ce – au final – pas de cela dont il s'agissait ?

_Tu t'trompes, lui répondit Gin. Cette prophétie est vraie. Comment je le sais ? Parce qu'Aizen y croit, ça me suffit. S'il est vrai que celui qui te possède aura en récompense pouvoir absolu et richesse infini, alors c'est bien assez pour déclarer une guerre.

_Comment pouvez-vous croire en une telle chose ? Ce n'est qu'une vulgaire légende ! Cracha-t-il, tentant de faire comprendre à cet homme qu'il perdait son temps – en vain.

_Oh non, je ne crois pas. Tous les seigneurs du monde se lanceraient dans une guerre sans fin s'ils savaient qu'elle leur apporterait le pouvoir de gouverner les autres. Mais tu n'peux pas comprendre, tu n'es pas seigneur, le pouvoir ne t'intéresse pas. Alors que nous au contraire…

_Et l'Empereur dans tout ça ?

_L'Empereur ? Mais l'Empereur sera écrasé par celui qui accomplira la prophétie, ne comprends-tu donc pas ?

Non, il ne comprenait décidément pas.

Ichigo retint sa respiration à mesure que ses pensées s'assemblaient dans sa tête. Un coup d'état ? Renverser l'Empereur et conquérir le trône, c'était ce que ces hommes souhaitaient ? Était-ce vraiment ce que Grimmjow souhaitait ? Le pouvoir, l'argent et la reconnaissance étaient des moteurs certainement très puissants pour des hommes comme eux, qui étaient nés dans un berceau d'or massif, mais il ne pouvait pas croire qu'ils étaient capables de risquer leur vie pour y parvenir ! Et la valeur de la vie dans tout ça ? N'avaient-ils pas à cœur de couler des jours heureux, de connaître le bonheur et la paix ? Tous n'étaient avides que de sang et de pouvoir, cherchant le moindre prétexte pour se faire plus puissant et pour faire la guerre.

Non, il était vraiment différent de ces hommes et ne les comprendrait jamais.

_Je vous conseille de déposer votre sabre au sol, Ichimaru-sama.

Le silence qui suivit ces paroles était glacial, si froid qu'il glaça les entrailles d'Ichigo pendant un long moment, le laissant attentiste. Le bout du sabre qui le menaçait quitta bientôt son dos et le bruit du métal rencontrant le carrelage du sol retentit à ses oreilles.

Il se détourna du seigneur rapidement et découvrit Ulquiorra, sa propre arme en main, tenant maintenant en joue le seigneur.

_Ulquiorra, soupira Gin en dodelinant de la tête, le fidèle chien n'est pas encore retourné auprès de son maître. L'aurais-tu laissé seul ?

Mais le brun n'avait aucunement l'intention de lui répondre. Il ne voyait même pas l'intérêt de parler avec un traitre et se contenta de faire un signe vers Kurosaki. De sa main, il l'invita à avancer jusqu'à lui pour s'écarter de Gin.

_Viens, Kurosaki Ichigo, lui ordonna-t-il de sa voix sans ton, ses grands yeux émeraudes plantés sur lui.

Ichigo croisa le regard glacial de Schiffer, inhumain et sans aucune émotion. Cela faisait bien deux fois qu'on le sauvait aujourd'hui, mais il n'avait rien demandé à personne. Ni à Renji, ni à l'homme de main d'Aizen. Non, il ne voulait pas mourir, pas encore certes, mais il ne voulait être redevable envers personne. Et surtout pas envers Aizen…

_Viens, réitéra Ulquiorra qui s'impatientait clairement.

Mais Kurosaki était loin d'être un imbécile. Combien de fois avait-il failli perdre la vie aujourd'hui ? Et de plus, cet homme qui lui tendait une main qui semblait plus dangereuse que toutes les autres, était celui qui l'avait arraché à son père. Il était celui qui avait été si cruel, qui l'avait enlevé, qui n'avait pas eu de pitié à son égard, alors pourquoi placerait-il sa main dans la sienne comme il le souhaitait ?

Non, Ichigo ne donnerait plus rien à ces personnes. Aizen n'aurait qu'à venir le chercher lui-même !Il plongea son regard ambré décidé dans les opales émeraudes de Schiffer et avança dans sa direction. Seulement, plutôt que de s'arrêter à son niveau et lui obéir, le jeune captif le dépassa rapidement, détournant le regard. Puis, il se remit à courir, disparaissant au premier virage dans un nouveau couloir sombre et humide.

_On dirait bien qu'il avait pas envie d'venir avec toi, lança Ichimaru en étirant un sourire mauvais.

Ulquiorra se contenta de le fusiller du regard, puis lui fit signe d'avancer, le menaçant toujours de son sabre. Il n'avait pas à s'inquiéter ; Ichigo ne sortirait jamais vivant de l'immense palais de son maître...


Peu de temps après avoir quitté Gin et Ulquiorra, Ichigo entendit un fort coup de corne, puis un second, plus long, plus fort et bien plus solennel. Il marqua un temps d'arrêt au milieu du couloir qu'il empruntait, ayant depuis longtemps mis une bonne distance entre lui et Schiffer. L'alarme venait d'être sonnée, pensa-t-il alors éprouvant un réconfort qui cependant n'était pas de mise, car il était loin d'être en sécurité. Hinamori avait dû trouver Aizen, et il était sans doute maintenant au courant. Que lui restait-il à faire à présent ?

Tenter de s'enfuir ? Oui, il y avait bien pensé, pendant un court instant ; mais la réalité s'abattait de plein fouet sur lui. Il était perdu au milieu de ce palais, désarmé et il n'avait aucun plan. Alors... tenter de retrouver Grimmjow ? Et pourquoi voulait-il le retrouver… à cause de ce que lui avait dit Renji ? Non, c'était parce qu'il avait envie de découvrir la vérité bien plus que tous ces seigneurs réunis, il voulait en avoir le cœur net : il voulait savoir pourquoi il était un élément de cette prophétie. Pourquoi lui, un simple fils de paysan, né de père et de mère cultivateurs, serait-il si important ? Sa vie avait-elle tant de valeur aux yeux de ces hommes de pouvoir ?

Il laissa son dos reposer contre le mur du couloir, habillé d'un long rideau pourpre, la sensation du textile sur sa peau le réchauffa quelque peu. Il avait besoin de reprendre ses esprits et de penser intelligemment. Il fallait qu'il s'en sorte autrement, il en avait assez de reposer sur les autres : Renji, puis Ulquiorra... Oui, ils lui avaient tous sauvés la vie, mais quelle vie ? Si c'était pour rester au service d'Aizen, cela n'avait pas d'intérêt. Mais qui aurait un autre intérêt que celui de le posséder pour cette folle prophétie ?

Soudain, des bruits de pas lointains se firent entendre et le jeune homme se tapi contre le mur. Il entendait des pas se rapprocher, suivis par des éclats de voix, et le tintement des épées. Des soldats approchaient, et il était coincé ! Il se trouvait au carrefour de deux couloirs étroits, et quel que serait le chemin emprunté par ces hommes, ils le découvriraient certainement !

Commençant à paniquer, alors que les voix se rapprochaient dangereusement, Kurosaki chercha une issue à gauche, à droite, en haut, en bas, il n'avait plus le choix ! Il se tapi un peu plus contre le mur du couloir alors que les pas n'étaient plus qu'à quelques mètres, retenant sa respiration, ralentissant même son rythme cardiaque du mieux qu'il pouvait. Mais rien n'y ferait, ils allaient lui tomber dessus et si comme il le pensait il s'agissait d'ennemis, il aurait fait tout ce chemin pour rien !

_Mph !

Une main se saisit de lui tout à coup, s'enroulant autour de sa bouche pour couper l'éclat de voix qu'il allait pousser. Il fut entrainé en arrière, à travers le rideau pourpre puis à travers un mur et se retrouva le dos contre un autre mur glacial, dans une pénombre bien plus épaisse encore. Les pas des hommes passèrent tout près de lui, sans s'arrêter et il écarquilla les yeux alors que la main devant sa bouche le relâchait.

Malgré son cœur qui tambourinait à sa poitrine, sa vue brouillée par la nervosité qui allait le faire vomir et son corps tremblant d'une peur sans nom, il était encore assez lucide pour reconnaître cette odeur. L'odeur de cet homme, il aurait sans doute pu la distinguer n'importe où, même dans le noir.

_Chuuut…

Un doigt se posa sur sa bouche pour accompagner l'ordre de ne faire aucun bruit.

Où était-il ? Se demanda-t-il alors en laissant ses mains courir sur les murs glacials qui les entouraient. Il s'agissait sans doute d'une sorte de cachette creusée dans les murs du palais, une échappatoire secrète. Ils se trouvaient dans une pièce minuscule, assez grande pour deux personnes face à face, si bien que leurs visages se touchaient presque, et qu'il sentait le thorax de son partenaire se soulever contre le sien au rythme de sa respiration.

L'homme qui l'avait alors sauvé empoigna sa main fermement et l'invita à le suivre. Ichigo ne comprit pas vraiment ce qu'il tentait de lui faire comprendre, étant donné leur cachette, ils se trouvaient dans un endroit minuscule, clos, dont la seule sortie était le couloir dans lequel il se trouvait encore quelques instants plus tôt.

Mais alors que ses yeux commençaient à s'adapter à la grande obscurité environnante, Ichigo sentit la main de l'homme le relâcher et vit disparaitre devant lui un dos, suivit de jambes qui se hissaient par un passage. Il se plaça en dessous du trou béant qui donnait accès à une sorte de galerie au-dessus de lui, par lequel son accompagnateur venait de disparaître. Cette pièce était le départ de galeries faisant le tour du palais, labyrinthes expérimentaux ou bien passages secrets réservés aux puissants de la famille du seigneur, Ichigo l'ignorait. Mais ce qu'il savait en cet instant, était qu'il pourrait certainement survivre à cet assaut à l'abri de ces murs.

_Allez ! L'activa l'homme dans un murmure, lui tendant la main pour qu'il grimpe avec lui et le rejoigne.

Kurosaki agrippa sa main, se laissant hisser par son sauveur jusqu'à son niveau. Le tunnel dans lequel il atterri alors était glacial, mais il semblait avoir une connexion avec l'extérieur du palais, car une lumière faible qu'il reconnut comme étant naturelle permettait de dégager l'obscurité dans laquelle ils se trouvaient plus tôt.

Il s'agenouilla, étudiant la largeur du tunnel qu'il pensa ne pas mesurer plus de quatre-vingt centimètres de haut et un mètre de large. Ils devraient pratiquement ramper pour se déplacer là-dedans !

_Où est Renji ?

Il tourna ses yeux en direction de son interlocuteur et croisa de féroces pupilles azures qui chauffèrent son corps. Grimmjow se trouvait face à lui, fronçant gravement les sourcils tout en étudiant l'état du jeune garçon. Seulement vêtu d'une serviette de bain autour des hanches qui tenait en place par l'opération du saint esprit, il n'avait visiblement pas subi d'attaque ni de coups, ce qui soulagea le bleuté.

_Renji est resté dans les bains, il a dit qu'il garderait cette brèche pendant que je m'enfuirai.

_Et j'imagine qu'il en a profité pour se faire la malle lui aussi ! Bon sang ! Rugit Jaggerjack en écrasant son poing contre la paroi du mur de pierres.

Mais Ichigo savait qu'il y avait plus important à penser que la fuite de Renji :

_Grimmjow, Ichimaru Gin est ici !

_Oui, je sais, lui répondit-il avec une grimace, et Tosen Kaname aussi.

_Pourquoi ? Pourquoi ils…

_Qu'est-ce que tu crois ? Cracha l'autre. C'est toi qu'ils veulent ! Mais tant qu't'es avec moi dans ces tunnels, tu crains rien.

_Et tu étais au courant ?

_Au courant d'quoi ? Bien sûr que non ! Comment j'aurais pu savoir que d'autres seraient au courant de la prophétie ? Cet oracle m'a menti, elle s'est jouée d'moi et regarde maint'nant c'qui s'passe. Une guerre civile est sur le point d'se déclarer et tu en s'ras l'enjeu. Que tu l'veuilles ou non.

Grimmjow se tourna en direction du tunnel et se plaça à quatre pattes, commençant à avancer dans l'espace ridiculement petit. Ichigo l'observa avancer lentement, jusqu'à disparaître à un tournant. Puis, il se décida à le suivre, le rattrapant rapidement.

Les pierres grattaient contre ses genoux nus qui s'écorchaient à chaque fois qu'il avançait. Il saignait et il avait froid entre ces murs lugubres mais ce n'était pas le moment pour se plaindre.

_Ichimaru m'a retrouvé, expliqua alors Ichigo, mais Ulquiorra aussi. Il m'a libéré et je me suis enfui, mais… Ulquiorra ou Ichimaru, j'ignore lequel est le plus horrible.

_Crois-moi aucun des deux, lança la voix voilée de Grimmjow devant lui. C'est c'palais l'plus horrible. Ce bâtiment est une arme à lui tout seul. Longtemps les autres seigneurs l'ont convoité, mais jamais Aizen n'a révélé son secret. C'est pas l'pouvoir de son armée qui fait d'Sos'ke un puissant seigneur, c'est surtout parce qu'il possède le palais le plus envié du monde.

Kurosaki marqua un temps d'arrêt à cette remarque. Ce palais était donc une arme à part entière ? Il voulait bien le croire, après avoir traversé d'innombrables couloirs aux allures de labyrinthes infinis. C'était comme si chacune des pierres de ce palais était un secret, et renfermait une histoire à elle seule. Qui avait donc était assez tordu pour construire un endroit pareil ? Mais ce n'était pas le sujet brûlant du jour. Le fait était que Ichigo se retrouvait maintenant seul avec le frère de son seigneur et qu'une question se posait inéluctablement à lui : comment pouvait-il être certain que Grimmjow ne le conduisait pas tout droit dans un piège ? Qu'il n'allait pas le livrer à Ichimaru ou Tosen à la sortie de ce labyrinthe ? Rien du tout.

_Ces hommes veulent tous m'avoir pour posséder le pouvoir et la richesse. Aizen… Ichimaru et Tosen. Et sûrement tous ceux qui ont entendu la prophétie…

_Non, pas tous, lui répondit Jaggerjack en esquissant un soupir de douleur alors que son coude tapait contre la pierre.

Il stoppa son avancée et se tourna pour rencontrer les opales ambrées du jeune esclave de son frère. Il pinça ses lèvres et poursuivit :

_La richesse m'intéresse pas, le pouvoir… pas tant qu'ça. Le pouvoir implique d'avoir des responsabilités, j'aime pas avoir tout un tas de choses contraignantes.

_Alors qu'est-ce que tu veux ? Pourquoi tu t'intéresses à la prophétie ?

_Tu dois comprendre une chose : c'est Aizen qui te possède, pas moi. Si y'a quelqu'un qui doit accomplir la prophétie, c'est Sos'ke, pas moi. Moi… je suis juste curieux d'voir jusqu'où peut aller cette histoire de prophétie. J'veux savoir si c'est vrai. Mais je doute pouvoir la réaliser. Tout ce que j'veux c'est des batailles et des proies à mettre dans mon lit. Rien d'autre.

Ichigo se doutait bien qu'il lui disait la vérité, et il le sut car Abaraï lui avait exactement dit la même chose, quelques temps plus tôt, lorsqu'ils étaient dans les bains. Il le lui avait dit que Grimmjow n'était pas comme Aizen il était aisé de cerner ses désirs et donc de pouvoir les satisfaire comme le défier sur son terrain.

Grimmjow ne cherchait pas à le posséder pour acquérir force et argent, il cherchait seulement à le posséder afin d'avoir le fin mot de cette prophétie, et certainement aussi mettre des bâtons dans les roues de ces seigneurs vindicatifs. Kurosaki ne pouvait que s'en trouver quelque part soulagé. Jaggerjack était différent d'eux, il ne le regardait pas la même manière, il l'avait toujours senti. Cependant, comment distinguer un regard désireux sincère d'un regard empli d'un désir malsain ?

_Il faut retrouver Sos'ke maintenant, ajouta-t-il avant de reprendre sa position pour avancer dans le tunnel. Si Ichimaru était avec toi, alors Tosen doit être avec lui. Viens !

Le rouquin échappa un soupir inaudible, et reprit son avancée derrière le général des armées. Une voix au fond de lui ne cessait de lui dire qu'il ne devait pas lui faire confiance aussi facilement, et ce fut ce qu'il fit. Il n'avait pas encore été convaincu par cet homme, bien qu'il l'eut sorti tout droit d'un faux pas en l'entrainant dans ces galeries secrètes, il n'hésiterait certainement pas à le remettre entre les mains de son frère ne se souciant guère des conséquences. Car c'était ce qu'il avait fait jusqu'à maintenant, il ne l'avait jamais vraiment aidé.

Il fallait qu'il se méfie de Grimmjow.


Hirako Shinji n'était pas un homme de bataille, ni un soldat. La violence ne le dérangeait pas, et lorsqu'il était directement menacé, il maniait aussi bien l'épée que l'arc, très aisément, même plus qu'un des soldats de l'armée d'Aizen.

Mais il avait renoncé à utiliser ses dons de combattant depuis longtemps, se préférant à l'abri des batailles, usant de ses dons hors pair pour faire et défaire les complots, mais aussi avant tout pour tout savoir.

Shinji avait des oreilles partout, aussi bien dans les appartements de Sosuke, que ceux de Jaggerjack, aimant à filer les deux frères l'un après l'autre. Il n'avait jamais négligé les pouvoirs occultes des oracles, des druides et même des diseuses de bonne aventure. Il leur faisait volontiers confiance, à condition qu'ils ou elles puissent lui fournir des informations qui lui plaisaient et en valaient la peine.

Il savait mieux que personne agir dans la discrétion, se méfiant de tout un chacun, rôdant dans les couloirs du palais tel un vieillard au dos voûté, les mains cachées dans ses larges manches de hakama.

Il aimait à croire que Aizen se méfiait de lui pour une toute autre raison, peut-être parce qu'il savait tout ce qu'il y avait à savoir sur lui, et non pour le fait qu'il soit un espion à part. Car oui, Hirako se définissait comme tel : un espion à son propre service. Il ne louait ses services à personne, le trésor de découvrir des secrets et des informations importantes sur les seigneurs suffisaient à son bonheur. Car dans ces moments-là, il se sentait tout puissant, et pouvait allègrement concocter des plans à sa sauce.

L'assaut lancé plus tôt contre le palais ne l'avait nullement surpris. Il n'était pas sans connaître la longue liste des ennemis de Sosuke, et qui plus était, l'arrivée inattendu d'Ichigo en ces murs était une raison plus que valable pour les autres seigneurs d'envahir la cinquième contrée. Il se demandait parfois si Aizen avait conscience de la portée de ses actes. Mais il se gardait bien d'en parler au seigneur, car ses fautes ne faisaient que lui donner plus d'avantages encore, voire même quelques longueurs d'avances sur tous ses adversaires.

_Je ne peux pas vous laisser entrer, Hirako-sama. L'alarme a sonné.

_Et alors ?

Shinji haussa ses sourcils, face au garde impressionnant qui lui barrait soudain la route. Derrière lui se trouvait une large porte en bois par laquelle le précepteur de Sosuke comptait bien passer.

_Et alors je dois défendre le harem d'Aizen-sama de ma vie.

_Je vois.

Le harem d'Aizen Sosuke était un bien étrange endroit, avait toujours pensé Shinji. Dissimulé au fin fond du palais du seigneur, il était certainement le seul – Aizen mis à part – à en connaitre l'existence. A chacune de ses visites, le blond devait faire preuve de ruses et autres stratagèmes afin de pouvoir pénétrer l'endroit interdit, ce qui signifiait berner les gardes, les endormir ou bien les tuer tout simplement. Même si cette dernière solution ne l'enchantait guère un mort laissait trop de preuves.

Cependant, ce jour-ci, tout était différent… Ils subissaient un assaut, les soldats étaient au combat et les seigneurs retranchés dans leurs appartements bien à l'abri des ennemis qui venaient leur prendre la vie et leur pouvoir. Personne ne viendrait le chercher ici, personne ne se soucierait de sa disparition, et surtout personne ne se soucierait qu'un garde soit retrouvé mort dans les couloirs du palais. Aussi, Hirako avait-il su que c'était le moment opportun pour refaire une visite de courtoisie aux habitants du harem. Ou plutôt à l'une de ses pensionnaires, plus particulièrement.

_Dans ce cas je suis navré, finit-il par dire au garde, ses mains sortant de sous ses manches, chacune armée de poignards qu'il s'empressa d'enfoncer dans la poitrine du garde.

Celui-ci s'effondra au sol dans un gémissement douloureux, le sang s'écoulait de profondes blessures mortelles, laissant la voix libre à l'homme redoutable. Le meurtrier enjamba le corps avec une grimace dégoûtée puis replaça ses poignards dans ses manches après les avoir consciencieusement essuyés dans les vêtements du garde.

Hirako poussa la lourde porte de bois et entra dans un espace vide et lumineux, parsemé de colonnes de marbre blanc, de bouquets de lilas et d'œillets savamment disposés. L'odeur de l'encens envahit ses narines, en même temps qu'une douce mélodie aux allures de rires féminins tintait à ses oreilles. Tout ici respirait la tranquillité et la paix, ce qu'il appréciait tout particulièrement à chaque fois qu'il venait. On se sentait apaisé, bien et tout à fait disposé à connaître les doux plaisirs de la chair.

_Hirako-sama !

Alors qu'il traversait la grande cour aux dalles blanches, un groupe de jeunes femmes se précipita vers lui. Les visages juvéniles et souriant autour de lui lui firent tourner la tête. Les femmes attrapaient ses bras et l'attiraient dans un coin de la pièce, leurs corps se mouvant autour de lui, seulement dissimulés sous une étoffe transparente, laissant apparaître leurs courbes généreuses.

_Ah non, pas aujourd'hui, leur lança-t-il avec un sourire. Plus tard, plus tard…

_Hirako-sama…

Les mains des jeunes personnes le délaissèrent alors qu'il quittait la grande salle et se dirigeait vers un grand couloir aux murs faits de mosaïques. De part et d'autre de ce couloir, des pièces ouvertes laissaient entrevoir des couches, des tables, des bains et aussi des femmes et des hommes, qui se précipitaient vers lui, un grand sourire à l'appui.

_Hirako-sama…, souffla l'un d'eux en s'accrochant à son cou. Cela fait si longtemps…

_Plus tard, plus tard…, lui rétorqua gentiment le blond sans cesser son avancée.

_Mais… Hirako-sama !

Plus il avançait, plus les jeunes hommes à présent se faisaient nombreux, et ce n'était pas pour le rassurer. Chaque fois qu'il pénétrait dans cette fosse au lion – car pour lui cela y ressemblait fortement – il avait l'impression qu'il ne pourrait plus jamais en ressortir. Tous ces corps désirables à demi-nus qui se jetaient à lui, à ses pieds, lui demandant de l'attention, il n'avait jamais été homme capable de repousser pareil désir, et pourtant… il savait qu'il n'avait guère de temps. Il n'était pas là pour la luxure, mais pour une affaire bien plus importante que la satisfaction sexuelle.

Comment Aizen pouvait-il posséder pareil harem et les tenir enfermés cachés aux yeux de tous ? S'était-il vraiment amusé avec chacun d'entre eux ? Le connaissant, cela ne l'aurait pas étonné, même s'il savait que Sosuke n'était pas capable de satisfaire le moindre être vivant. Sexuellement parlant. Ce harem n'était là que pour donner l'illusion, il n'était là que pour donner l'illusion à Aizen lui-même qu'il pouvait être un mâle dominant. Cet endroit était un fantasme à lui tout seul, pour rassurer l'ego démesuré de Sosuke. Rien de plus, rien de moins.

Shinji s'enfonça un peu plus loin dans le couloir, stoppant devant l'entrée d'une pièce enfumée, empestant le tabac bon marché. Il toussota un instant, chassant de la main l'épais brouillard qui voilait sa vision, mais décida tout de même à pénétrer dans la pièce.

Peu à peu, ses yeux parvinrent à discerner une forme humaine au fond, assise en tailleur sur des coussins. Il s'approcha jusqu'à l'atteindre et s'assit face à la jeune femme, prenant place dans des coussins de soie, dont la couleur était passée à cause du temps.

Celle qu'il était venu voir se contenta de tirer sur sa longue pipe en l'observant s'asseoir, ses yeux espiègles ne perdant pas une miette de ses mouvements. Sa longue chevelure brune tombait sur ses hanches délicatement et ses yeux d'un noir profond étaient rieurs, voire presque moqueurs. Pourtant, il y avait quelque chose chez cette femme à la peau bronzée qui imposait un certain respect et un silence religieux. Sa présence elle-même était impressionnante : son port de tête, son regard poignant et son allure majestueuse dans son large hakama mauve.

Hirako posa une main sur la table qui se trouvait entre eux, et y laissa tomber deux pièces d'or qui roulèrent sur le bois du meuble avant de s'immobiliser. La jeune femme les observa avec avidité puis retira la pipe de sa bouche, faisant claquer sa langue bruyamment contre son palais.

Shinji tourna ses yeux vers elle et attendit qu'elle ne daigne dire un mot. Il avait amené la somme convenu, elle devait maintenant parler.

_L'homme vêtu de vert avance, chuchota-t-elle soudain sans prévenir. Sa cape volant au vent derrière lui tel les longs manteaux des seigneurs passés. Il les a réunis. Il les a retrouvés. Les seigneurs déchus.

Hirako resta figé, ses yeux balayant le visage on ne peut plus sérieux de la femme face à lui. Il ignorait ce que ses paroles signifiaient mais elles avaient plus de valeur que tous les trésors d'Aizen réunis, et cela Shinji le savait mieux que quiconque. Il était d'ailleurs le seul à savoir ce qu'elle lui disait.

_Les seigneurs déchus, reprit-elle, marcheront bientôt côte à côte.

_Les seigneurs déchus ?

_Oui. N'était-ce pas pour cela que tu es venu ?

_Je suis venu pour la prophétie, répondit-il. J'ai besoin de l'entendre à nouveau, et j'ai besoin de réponses.

_Les deux pièces d'or seront assez pour la prophétie.

Hirako baissa un instant ses yeux sur l'endroit où il avait déposé l'argent en question et remarqua avec surprise que les pièces avaient tout simplement disparu. Fronçant les sourcils, il se demanda quand la jeune femme avait-elle pris le paiement. Il ne l'avait pas vue bouger !

_« Lorsque le cœur du soldat saignera, l'« Hysteria » s'emparera de lui, et alors le monde se noiera dans les larmes de son chagrin puis sombrera dans la noirceur de son âme. Tes mains s'empareront de l'homme aux cheveux de feu, fais-le tient et garde le dissimulé aux yeux avides des hommes avant que ceux-ci ne le mènent à la destruction. Puisse l'acquéreur soigner son cœur meurtrit, et faire s'abattre une pluie céleste sur le monde. Car il sera dès lors son plus cher trésor. Ses larmes seront de sang, son cœur sera de sang, mais sa mort sera d'or ».

Il avait beau l'entendre encore et encore, la retourner dans sa tête autant de fois que possible, cette prophétie à la noix n'avait guère de sens. Ou plutôt si, elle en avait un. Un sens premier qui était celui que tous les autres avaient compris : posséder l'homme aux cheveux de feu fera un jour de vous un homme puissant et extrêmement riche. Mais cela devait sans doute supposer que l'homme en question ne meurt pour vous… Sans doute fallait-il que son cœur saigne par amour et non suite à une blessure, tout du moins c'était ainsi que Shinji le comprenait.

En d'autres termes, celui qui parviendrait à se faire aimer d'Ichigo – s'il avait bien deviné en pensant qu'il s'agissait de lui – et qui parviendrait à le faire pratiquement mourir d'amour pour lui, se verrait alors récompensé par les Dieux. « Une pluie céleste » cela ne pouvait être que les Dieux. Mais l' « Hysteria » était encore un élément flou de ce texte, et Hirako avait bien mené toutes les recherches possibles il n'avait rien trouvé qui puisse s'y rapporter.

_J'ai des questions sur cette prophétie. Peux-tu y répondre ?

La jeune femme tendit une main vers lui, paume vers le ciel, lui indiquant qu'il devait tout d'abord payer pour cela. Hirako leva les yeux au ciel, mais rechercha dans son hakama de quoi satisfaire son interlocutrice.

_Cela suffira pour deux questions, énonça-t-elle en soupesant les pièces d'or.

_Quel rapport avec les seigneurs déchus dont tu as parlé quelques instants plus tôt ?

La jeune femme étira un sourire amusé, puis baissa son visage un instant, déposant sa pipe sur la table. Elle croisa ses bras sous sa poitrine proéminente.

_J'ai toujours su que tu étais plus malin que tous les autres, Hirako, souffla-t-il. Mais là…

_Tu as commencé notre entrevue sur cela, alors je me doute qu'il doit y avoir un lien. Tu dois répondre à ma première question, j'ai payé.

Shinji lui lança un regard joueur, il savait qu'il venait de la piéger, et il en était plutôt fier. Car au-delà d'être une simple diseuse de bonne aventure, cette femme était également mystérieuse et savait se montrer plus intelligente que chacun de ses clients. Mais depuis plusieurs mois qu'il l'a rencontrait, Hirako avait appris à la connaître, et à jouer son jeu.

_Le prophétie doit être réalisée, cependant, il y aura des éléments qui l'empêcheront d'être réalisée. Je ne dis pas que les seigneurs déchus en feront partie, car le futur rester flou à ce niveau. Je sais juste qu'ils se préparent et que l'homme vêtu de vert fera son retour, et qu'il prendra part à la prophétie. De quelle manière, cela je ne puis te le dire. Je n'ai pas connaissance des détails, je livre simplement ce que les Dieux me laissent entendre.

Cet homme vêtu de vert, elle y avait déjà fait allusion, et plus d'une fois lors de leurs entrevues, mais elle était toujours restée floue à son propos. Hirako ignorait si elle lui disait tout, mais il avait comme un pressentiment qu'elle connaissait l'identité de cet homme mystérieux et qu'elle la gardait secrète pour une bonne raison.

Il se surprenait à considérer cette femme comme son égal sur le plan intellectuel. Bien plus maligne que Sosuke, plus intelligente et mystérieuse que ne l'était Grimmjow, plus érudit et plus clairvoyante qu'il ne le serait jamais, il avait toujours souhaité connaître son passé. Mais il s'était résolu à ne pas lui poser la question, après tout la jeune femme n'y aurait jamais répondu. Cependant, il avait effectué des recherches, et il n'était pas seulement venu ce jour avec quelques pièces d'or, non. Il était venu avec bien plus.

_Autre question, reprit-il.

_Pose donc.

_Je me demande ce que fait l'héritière du clan Shihoin, celle qui fut évincée de son trône de la seconde plus puissante contrée entre ces murs ? Questionna-t-il en posant un coude vainqueur sur la table. Tu es Shihoin Yoruichi, je le sais depuis longtemps. Et tes pouvoirs de clairvoyance tu les as hérités de ta famille, le futur tu peux l'entrevoir, et tu sais ce qui t'attend et ce qui m'attend. Mais ce que tu fais ici, ça je ne l'explique pas.

Yoruichi ne put empêcher son visage d'afficher une expression de surprise, mais elle se reprit et ne la laissa pas prendre le pas sur elle très longtemps. Ses paupières recouvrirent lentement ses yeux et elle poussa un soupir fatigué. Peut-être n'était-elle pas surprise en fin de compte, peut-être avait-elle simplement eu cette réaction car cela faisait longtemps qu'elle attendait d'entendre ces paroles ? Shinji ne pouvait s'empêcher de détailler la moindre de ses réactions avec attention, plissant ses yeux fortement.

Sans répondre à sa question, elle se hissa sur ses pieds, poussant un soupir éreinté à cet effort. Pourtant, son corps était toujours aussi fin et bien sculpté. Elle marchait sur la pointe des pieds tel un félin qui s'étirait, ses mollets finement taillés dévoilés par son hakama bien trop court.

_Cette prophétie j'ai accepté de te la livrer pour une raison, Hirako, entreprit-elle d'expliquer tournant le dos au blond. Parce que tu es comme moi. Longtemps, bien trop longtemps j'ai été loin de ma contrée, de mes terres !

_Pourquoi ?

Elle se tourna vers lui avec un sourire moqueur :

_Tu n'avais droit qu'à deux questions.

_Très bien, alors je vais deviner puisque je n'ai plus un rond ! Rétorqua-t-il en sautant sur ses pieds. Moi aussi je suis comme toi. Moi aussi je suis un seigneur déchu Yoruichi, et comme toi je souhaiterai que cette prophétie nous rapporte la paix et que nous retrouvions ce qui était notre, mais…

_Mais tu as peur, le coupa-t-elle en se retournant vers lui dans un rapide demi-tour. Tu as peur de mettre ton destin entre les mains d'un garçon que tu ne connais pas, et dans une prophétie qui n'est qu'un étalage de mots bien tourné ?

_Exactement. Et maintenant que je la connais, je sais très bien que j'ne suis pas être en mesure de la réaliser. Mais si comme tu l'as dit, les seigneurs déchus ont un rôle à jouer, alors nous devons faire quelque chose.

_Et quoi ?

_Devrais-je aussi te faire payer pour avoir droit à mes réponses. Ça fait déjà deux questions que tu me poses là, tout en sachant que tu n'as pas terminé de répondre à la mienne.

Yoruichi l'avait su, elle avait su que tôt ou tard elle devrait expliquer les raisons de sa présence ici. Que quelqu'un chercherait à lui sortir les vers du nez, à extirper d'elle la vérité qu'elle seule avait tenté de cacher. Mais elle ne s'était pas vraiment attendu à ce qu'elle avoue cette triste histoire à un homme comme Hirako, si proche d'Aizen.

_Je suis en effet un seigneur déchu, expliqua-t-elle, seulement différent des autres. A contrario de vous, j'ai choisi en mon âme et conscience de devenir un seigneur déchu. J'ai même choisi celle qui me remplacerait, qui garderait la place en attendant mon retour. Depuis tant d'années enfermées ici, à attendre celui qui saurait déchiffrer ces mots après moi. Tous mes songes me tournaient vers Aizen, le début de la prophétie devait avoir lieu ici et nul par ailleurs. Je devais m'y rendre et attendre patiemment.

_Attendre qu'elle ne se déclenche sans doute ?

_Oui. Cette prophétie m'a été soufflé pendant mon sommeil, il y a de cela plusieurs années, je dirai même plus de dix ans. Je ne me souviens plus. Depuis, j'ai gaspillé tant d'énergie à tenter d'en comprendre le sens. Et aujourd'hui, je le peux…

_Tu as donc sacrifié ta place de seigneur pour découvrir le sens de cette prophétie. Et si au final elle ne se réalisait jamais ?

_Elle le doit, répondit-elle en se retournant vers lui rapidement, lui jetant un regard assassin. Elle doit l'être, tellement de gens œuvrent pour la réaliser. Des gens de bien.

_Comme qui ?

_Comme toi. Comme Jaggerjack.

_Tch ! Cracha entre ses longues dents Hirako, se refusant à placer Grimmjow dans la même catégorie que la sienne. Pourquoi lui ? Le frère d'So'ske ? Vraiment ?

Elle acquiesça d'un rapide signe de tête, fronçant les sourcils en tentant de se rappeler un énième songe.

_Je ne connais pas tous les détails, les Dieux sont joueurs et aiment voir les hommes se démener pour les comprendre. Ils me laissent des indices. Ce que les seigneurs déchus devront faire, je ne le sais pas, mais ils sont irrémédiablement liés à la prophétie. Tout comme l'est Grimmjow Jaggerjack.

_Comment en être sûrs ?

_Mph...? Soupira-t-elle avec un sourire. Il ne le sait pas encore, mais il est le plus proche à l'heure actuelle de réaliser les mots des Dieux. Il n'en a pas conscience, personne ne le sait, mais il est le seul à avoir touché le cœur de l'homme aux cheveux de feu.

Hirako fronça les sourcils en l'entendant parler, prenant alors conscience de ce qui était en train de se passer dans ce palais. Jaggerjack était certainement le moins à même de réaliser la prophétie, qu'avait-il à faire du pouvoir ou encore de l'argent ? Même s'il pouvait néanmoins le savoir amateur de luxueuses étoffes et de beaux meubles, l'homme était avant tout un homme de guerre. Il donnerait volontiers toute sa fortune et sa position de noble si cela lui permettait de vivre éternellement comme un guerrier assoiffé de sang, ne recevant qu'en récompense des nuits entières à se frotter contre les corps de jeunes hommes.

_Alors… celui qui est le plus proche de la réaliser est celui qui veut certainement le moins la réaliser ?

Yoruichi acquiesça d'un signe de tête qui ne pouvait être interprété différemment. Mais il y avait encore un détail qui leur échappait tous deux : si Jaggerjack était le plus proche mais aussi le moins désireux de la réaliser, comment la prophétie pourrait-elle se concrétiser ?

Surtout qu'encore une fois, Ichigo appartenait à Sosuke et non pas à Grimmjow...


Ichigo avançait tant bien que mal, à quatre pattes sur le dur sol de pierres rugueuses. Ses paumes de main ainsi que ses genoux étaient en sang, usés par le chemin qu'ils avaient parcouru. Il n'avait aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis qu'ils avaient entamé leur marche silencieuse, mais il était certain que cela dépassait l'heure.

Chaque déplacement était un supplice, auquel il palliait comme il le pouvait en mordant furieusement sa langue pour ne pas échapper des gémissements plaintifs. Il n'avait pas envie que Grimmjow sache qu'il avait mal, qu'il était affaiblit, il ne voulait pas encore une fois dépendre de quiconque. Il gardait les yeux rivés sur ses mains tremblantes, les paupières plissées, ne regardant pas devant lui quand soudain son visage entra en collision de plein fouet avec une surface molle qui se contracta à son contact.

_Mph ! Échappa-t-il alors que sa joue reposait contre ce qui semblait être un doux oreiller confortable, tout du moins « semblait »...

_Regarde où tu vas, imbécile ! Chuchota Grimmjow en tournant son visage vers lui.

Ichigo s'empressa de reculer de quelques pas, prenant conscience qu'il venait tout simplement de s'écraser contre... le postérieur de Jaggerjack !

_Tu n'as qu'à prévenir quand tu t'arrêtes, idiot ! Lui rétorqua-t-il, détournant son visage pour ne pas paraître gêné.

_Ouais, c'est ça. En attendant, détourne-toi d'mes fesses. Mais j'prends note pour plus tard que t'es intéressé...

_Espèce de...

_Chuut !

D'un geste du doigt, le bleuté désigna le sol sur lequel ils rampaient depuis un moment, puis désigna d'un second geste son oreille qu'il plaqua lentement contre la pierre. Ichigo l'observa faire, curieux, puis en fit de même, distinguant alors à travers la roche la voix d'un homme. Sans vraiment comprendre ce qu'il se passait, Kurosaki détailla l'expression du visage du turquoise qui forma alors le mot "Aizen" sur ses lèvres, silencieusement. Cela signifiait-il qu'ils étaient au-dessus des appartements de Sosuke ? Se questionna Ichigo qui put alors discerner les mots de la voix qui s'élevait jusqu'à eux :

_Je sais ce que vous pensez, que vous attendiez mieux de moi. Mais vous ne pourrez régir ce pays sans menaces.

_Et que comptes-tu faire ? Me tuer ici et maintenant ? Crois-tu que cela réglera tout tes soucis ?

_Non, je n'ai pas la prétention d'affirmer une telle chose, répliqua l'homme dont le rouquin n'avait jamais entendu la voix. Cependant, nous pouvons y apporter un début de réponse. Posséder l'homme aux cheveux de feu, posséder la réponse à cette prophétie, l'arme dont il est question permettra à la paix de retrouver le chemin du Japon.

Ichigo fronça les sourcils alors qu'il comprenait qu'il ne s'agissait ni plus ni moins de lui. Encore une fois. Cela en devenait lassant.

Il échangea un regard appuyé avec Grimmjow qui, bien trop accaparé par la conversation qui se déroulait sous leurs pieds, n'avait pas remarqué l'état troublé du jeune homme.

_Tu es bien trop confiant, Kaname-kun. J'ai toujours su que tu œuvrerais pour la paix, c'est toujours ce que tu as souhaité, cependant... Me déclarer la guerre sur mes terres, n'est pas ta vision de la paix, je le sais. Tout comme te débarrasser de Muguruma-sama...

_Vous allez trop loin, Aizen-sama, le coupa l'homme dont la voix s'était soudain troublée par une certaine colère. Si je suis venu ici, c'est avant tout pour la prophétie, et si sur mon chemin je dois vous ôter la vie, alors je le ferai.

_Alors fais-le, lui ordonna Aizen. La pointe de ton sabre commence à trembler contre ma gorge, je sens que tu te retiens, Kaname-kun. Pourquoi hésites-tu ?

Grimmjow releva soudain son visage, ses yeux écarquillés alors qu'il comprenait que son frère allait mourir de la main d'un traitre. Ichigo lui retourna son regard paniqué, et tous deux restèrent figés par la surprise la plus totale. Aizen était sur le point de se faire assassiner et tous deux allaient en être témoin ! Pensa Ichigo en serrant ses poings endoloris, ne sachant réellement ce qu'il désirait à ce moment précis. La mort de cet homme lui apporterait-elle la liberté qu'il voulait retrouver ? Qu'adviendrait-il de cette contrée s'il mourrait, qui d'autre en prendrait le commandement ?

Et Grimmjow... Allait-il sauver son frère et mettre hors d'état de nuire Tosen, ou bien allait-il le laisser mourir ?

Il fallait qu'il prenne une décision. Vite.