Hysteria

par Shini-sama.

Chapitre 10 : Tu découvriras le pouvoir.

Couple : Grimmjow X Ichigo

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à Tite Kubo. Cependant, cette fiction m'appartient entièrement.

Résumé :

Ichigo, le fils d'un paysan ruiné est vendu au riche et puissant seigneur de la cinquième contrée du Japon : Aizen.
Sitôt arrivé en son palais, Sosuke le cache dans ses appartements privés alimentant les rumeurs auprès de ses collaborateurs les plus proches, notamment son précepteur, Hirako Shinji, tandis que pendant ce temps, Grimmjow le frère de Sosuke est de retour d'une campagne militaire de laquelle il ramène Abaraï Renji le Lieutenant de la sixième contrée.
Tout bascule cependant lorsque Ulquiorra, fidèle suiveur d'Aizen mais aussi admirateur de Grimmjow, vend la mèche auprès de Jaggerjack que le seigneur a rapporté un jeune homme rouquin au palais. Aussi vite, Grimmjow s'en trouve très intéressé ; ayant eu vent d'une prophétie délivrée par un oracle, il s'est mis en tête de retrouver un être aux cheveux de feu et de le protéger. Ayant cru qu'il s'agissait de Renji, il kidnappa le Lieutenant, mais comprit bien vite que son frère Sosuke lui cachait bien des choses et notamment le garçon qu'il recherche.

Lorsque les deux hommes se rencontrent, alors que Kurosaki tente de s'enfuir du palais, Grimmjow se heurte à une barrière. Ichigo ne semble rien savoir de la prophétie et le bleuté se retrouve au point de départ, sans information supplémentaire. Et alors que la contrée subit de loin les menaces d'une guerre civile, Grimmjow découvre qu'il est évident que plus d'une personne est au courant de la prophétie. Et Ichigo se retrouve au cœur des convoitises et des interrogations...

Mais il leur reste encore tant de choses à découvrir : Comment Aizen est-il au courant de la prophétie ? Pourquoi Shinji se doute-t-il de quelque chose ? Qui est vraiment l'homme aux cheveux de feu de la prophétie ? Et cette prophétie que doit-elle apporter ? Pourquoi Isshin a-t-il vendu si lâchement son fils ? Et surtout : quel futur attend Ichigo ? Saura-t-il se battre pour regagner sa liberté ou se laissera-t-il séduire par le pouvoir et l'argent que peuvent lui offrir Aizen et Grimmjow ?


Chapitre 10 : Tu découvriras le pouvoir.

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..._

_...

« Lorsque le cœur du soldat saignera, l'« Hysteria » s'emparera de lui,

et alors le monde se noiera dans les larmes de son chagrin puis sombrera dans la noirceur de son âme.

Tes mains s'empareront de l'homme aux cheveux de feu, fais-le tient et garde le dissimulé aux yeux avides des hommes avant que ceux-ci ne le mènent à la destruction.

Puisse l'acquéreur soigner son cœur meurtri,

et faire s'abattre une pluie céleste sur le monde. Car il sera dès lors son plus cher trésor.

Ses larmes seront de sang, son cœur sera de sang, mais sa mort sera d'or »

_...

_...

_...

- Non loin de la sixième contrée, à l'entrée des terres de Kuchiki-sama -

Le cheval filait, lancé à pleine vitesse à travers les arbres de la forêt fournie, qui entourait le territoire du sixième seigneur du Japon. Le cavalier, tenant fermement dans sa main le message de la plus haute importance qu'il devait remettre à Kuchiki-sama, était déterminé à parvenir au bout de son périple. Fièrement assis sur son destrier, il serrait les dents et tenait fermement les rennes de sa monture dans sa main libre, conduisant l'animal à travers les arbres les plus hauts de l'Empire.

Il déboucha bientôt de la forêt pour se retrouver devant deux immenses portes de métal qui s'ouvrirent devant lui, sous l'impulsion de deux gardes qui en gardaient l'entrée. Le cavalier pénétra alors la sixième contrée et continua son chemin à travers les rues pavées, les maisons des paysans et les présentoirs du marché.

Au bout de quelques minutes de trot léger, le messager parvint aux devants du palais du seigneur. Un homme, armé et vêtu différemment des gardes qu'il avait pu croiser, vint à ses devants et attrapa les rennes de son cheval pour l'immobiliser. Sitôt arrêté, le messager descendit à terre et s'inclina lentement face à l'homme qu'il trouvait bien plus imposant maintenant qu'il se tenait debout devant lui.

_Je suis l'envoyé d'Ichimaru Gin-sama, et j'ai un message de la plus haute importance à porter à votre seigneur, Kuchiki-sama.

_Je suis Abaraï Renji, le Lieutenant du seigneur Kuchiki-sama. Tu peux me suivre.

Le messager s'inclina une nouvelle fois, plus brièvement cependant, et suivit l'homme à la chevelure rouge à l'intérieur du palais. Il avait sans doute compris la nature urgente de son message puisqu'il se précipita de gravir les grands escaliers de marbre de l'entrée du haut bâtiment se tenant devant eux. Puis, Abaraï le conduisit plus profondément à travers de grandes pièces lumineuses pour qu'enfin, ils stoppent devant deux larges shoji de couleur blanche.

Renji y frappa deux coups secs puis poussa le shoji qui glissa sur le sol pour créer une entrée dans une nouvelle pièce. Le messager resta derrière lui, jetant un coup d'œil par-dessus l'épaule du Lieutenant pour voir l'étendue de la pièce. Au fond de celle-ci, disposé en cercle, des hommes se tenaient debout entourant le seigneur de la contrée. Kucihiki Byakuya et ses conseillers observèrent entrer le Lieutenant Abaraï et le messager qui le suivait. Un silence se fit dans la pièce et le seigneur aux longs cheveux ébènes avança jusqu'à eux :

_Cet homme a un message de la plus haute importance, annonça Renji avant de s'incliner devant son seigneur.

Il s'écarta pour laisser la place au messager qui tomba sur ses genoux et présenta le parchemin enroulé, surmonté du sceau du clan Ichimaru au seigneur de la sixième contrée :

_Voici le message d'Ichimaru Gin-sama, seigneur de la troisième contrée, Kuchiki-sama. Il m'a ordonné de vous le remettre le plus vite possible.

Lançant un coup d'œil nerveux en direction de Renji, Byakuya se saisit rapidement du parchemin offert et s'empressa de l'ouvrir, jetant un œil à ses conseillers qui demeuraient surpris derrière lui. Ses beaux yeux anthracites se posèrent sur le papier rêche et il commença à lire les kanjis écrits à la va-vite. Renji fronça les sourcils, étudiant avec une concentration particulière les réactions de son seigneur. Et la façon dont son visage s'anima n'annonçait rien de bon.

Kuchiki enroula à nouveau le parchemin sur lui-même dans des gestes rapides, et le regard fuyant, demanda sévèrement à Abaraï de le suivre. Ils quittèrent la pièce au pas de course, laissant derrière eux les conseillers et le messager alarmés par sa réaction.

_Que se passe-t-il, Kuchiki-sama ? S'enquit Renji, qui courrait à petites foulées derrière pour suivre sa cadence effrénée.

Mais le brun ne lui répondit pas. Gardant ses yeux rivés devant lui, il portait un air grave et hautain dont pourtant Renji avait l'habitude. Mais étrangement, à cet instant, il le trouvait bien plus énigmatique qu'à l'accoutumée. Et ce n'était pas pour le rassurer. Les deux hommes s'enfoncèrent dans les couloirs du palais, et traversèrent le jardin. Ils se rendirent ensuite aux écuries et Kuchiki rassembla sa garde personnelle et ordonna que les montures soient scellées.

Alarmé, Renji courait à la suite de son seigneur, tentant de comprendre ses plans :

_Où allons-nous, Kuchiki-sama ?

_Suis-moi et tu le découvriras, annonça-t-il avant de monter sur son destrier.

Le Lieutenant n'osa plus poser de questions et fit ce qu'on lui ordonnait. Il grimpa à son tour sur son cheval et prit la suite de son seigneur. Ensemble, suivi de quelques gardes ils quittèrent la sixième contrée et traversèrent les bois qui les séparaient de la cinquième contrée. Quelque peu inquiet, Abaraï crut pendant un instant que Kuchiki comptait déclarer une guerre solennelle à Aizen, en s'invitant sur ses terres, mais il n'en fit rien.

Au lieu de se diriger vers le palais d'Aizen et sa cour, entourée d'une muraille épaisse, ils se dirigèrent vers un petit village implanté en aval de celui-ci. Il était assez éloigné de la contrée, et en même temps pouvait prétendre en faire partie puisque les habitants étaient soumis aux lois d'Aizen Sosuke.

Byakuya ralentit son cheval et ils entrèrent au pas dans le petit village. Les passants se ruèrent chez eux à leur vue, fermant portes, fenêtres et volets et bientôt les rues furent désertes. Renji fronça les sourcils alors qu'un silence de mort les entourait et que leur avancée ressemblait plus à une procession funéraire qu'autre chose. Son inquiétude était justifiée :si Aizen apprenait qu'ils étaient là… La guerre civile serait déclarée plus vite qu'il ne saurait dire "ouf". Et pourtant, la façon dont son seigneur se comportait lui laissait entendre qu'il n'était pas là pour prendre une risque inconsidéré. Kuchiki Byakuya n'était pas ce genre d'homme déraisonné.

Kuchiki arrêta son cheval à côté d'une monture blanche comme neige déjà attachée à un arbre dépourvu de feuilles. Non loin, quelques hommes armés se tenaient, et Renji ne put s'empêcher de jeter un œil au blason qui recouvrait leurs boucliers. Des hommes de la troisième contrée ? Avaient-ils perdu la tête alors que leur seigneur était considéré comme traitre ? Ils se baladaient comme si de rien n'était dans la cinquième contrée ?! Mais bon sang pourquoi étaient-ils ici ? Se demanda-t-il, ses yeux alarmés et visiblement débordant de nervosité balayant les hommes étrangers autour d'eux.

Mais Kuchiki resta, à son contraire, parfaitement calme. Le message qu'Ichimaru lui avait fait parvenir devait effectivement renfermer une information de la plus haute importance pour que Byakuya se précipite ici, en plein territoire ennemi. Les deux hommes descendirent de cheval et laissèrent les reines à la garde qu'ils avaient emmené avec eux. Devant eux, une petite hutte modeste - voire même simplette - s'élevait. Une demeure de paysan à n'en pas douter et Renji se demanda ce qu'un homme comme Ichimaru avait bien pu y trouver.

Kuchiki lui fit signe de le suivre et ils s'invitèrent tous deux sous la hutte sans s'annoncer. A peine eurent-ils poser une pied dans celle-ci qu'une voix grave et masculine parvint à leurs oreilles :

_Vous croyez qu'il vous suffit de pénétrer ici pour avoir un quelconque droit sur moi ?!

Au milieu de la petite pièce presque vide, se tenait un homme debout. Robuste et la carrure très carrée, il gardait les mains sur les hanches, son regard noir pointé furieusement sur Ichimaru Gin qui se tenait devant lui. Il était en tous points impressionnant et Renji l'observa en fronçant ses sourcils quelque peu sonné par le charisme presque étouffant de l'homme.

A l'entrée de Kuchiki et de son Lieutenant, les deux hommes leur lancèrent un regard visiblement surpris puis reprirent leur conversation :

_Vous êtes le seul en qui l'Empereur ai foi. J'ai besoin de vous pour le convaincre que le vrai traitre ne se trouve pas dans la troisième contrée mais dans la cinquième.

_La cinquième ? S'enquit alors le propriétaire des lieux. Aizen Sosuke ?

_Oui. Une guerre est sur le point d'éclater, une guerre civile et que vous le vouliez ou non, vous devez y prendre part. C'est écrit, Grand Général.

Au titre utilisé, l'homme tiqua. Renji aperçu alors un signe d'impatience chez lui et cela ne le rassurait pas. L'homme était bien bâti, et ses yeux noirs comme la nuit lançaient des éclairs à tout va. Cependant, même s'il ne connaissait pas cet homme, même s'il ne l'avait jamais vu, il ne pouvait ignorer qui il était. Le titre de « Grand Général » était un titre honorifique, donné une seule fois dans l'histoire de l'Empire par l'Empereur à l'homme qui lui sauva la vie jadis, lors de la grande guerre contre la Chine. Cet homme, alors nommé Protecteur de l'Empire et de son Empereur, obtint le titre de « Grand Général ».

Bien entendu, il n'officiait qu'en tant que bras droit de l'Empereur et dirigeant de sa garde personnelle. Grimmjow Jaggerjack était le Général en chef des armées de l'Empereur, et c'était lui qui était chargé du commandement de ces troupes sur le champ de bataille lorsque l'Empereur en donnait l'ordre. Le « Grand Général » lui, protégeait l'Empereur. Tout au moins, c'était ce que les cours d'histoire mentionnaient, se rappela Renji en haussant un sourcil dubitatif. Il n'aurait jamais imaginé que cela puisse encore être le cas à leur époque. Ou en tout cas, que la légende du « Grand Général » viendrait se vérifier devant ses yeux. Cet homme était donc... celui qui avait sauvé l'Empereur il y a tant d'années ? Cet homme-là, ce paysan en guenilles ?!

_L'armée impériale ne peut attaquer la cinquième contrée. Je doute que l'Empereur puisse donner un tel ordre ! Tonna le Général en serrant les poings.

_Sauf s'il est menacé par une prise de pouvoir, reprit Ichimaru en plissant de plus belle ses petits yeux. Sauf s'il a eu vent qu'une prophétie peut être réalisée et qu'elle peut lui retirer ses pouvoirs.

_Quelle prophétie ?!

_Allons, ne faites pas l'innocent, Grand Général, ricana Gin en initiant quelques pas devant le Général, médusé. Je veux vous faire une offre : reprenez du service, allez convaincre l'Empereur qu'Aizen doit être puni et je ferai en sorte que votre fils soit sauvé.

Les yeux de Grand Général s'écarquillèrent et il recula d'un pas, tout à coup saisit par l'étonnement le plus total. Byakuya et Renji observaient la scène avec grand étonnement, eux aussi. Abaraï avait bien du mal à suivre ce qui était en train de se passer. Certes le Grand Général avait un pouvoir énorme sur l'armée impériale qu'il pouvait soulever ou bien préparer à la bataille, mais il était clairement établi que seul le Général en chef des armées - soit Grimmjow - puisse mener ces hommes à la bataille ! Ichimaru tentait-il de le convaincre de prendre le poste de Jaggerjack ? Il était cinglé !

Ichimaru échappa un petit rire et se retourna alors vers Kuchiki et son Lieutenant :

_Je l'ai retrouvé. J'ai enfin retrouvé le Sauveur, le Grand Général !

Sans attendre une quelconque réponse des deux autres - qui n'en donnèrent d'ailleurs aucune, il reprit :

_Lorsque vous avez demandé à l'Empereur de vous retirer, vous avez également demandé une retraite pour ceux qui vous accompagnaient, vos fidèles suiveurs. Vous devez réunir les Seigneurs déchus et marcher sur la cinquième contrée.

_Vous…, commença le Général en pointant un index menaçant sur lui.

_Comme je l'ai dit, si vous le faites, alors votre fils… je m'occuperai personnellement de le protéger. Ichigo…

Tandis que les poings de l'homme se serraient de fureur, Renji écarquilla à son tour ses yeux et marqua une pause, ne pouvant empêcher les mots de quitter sa bouche :

_Ichigo ? Le captif d'Aizen… Vous êtes son père ?!

Tous les regards se tournèrent dans sa direction et le Grand Général acquiesça d'un signe de tête méfiant, ses yeux se rétrécissant en observant le visage surpris d'Abaraï. Bouche bée, le Lieutenant de Kuchiki pointa un doigt accusateur sur celui qui pourtant n'avait cessé de l'impressionner depuis qu'il l'avait vu. Comment était-ce possible ? Le Grand Général, le Protecteur de l'Empire, le Sauveur de l'Empereur, ce soldat idéalisé dont il avait tant entendu les exploits était le père d'Ichigo ?! Ce n'était tout simplement pas possible !

_Mais… vous… vous l'avez vendu ! Votre fils, il…

_Vendu ? Vendu ?! Rétorqua le Général en tempêtant violemment, les muscles de ses bras se tendirent sous la colère. On me l'a volé ! Qui êtes-vous pour dire de telles choses !

_J'étais là-bas ! J'étais avec lui dans le palais d'Aizen, je l'ai vu ! Je l'ai entendu ! Il m'a dit que vous l'aviez vendu, qu'il était devenu un esclave et…

Mais Renji se tut lorsqu'il vit le Général s'approcher de lui. Rapidement, il fut à son niveau et l'attrapa d'une main de fer par le col de son hakama. Le souffle coupé et le rythme cardiaque plus rapide que jamais, Abaraï ne bougea pas d'un cil en croisant le regard ténébreux. Leurs visages proches et leurs souffles se mêlant, Kurosaki Isshin ouvrit la bouche :

_Vous vous permettez de me juger alors que vous ignorez non seulement tout de moi, mais aussi des raisons pour lesquelles j'ai envoyé Ichigo là-bas. Vous n'avez aucune idée de ce qui… de ce qui arrivera. Vous ignorez tout de l'avenir de cet Empire et qu'il tombe ou non vous vous en moquez. Mais je vais vous dire une chose : toutes nos actions reflètent qui nous sommes, alors traitez-moi de père indigne et vous en subirez les conséquences. Si j'ai laissé mon fils s'en aller c'est parce qu'un grand destin l'attend. Et si vous dites à nouveau que je l'ai abandonné je vous trancherai la gorge sans aucun remord.

Les larges mains du Grand Général relâchèrent le Lieutenant de Kuchiki qui tomba au sol, ses jambes se dérobèrent sous lui. Haletant et le visage plus pâle que la mort, Renji observait cet homme qui lui semblait tout à coup tel un monstre sacré. Byakuya lui, plissant ses grands yeux marines sembla s'attarder à réfléchir plus intensément. Il n'était pas sans savoir qui était Kurosaki Isshin mais son comportement, et les mots qu'il venait de débiter n'étaient pas sans attirer son attention. Ils déclenchaient même une furieuse curiosité, ce qui était plutôt rare chez le seigneur de la sixième contrée.

Se pouvait-il qu'il ait délibérément laissé son fils entre les mains d'Aizen ? C'était bien ce qu'il venait d'avouer. Mais pour quelle raison ? Dans quel but ? Son fils avait-il comme mission de s'infiltrer chez Aizen et de le détruire de l'intérieur, ou bien de jouer les espions pour lui ? Kuchiki ne comprenait pas, et son désappointement s'affichait en toutes lettres sur son visage. Ce qui n'échappa pas au paternel Kurosaki.

_Ne me demandez pas pourquoi, je ne vous révèlerai rien. Tout ce que je sais, c'est que mon fils qui se trouve en cet instant entre les mains du diable en personne, j'aimerais pouvoir prendre sa place. Je donnerai ma vie pour qu'il me pardonne mes actions mais je n'avais pas le choix.

Il était évident que ces mots sonnaient la fin de leur conversation. Kuchiki ne chercha pas à attiser d'avantage la colère du Général et s'éclipsa en entrainant derrière lui son Lieutenant et Ichimaru. Tous les trois sortirent de la demeure sommaire de l'homme et s'en éloignèrent lentement. Mais le seigneur de la troisième contrée n'était visiblement pas satisfait de la réponse du Général :

_Il refuse de reprendre son poste, il fallait s'y attendre. Partir en guerre contre Aizen serait pourtant la meilleure chose à faire, mais l'armée impériale ne peut prendre seule cette responsabilité, commenta Ichimaru, pensif.

_Et si nous proposions à l'Empereur de mener nous-mêmes cette offensive ? Je suis persuadé que nous trouverions d'autres alliés, lui répondit Kuchiki en croisant les bras.

_La neuvième est déjà sur le pied de guerre depuis que leur seigneur est porté disparu après avoir infiltré le palais d'Aizen. Ils seront des nôtres. Qui d'autre ?

_La onzième très vraisemblablement. Kenpachi tuerait pour repartir à la guerre. La douzième également, Kurotsuchi ne manquerait certainement pas une occasion de mettre en avant son artillerie révolutionnaire.

_C'est déjà bien assez. Mais nous devons convaincre l'Empereur.

Un silence les entoura alors. Renji était resté en retrait, le regard baissé sur ses sandales, immobile et figé par une étrange sensation de déjà-vu. Tout du moins, il l'aurait décrite comme telle.

_Abaraï ? S'enquit son seigneur, inquiet de le voir renfermé.

_Kuchiki-sama…, articula-t-il difficilement sa lèvre inférieure hésitante et tremblante.

_Qu'y a-t-il ?

Byakuya et Gin échangèrent un regard préoccupé mais restèrent en retrait, observant Renji tourner sur ses talons et diriger son regard en direction du palais d'Aizen Sosuke qui s'élevait à l'horizon.

_Le Sauveur…, murmura-t-il alors du bout des lèvres. Cette histoire… vous en souvenez-vous ? Celle que votre grand-père, Ginrei-sama, ne cessait de vous raconter ? Lorsque nous étions enfants, vous avez souvent… Cette histoire contait l'histoire du Sauveur. A chaque fois qu'un Sauveur apparaît dans l'histoire du Japon ce qui ne se produit que tous les deux cent ans, il est dit que le fils du Sauveur… Je m'en rappelle maintenant… Est-ce l'histoire de Kurosaki Isshin et de son fils ?

Ichimaru ouvrit lentement ses paupières ses yeux rougeâtres apparaissant pour se poser sur la silhouette haute et carrée de Renji. Il sentit son homologue de la sixième bouger à ses côtés, sans doute nerveusement. Mais il ressentait comme une étrange sensation, comme si un vieux souvenir revenait dans son esprit, une vieille histoire que l'on ressassait.

_Tu parles de l'histoire du Sauveur de l'Empire ? Questionna-t-il. Le mythe lié au fils du Sauveur n'a jamais été vérifié. Tout du moins depuis que les livres d'histoire existent. Il ne s'agit que d'un conte qui a circulé dans les familles nobles pour encenser celui qui sauva l'Empereur.

_Kuchiki-sama… Il est dit que le fils du Sauveur…

_Renji !

Le seigneur lança un regard perçant à son Lieutenant, lui ordonnant de se taire immédiatement, ce qu'il fit. Ichimaru les observa avec curiosité, les quelques mots d'Abaraï se répétant dans sa tête un nombre incalculable de fois. Il connaissait lui aussi ce mythe, cette légende qui circulait dans l'Empire depuis bien des siècles, mais il n'y avait jamais vraiment cru. Pourtant, il lui semblait qu'à cet instant, Kuchiki lui cachait quelque chose. Et son regard refusait obstinément de croiser le sien à nouveau.

_Rentrons, statua enfin Byakuya en désignant les chevaux qui les attendaient. Nous n'avons plus rien à faire ici.

_Quelqu'un doit pourtant commander les armées de l'Empire ! Le rappela Gin, qui n'avait pas suivi le Seigneur de la sixième contrée jusqu'à leurs montures. Où comptez-vous trouver un remplaçant ?

Kuchiki lui répondit par un simple silence, mais Ichimaru avait définitivement une idée en tête :

_A part le Grand Général, il n'y a qu'un seul homme qui ait le pouvoir - et le titre de Général - afin de commander les armées impériales. Et je doute qu'il soit d'accord pour soulever une armée contre la contrée de son propre frère.

_Je préfèrerais prendre les armes moi-même, Ichimaru-sama, débita d'une voix presque inaudible Kuchiki en se tournant vers lui, plutôt que de supplier Jaggerjack de nous venir en aide.

_Avec tout le respect que je vous dois, Kuchiki-sama, intervint alors Renji en secouant la tête, Grimmjow serait prêt à vendre père et mère - et par-là donc frère également - si ce que vous avez à lui offrir en retour lui convient. Il n'est pas un homme de principes, mais un homme de victoires et de richesses. Et il aime recevoir des cadeaux...

Byakuya inspira inspira profondément et ses yeux se fermèrent quelques instants. Gin porta une main à son menton et frotta sa peau dans une attitude réflexive :

_Que pourrions-nous donc offrir à Jaggerjack pour qu'il nous suive ?


- Palais d'Aizen Sosuke, jardins de Grimmjow Jaggerjack -

Ichigo trouva le courage de détourner ses yeux des deux lagons infinis qui le dévisageaient. Que pouvait-il bien répondre à cela ? Que pouvait-il répondre à cette invitation à la luxure ? Non, la question était plutôt : pourrait-il lui répondre ? Sa gorge était déjà asséchée par un trouble évident, et son cœur ne cessait de marteler contre sa poitrine tel un fou. Il se sentait léger mais en même temps étrangement échauffé, comme si tout à coup les rayons du soleil s'étaient focalisés sur lui.

Grimmjow avança dans sa direction, glissant dans l'eau tel un crocodile apercevant une proie appétissante. Ichigo eut un mouvement de recul et percuta de son dos le rebord du bassin, l'empêchant d'échapper au soldat.

_Tu dois comprendre, Trésor, lui souffla-t-il du bout des lèvres son visage à quelques centimètres du sien, t'es là pour ça. Cette prophétie fait partie d'toi, que tu l'veuilles ou non. Et Aizen t'a ramené pour ça.

_S'il m'a ramené pour ça, alors pourquoi m'aurait-il donné à toi ? Ça n'a aucun sens.

Les yeux turquoise se rétrécirent :

_Mmm…, murmura-t-il dodelinant de la tête. C'est aussi une question qui m'taraude. En admettant que Sosuke en sache autant que nous sur la prophétie, pourquoi t'abandonner ? Et surtout pour t'donner à moi. Crois-moi, j'connais mon frère. C'est pas l'genre à donner quelque chose de valeur surtout à moi.

_Alors pourquoi ?

Face à l'insistance d'Ichigo, Jaggerjack dû se résoudre à réfléchir un peu plus. A vrai dire, il avait pensé à tout cela et à l'attitude quelque peu trop généreuse de son frère. Pourquoi lui aurait-il donné ce jeune homme qui pouvait accomplir cette prophétie ? Pourquoi ? Quand Aizen possédait quelque chose de valeur, il la cachait, il n'avait pas envie de la donner. Et son attitude à son retour de campagne, lorsqu'il avait dissimulé Ichigo ne fit que confirmer ce qu'il pensait : Sosuke agissait bien trop étrangement pour ne rien dissimuler. Il jouait certainement un jeu dangereux, mais lequel ?

_Tu m'as dit cette fois-là, que… que tu ne désirais ni richesse ni pouvoir, reprit Ichigo. Que la prophétie t'intéressait seulement par curiosité…

_Et j'ai pas menti.

_Alors, ton frère n'a rien à craindre. Il n'a pas à craindre que tu découvres plus que tu ne devrais savoir à son propos puisque tu es seulement motivé par la curiosité. Si tu avais eu les mêmes intentions que lui il ne m'aurait certainement pas laissé entre tes mains.

Le visage de Jaggerjack se fit plus grave tout à coup et il fronça violemment les sourcils :

_A moins que…

_A moins que quoi ?

Grimmjow étira un sourire sournois, ses yeux pétillants de malice. Ichigo l'observa avec méfiance, se doutant fort bien que si une pensée était capable de réjouir à ce point le frère d'Aizen alors c'était que cette pensée n'était guère engageante pour lui.

Le jeune homme tenta à nouveau de reculer, mais le rebord du bassin était définitivement infranchissable. Surtout que Grimmjow l'avait coincé en tenaille et ses yeux affamés le saisissaient de part leur hargne. Cet homme lui faisait, quelque part, peur.

_A moins qu'il n'ait prévu tout ça ! S'extasia bientôt le bleuté dans un large sourire. A moins qu'il ne t'ait donné à moi dans le seul but de brouiller les pistes. Sos'ke est bien le meilleur là-d'dans. J'imagine qu'il doit avoir une sacrée idée derrière la tête pour créer plan pareil !

_N'est-ce pas toi qui te fais des idées plutôt ? Tout ça est un peu trop farfelu, non ?

L'homme haussa les épaules et ses sourcils se froncèrent :

_Contentons-nous de jouer son jeu. Nous croyant alors dans l'ignorance, mon frère se pensera tout puissant. Mais le réel pouvoir, c'est nous qui le détenons en démasquant les désirs de mon frère. Lorsque nous les aurons découverts, crois-moi nous serons alors bien plus puissants qu'il ne l'a jamais redouté.

Mais Kurosaki était perplexe. Son intention n'était guère de jouer à ces jeux de pouvoirs entre nobles avides de régner les uns sur les autres, lui voulait simplement trouver une solution à sa situation. Il n'était pas là pour s'embourber dans des complots dignes de la pire des cours, et il n'avait pas l'intention de se laisser entrainer dans les plans brumeux de Grimmjow.

_Oh je te traiterai bien, n'ai pas peur, ajouta alors Jaggerjack devant les réticences du roux. Je pense sincèrement que t'as ton rôle à jouer dans cette histoire, mon frère t'a pas ramené ici par hasard.

_Mais il m'a ramené pour la prophétie…

_C'est ce qu'il veut nous faire croire, n'est-ce pas ?

Ichigo fronça les sourcils et afficha une mine surprise :

_Comment ça ? Que veux-tu dire ? Qu'il a une autre idée en tête, que cette prophétie n'est pas son but premier ?

_Je l'ignore. Mais selon moi, et crois-moi je connais Sos'ke mieux que moi-même, lorsqu'il a un but il est capable du pire pour y parvenir. Si t'es la clef de la prophétie, ce que j'crois également, alors il t'aurait jamais donné à moi. Il y a quelque chose qu'il me cache, et j'aime pas ça…

Le visage de Jaggerjack se fit plus pensif que jamais alors qu'il terminait sa phrase. Et Ichigo ignorait pourquoi mais il le croyait. Il lui faisait confiance, d'une certaine manière, mais pas aveuglément. Par exemple, il ne lui faisait guère confiance en ce moment alors qu'ils se trouvaient tous les deux nus dans ce bassin. Il savait que tôt ou tard, lorsque le soldat aurait terminé de penser aux faits et gestes de son frère, qu'il ne tarderait pas à lui sauter dessus. Il était loin d'être répugnant, mais Grimmjow était de l'un de ceux qui le retenaient captif et il ne pouvait tout simplement pas cautionner cela. Et il s'était résolu depuis longtemps à se méfier de lui.

Alors qu'il s'apprêtait à repousser le frère du seigneur et à s'échapper de ce guet-apens qu'il trouvait de moins en moins confortable, Ichigo comprit qu'il aurait bien du mal à se débarrasser du Général aux cheveux bleus. L'homme referma son étreinte autour de lui et le confina un peu plus contre le rebord du bassin et son propre corps.

Un sourire mutin sur les lèvres et les yeux pétillants d'une malice mal placée, son visage se rapprocha de celui de l'orangé et il lui vola un baiser insistant. Ichigo plaqua ses mains sur le torse vaillant du soldat pour le repousser, mais toute force l'avait vraisemblablement quitté puisqu'il ne fut pas capable de l'écarter ne serait-ce que d'un poil.

Le baiser s'éternisa de longues secondes qui semblèrent interminables au jeune homme. Et pourtant, il était loin d'avoir la nausée. Il avait seulement la volonté de conserver sa fierté. Ne pas tomber dans les bras de cet homme sans pitié était devenu son combat, depuis peu certes mais il savait déjà qu'il devrait se battre contre son cœur chavirant. Contrairement à ce qu'il avait connu, ses lèvres étaient chaleureuses et aimantes, son corps chaud et ses mains douces, en total contradiction avec sa personne. Comment un tel soldat sanguinaire pouvait-il lui faire ressentir de telles choses ? Était-il voué à connaître ces plaisirs charnels tant qu'il serait captif, tel un passe-temps dont il devait s'accommoder ?

_Je ne voudrais pas interrompre ce si intime moment mais il me semble que vous avez fort à faire, Monsieur le Général !

Les deux hommes se séparèrent dans un sursaut identique, interpellés par la voix moqueuse et railleuse qui s'élevait de l'autre côté du bassin. Sur la rive, son sourire aussi large et malfaisant que d'habitude, ses longs cheveux blonds flottant aux grès de la brise de l'après-midi, Hirako Shinji se tenait. Un moment dépourvu de la moindre réplique, Grimmjow fronça les sourcils et lui lança un regard assassin.

Ichigo avait plongé sous l'eau pour dissimuler aux yeux qui semblaient si avides son corps nu. Il ignorait pourquoi mais cet homme lui donnait froid dans le dos. Contrairement à Grimmjow, il ressentait le précepteur d'Aizen comme une menace, un homme sans pitié qui ne l'épargnerait guère s'il se retrouvait entre ses mains.

_Qu'est-ce que tu fais là ? Jeta enfin le turquoise en avançant dans l'eau pour sortir du bassin.

_Oh je me suis mis en tête de te trouver par tous les moyens, répondit Hirako en suivant le bleuté des yeux alors qu'il s'enroulait dans un linge propre pour se sécher. Il s'avère qu'on m'a remis une missive pour toi. J'avoue que me faire confiance pour un tel message n'est guère intelligent, mais le messager de Kuchiki avait l'air... plutôt alarmé.

Jaggerjack fronça ses sourcils en l'écoutant parler et noua le linge autour de ses épaules. Il ébouriffa ses cheveux mouillés de ses mains, avec une énergie sans pareil, et se planta devant le précepteur de son frère, les mains sur les hanches. Le blond lui tendit alors le pli enroulé, portant le sceau de la sixième contrée. Grimmjow s'en saisit et s'éloigna de quelques pas pour pouvoir lire la missive tranquillement, tournant le dos au bassin.

Toujours sous l'eau, Ichigo restait à bonne distance de Shinji, se refusant à sortir lui aussi du bassin bien qu'il aurait souhaité s'enfuir le plus loin possible de cet homme. Mais à sa plus grande surprise, l'homme se montra courtois et serviable; il attrapa un grand drap sec et propre non loin de lui et le déplia en proposant au jeune homme de sortir de l'eau.

_Tu risques d'attraper un vilain coup de froid. Et je sais que Grimmjow-sama ne voudrait pas ça...

Tout de même méfiant, Ichigo se rapprocha du bord du bassin en lui jetant un regard mauvais. Mais il sortit de l'eau, les yeux bleus du blond rivés sur lui tandis qu'il s'enroulait rapidement dans le drap pour se sécher. Bien qu'il l'ait vu nu, il n'avait pas l'intention de laisser Hirako se faire de fausses idées :

_Si vous me touchez, je demande à Grimmjow de vous couper les bijoux de famille.

_Oh mais personne ne voudrait toucher ou abimer la poule aux œufs d'or, mon cher, lui répliqua le blond avec un large sourire mauvais.

Ichigo n'aimait pas du tout cet homme. Il avait l'impression qu'il se jouait de lui, qu'il connaissait tout de lui et même plus encore. Comme s'il avait connaissance d'un horrible secret qui entrainerait sa chute en enfer, et qu'il se réjouissait de le voir souffrir. Oui, c'était l'impression que donnait Hirako Shinji à tout le monde, même à Aizen Sosuke. Mais cela, Ichigo l'ignorait.

Désireux de s'en éloigner, il rejoignit Grimmjow qui demeurait immobile quelques mètres plus loin plongé dans la lecture de sa lettre. Il se positionna à ses côtés observant le bleuté et ses yeux concentrés dévorant la très longue lettre qu'il tenait en mains.

_Il me fait peur. Un peu...

Levant les yeux des kanjis tracés sur le papier, Jaggerjack jeta un œil derrière lui. Shinji était toujours assis au bord du bassin, une main dans l'eau son sourire toujours plus large. Grimmjow poussa un soupir et replia la lettre rapidement avant de se pencher en direction de la couche devant lui :

_Prends ça, lui ordonna-t-il en lui tendant le petit poignard d'argent qu'il portait toujours à la ceinture. S'il te touche, un coup sec dans le bas-ventre devrait lui passer l'envie de vouloir baiser tout de qui bouge.

Sans attendre l'autorisation du rouquin, il souleva le drap qu'il avait attaché à ses épaules pour attacher le poignard autour de sa cuisse droite. Ichigo le laissa faire, quelque peu surpris de le voir agir de cette manière - protectrice - avec lui. Sans vraiment comprendre pourquoi il agissait ainsi, Ichigo remarqua alors la mine plus que préoccupée de Grimmjow. Il ne le connaissait pas depuis longtemps, mais il était sans doute aisé de savoir quand quelque chose ne plaisait pas à Grimmjow, ou lorsqu'il était préoccupé.

_Je voudrais rentrer, tenta-t-il, et je...

_Non. Reste ici. J'ai besoin d'être seul. J'te ferai rappeler. En attendant... prends le soleil ! Lui ordonna-t-il en saisissant à pleine mains ses fesses.

Ichigo poussa un cri sous le geste mais Grimmjow relâcha bien vite son arrière-train :

_Elles sont trop blanches à mon goût.

Puis, il s'éloigna rapidement en direction de ses appartements. Laissant le jeune homme seul dans les jardins en compagnie d'Hirako Shinji il était évident que Grimmjow avait quelque chose d'urgent à faire. Se sentant pris au piège, Ichigo n'eut pas d'autre choix que d'ignorer Hirako. Il prit place sur la couche moelleuse et remercia silencieusement les Dieux que quelques serviteurs soient là pour l'empêcher d'être complètement seul avec l'individu. Jaggerjack disparu bientôt des jardins pour l'intérieur du palais et l'orangé se demanda s'il allait vraiment devoir se servir de ce poignard.

Pour l'instant en tout cas, les esclaves qui l'entouraient, affairés à nettoyer les bords du bassin, à couper des fruits ou à épousseter les draps le protégeaient d'une certaine manière. Cependant, son soulagement fut de courte durée puisque Shinji le rejoignit bientôt et chassa d'un coup de main tous les esclaves de Grimmjow.

Le blond prit place dans la couche à côté de la sienne et tout comme lui, commença à choisir quelques fruits dans la corbeille placée non loin. Ichigo restait silencieux et tentait par tous les moyens d'éviter de croiser son regard.

_Quelle ascension remarquable ! Jeta bientôt Shinji, déclenchant un véritable frisson d'horreur chez l'orangé. De paysan, à simple esclave à... invité de Grimmjow-sama. Tu sembles tous les envoûter... Un talent plutôt rare dans ce palais.

_Je ne les envoûte pas ! Répliqua-t-il en sentant son sang bouillir. Ce sont eux qui m'ont fait captif !

_Peut-être mais... Je pense qu'ils feront de toi un homme meilleur. Ou un homme plus riche que ce que tu étais avant. Un paysan, ah ! Avais-tu les mains dans le purin et les pieds dans la boue ? Brassais-tu la merde des animaux et pourtant... un si joli minois et un si joli derrière...

Ichigo se redressa sur sa couche, pointant un index menaçant en direction du précepteur :

_Je vous interdis de regarder mon derrière !

_Mais... très cher, tu devrais savoir que c'est le sujet favori dans les couloirs du palais, rétorqua le blond en haussant les épaules avec un sourire amusé. Tout le monde pari à droite et à gauche. Qui a eu ton derrière, et qui aura ton derrière. Une vraie célébrité ! Savais-tu que quelques nobles ont déjà déposé des sacs de rubis et d'or aux pieds de Grimmjow pour passer une nuit avec toi ? Et dire que ce cher Grimmjow se plaignait de ne pas avoir assez de dotations pour son armée ! Ah ! Il va pouvoir refaire les armures et les épées à ce train-là. Pourquoi crois-tu qu'il t'a laissé seul avec moi ? J'ai payé... et pour avoir...

_Vous me dégoûtez ! S'écria alors le rouquin en se levant de sa couche, fendant l'air pour se précipiter en direction du palais.

Son sang ne fit qu'un tour en écoutant les paroles du blond.

_Mais... eh ! Attends, je n'ai même pas fini de...

Mais Shinji le rattrapa rapidement en courant dans de grands foulées derrière lui. Il se saisit de son bras et fit pivoter le jeune homme sur ses talons. Puis, il l'attira contre son torse et se saisit à pleines mains de ses fesses à peine dissimulées sous le linge de lin blanc, devenu transparent en s'imbibant de l'eau qui restait sur le corps de Kurosaki.

_Lâchez-moi ! Rah !

Ichigo se dégagea de l'étreinte en parvenant à retirer le poignard offert par Grimmjow. Il le brandit entre lui et Shinji et le menaça, les joues rosies et le souffle accéléré. Un silence effarant tomba de nouveau sur les grands jardins, comme le calme avant la tempête. Que voulait ce type ? Qu'avait-il dit ? Que Grimmjow l'avait vendu ? On l'avait encore vendu, comme une vulgaire putain ? Non, il ne le croyait pas !

_Si vous approchez, je vous enfonce ça dans le ventre ! Menaça à nouveau Ichigo.

Shinji recula d'un pas en plus, levant les mains au niveau de sa tête pour montrer qu'il ne tenterait rien de plus. Il ricana quelques instants, impressionné par le courage et la force exemplaire du jeune homme. Il était vrai que le rouquin avait plus d'une qualité et il enviait Grimmjow d'avoir pu mettre la main sur lui aussi aisément. Mais il n'en avait pas terminé :

_Je vais te dire une chose, Ichigo. Ton chemin ici... il ne fait que commencer. Et il vaut mieux avoir des amis plutôt que des ennemis. N'importe qui peut vous planter un poignard dans le dos, ou une bite dans les fesses. Grimmjow s'en moquera tant qu'on lui donnera ce qu'il voudra en échange.

_Je ne vous crois pas ! Je ne vous crois pas ! Vociféra-t-il en brandissant de plus belle le poignard en argent devant lui.

Non, en fait il le croyait. Mais pourquoi Grimmjow lui aurait-il donné cette arme s'il avait laissé Shinji l'avoir ? Pourquoi ? Pourquoi ?

_Mais garde ceci en mémoire : tu pourrais avoir besoin de moi. Et bien plus tôt que tu ne le penses. Alors... réfléchis bien, Ichigo.

Et il reprit ses pas et le dépassa, s'éloignant pour disparaître dans le palais. Un instant sonné et désarçonné par son comportement, le rouquin resta immobile reprenant son souffle et calmant son cœur battant la chamade. Cet homme était définitivement une menace. Il l'avait clairement menacé, il l'avait mis en garde il venait clairement de lui laisser entendre qu'il aurait besoin de lui à l'avenir. Et ce qu'il venait de lui raconter... était-ce vrai ? Est-ce que Grimmjow l'utilisait vraiment de la sorte ?

Il dodelina de la tête; si c'était la vérité alors il devait faire quelque chose. Le convaincre de ne plus le faire, qu'il n'était pas une putain, qu'il voulait garder sa fierté, qu'il était l'homme de la prophétie ! Bon sang, il ne le laisserait pas entacher son honneur ! Il entama un pas décidé et se dirigea à son tour vers le palais. Les appartements de Grimmjow étaient baignés de soleil et il traversa le couloir dans un pas très rapide. Les poings serrés et le cœur battant, il avait bien l'intention de lui dire ce qu'il pensait de ses manières. Et peu lui importait si en contre-partie il le punissait ou lui rendait la vie impossible il ne pouvait tout simplement pas le laisser faire !

Il entra avec grand fracas dans les appartements privés de Grimmjow, traversant une première pièce vide pour le trouver enfin, assis par terre devant un chabudai. Ichigo calma alors sa rage en observant le dos voûté de l'homme qu'il croyait si solide. Les coudes déposés sur le meuble, sa tête enfouit dans ses mains comme s'il venait d'apprendre une terrible nouvelle, les épaules affaissées et le silence de mort régnant autour de lui, il s'approcha du bleuté.

Il se planta à sa droite, debout, et bien qu'il compris que la lettre déposée devant lui venait de lui apprendre une terrible nouvelle, il trouva le cran de dire :

_Je ne suis pas une putain ! Je ne suis pas ta putain et encore moins je ne te laisserai me vendre à tous les hommes de ce palais, tu m'entends ?!

Grimmjow poussa un profond soupir et se leva, ne lui jetant même pas un regard :

_J'ai pas l'temps de m'occuper de tes crises de bonne femme...

_Mais...

_Je dois décider si oui ou non, j'entre en guerre, rétorqua-t-il lançant un silence de mort sur la pièce.

Il se tourna vers Ichigo, croisant enfin son regard et le jeune homme comprit que la situation était plus que délicate. Une guerre s'annonçait et Grimmjow devait en faire partie. Peu importait la décision qu'il avait à prendre, l'orangé venait de comprendre que quoique cet homme puisse faire il en serait impacté. Peu importe comment mais sa vie était liée à celle de Jaggerjack à présent. Qu'il le veuille ou non.

_Si je décide de partir, tu resteras ici. Entre les mains d'mon frère.

A cette idée, les narines d'Ichigo frémirent d'appréhension. Plutôt mourir ! Plutôt mourir que de retourner avec cet infâme goujat ! Il prit alors conscience de ce qu'il désirait : rester avec Grimmjow était devenu une priorité. Il ignorait comment et pourquoi il en était venu à le considérer comme le seul homme qui puisse ne lui vouloir que du bien mais...

_Entre les mains de ton frère ou les tiennes peu importe ! Répliqua-t-il. Tu serais prêt à vendre mes fesses pour un sac d'or !

Mais il n'était pas encore prêt à l'avouer à l'intéressé. Il ne voulait pas le laisser gagner si facilement.

_Tu préfèrerais être ma putain que celle des autres ? Demanda-t-il en haussant un sourcil retrouvant un certain ton moqueur. Si tu l'deviens tu devras vivre confiné ici. J'ai horreur qu'on touche à c'qui m'appartient...

Ichigo déglutit difficilement. C'était une décision qu'il devait prendre rapidement, bien qu'il n'avait guère le choix en cet instant. Il le savait, que la seule façon de faire ce qu'il voulait c'était... donner à cet homme ce qu'il souhaitait. N'avait-il pas dit lui-même que le réel pouvoir était de se jouer des désirs des autres, de les démasquer puis de les assouvir afin de contrôler qui on souhaitait ? Il se contentait d'appliquer les règles du jeu. Elles n'étaient pas si compliquées, il fallait juste accepter le pouvoir qui en découlait.

Prenant son courage à deux mains, le jeune homme se rapprocha de son geôlier. Il déposa délicatement une main sur son épaule et croisa les pupilles bleues turquoise. Soulevant le linge qui cachait son corps nu il retira le poignard qu'il portait autour de la cuisse et le tendit à son propriétaire :

_Je ne veux plus qu'on me touche, souffla-t-il. Soit tu m'apprends à tuer, soit...

Grimmjow prit le poignard dans sa main et l'envoya valser sur le futon derrière lui. Puis, il releva le menton, tout à coup intéressé par les paroles de la jeune personne :

_Soit... ? Questionna-t-il.

_Soit c'est toi qui tueras ceux qui me toucheront, poursuivit-il quelque peu hésitant.

Le Général poussa un ricanement étouffé et baissa les yeux quelques instants :

_Pourquoi j'te protègerai ? J'veux dire : tant qu'tu restes en vie la prophétie et tout ça... Peu importe qui te touchera t'seras toujours l'homme de la prophétie.

_Et si j'offre quelque chose en retour.

_Quoi comme "chose" ? S'empressa de demander le bleuté, fronçant légèrement ses sourcils.

Ichigo ne savait pas vraiment s'il s'y prenait bien. Il n'avait pas vraiment l'habitude de tenir tête à quelqu'un d'aussi haut placé et il ignorait si le Général ne se rirait pas tout simplement de lui. Après tout, il l'avait bien vendu à Hirako !

_Pourquoi m'as-tu vendu ? Hirako dit qu'il a payé pour m'avoir...

_C'était pour te montrer. Te donner un avant-goût de c'qui arrivera si tu n'fais pas ce que j'te dis. Aizen aurait fait d'toi une putain, une vulgaire putain. Il t'aurait enfermé dans son harem et tu n'en serais plus jamais sorti. Mais je voulais que tu m'offres autre chose. Que tu me montres que tu le voulais vraiment... Que tu offres ce que j'veux vraiment.

_Alors... ce n'était que pour me faire peur ? Pour me faire comprendre que tu... que tu peux me protéger de tous ces animaux du palais ?

_Tu n'as aucune idée de ce qui rôde entre ces murs. Des hommes pires qu'mon frère et Hirako réunis. Et si tu tombes entre d'mauvaises mains... Qui sait ce qui pourrait t'arriver ? Physiquement et mentalement, j'entends.

Ichigo comprit qu'ils étaient à un tournant de leur relation. Ici et maintenant allait se jouer son avenir. Était-il capable de jouer dans la cour des grands et de survivre au milieu des nobles et des fortunés, des manipulateurs et des opportunistes ou se laisserait-il manger tout cru réduit à n'être qu'une putain enchainé au pied d'un lit ? Il commença à trembler légèrement, en pure appréhension qu'il tentait de dissimuler tant bien que mal. Oui, il avait le choix. On lui laissait le choix; Grimmjow lui laissait le choix. Il ne s'était pas trompé. Cet homme serait le seul à jouer cartes sur table avec lui. Renji l'avait prévenu, et il avait eu raison.

Mieux valait avoir Grimmjow comme ami que comme ennemi. Il était certain de cela.

Lentement, le jeune homme dénoua les nœuds qui retenaient le linge sur ses épaules. Celui-ci tomba dans un souffle à terre, à ses pieds dévoilant son corps entièrement nu. Jaggerjack haussa les sourcils, mais ses yeux restèrent braqués droit dans les siens, attendant sans doute qu'il aille jusqu'au bout de sa décision. Les mains d'Ichigo se posèrent sur les épaules du bleuté et il inspira un grand bol d'air avant de dire ces mots :

_Je ne veux pas qu'on me touche. Fais que personne ne me touche.

Un court silence suivit ses paroles, et le jeune homme se trouva parfaitement ridicule. Qui savait si Grimmjow allait accepter ? Il ne faisait peut-être que s'amuser avec lui ?

_J'peux faire ça.

_Et que tous ceux qui oseront porter un doigt sur moi soient tués.

_Ça sera avec un immense plaisir, répondit-il en approchant sa bouche de la sienne.

Mais Ichigo posa un index sur ses lèvres, l'empêchant d'embrasser les siennes :

_Et même si ton frère essaye de le faire.

Grimmjow étira un sourire en coin, quelque peu amusé par le sérieux du roux.

_Et même si un seigneur étranger le fait. Et même... si l'Empereur le fait.

_Même si un Dieu le fait ! Répliqua-t-il en mordant avec appétit dans sa lèvre. Même... si un insecte s'aventure à venir t'piquer la nuit je l'écraserai avec mon poing. Et si j'pars en guerre alors tu viendras avec moi. Et si tu es fait captif par un autre qu'moi, j'en viendrai à invoquer le Dieu de l'enfer pour que personne d'autre qu'moi te possède.

C'était certainement le discours le plus convaincu et convaincant qu'Ichigo n'avait jamais entendu. Et ce qu'il avait craint se produisit : devant ses yeux enflammés et brûlants de conviction, face à ses mots qu'il n'avait jamais entendus, il se laissa emporter au loin par Grimmjow Jaggerjack. Pressant son corps contre le sien, il agrippa son cou pour le forcer à l'embrasser. Et leurs lèvres jointes semblèrent fondre tant leur désir était brûlant.

A présent il avait le pouvoir. Le pouvoir de donner la mort à quiconque oserait s'approcher de lui d'un peu trop près. La sécurité n'avait pas de prix et il était prêt à donner n'importe quoi pour avoir droit à ce luxe que le Général et frère d'Aizen Sosuke lui offrait si généreusement.

S'il ne devait appartenir qu'à un homme, alors ce serait à Grimmjow. Tous ceux qui tenteront de le posséder devront mourir. A commencer par Hirako...