Retrouvailles

Jason-Kinuta-Voorhess:Ça arrive tout de suite.


Tigresse restait stupéfaite devant l'apparition qui se présentait devant elle. Mei Ling avait très peu changé depuis la dernière fois qu'elle l'avait vue. Son visage avait quelque peu vieilli, mais elle avait gardé le même regard vif et déterminé. Elle avait aussi encore son vêtement vert qui était sale et froissé, qui était l'uniforme officiel de l'académie de Lee Da, et elle était maigre et usée. Elle avait dû parcourir de nombreux kilomètres avant de parvenir jusqu'à la Vallée de la Paix. Tigresse réfléchisait à toute vitesse. Mei Ling n'était pas présente lors de la rencontre, elle avait donc dû suivre le groupe mené par Yàn à une bonne distance. Donc elle devait être contre Yàn, et maintenant, elle venait demander leur aide. Cependant, ce n'était pas dans l'habitude de Tigresse de faire confiance au premier venu, et le visage qu'elle présenta à la Mei Ling n'était guère accueillant. Les deux félines passèrent ainsi un long moment à se regarder en silence, observé par Zeng qui n'osait parler.

– Je peux entrer ? prononça finalement Mei Ling.

Tigresse réfléchit à la meilleure attitude à adopter. La réponse lui vint rapidement. Elle se retourna vers l'intérieur sans quitter la chatte des montagnes des yeux et appela :

– Grue ! Grue, viens vite !

Tigresse avait crié fort de façon à ce qu'on l'entende bien. A cet heure ci, les étudiants étaient dans les chambres, et ils n'avaient pas dû entendre le premier appel de Zeng, que Tigresse avait elle-même à peine entendu.

– Grue ? demanda Mei Ling. C'est… Son nom ? On l'appelait comme ça quand il n'était pas encore admis à l'école et qu'on ne savait pas encore son nom !

Tigresse ne répondit pas. Grue arriva peu après sans se presser. Il n'avait même pas pris le temps de mettre son chapeau.

– Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il. Il y a un problème ?

Mei Ling, entendant la voix de Grue, pénétra à l'intérieur de la bâtisse sans que Tigresse n'ait le temps de réagir. Un dixième de seconde plus tard, Mei Ling et Grue se faisaient face. L'effet fut immédiat. Grue était abasourdi, assommé, comme s'il avait pris un coup de massue sur la tête. Mei Ling, en face de lui, essayait de lui sourire, d'être accueillante. Les retrouvailles, quand on ne s'est pas vu depuis longtemps, ne sont jamais faciles. Grue, toujours hébété, semblait incapable de prononcer un mot, ne s'étant toujours pas remis du choc.

– Bonjour, Wanki, dit finalement Mei Ling.

Mei Ling attendit longtemps la réponse de Grue. Celui-ci prit une grande inspiration, et finit par parler :

– Je suis désolé, Mei Ling. Je suis désolé…

Mei Ling fut étonnée, ne comprenant pas la réponse de Grue, et répondit :

– Mais, Wanki…

– Je n'aurai pas dû te faire ça, interrompit-il. Je n' aurai pas dû te laisser seule sans te prévenir, j'aurai dû t'envoyer de mes nouvelles… Je suis désolé.

Le ton de Grue était implorant. Tigresse devina qu'il avait dû penser à elle plus d'une fois, mais qu'il n'avait jamais osé lui écrire après être parti sans prévenir. Maintenant qu'il se retrouvait en face de Mei Ling, il se sentait encore plus coupable, et se sentait obligé de demander pardon. Mei Ling fut dans un premier temps perturbée par les paroles de Grue, mais finalement, elle lui sourit généreusement.

– Ce n'est rien, Wanki… J'aurai n'aurai pas dû essayer de te dissuader de venir ici. Je n'ai pensé qu'à moi. Et j'aurai dû t'écrire moi aussi.

Grue n'était pas convaincu par les paroles rassurantes de Mei Ling. Il gardait la tête basse et la mine morne. La féline se rapprocha alors et lui glissa la main sur l'épaule.

– Il y a beaucoup plus grave, Wanki, glissa-t-elle.

Grue esquissa un léger sourire, et dit en regardant par terre :

– Ca faisait longtemps Qu'on ne m'avait plus appelé comme ça… Vraiment très longtemps…

Mei Ling rendit son sourire à Grue.

– Il faut que je vous parle… dit-elle. C'est très, très grave…

Tigresse les regarda avec gravité. Elle savait que la visite de Mei Ling n'avait rien d'une visite amicale. A côté d'elle, Zeng n'avait pas la même perception des choses.

– Alors, c'est qui elle ?


Les cinq cyclones, Po et Shifu étaient assis à la table de la salle à manger dans la même position et avec le même thé que plus tôt dans la journée, lorsque Grue s'était expliqué. Tous avaient le regard rivé vers Mei Ling qui était assise à l'autre bout de la table, à l'opposé de l'oiseau. Elle essayait de ne pas trop croiser les regards qui la fixaient. Tous voulaient capter la moindre information de cette personne dont ils n'avaient entendu parler que de la bouche de Grue, qui, à vrai dire, en parlait très peu. Le mystère qui planait autour de sa personne était épais, ce qui expliquait toute l'attention qui lui était portée.

– Alors, Mei Ling, dit Shifu, que venez vous faire ici ?

Mei Ling n'hésita pas et répondit calmement :

– Je pense que vous le savez, non ? Yàn a réussi à réunir une bande de voyous, et il faut absolument l'arrêter. Alors je viens pour vous demander votre aide, parce que je n'y arriverai pas toute seule.

Les autres prirent avec compréhension ses paroles très graves. Ils savaient que Mei Ling avait été réputée pour son niveau en Kung Fu quand Grue la connaissait, mais c'était il y a 21 ans, et ils n'avaient pas eu de ses nouvelles depuis lors. Le tout pour Tigresse était donc de savoir si elle pouvait lui faire confiance. Elle lui demanda :

– Mei Ling, qu'est-ce que tu peux nous dire sur eux ? Comment sont-ils arrivés jusqu'ici ? Pourquoi ?

– Je sais pourquoi ils sont partis de l'académie de Lee Da, mais je ne sais pas pourquoi ils sont venus ici.

– Ils seraient venus ici par hasard ? demanda Singe.

– C'est peu probable, interrompit Grue. Il est quand même au courant qu'on est de grands guerriers, il ne va pas s'embêter à se battre sans raison contre quelqu'un qu'il n'est pas sûr de vaincre.

– Oui, dit Mei Ling. Il doit avoir une raison, mais je l'ignore encore. Quant à la raison qui l'emmène ici, je pense que Yàn l'a assez bien résumée. Il y a tellement de brigands dans notre région qu'il est presque impossible de sortir sans se faire attaquer. Je suis moi-même très contente de la quitter pour un moment.

– Tu les as suivis pendant tout ce temps ?

– Oui, je ne me suis pas faite voir depuis l'académie. Mais maintenant, ils doivent savoir que je suis ici.

– Tu as beaucoup maigri, dit Grue avec attention. Il faudrait que tu manges un peu.

Mei Ling sourit à Grue qui lui fit de même en retour. Mais cette interruption fut de courte durée. Mei Ling reprit avec gravité :

– Ils vont attaquer. Je les ai vus s'en prendre à des soldats qui voulaient juste défendre leurs familles. Ils sont capables de tout et ils s'en donnent les moyens. Ils ont fourré les environs d'espions bien cachés qui épient nos moindres faits et gestes !

– Oui, c'est bien ce que je pensais, dit Grue. Yàn ne laisse rien au hasard. Il veut se donner toutes les chances de gagner.

Mei Ling et Grue s'échangèrent un regard complice. Ils se comprenaient à nouveau, comme il y avait 20 ans. Tigresse profita de ce court répit pour prendre la parole, et dit avec une touche de défiance :

– Si il y a des espions un peu partout, pourquoi s'être dévoilé à nous au lieu de rester caché dans l'ombre ? Ça aurait été plus facile de les tromper ainsi.

La déclaration jeta un coup de froid sur l'assemblée. Tigresse était coutumière du fait, elle avait toujours eu beaucoup de mal envers les nouveaux arrivants. Mais là, au bout de quelques minutes, elle faisait des reproches à Mei Ling, la gentille et jolie chatte des montagnes qui venait les prévenir du danger et les aider à se battre. Mais Tigresse se fichait bien de ce que pensaient les autres de son attitude.

– Et comment aurais-je pû entrer en contact avec vous sans me dévoiler ? Il faut bien que je me fasse connaître !

– Il y a des tonnes de moyens de se faire connaître bien plus discrètes…

Les autres regardaient alternativement Tigresse et Mei Ling. La première restait impassible, alors que la seconde était exaspérée :

– Je suis là pour vous aider. Il faut que l'on me fasse confiance !

Tigresse savait pertinemment que Mei Ling avait raison, et qu'elle avait toutes les raisons qu'on lui fasse confiance. Mais la sureté voulait qu'elle fasse attention et qu'elle ne laisse rien passer, et c'est bien ce qu'elle avait l'intention de faire. Elle se retourna vers Grue pour voir comment il réagissait, mais celui-ci restait muet. Apparemment, il n'avait pas l'air très affecté par l'échange qui venait d'avoir lieu. Brusquement, Mei Ling se leva et fit face au Grand Maître Shifu, qui n'avait toujours pas pris la parole depuis le début, et dit dans le ton le plus solennel qu'elle pouvait :

– Grand Maître Shifu, je veux vous aider à vous battre contre Yàn et son équipe, et je demande officiellement à pouvoir intégrer votre équipe.

Tout le monde se tourna vers Shifu. Le petit panda roux réfléchit un court moment avant de répondre :

– Si personne n'y voit d'objection…

Tout le monde se tourna vers Tigresse. Elle réfléchit un long moment avant de répondre :

– D'accord…