Soupe aux œufs et aux brocolis

J'adore ce titre... Gros chapitre en perspective, plus de 4000 mots.


– Mais qu'est-ce qui vous est passé par la tête ?! Vous êtes complètement inconscients !

Shifu ne décolérait pas. Il était en train de réprimander Mei Ling, Tigresse et Grue depuis plusieurs minutes déjà. Pourtant, il parvenait à rester calme et posé : il avait un grand contrôle de soi. Grue s'était chargé seul de tout lui expliquer. Il n'avait pas cherché à enjoliver les choses ou à minimiser la gravité de ses actions. Les autres avaient été étonnés, Grue était d'habitude le dernier à prendre des risques. Ils étaient aussi étonnés que Yàn ait attaqué de la sorte, et son utilisation de la poudre ne les avaient pas laissé indifférents : ça leur rappelait le Seigneur Shen, de mauvais souvenirs… Mais ce qui les avait le plus étonnés, c'était le sauvetage de Mei Ling. Pourtant, elle et Tigresse se regardaient de travers depuis le début de l'entrevue.

– Nous nous excusons, Grand Maître, dit Grue en s'inclinant devant Shifu. C'était une mauvaise décision, je l'avoue.

– Oui, Grand Maître Shifu, nous nous excusons, compléta Mei Ling.

Tous regardèrent Tigresse, attendant que, comme les autres l'avaient fait, elle s'excuse. Sauf que Tigresse n'était pas de ce genre.

– Alors, Tigresse ? demanda autoritairement Shifu.

– Je n'ai rien à me reprocher, dit Tigresse avec la fierté qui était la sienne. Je les ai suivis, parfaitement consciente qu'ils étaient en danger.

– Tigresse ! réprima Shifu. Tu devais les empêcher de partir, pas les espionner ! Toi aussi, tu es fautive.

– Oui, maître Shifu, dit-elle en s'inclinant à son tour. Je m'excuse de ne pas avoir suivi vos conseils.

Tigresse n'avait pas tenu tête à Shifu. Mei Ling avait remarqué que Shifu était la personne que Tigresse respectait le plus, et de loin. Ils restèrent ainsi inclinés jusqu'à ce que Shifu déclare :

– Bien. Mais ne faites plus jamais ça. On reste ensemble, pas de dispersion, d'accord ?

– Oui maître, répondirent tous les autres en cœur.

Avant que tous ne s'en aillent, Mei Ling prit la parole :

– Maître Shifu, c'est moi qui suit la cause de ce désastre. Si je peux faire quelque chose pour me faire pardonner…

– Mei Ling, même si c'est toi qui a proposé à Grue de venir, lui et Tigresse sont tout aussi fautifs de t'avoir suivie… objecta Shifu.

– Je voudrai quand même faire quelque chose pour vous… J'ai déjà mangé, je pourrai vous faire la cuisine, non ?

– La cuisine ! s'exclama Tigresse. Mais… Elle peut nous empoisonner !

Mei Ling était agacée. Malgré le fait qu'elle l'ait sauvée, Tigresse doutait encore d'elle. N'arriverait-elle jamais à la convaincre ?

– Mais, Tigresse ! intervint Po. Elle vient de te sauver la vie, tu peux bien lui laisser te faire à manger !

Tigresse n'était pas convaincue. Elle fixait Mei Ling, essayant de déceler quelque chose dans ses yeux. Mei Ling se dit qu'il fallait qu'elle intervienne, même si ça pouvait compromettre ses chances de réussite :

– Tigresse, si tu le veux, tu peux me regarder cuisiner, voire même m'aider. Moi, je veux juste faire quelque chose pour me faire pardonner.

Tigresse ne décrochait pas du regard. Décidément, elle essayait vraiment de décrypter tout ce qu'elle disait pour y trouver quelque chose à redire. Finalement, elle céda :

– Maître Shifu, ce n'est pas à moi de décider de qui fait la cuisine ou pas. C'est à vous de décider.

Shifu réfléchit. Il ne mit pas longtemps à répondre :

– Si c'est bon, c'est d'accord.

Mei Ling avait prévu de faire un plat spécial, mais juste avant de parler, elle se ravisa. Elle se mit à réfléchir : un autre plat lui vint en tête, un autre plat qui changeait quelque chose, qui lui ouvrait d'autres portes.

– Je vais vous faire ma spécialité : la soupe aux œufs et aux brocolis !

– Ah non, pas ça ! s'écria Grue. Je déteste ça !

– Ah non, Grue ! Tu sais très bien que c'est le plat que je sais le mieux cuisiner ! La majorité des personne à qui je le fait me dise que c'est excellent, ce n'est pas de ma faute si toi tu n'aimes pas. Et puis, toi aussi tu as déjà mangé.

Grue la regarda de travers.

– Bon, si tu veux… Mais ne compte pas sur moi pour te dire « Oh ! Comme c'est délicieux !»

– Ne t'en fait pas, je n'y compte pas !


Peu après, tous s'étaient réunis dans la salle à manger. Comme Po ne cuisinait pas comme il en avait l'habitude, il proposa aux autres de jouer aux cartes.

– J'ai été minable la dernière fois, expliqua-t-il. Il faut que j'continue à m'entrainer si j'veux pas devenir nul !

Il sortit le jeu de cartes et le posa sur la table. Il pointa tour à tour toutes les personnes qui étaient autour de la table en disant :

– Mante, Vipère, Grue, Tigresse et Singe, vous jouez avec moi.

Seul Tigresse n'était pas d'accord, elle protesta en se levant :

– Non, moi je ne joue pas, j'ai d'autres choses à faire.

– Oh, allez, Tigresse ! dit Po. Plus on est, mieux c'est ! Et puis, c'est pas marrant quand tu ne joues pas. C'est drôle de te voir…

Po s'arrêta net sans finir sa phrase. Tigresse patienta un peu avant de dire :

– De me voir quoi ?

– Non rien… tenta de rectifier Po.

– Po !

Po tergiversa avant de répondre. Il sentait qu'il avait fait une gaffe. Il finit par dire :

– Perdre…

Tigresse le regarda, offusquée. Po était très gêné. Tout en ne le lâchant pas des yeux, Tigresse prit la chaise derrière elle et se rassit.

– Juste une petite partie et je m'en vais, dit-elle déterminée.

Du Tigresse tout craché, pensa Mei Ling. Incapable d'ignorer la moindre petite offense. C'était une grande guerrière, mais elle avait encore des progrès à faire.

Mei Ling avait déjà joué à des jeux de cartes avec les membres de l'académie, qui étaient en grande partie des tricheurs invétérés. Les parties se résumaient souvent à « celui qui triche le mieux gagne ». Mei Ling vit le jeu de carte posé sur la table juste à côté d'elle.

Tout à coup, une idée lui vint. Une idée folle et audacieuse qui pouvait lui éviter bien des ennuis. Juste avant que Po ne prenne le jeu de carte, elle posa sa main dessus.

– Je peux distribuer ? demanda-t-elle gentiment

– Euh… O… Oui, répondit le panda.

Mei Ling retourna le paquet et regarda rapidement les cartes.

– C'est un jeu très ancien… fit-elle remarquer.

– Il parait que c'est Oogway qui l'a ramené d'une province reculée il y a très longtemps, répondit Po. Il est très précieux !

Mei Ling mélangea les cartes et les distribua à une vitesse exceptionnelle. Quand elle eut finit, elle posa les cartes qui restaient devant elle et regarda Tigresse. Elle avait les yeux plus ouverts que d'habitude, mais elle ne laissait pas transparaitre grand-chose. Et pourtant ! Avec le jeu que Mei Ling lui avait servi, elle avait de quoi s'exciter. Mei Ling s'était arrangée pour lui donner le meilleur jeu possible, de quoi faire en sorte que Tigresse quitte la partie le plus tard possible. Car Mei Ling était très habile avec les cartes, elle avait de l'expérience et de la dextérité : ses adversaires avaient toujours été des tricheurs professionnels, pourquoi ne le serait-elle pas devenue elle aussi ?

– Bon, moi je vais cuisiner, déclara Mei Ling. Tigresse, tu viens avec moi ?

Tigresse était tellement plongée dans son jeu qu'elle n'entendit presque pas ce que Mei Ling lui avait dit.

– Euh… bafouilla-t-elle.

Elle hésita, les yeux rivés sur son jeu. Elle semblait être prise dans un conflit intérieur. Elle se décida en disant :

– Je suis en train de jouer, Mei Ling. Je te rejoindrai plus tard.

Mei Ling était pleinement satisfaite. Il n'y avait presque plus rien qui la séparait de la victoire.

Elle entra dans la cuisine qui était juste à côté de la pièce. C'était une recette qui prenait normalement un bon quart d'heure pour préparer. Il ne lui faudrait pas plus de trois minutes en allant à fond. C'était suffisant pour qu'elle ne soit pas dérangée. Elle passa rapidement en revue les ingrédients qui lui fallait : œufs, brocolis, huile, sauce soja, épices… Que des ingrédients de base qu'elle n'aurait aucun mal à trouver dans la cuisine. Elle attrapa le couteau et un gros bouquet de brocoli, et le découpa à toute vitesse. Bien qu'elle doive se dépêcher, elle ne devait pas se louper dans la recette : la soupe se devait d'être délicieuse.

En deux minutes et trente secondes, elle avait préparé tous les ingrédients et les avait mis dans l'eau chaude. Il ne restait plus que la touche finale à ajouter. Elle sortit de sa poche un tube de verre remplit d'un fine poudre blanche. C'était encore une trouvaille de Yàn : un poison inodore, incolore et fatal. Le poison n'était pas rapide à agir, il fallait bien deux jours pour qu'il arrive à son terme, mais cela lui permettrait de trouver l'occasion de mettre les voiles.

Une bonne dose de culpabilité et d'appréhension envahit son esprit. Mais elle avait décidé de le faire. D'autres comptaient sur elle, et elle était déterminée. Et dire qu'il y a vingt ans, elle aurait été incapable de faire ce geste… Mais elle avait changé, beaucoup changé.

Elle versa le contenu du tube dans la soupe.

– J'ai perdu ! dit une voix derrière elle.

Le cœur de Mei Ling fit un énorme bond dans sa poitrine qui faillit lui casser une côte. Elle se retourna dans un sursaut, et le tube de verre lui échappa des mains et se brisa par terre, répandant au sol la poudre blanche qui restait à l'intérieur. Grue se tenait dans l'ouverture de la porte et la regardait en souriant.

– Tigresse avait un jeu énorme, elle m'a plumé en…

Grue s'arrêta net quand il vit le visage horrifié de Mei Ling. Il la regarda en fronçant des sourcils, puis ses yeux se tournèrent vers la poudre blanche étalée au sol. Le silence qui s'ensuivi sembla durer des heures. Mei Ling se sentait très mal : elle venait de faire une énorme gaffe.

– C'est du poison ? demanda enfin Grue.

Mei Ling ravala sa salive. Il fallait qu'elle agisse vite, qu'elle trouve une explication, quelque chose de plausible. Elle réfléchit à toute vitesse et dit :

– Ce n'est pas du poison. C'est… autre chose.

Mei Ling avait la respiration qui s'accélérait. Elle n'arrivait pas à se calmer, ce qui faisait que sa culpabilité était inscrite sur son visage, et Grue l'avait bien remarqué, il semblait avoir tout compris. La situation se compliquait.

– Ce n'est pas ce que tu crois, Wanki… dit Mei Ling en s'apaisant un peu.

Grue était effondré. Le bec entrouvert et les yeux implorants.

– Je pensais que tu étais de notre côté, dit-il. J'avais confiance en toi…

Il savait tout. Il avait tout compris. Elle n'avait plus qu'un seul choix valable : fuir. Fuir le plus vite possible.

– Tu nous as tous trompés. Tu m'as trompé... Pourquoi ?

Mei Ling aurait du détaler, partir à l'instant. Mais elle voulait s'expliquer. Elle en avait envie depuis le début, depuis que les autres lui avaient demandés de tout raconter.

– Nous ne sommes pas partis parce qu'il était devenu impossible de vivre à l'académie, nous ne l'aurions jamais laissée tomber. Nous sommes partis parce que l'académie a été détruite !

Grue accusa le coup. Mei Ling savait que ça lui ferait un choc.

– On s'est fait attaqué par plus nombreux et plus fort que nous. Il ne reste plus rien de l'académie de Lee Da maintenant. C'est pour ça que tous ses élèves sont ici : on devait partir, on n'a pas eu le choix,

– Mais… Pourquoi vous venger sur nous ? On ne vous a rien fait ?!

– Je vous ai demandé de l'aide ! Quand j'ai senti que la situation devenait dangereuse, J'ai envoyé des lettres au nom de l'école où j'implorais Maître Shifu de venir nous prêter main forte d'urgence. Mais je n'ai reçu aucune réponse ! Rien du tout ! Alors on n'a rien pu faire !

Grue était très touché par ce que disait la chatte des montagnes. Mei Ling, elle tenta de s'échapper en se dirigeant lentement vers la sortie.

– Mais… dit-il en balbutiant. Je ne savais pas qu'il y avait eu des lettres ! Je serai venu t'aider si j'avais su !

– Ça ne change rien. Vous vous dites protecteur de la Chine, mais dès que c'est un peu trop loin, là, il n'y a plus personne !

– Mais on ne les a pas reçues, ces lettres…

Mei Ling venait d'atteindre la porte et était maintenant presque contre Grue. Un peu plus et elle pourrait s'enfuir sans encombre.

– Elles ne se sont pas envolées ! Elles sont arrivées ici, j'en suis sûre !

Mei Ling tenta de s'esquiver, mais Grue la suivi et la prit par l'épaule en lui disant :

– Ce n'est pas une raison pour nous tuer ! Ce n'est pas nous qui avons détruit l'école !

– C'est Yàn qui a choisi de vous attaquer, pas moi.

Ils étaient maintenant dans le couloir. Mei Ling allait peut-être devoir se battre avec Grue pour pouvoir partir.

– Mais tu n'étais pas forcé de le suivre, poursuivit l'oiseau.

– C'est lui qui nous a relancés. Il nous a réuni et nous a donné de nouveaux espoirs. Peut-être que je ne l'aime pas trop, que je ne suis pas tout le temps d'accord avec lui, mais sans lui, on ne serait plus rien ! C'est son plan, alors je le suis.

Mei Ling se rappela d'un coup de la promesse qu'elle avait faite à Yàn : lui donner la victoire sans qu'il ne perde un seul homme. Même si la situation était désespérée, qu'elle n'avait presque plus aucune chance de parvenir à son but, elle avait fait une promesse, elle n'avait pas le droit d'échouer. Elle devait essayer, tenter quelque chose coûte que coûte.

– J'irai jusqu'au bout, Wanki. Je suis désolée, mais il faut que je le fasse.

Elle fit marche arrière et rentra à nouveau dans la cuisine d'un pas décidé. Grue allait surement lui sauter dessus, la retenir, alors elle était sur ses gardes. Mais il ne faisait rien, il réfléchissait à toute vitesse.

Mei Ling se rappela alors qu'il était certainement amoureux d'elle. S'il l'arrêtait maintenant, elle était condamnée : les autres dans la pièce d'à-côté allaient lui sauter dessus et ça en serait fini d'elle. Et ça, ce n'était certainement pas ce que Grue voulait, alors il ne faisait rien, il réfléchissait. Si elle ne lui en laissait pas le temps, elle avait encore une chance.

– C'est eux ou moi, dit-elle en prenant la marmite.

Elle ressortit de la pièce en marchant à toute vitesse. Grue ne la stoppa pas, il était plongé trop profondément dans ses réflexions pour pouvoir prendre une décision de cette ampleur si rapidement. Mei Ling était stressée comme jamais, il y avait tellement peu de chances qu'elle s'en sorte sans dommage. Car même si elle réussissait à faire boire la soupe aux autres, ils n'allaient pas mourir tout de suite, et elle devrait se battre.

Elle rentra dans la salle à manger où les autres étaient toujours en train de jouer aux cartes. Mei Ling essaya de se rasséréner, de rester zen. Si elle ne paraissait pas normale, les autres ne boiraient pas la soupe.

– C'est prêt, déclara-t-elle dans un souffle.

Elle s'approcha de la table. Il y avait une assiette creuse devant chacun des joueurs. Elle n'avait plus qu'à poser la marmite sur la table, mettre de la soupe dans toutes les assiettes et attendre qu'ils la goûtent. Ça ne prendrait que quelques secondes, elle y était presque.

Tout à coup, elle sentit quelque chose de dur toucher son pied gauche. Emportée dans son élan, elle ne put éviter le choc, et elle fut déséquilibrée. Elle tenta de se rétablir, mais elle allait trop vite. En un quart de seconde, elle s'effondra et lâcha la marmite dont le liquide se répandit sur la table, éclaboussant les autres qui s'éloignèrent de la table en criant de surprise. Mei Ling, elle, heurta le sol en silence.

– Oh, pardon ! dit Grue derrière elle. Je suis désolé !

Les guerriers autour de la table étaient trempés par la soupe, et Po râlait parce que le jeu de cartes était foutu. Mei Ling, elle resta au sol, elle n'avait plus la force de se relever : elle venait d'échoué.

– Ça va Mei Ling ? demanda Grue. Je suis désolé. Je t'ai malencontreusement fait trébucher avec ma patte !

Mei Ling releva la tête et regarda Grue qui lui tendit la patte pour l'aider à se relever. Il était souriant, comme si rien ne s'était passé. Il avait un parfait contrôle de ses émotions, ne laissant rien transparaitre. Mei Ling était une nouvelle fois impressionnée : il venait de trouver en dix secondes le compromis parfait pour sauver tout le monde sans que Mei Ling ne soit démasquée.

– C'est dommage, toute cette soupe… dit Po. En plus, elle était bonne !

Mei Ling se cramponna à la table avec ses bras et se redressa d'un coup. Elle se mit sur ses genoux, sa tête dépassant juste au dessus de la surface de la table, et elle regarda Po, apeurée.

– Comment ça, elle était bonne ?!

Tout le monde regarda la chatte des montagnes, étonnés. Elle était anormalement terrifiée après ce stupide incident.

– Ben, elle était bonne… dit Po sans comprendre. Un peu trop salée, mais bonne…

– Mais tu l'as goutée ! relança Mei Ling.

– Bah, en fait, j'ai vu qu'à un moment il n'y avait personne dans la cuisine, expliqua Po. Alors, comme il y avait la marmite…

Mei Ling comprit : elle n'avait quitté la cuisine avec Grue que quelques secondes quand elle avait tenté de s'enfuir en douce, mais cela avait suffit au panda pour se faufiler dans leurs dos et gouter la soupe. Une cuillère de cette soupe était fatale : dans moins d'une heure, le panda allait ressentir des douleurs à l'estomac, et les autres sauraient… Et Mei Ling n'avait plus du tout de poison. Une évidence lui faisait face : elle venait à l'instant même de faillir à sa mission.

Pendant que Mei Ling réfléchissait à toutes les conséquences que cela avait, Tigresse la regardait intensément. Mei Ling la regardait elle aussi, et cela lui fit des frissons dans le dos : elle semblait avoir compris. La réaction de Mei Ling après que Po ait annoncé qu'il avait bu de la soupe avait été démesurée et Tigresse n'y avait pas été insensible. Maintenant, Mei Ling voyait bien qu'elle était en train de reconstituer le puzzle : elle avait devinée que la soupe était empoisonnée !

Mei Ling essayait d'effacer la peur de son visage, mais elle n'en était pas capable. Elle regarda tout autour de la table : les autres étaient consternés, ne semblant pas comprendre ce qu'il se jouait au moment même. Sauf qu'à tout instant, Tigresse pouvait bondir sur Mei Ling. La chatte des montagnes décida qu'il n'y avait plus une seconde à perdre : elle sauta vers la sortie et courut de toutes ses forces, suivie immédiatement par Tigresse, sous le regard médusé des autres.

Mei Ling fonçait dans le couloir qui menait à la porte de sortie. Elle avait un peu d'avance, ça pouvait être suffisant pour qu'elle puisse s'échapper. Il lui restait à peine deux virages à angle droit à négocier pour être sortie d'affaire. Elle prit le premier avec une légère glissade, et en quelques bonds, elle fut au second virage, qu'elle prit parfaitement. Elle n'était plus qu'à trois mètres de la sortie, et elle ne sentait plus Tigresse dans son dos. Elle allait y arriver.

Mais au même instant, Tigresse passa à travers le mur de gauche et lui tomba dessus. Elle avait prit un raccourci et avait profité du fait que les murs n'étaient que de fines parois facilement destructibles. Tigresse saisit Mei Ling par les hanches et l'emporta avec elle dans son élan, ce qui fit qu'elles traversèrent le mur de droite. Après avoir roulées sur cinq mètres, Mei Ling parvint à se libérer de l'étreinte de Tigresse. Elle se releva aussi vite qu'elle le pouvait, mais Tigresse était plus rapide : elle lui fit une série de mouvements très rapides avec les mains que Mei Ling n'eut pas le temps d'analyser et qu'elle ne put parer. Elle essuya une suite de coups dans les bras, les jambes et le ventre, mais elle parvint à ne pas prendre de coup sur la tête, ce qui lui permettait de garder les idées claires. Pour riposter, elle se baissa et fit un large balayage avec sa jambe, mais son adversaire l'évita par un saut arrière. Mei Ling s'aperçut que Tigresse mit plus de temps pour préparer le prochain coup, et supposa qu'elle voulait lui donner un coup surpuissant pour vite terminer le combat. Elle se recula le plus possible et, au moment où tigresse lança son bras, elle fléchit des jambes et passa sous l'attaque, avant de se détendre et de repousser son adversaire hors de la pièce en passant à nouveau par le mur.

Elles se retrouvèrent à nouveau dans le couloir, face à la porte de sortie. Mei Ling essaya d'y parvenir, mais Tigresse la saisit par la queue et la renvoya du côté opposé. Après avoir dérapé sur plusieurs mètres, Mei Ling revint à la charge, essayant de passer de force. Mal lui en prit : Elle essuya une salve de coups précis et puissant, alors qu'elle parvint à peine à toucher Tigresse. Elle fit marche arrière et s'éloigna de son ennemie. Mais Tigresse ne se rua pas sur elle, restant immobile à quelques mètres en position d'attaque, la regardant avec défiance.

– Rends-toi, Mei Ling ! cria-t-elle. Je ne te laisserai pas fuir.

Mei Ling avait compris qu'elle n'arriverait pas à distancer Tigresse dans ce bâtiment qu'elle connaissait mieux qu'elle. Elle ne pouvait pas non plus continuer à se battre directement avec elle, Tigresse était plus forte, et Mei Ling savait qu'elle ne tiendrait pas longtemps comme ça. Il ne lui restait plus qu'une option, un plan de secours auquel elle pensait ne jamais recourir.

Mei Ling fit volte-face et sprinta vers le coin opposé du bâtiment. Cette fois-ci, Tigresse fut un peu plus surprise, et elle mit un peu plus de temps à la poursuivre. Mei Ling fit un léger détour pour ne pas repasser devant les autres qui devaient avoir recouvert leurs esprits. Elle passa de nouveau à travers un mur qui emmenait à une pièce remplie d'ustensiles de toutes sortes sans fenêtres éclairée au flambeau. Elle en attrapa un et ressorti par le mur opposé en faisant attention à ne pas l'éteindre. Tigresse n'était qu'à quelques mètres d'elle, elle allait bientôt la rejoindre.

Arrivée à nouveau dans le couloir principal, elle se retourna et agita le flambeau vers Tigresse, qui stoppa et se cambra pour l'éviter. Mei Ling repartit de plus belle, toujours poursuivie par Tigresse, qui n'avait rien perdu dans la manœuvre. A l'instant où Mei Ling parvint dans le couloir des dortoirs, Tigresse attrapa une de ses jambes, et elle tomba à plat ventre. Mei Ling se retourna sur le dos et repoussa Tigresse avec ses pieds, et vit que les autres guerriers étaient eux aussi à ses trousses. Toujours au sol, elle défonça la porte de la chambre de Vipère qui était aussi sa chambre, et roula à l'intérieur. Quand elle se releva, les autres étaient également rentrés à l'intérieur et lui faisaient face : elle était cernée. Elle tendit son flambeau vers eux pour se protéger, et ils stoppèrent en position d'attaque. Ils restèrent ainsi immobiles quelques instants avant que Tigresse ne parle :

– Tu ne peux plus t'enfuir, Mei Ling. Tu dois te rendre. Tout est fini pour toi !

Mei Ling les regardaient tous tour à tour. Tigresse était déterminée à la stopper, mais les autres étaient plus hésitants. Mais ils ne la laisseraient pas partir. Ils restèrent encore quelques instants à attendre, puis, à la surprise générale, Mei Ling sourit.

– Non, tout n'est pas fini.

Elle abaissa sa torche vers le sol. A cet instant, Les autres se rendirent compte qu'elle s'était arrêtée juste à côté de son propre matelas. Grue fut le seul à deviner ses intentions.

– Non, Mei Ling, tu n'as pas… commença-t-il.

– Et si, répondit-elle.

Sa torche toucha le matelas. Celui-ci prit feu à une vitesse étonnante, en dégageant une énorme quantité de fumée qui piquait les yeux. Mei Ling avait profité d'une nuit quand les autres dormaient pour le remplir son matelas de buisson Xiyàn qu'elle avait trouvée, comme Grue le lui avait dit, dans la réserve.

– Vite, attrapez-là ! cria Tigresse.

Grue n'avait pas menti à Mei Ling sur les propriétés du buisson. En deux secondes, la pièce était remplie de fumée. Tous se précipitèrent dans un assaut pressé et désordonné, et Mei Ling n'eut à parer que quelques coups avant que la fumée ait rendu tout combat impossible. Elle s'enfuit alors en passant à travers un mur, profitant du bruit et de l'agitation pour que personne ne la repère. Elle était ravie : son plan de secours venait de fonctionner.