Cartes en main

3° chapitre.
Je dois signaler avant que vous lisiez que j'ai cherché, avant d'écrire ce chapitre, un jeu de cartes chinois qui me convenait. Mais comme je n'ai pas trouvé, le jeu de carte de ce chapitre s'apparente à du poker.

Lord Wolf 98: Encore merci pour cette nouvelle review, j'espère que ce nouveau chapitre te plaira tout autant.


22 ans plus tard, à des milliers de kilomètres de là, dans la vallée de la paix, l'hiver avait été tout aussi vigoureux, et il avait laissé sa marque dans le paysage. Les arbres avaient perdus leurs feuilles depuis de longs mois, les flancs des montagnes de Wu Dan étaient d'une blancheur immaculée, et la vie dans le village en contrebas tournait au ralentit, les gens ne sortant que rarement de leurs chaudes maisons.

Surplombant les maisons, tout en haut d'une phénoménale flopée de marches, le Palais de Jade trônait sur son pic rocheux. Ce bâtiment venant du fond des âges était le symbole de la puissance du Kung Fu. Avec sa stature monumentale, il s'imposait comme l'un des plus beaux bâtiments de toute la Chine. Il accueillait les plus grandes reliques des grands maître, servait souvent à de grande rencontres entre maîtres du Kung Fu, et était un endroit rêvé pour la méditation.

Un peu plus loin, bien plus modeste, un autre bâtiment était caché au milieu des bois. Il était consacré à une tâche plus ingrate, mais tout aussi importante pour les maîtres guerriers qui officiaient au Palais : le gîte et le couvert. Les nombreux élèves ayant étudié au Palais avaient apprécié cet endroit comme étant un lieu de détente et de repos. Au contraire, la salle d'entraînement, situé un peu plus loin, était redoutée, car était synonyme d'effort et de souffrance.

Dans la salle à manger des baraquements, Les élèves du Grand Maître Shifu, Mante, Singe, Vipère, Grue, Tigresse, et le Guerrier Dragon, le panda Po, s'étaient réunis autour de la table. Tous étaient dans une concentration absolue et se jetaient des regards investigateurs. Ils tenaient tous des cartes de jeu, et ils réfléchissaient à l'attitude qu'ils devaient adopter pour la suite de la partie, qui était pour l'instant assez serrée, car aucun des participants n'avait encore été éliminé.

Tigresse n'aimait pas particulièrement ce jeu, basé plus sur l'habileté mentale et la chance que sur la force physique, mais elle avait été une nouvelle fois incapable de refuser après que Po lui ait lancé : « aurais-tu peur de perdre une nouvelle fois ? ». Cette phrase lui avait déplu pour deux raisons. La première était qu'elle n'avait absolument pas peur de perdre, la seconde était que ça lui avait rappelé qu'elle avait perdue une fois de plus la dernière fois, et elle n'aimait pas perdre. Elle s'était d'ailleurs demandé si, au fond, ces deux sentiments n'étaient pas contradictoires, et cela l'énervait encore plus.

Shifu, lui, n'avait pas pris part à la partie. Il participait parfois au jeu, mais cette fois, il était plongé dans la lecture de quelques rouleaux de papier qu'il avait acquit quelques jours auparavant.

Autour de la table, L'ambiance était à la réflexion. Les élèves contemplaient leurs cartes et essayaient d'évaluer la force de leur jeu, tout en faisant attention de ne pas faire transparaitre leurs émotions sur leur visage, matière où excellait Tigresse au plus haut point, étant donné qu'elle pratiquait cet art à temps plein. Le seul qui n'était apparemment pas dans cette situation était Po, qui lui observait alternativement les cinq cyclones, et c'était vraisemblablement plus par impatience que par stratégie.

– Alors ? dit-il, qu'est-ce qui se passe, maintenant ?

Personne ne répondit à la question de Po. Tous étaient bien trop concentrés et ils avaient à peine entendu les paroles du panda. Soudain, il se mit à commenter la partie.

– Il semble que la concentration autour soit à son paroxysme ! Quelle est l'attitude que vont adopter les joueurs ? Je vous rappelle que maître Tigresse a remporté le dernier coup, en…

– Tais-toi, dit fermement Tigresse.

Po se tut instantanément. Tigresse savait qu'elle avait un peu exagéré, mais elle avait besoin de concentration pour maîtriser cette partie avec son jeu très, très moyen. Depuis plusieurs mois et l'aventure à Gongmen City, elle savait qu'elle avait montré plus d'affection envers le panda qu'elle n'en avait jamais montré auparavant. La rencontre avec Po avait semblé l'attendrir, et elle avait développé un lien très fort avec lui, et les cinq cyclones avaient eu l'occasion de s'en rendre compte. Sauf que là, les parties de cartes avaient tendance à l'aigrir.

– C'est à moi de jouer ? demanda Vipère.

– Oui. Répondit Grue.

– Bien. Je vais relancer.

Elle agita noblement le bout de sa queue et s'en servit pour avaner quelques jetons de bois de son tas vers le centre de la table. Les élèves ne jouaient pas d'argent, étant donné qu'en tant qu'étudiant du grand maître, ils n'en avaient pas, toutes les dépenses étant gérées par Shifu. Ils se donnaient à la place des sortes gages, souvent des défis, décidés par le vainqueur et relevés par les vaincus.

A force de jouer, Tigresse commençait à bien cerner les stratégies de ses différents adversaires. Relancer était dans les habitudes de Vipère. Elle était une adepte du jeu agressif et du bluff. Vipère misait souvent bien plus que ce que son jeu valait pour que ses adversaires abandonnent, et elle utilisait cette technique pour bruler ses ennemis à petit feu. Une technique qui paraissait assez fourbe aux yeux de Tigresse. Mais comme elle savait comment son jeu fonctionnait, elle pouvait le contrer.

– Boarf… souffla Mante en jetant ses cartes par dépit. Moi, j'abandonne.

Ce n'était apparemment pas le cas de Mante, qui, lui, s'était accoutumé à l'abandon. Dès qu'il n'avait pas un assez bon jeu, il ne suivait pas. Il n'avait sûrement pas les 'tripes' pour tenter quelque chose sans être sûr d'avoir un 'retour sur investissement', sauf qu'au final, ça rendait son jeu assez lisible, et dès qu'il relançait, ses adversaires savaient qu'il ne fallait pas le suivre.

C'était ensuite au tour de Singe de jouer. Tigresse avait plus de mal à analyser sa façon de jouer. Elle aurait tendance à dire qu'il jouait n'importe comment. Il s'arrêtait souvent sans vraiment de raison, et perdait parfois beaucoup en n'ayant presque rien dans son jeu. Ça le rendait très difficile à lire, mais ses 'coups de folie' ne marchaient pas toujours.

– Ben… hésita-t-il. On va dire que je m'arrête ici.

Il posa ses cartes faces cachées devant lui.

– Ah ! Enfin c'est à moi ! s'écria Po.

Il reprit ses cartes en main et les regarda une nouvelle fois. Po lui aussi jouait un peu n'importe comment, mais dans un autre style. En fait, le panda semblait encore, bien qu'il ait joué bon nombre de parties, ignorer une bonne quantité des règles du jeu, ce qui faisait que Po commettait bon nombre d'erreur malgré lui, ce qui ne l'avantageait pas. Il lisait mal les caractères sur les cartes, se trompait dans leurs ordres de valeur, ignorait pas mal de combinaisons, et n'avait aucun sens des bonnes sommes à miser. Cependant, son manque de maîtrise était fréquemment comblé par une chance délirante, ce qui faisait qu'il arrivait parfois à gagner, au grand dam de ses adversaires.

– Je… tergiversa-t-il. Je ne sais pas… Tu ferais quoi toi ?

Po montra son jeu de carte à Singe à côté de lui, qui le regarda avec curiosité.

– Po ! cria Tigresse. Tu n'es pas censé montrer ton jeu à tes adversaires !

Po ne sembla pas être affecté par les réprimandes de Tigresse, et continua à exhiber son jeu.

– Oh… Répondit Singe. Si j'étais toi, je me coucherai. A tous les coups, Grue va relancer juste après !

– Bon, alors, je me couche.

Po posa ses cartes devant lui. Tigresse porta son regard vers Grue, qui devait jouer. Il avait un petit sourire, assurément causé par la remarque de Singe. Une seconde plus tard, il posa ses ailes sur ses jetons et en avança une bonne partie.

– Je relance, déclara-t-il joyeusement. Dix jetons en plus.

– Alors moi, je me couche, dit instantanément Vipère en posant ses cartes. Je…

– Ce n'est pas à toi de jouer ! réprimanda sèchement Tigresse.

Vipère reprit ses cartes et regarda Tigresse avec surprise. Tigresse, elle, regardait intensément Grue, essayant de décrypter quelque chose dans son comportement. Mais lui restait impassible, ses yeux semblait ne rien regarder, comme s'il s'ennuyait et attendait juste que Tigresse joue. Et cela ne l'aidait pas du tout.

Elle essaya alors d'analyser sa façon de jouer, et de la comparer avec ce qu'elle savait déjà. Le problème, c'est que Grue était certainement le meilleur joueur contre qui elle se battait. Tigresse savait que, comme elle, il adaptait son comportement en fonction de ses adversaires. Elle se dit alors que Grue avait dut relancer pour contrer la tactique de Vipère, et ça ne voulait donc pas forcément dire qu'il avait un bon jeu, mais il y savait aussi comment elle-même jouait, alors il devait avoir un bon jeu. La prudence voudrait alors qu'elle abandonne, étant donné ses cartes moyennes.

Mais ça, elle ne pouvait s'y résoudre aisément. Tigresse détestait le fait de ne pas savoir si elle aurait gagné ou pas, et, par-dessus tout, elle détestait perdre. Elle avait toujours du mal à abandonner avant la fin, c'était dans sa nature. Alors elle allait presque tout le temps au bout, et perdait très souvent à ce petit jeu. Tigresse se dit aussi que ça, tout le monde, à part peut-être Po, avait dut le remarquer, et surtout Grue. Alors il avait surement relancé en sachant qu'elle allait le suivre, et qu'elle allait perdre. Alors elle devait d'autant plus abandonner.

Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il anticipait peut-être le fait qu'elle abandonne, et qu'il pouvait ne rien n'avoir. Et si elle s'arrêtait là, elle ne verrait pas le jeu de Grue. Et ça la rendait malade !

– Alors ? demanda Grue, qu'est-ce que tu fais ?

Tigresse prit cette phrase comme une tentative de déstabilisation, et ça l'irrita encore plus. Elle le regardait maintenant comme une proie qu'elle voulait croquer. Elle commençait même à grogner. Les autres autour de la table commencèrent à reculer leurs chaises, par mesure de sécurité. Dans un dernier effort, Tigresse prit sa décision.

– Je… commença-t-elle.

– MAÎTRE SHIFU ! S'écria une voix dans le couloir.

Les cinq cyclones, Po et Shifu se retournèrent vers la porte qui s'ouvrit à la volée. Derrière, Zeng, le messager du Palais, regardait tout autour de lui à la recherche de Shifu.

– MAÎTRE SHIFU ! hurla-t-il à nouveau.

– Du calme, Zeng, je suis là ! dit Shifu avec sa seireinité habituelle.

Zeng se retourna vers lui. Il était essoufflé, comme s'il venait de courir pendant des kilomètres, et était paniqué, terriblement paniqué.

– Maître Shifu ! C'est épou…pou...pouventable !

– Que se passe-t-il ? demanda Shifu, inquiété.

– C'est quelqu'un… Il veut vous parler !

Shifu se détendit.

– Ah ! Si ce n'est que ça, il n'y a pas de quoi s'inquiéter…

– Mais… Il est venu avec toute une armée !