Cartes sur Table

Jason-Kinuta-Voorhess :(Tient, nouveau pseudo) Merci encore de ta fidélité. J'espère que ce chapitre te plaira, l'intrigue principale commence vraiment.


Les cinq cyclones, Zeng, Shifu et Po sortirent des baraquements en courant. Les maîtres du Kung Fu étaient parés à toute éventualité après ce que Zeng avait dit. Shifu ouvrit la porte brusquement, et ce qu'ils virent les stupéfia.

Devant eux, installés sur les marches menant au bâtiment, des centaines de soldats attendaient. Ils n'étaient pas d'une espèce particulière, mais de tous les genres : mammifères, oiseau, reptiles, grands, petits, forts, rapides… Tigresse dénombra rapidement les troupes face à elle. Elle en calcula environ 300, ce n'était donc pas une vraie armée, mais il venait s'ajouter à cela qu'ils étaient particulièrement bien armés et bien équipés. Chacun d'entre eux avait une arme différente, propre à sa carrure, et tous une armure spéciale aussi. Ils avaient l'air féroces et déterminés, mais pas forcément agressifs. Tigresse n'avait pas le sentiment qu'ils allaient les attaquer, car ils n'avaient pas cette expression qu'avaient tous leurs adversaires avant de combattre. Elle se demanda s'ils étaient venus ici pour se battre. Elle baissa les yeux pour regarder Shifu devant-elle, et elle vit que lui aussi avait avait dut remarquer cela, car il lui semblait détendu.

– Zeng ? demanda calmement Shifu.

– Oui, Maître Shifu ?

– Ils ont juste demandé une entrevue, n'est-ce pas ?

– Oui, Maître Shifu.

– Ils ne se sont pas montrés violent ?

– Non, maître Shifu.

– Alors on va les recevoir normalement. Po et les Cinq, mettez vous en rang.

Ils s'exécutèrent sans sourciller, et se mirent sur la même ligne face aux nouveaux venus.

Un des soldats s'avançât. C'était un aigle pas très grand, portant un gilet bleu turquoise brodé de fils d'or. Il était sûr de lui, et salua Shifu très courtoisement, comme si de rien n'était.

– Je suis honoré de vous rencontrer, Maître Shifu, nous avons beaucoup entendu parler de vos nombreux exploits, bien que nous venions d'une contrée lointaine. Je pensais que je n'aurais jamais la chance de venir ici…

– Que nous voulez-vous ? répliqua sèchement Shifu.

L'aigle ne fut pas surpris par la réaction du Grand Maître. Il était même ravi, et portait un grand sourire. En fait, il semblait s'amuser follement.

– Je me présente : je m'appelle Yàn. Moi et… mes amis, ne cherchons pas la bagarre, tout du moins pas pour l'instant.

Tigresse observait la réaction de Shifu. Il restait pour l'instant de marbre.

– Pour tout vous dire, poursuivit Yàn, je viens juste pour discuter un peu avec les cinq cyclones…

– Les cinq cyclones sont mes élèves, interrompit froidement Shifu. Si vous voulez leur délivrer un message, donnez le moi, je leur transmettrai.

– C'est un message très personnel, et j'ai besoin d'une réponse, je ne pense pas qu'un intermédiaire soit nécessaire. En plus, ça m'étonnerai que ce message vous plaise et je doute que vous le transmettiez…

– Je suis également le porte-parole des cinq cyclones. Si c'est un message pour tous les cinq, c'est encore à moi que vous devez vous adresser.

Yàn ne s'agaça pas devant les refus répétés de Shifu, et il poursuivit, le plus calmement du monde :

– Oh, en fait, je ne veux pas m'adresser aux cinq, mais à un seul d'entre eux, qui est un ancien ami à moi…

Yàn arborait maintenant un immense sourire. Le panda roux, surpris, se retourna vers ses élèves, les interrogeant du regard. Les élèves, eux se regardaient successivement à la recherche de l'"ancien ami". Après quelques secondes de recherche, tous les yeux s'arrêtèrent sur Grue. Lui, regardait fixement Yàn. Son regard, Tigresse n'avait pas l'habitude de le voir chez Grue. Un regard profond, agressif, dépourvu de pitié.

Un regard de haine.

Grue rompit le rang, et s'avança lentement vers l'aigle, de plus en plus satisfait de la tournure des évènements. Il s'arrêta juste en face de lui, à moins d'un mètre. Shifu recula de quelques pas pour leur laisser de la place. Yàn fit un petit signe à ses subalternes derrière lui. Une seconde plus tard, un buffle lui emmena un petit rouleau, que l'aigle prit sans lui adresser un regard. Il l'ouvrit lentement tout en fixant la grue du regard. Quand le papier fut entièrement déroulé, il le contempla d'un air critique. Sur le rouleau était peinte une scène montrant les cinq cyclones et Maître Shifu combattant une armée d'ennemis. Yàn balançait alternativement son regard sur Grue et sa représentation sur la peinture.

– Le peintre ne t'a pas très bien réussi sur cette image, déclara-t-il. T'es ailes ne sont pas aussi grandes et aussi belles. Et tes jambes sont bien plus maigres…

L'aigle attendit longtemps une once de réaction chez son interlocuteur, mais cela n'arriva pas. Alors il continua :

– "Maître Shifu et les cinq cyclones, Tigresse, Mante, Singe, Grue et Vipère, protégeant la Vallée de la Paix du Mal", l'auteur n'a pas choisi la sobriété pour son titre… Mais, ce qui m'étonne, c'est pourquoi ce n'est pas ton nom qui apparaît ici, mais "Grue"… Pourquoi ? Et pourquoi "Grue", c'est tellement trivial ! Serais tu 'la' grue ? Hein ? Wang Kiang Chue ?

Grue, une nouvelle fois ne répondit pas. Tigresse fut étonnée par le nom que l'aigle venait de prononcer. C'était le vrai nom de Grue. Peu de personne connaissait les vrais noms des Cinq Cyclônes, et Tigresse connaissait le nom de Grue uniquement parce qu'elle était venu le chercher à l'Académie de Lee Da.

– C'est quand même incroyable d'avoir trouvé un tel document dans nos régions, tellement éloignées d'ici… Il est très rare qu'on reçoive ne serait-ce que des bribes d'informations… Enfin, l'essentiel est que nous t'ayons retrouvé.

Il y avait quelque chose de malsain dans la voix de Yàn. Comme s'il s'amusait terriblement. Yàn prenait tout son temps entre deux phrases, ce qui donnait à Tigresse le sentiment que l'entrevue avait commencée depuis des heures. Et plus ça s'éternisait, plus l'atmosphère devenait tendue. Et là, elle était devenue presque insoutenable. Le regard que Grue portait à l'aigle n'avait pas changé. Tigresse avait l'impression qu'il pouvait lui sauter dessus à tout moment.

– Hé, Tigresse, lui chuchota Po à l'oreille. Tu crois qu'ils se connaissent ?

– Tais-toi, Po.

– Bon, assez plaisanté, jouons-la cartes sur table, dit Yàn. Comme tu peux le voir, j'ai emmené avec moi quelques connaissances, ajouta-t-il en montrant dans un grand geste de l'aile les guerriers derrière lui. Je les ai personnellement conviés à faire la route avec moi. Evidemment, je pense que tu as remarqué que bon nombre des personnes que tu vois ici faisaient partie de l'Académie de Lee Da, et donc que je suis venu parce que tu en faisais toi-même partie. Alors je vais brièvement t'expliquer le sens de ma visite.

L'aigle fit une petite pause avant de développer :

– Depuis que tu es parti, il y a maintenant 21 ans il me semble, les choses ont beaucoup changé dans notre région. Isolée de toute aide militaire, elle est devenue de plus en plus instable. Et ces derniers temps, elle devenue tellement instable qu'il est devenu très, très difficile d'y demeurer en paix. En plus de cela, tu te souviens que c'est une contrée très rude, les montagnes y sont hautes, les terres fertiles y sont rares, et le climat n'y est pas très commode… Alors j'ai réunit toutes ces personnes que tu vois là, et on est parti, histoire de changer d'air. Le problème est que, et tu vas trouver ça marrant, quel que soit l'endroit où nous nous arrêtons, nous ne sommes pas très bien vus par les autorités locales. Il est vrai qu'une telle concentration de guerriers est un peu effrayante, mais nous ne voulons aucun mal ! Nous avons donc été obligé de nous "occuper" de certains dirigeants récalcitrants pour pouvoir demeurer en paix.

Yàn laissa échapper un léger rire.

– Ce qui est drôle, c'est qu'avec tout ça, nous sommes devenus les maîtres d'un territoire aux proportions conséquentes juste à côté de la Vallée de la Paix ! Et il ne cesse de s'agrandir, si bien que quelques membres supplémentaires ne feraient pas de mal à ma petite équipe. C'est pour cette raison que je me demandais si tu ne voudrais pas venir faire partie de, disons, notre "association d'anciens élèves" ?

Yàn lança à Grue un regard interrogateur, toujours avec un immense sourire. Cette fois ci, Grue était obligé de sortir de son silence, et cela rendait Yàn encore plus joyeux. Grue prit une longue inspiration avant de répondre :

– Pourquoi ?

Yàn ne réagi pas à la question, et garda son sourire angélique. Tigresse et les autres attendaient la suite avec attention.

– Pourquoi est-ce que tu me demande ça alors que tu sais qu'il n'y a aucune chance que j'accepte ?

Une fois de plus, l'aigle eut un petit rire, et il répondit immédiatement, comme s'il avait déjà la réponse :

– Mais, tout simplement parce que ça m'embêterait de devoir me fâcher avec un ancien collègue ! Ca me briserait le cœur si nous venions à nous battre ! Et puis, tu sais que j'ai horreur de l'agitation, autant rester alliés.

Tigresse devina aisément que la réponse était fortement teintée d'ironie. Mais ce qui la toucha le plus, c'est le fait que l'aigle signalait déjà l'éventualité d'un combat.

– Car oui, Grue, poursuivit-il, si nous ne sommes pas des amis, c'est que nous sommes forcément des ennemis. Si tu refuse ma proposition, ça voudrait dire qu'à partir de maintenant, je devrai te prendre pour un obstacle, toi et tes coéquipiers ! Rien ne m'assure que vous n'allez pas décider, du jour au lendemain, de m'attaquer, moi et mes hommes !

– Tu connais ma réponse, Yàn, répondit sèchement Grue.

Yàn haussa les épaules et commença à se retourner.

– Très bien, dit-il, je n'ai plus qu'à partir avec mes hommes et à me retirer dans mes terres. Il y aura sûrement des représailles bientôt, alors tenez-vous prêt… Sur ce, au revoir !

Cette phrase eut pour effet de consterner Tigresse. C'était une véritable déclaration de guerre, soit la chose la plus importante que Yàn ait dite depuis le début, et il l'avait dit comme s'il ne s'agissait de rien ! Alors que l'aigle s'en retournait vers ses troupes, Grue ne bougeait pas, le suivant du regard. Finalement, au bout d'une seconde, Grue lui dit froidement :

– Je sais ce que tu vas faire, Yàn. Je sais comment tu penses.

Yàn se retourna en un clin d'œil et revint à la hauteur de Grue en un battement d'ailes. Pour la première fois, il ne souriait pas du tout. Il avait l'air froissé par la déclaration de Grue. Alors il lui déclara d'une voix profonde :

– Non, Wang Kiang. Non, tu te trompes. Tu ne sais pas du tout comment je pense.

L'aigle prit un petit temps avant de continuer, pour que Grue comprenne bien là où il voulait en venir.

– On n'est jamais assez près de ses ennemis. On voudrait être dans leur tête, mais leurs pensées nous échappent !

Sur ces quelques mots, Yàn fit volte-face, et il s'envola pour rejoindre ses hommes.

– Allez, on y va.

Les troupes se rassemblèrent rapidement et suivirent leur chef partit devant en volant. Tigresse fut surprise par le manque de réaction de ses partenaires.

– On ne va pas les laisser partir comme ça ! Il faut les arrêter !

Elle commença à partir vers eux, mais Vipère la retint.

– Arrête, Tigresse, lui dit-elle calmement, ce n'est pas à nous de décider ce qu'il faut faire.

Tigresse s'arrêta, observa les autres et vit qu'ils ne la suivaient pas, alors elle reprit sa place dans le rang, et tous regardèrent sagement leurs ennemis s'éloigner. Quant les soldats eurent descendus suffisamment de marches, Grue se retourna et revint vers ses coéquipiers, puis s'arrêta en face de Shifu. Ils attendirent tous qu'il déclare quelque chose. Soudainement, il se détendit d'un coup, et à la place de son regard de haine, il leur fit un grand sourire, et leur déclara gaiement :

– Finalement, ça s'est globalement bien passé !

Tous regardèrent Grue d'un air ahuri, surpris par sa déclaration. Finalement, après quelques secondes d'hésitation, Shifu se décida à parler :

– Là, Grue, il faut que tu nous explique...