Fuite

Jason-Kinuta-Voorhess:Content que tu apprécies. Encore pas mal de surprises à suivre dans les prochains chapitres


Tigresse faisait des moulinets dans les airs avec ses bras, cherchant dans le vide un mur. Elle en trouva un et le longea jusqu'à ce qu'elle fut sortie de l'épais nuage de fumée. Elle suffoquait et ses yeux étaient remplis de larmes. Quand elle parvint à un endroit où elle pouvait enfin voir quelque chose, elle regarda autour d'elle. Mais il n'y avait plus aucune trace de Mei Ling, et il était impossible pour elle de savoir où elle était partie. Tigresse tapa du poing sur le mur. Elle enrageait.

La fumée finit par se dissiper. Les autres avaient également les larmes aux yeux et ils toussaient. Mei Ling avait pu partir n'importe où, il était inutile de tenter de la poursuivre.

– Comment Mei Ling pouvait être au courant pour les buissons Xiyàn ! s'énerva Tigresse.

– C'est moi qui lui en ai parlé… dit Grue qui récupérait à peine de la fumée. Je lui ai dit comment ça marchait et qu'il y en avait dans la réserve. Je ne pensai pas qu'elle s'en servirait…

Les autres se réunirent autour de Tigresse. Ils étaient toujours étonnés, n'ayant pas tout à fait compris ce qui leur était arrivé.

– Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Mante. Pourquoi Mei Ling a voulu fuir tout d'un coup ? Elle est vraiment méchante ?

– Elle avait mit du poison dans la soupe, expliqua Tigresse. En voyant que son plan était raté, elle a tenté de prendre la fuite. Heureusement pour nous que Grue l'a malencontreusement fait tombée.

– Enfin, Mei Ling ne peut pas être méchante, s'étonna Singe. Elle t'a sauvée ! Si elle voulait nous tuer, elle t'aurait laissée mourir !

– Elle a fait ça uniquement pour endormir ma vigilance, poursuivit Tigresse. Et ça a marché…

Elle regarda Po, suivie bientôt par les autres. Après un long délai de réflexion, Po finit enfin par réagir :

– Mais… J'en ai bu de la soupe, moi…

Un long silence s'ensuivit. La peur commençait à se former sur son visage, il se rendait compte de la gravité de la situation.

– Tu vas surement te sentir mal dans peu de temps, dit durement Tigresse. C'est pour ça qu'elle est partie, on aurait immédiatement deviné ce qu'elle avait fait.

Po mit sa main sur son ventre et essaya de sentir quelque chose dedans. Il venait de prendre un gros coup de bambou sur la tête.

– Il doit y avoir quelque chose, paniqua-t-il, un antidote, un truc pour ralentir le poison !

– Il faut voir si on peut déterminer le poison qu'elle a utilisé, dit autoritairement Shifu. Revenons à la cuisine, nous y trouverons peut-être quelque chose.


Arrivés dans la cuisine, ils remarquèrent tous immédiatement le tube en verre brisé et la poudre blanche répandue par terre. Ils s'approchèrent et l'examinèrent.

– Vipère, dis-nous ce que c'est, commanda Shifu. C'est toi la spécialiste en poisons.

Vipère s'approcha de la poudre l'étala un peu. Elle s'en mit un peu sur le bout de la queue et l'approcha de ses yeux. Après avoir regardé la poudre dans tous les sens, elle déclara :

– Des cristaux blancs comme ça, c'est trop commun. Ca pourrait être des centaines de poisons. En plus, comme Mei Ling vient d'une région que je ne connais pas, il y a de forte chance que je ne connaisse pas ce poison…

– Alors… Qu'est-ce qu'on fait ? s'inquiéta Po.

– Je vois deux solutions, répondit Vipère. Ou bien je prends le risque d'être moi-même empoisonnée en sentant et en goutant le poison, avec d'infimes chances de deviner ce que c'est… Ou bien on attrape Mei Ling et on lui fait dire ce que c'est, et quel est l'antidote.

Une onde de choc parcourut l'assemblée. La première proposition était idiote, il est presque impossible de reconnaitre un poison au gout et à l'odeur. Ca voulait donc dire qu'il faudrait faire avouer à Mei Ling quel poison elle avait donné. Et vu sa détermination, autant dire qu'il était peu probable d'obtenir d'elle des informations, même s'ils l'enfermaient, ce qui était loin d'être le cas. Tigresse regarda la réaction de Po : il se tenait le ventre avec les deux bras, et était de plus en plus inquiet.

– Il faut que je réfléchisse, dit Shifu. On n'a plus le temps d'attendre qu'ils passent à l'action, il faut agir.

– Comment ? demanda Mante. On ne sait même pas où ils sont !

– Je ne sais pas, avoua Shifu. On va voir…

Il s'avança vers la sortie, suivit par ses élèves. Seul Grue restait immobile à l'arrière.

– Maître Shifu, dit-t-il.

Les autres se retournèrent vers lui. Il n'était pas dans son état normal. Il avait reprit son air absent, pensif, la tête ailleurs, qu'il avait ces derniers jours. Tigresse se rappela alors qu'il venait de découvrir que Mei Ling était avec Yàn. Le choc devait être énorme pour lui.

– Oui, Grue, répondit Shifu.

– Est-ce que vous avez reçu des lettres venant de l'académie de Lee Da qui demandaient de l'aide ?

Shifu regarda Grue avec gravité en gardant le silence. Après quelques instants, il répondit brièvement :

– Oui.

Tigresse fronça les sourcils. Shifu leur avait caché une nouvelle aussi importante ? Grue poursuivit en étendant les ailes :

– Pourquoi ne pas avoir répondu à ces demandes d'aide alors ?

– L'académie de Lee Da est trop loin, y aller aurait été trop long. En plus, quand j'ai reçu ces lettres, on était dans une période difficile : Tai Lung venait d'être battu, Oogway venait de nous quitter et Po était encore en apprentissage.

Il prit un temps de pause avant de poursuivre :

– Et ça ne représentait pas une menace directe pour la Chine.

Grue était choqué par ce que venait de lui annoncer Shifu. Tigresse l'était aussi. Shifu avait délibérément choisi de ne pas en parler à Grue parce que ce n'était qu'un problème mineur. Ce n'était pas du tout ce que Shifu lui avait enseigné.

– Pourquoi ne pas m'en avoir parlé ? J'aurai voulu les aider, moi ! Ce n'est pas à vous de prendre les décisions qui me concernent !

– Je suis désolé, dit Shifu en toute honnêteté. Je ne pensai pas que la situation était si grave là-bas.

Grue baissa la tête. Il était déjà très affecté depuis qu'il avait appris que l'académie était régulièrement après qu'il soit parti, et cette déclaration n'allait pas arranger les choses. Il allait encore moins parler qu'avant.

– Mais, explique-moi, Grue, demanda Shifu, comment sais-tu que j'ai reçu des lettres ?

– C'est Mei Ling qui me l'a dit, répondit l'intéressé. C'est elle qui les avait envoyées.

– Ah bon ? s'étonna Mante. Pourquoi elle ne nous en a pas parlé, alors ?

– Parce que ça nous donnait une raison de plus de ne pas lui faire confiance, devina Tigresse.

– Mais si elle voulait que personne ne le sache, pourquoi elle l'a dit à Grue alors ? demanda Vipère.

Tigresse n'avait pas la réponse. Elle regarda Grue pour déceler un éventuel indice. Il était en train de réfléchir, comme d'habitude. Il réfléchissait même trop. Une idée frôla son esprit, une idée folle mais pas si impossible que ça.

– Parce qu'il savait déjà que Mei Ling était contre nous, dit-elle.

Les autres la regardèrent dans la consternation la plus totale.

– Tu t'es absenté pendant la partie de cartes et tu es allé dans la cuisine, où tu l'as vue mettre du poison dans la marmite, expliqua-t-elle. En fait, tu as fait exprès de la faire tomber !

Les regards se tournèrent vers Grue, qui ne répondit rien. Son silence en disait long : en ne contestant pas ce que Tigresse disait, il avouait que c'était vrai.

– C'est vrai, Grue ? demanda Shifu.

L'oiseau hocha lentement la tête. Les autres guerriers poussèrent un soupir de surprise.

– Pourquoi tu ne nous as pas prévenus ! On aurait pu l'arrêter ! Tu aurais pu empêcher Po de boire cette soupe !

Grue essayait de répondre, mais Tigresse voyait bien qu'il ne savait pas quoi dire, qu'il n'arrivait pas à mettre des mots sur ses impressions.

– Je ne voulais pas… balbutia-t-il. Il fallait que je… Il ne fallait pas l'arrêter…

Grue réfléchissait encore et encore. Il fit un pas en arrière. Tout d'un coup, il se mit en position d'attaque en face d'eux.

– A quel jeu joues-tu, Grue ? demanda Tigresse.

Tigresse savait que Grue était amoureux de Mei Ling, mais à quel point ? Il la regarda droit dans les yeux, et lui dit :

– Je suis désolé pour ce que je vais faire, Tigresse. Mais il faut que je le fasse.

Tout d'un coup, étendit ses ailes de toute son envergure. Tigresse et les autres comprirent instantanément ce qu'il allait faire, mais ils n'eurent pas le temps de l'éviter : les ailes de la justice, sa technique la plus célèbre. Grue rabattit ses ailes à une vitesse supersonique, créant un flux d'air d'une puissance exceptionnelle en face de lui qui balaya la pièce, emportant avec lui les guerriers déséquilibrés. Tigresse tenta de rester sur ses appuis, mais elle n'y parvint pas et fut éjectée contre le mur du fond. Grue profita du fait que ses ennemis étaient au sol pour prendre la fuite. Il sortit de la pièce et se dirigea vers la sortie du bâtiment.

– Poursuivez-le ! cria Shifu.

Les guerriers se relevèrent et foncèrent vers la sortie.

– Mais qu'est-ce qu'il fait ? demanda Po en courant.

– Il est en train de changer de camp ! répondit Tigresse entre ses dents.

Quand ils parvinrent à la sortie, Grue était déjà haut dans le ciel. Il était inutile de tenter de le poursuivre.

– On ne peut pas le laisser s'enfuir ! protesta Shifu.

– Il vole, on ne peut rien faire… répondit Vipère.

– Ou est Zeng ? poursuivit Shifu en regardant autour de lui. Zeng peut le suivre, lui !

Shifu avait perdu son calme habituel. Il semblait ne pas accepter le changement d'attitude de Grue. Mais il était trop tard pour pouvoir faire machine arrière. Les maîtres regardèrent Grue s'éloigner dans le ciel, impuissants.