D'un point de vue stratégique

Jason-Kinuta-Voorhess : Je suis content d'avoir un fidèle lecteur, merci beaucoup !


Les cinq cyclones s'étaient installés autour de la table de la cuisine. Ils avaient chacun une tasse de thé en face d'eux qui avait refroidie, ayant été préparée avant la confrontation. Aucun d'entre eux n'osait parler, ils attendaient le feu vert de Shifu, qui lui, ne décolérait pas.

– C'est incroyable ! pestait-il devant Zeng. Comment est-il est possible qu'on n'ait pas été prévenu plus tôt ?! Je sais qu'il est possible qu'un petit groupe de personnes soit capable de parvenir jusqu'ici sans se faire remarquer, mais là, ils étaient plus de 300 ! Comment 300 personnes peuvent-elles arriver à nos portes sans qu'on soit prévenu !

Shifu était hors de lui. Il était vrai que, s'ils avaient été attaqués, ils auraient été complètement surpris, et ils n'auraient pas pu se défendre de façon optimale.

– Il faut faire quelque chose ! Zeng, tu vas voir les sentinelles autour de la Vallée de la Paix et tu les vire ! Non… Non, en fait, double, voire triple les effectifs ! Et tu passe un savon à ceux qui étaient en poste ! Non… Tu les ramène tous ici de force et je leur passe un savon !

Zeng était pétrifié en face du Grand Maître.

– Mais… bafouilla-t-il. Comment est-ce que je fais…

– J'en sais rien ! hurla Shifu.

Zeng sursauta et parti en chancelant, manquant de peu de se prendre un mur. Dès que l'oie messagère eut disparue, Shifu se retourna vers Grue qui s'était positionné en bout de table et qui attendait, bien conscient qu'il devrait bientôt clarifier la situation. En effet, quelques instants plus tard, Shifu prononça la question que tout le monde se posait :

– C'était qui, tous ces soldats ?

Les regards se dirigèrent vers Grue. Il ne paraissait pas plus anxieux que ça. Il était plutôt pensif, réfléchissant à la manière de bien répondre. Il prit une très longue inspiration, puis il débuta :

– Comme vous avez pu l'entendre, c'est en grande partie des anciens élèves de l'Académie de Lee Da. Vous savez que je ne suis pas resté très longtemps à l'académie, ce qui fait que je n'ai pu en reconnaître qu'une trentaine sur les quelques 300 qu'il y avait. Cependant, un bon nombre des autres avaient des armes qu'on retrouve uniquement dans l'académie, et donc ils venaient de l'académie, j'en suis certain. Beaucoup étaient plus jeunes que moi, ce qui pourrait expliquer le fait que je ne les ai pas croisés au cours de mon apprentissage. Par contre, je suis à peu près sûr que certains ne venaient pas de l'académie, car il y a quelques-uns des animaux que j'ai aperçu dans le groupe qu'on ne retrouve pas dans la région de l'académie. Donc je pense qu'il doit y avoir un certain nombre d'opportunistes qui se sont joint à Yàn par simple appât du gain.

Grue s'arrêta et attendit que quelqu'un pose une autre question, ce qui ne tarda pas.

– Pourquoi est-ce qu'ils viennent ici alors qu'ils savent qu'on est les meilleurs combattants de Chine ? demanda Mante. Il y a plein d'autres endroits sympas à conquérir !

– J'n'en ai aucune idée… C'est très compliqué… C'est peut-être par hasard, mais ça m'étonnerai. Je ne pense pas qu'ils soient venus jusqu'ici juste pour me voir moi, alors qu'il est évident que je n'ai aucune envie de les rejoindre. Je dois dire aussi que je trouve bizarre que Yàn ait réussi à recruter autant d'élèves. Plusieurs d'entre ceux que j'ai reconnu n'étaient pas vraiment belliqueux quand je les ai fréquenté, alors il me semble étrange qu'ils aient rejoint Yàn avec pour seul motif celui de conquérir des territoires ! Non, il doit y avoir une autre raison…

Grue resta silencieux, se laissant le temps de réfléchir. Finalement, il poursuivit :

– A moins qu'en fait, que je me trompe, et qu'ils prévoient de conquérir toute la Chine. Dans ce cas, il est normal qu'ils nous attaquent, étant donné qu'on est les meilleurs. Autant s'occuper du plus difficile au début, et ne pas attendre qu'ils soient épuisés, et qu'on connaisse comment ils fonctionnent. Oui… Ça, ça me semble plausible…

Grue fit de nouveau une longue pause, laissant le temps aux autres de comprendre la gravité de ses paroles. Mais Po, lui, ne fut pas impressionné.

– On n'a pas peur de se battre ! On s'est déjà battu contre le Seigneur Shen qui voulait conquérir la Chine, et on l'a gagné alors qu'il avait une armée bien plus grosse que celle là ! Ça sera plus facile qu'avec ce paon fou !

– Non, Po, il vaut mieux éviter de se battre contre eux, objecta Grue.

Cette simple phrase eut pour effet de faire taire instantanément le panda. Tigresse sentit que l'atmosphère était en train de se tendre et que Grue arrivait au cœur du problème.

– Je connais le niveau qu'ils ont à l'académie, et je peux dire qu'il est excellent, rien à voir avec les loups et les gorilles de l'armée du Seigneur Shen. Je pense en plus que les autres qui ne viennent pas de l'académie doivent avoir à peu près la même force que les autres. Yàn préfère avoir sous ses ordres des guerriers d'un niveau équilibré, histoire de ne pas avoir de point faible. A vrai dire, en cas de combat direct, sans conditions particulières… Je dirai que ce serait très serré. Il y aurait beaucoup de pertes des deux côtés, et ça m'étonnerai qu'on en ressorte tous vivants, ce qui n'est dans l'intérêt d'aucun des deux camps. Non… Personnellement, j'aurai tendance à dire que tout se jouera d'un point de vue stratégique. Et là, ça se complique encore…

Un petit sourire ironique apparu sur le visage de Grue. Shifu, qui vit où, il venait en venir, prit la parole :

– C'est leur chef, le problème, c'est ça ?

– Exactement. C'est un grand tacticien. Quand il est arrivé à l'académie, il avait déjà de grosses connaissances sur tout ce qui est lié à la direction d'hommes sur un champ de bataille, et il s'est beaucoup amélioré lorsque j'étais avec lui, et maintenant, il doit être passé maître dans l'art de la guerre. En plus de cela, c'est un aigle, ce qui veut dire qu'il a une excellente vision qui lui permet de tout savoir et peut voler au dessus d'un champ de bataille. Très pratique pour un chef… C'est aussi un fort bon parleur, ça ne m'étonne pas qu'il ait réussi à réunir autant de monde sous son aile. Pour toutes ces raisons, il faut se méfier de lui, on aura du mal à le surprendre, et je ne pense pas que Yàn se jette dans la bataille sans savoir ce qu'il fait. Il a pour devise : "si un combat ne peut être gagné, refuse-le"*, c'est pour dire…

Tigresse comprit mieux maintenant pourquoi Yàn paraissait aux anges lors de la rencontre. Il devait l'avoir prévue depuis fort longtemps et, étant arrivé à son but, ça avait dut lui procurer une certaine satisfaction.

– Ensuite, poursuivit Grue, il faut quand même préciser que Yàn n'est pas un surhomme, ou plutôt un sur-aigle. Ce n'est pas un excellent combattant, et je pense que chacun d'entre nous pourrait le battre assez facilement. Sauf en vol. Il est très rapide, en même temps c'est un aigle. Et avec sa vue perçante… Non, il faut éviter de se battre contre lui dans les airs…

Grue était apparemment bien au courant de ce qu'il disait. Il avait du avoir une expérience douloureuse.
Les explication de Grue avaient résolues pas mal de mystères, mais il restait un point qui dérangeait encore Tigresse.

– Pourquoi ne nous ont-ils pas attaqués là, maintenant, alors qu'on ignorait encore leur existence ? Pourquoi se dévoiler de la sorte ?

– Je ne sais pas… C'est vrai, ce n'est pas normal… Mais il doit y avoir une bonne raison, Yàn ne fait rien sans bonne raison… Ça peut paraitre anti-tactique de montrer ses forces comme il l'a fait, mais c'est peut-être pour nous impressionner… Ou bien pire, peut-être qu'il ne nous a pas montré toute ses forces, et c'est pour mieux nous surprendre qu'il nous n'en montre qu'une partie… Non, je ne saurai le dire avec certitude. Il doit y avoir une raison cachée que j'ignore… J'espère simplement qu'ils ne viennent pas ici à cause de moi…

Grue prit une grosse respiration. Tigresse perçut dans sa dernière phrase un peu de culpabilité. Ellesavait que Grue essayait d'éviter les combats le plus souvent possible, et être éventuellement la cause d'un conflit qui pouvait tuer ses amis devait être un déchirement pour lui.

– Une dernière question, dit Shifu, est-ce qu'il va s'en prendre aux habitants de la Vallée ?

– Je ne pense pas… Yàn n'est pas un adepte de la violence gratuite, et il sait qu'un territoire sans ses habitants n'a aucune valeur, alors il évite de s'en prendre aux civils. Par contre, il a du laisser des espions dans la ville, et peut-être d'autres qui observeront tous nos faits et gestes. Il vaudra quand même mieux avertir les villageois du danger.

– Bien, c'est ce que j'allais faire, de toute façon.

– Voilà, si vous n'avez plus de question…

Grue se leva de sa chaise et commença à partir. Tigresse devina qu'il voulait se sentir un peu seul après tous ces évènements. Elle voyait rarement Grue parler aussi longtemps, lui qui était plutôt d'un naturel timide.

– Merci de nous avoir donné toutes ces informations, Grue, dit Shifu. Maintenant on sait à qui on a affaire. Et au moins, on a évité la bataille.

Grue s'arrêta dos aux autres juste avant de sortir.

– Oui, dit-il. Et puis, elle n'était pas là…

L'oiseau sortit de la pièce juste après avoir parlé, disparaissant de la vue des autres. Tous comprirent immédiatement de qui il voulait parler.

Mei Ling. Celle sans qui Grue n'aurait jamais fait de Kung Fu.

Tous restèrent pensifs, réfléchissant à l'étendue du problème qui s'étalait devant eux. Po fut le premier à reprendre la parole :

– Alors en fait, pour résumer, on doit se battre contre 300 guerriers surentrainés, voire plus, qui sont menés par un expert en stratégie, et qui peuvent nous tomber dessus à tout moment, c'est ça ?

Les regards graves se tournèrent vers le panda qui, après avoir réfléchit quelques secondes, déclara joyeusement :

– C'est topissime !


*Citation de L'Art de la Guerre