La Grotte

Jason-Kinuta-Voorhess: Merci ! J'ai fait exprès de mettre du suspense dans mon histoire, et je suis content de voir que ça marche !


A une dizaine de kilomètres du Palais de Jade, encaissée au fond d'une minuscule vallée, cachée dans l'épaisse paroi rocheuse, il y avait une grotte. Cette grotte était quasiment introuvable, seul quelques paysans savaient où était cette caverne introuvable. Et Yàn avait eu la chance de tomber sur un de ces paysans.

A l'intérieur de la grotte était logés les quelques 300 guerriers qui était sous les ordres de l'aigle. En y arrivant, ils avaient eu une bien mauvaise surprise : il y régnait un froid glacial, et ils manquaient de vêtements chauds. Heureusement, la caravane de marchands qu'ils avaient attaquée en avait tout un tas !

Dans la plus grande salle de la caverne, tous les soldats qui n'étaient pas en mission de surveillance dans la Vallée de la Paix étaient rassemblés. Il y avait au centre de la salle une petite table en bois. Yàn était incapable d'expliquer ses plans en détail sans une carte et une grande table en bois. Mais comme il était difficile de faire passer une grande table en bois dans une petite vallée et une petite ouverture, il avait du se contenter d'une petite. A côté de cette table, il y avait Yàn et Mei Ling, vers qui tous les regards étaient dirigés.

Yàn était calme et marchait sur la table de long en large. Il faisait souvent ça quand il parlait à ses généraux ou quand il était un peu contrarié, cela le grandissait, lui qui était petit par rapport aux autres. Sauf que là, la table était tellement petite qu'il faisait des dizaines et des dizaines d'aller-retour très rapides.

– Le plan était presque parfait… dit-il. Il y avait tellement de chances que ça réussisse…

Mei Ling le regardait faire les cents pas. Il n'était pas en colère, il avait pourtant des tonnes de raisons de l'être. Il était plutôt déçu. C'était un peu le propre de Yàn : il prenait chaque combat comme un défi à relever, un peu comme un jeu. S'il perdait, il tout prenait sur lui. Pour l'aigle, si un de ses sous-fifres ratait sa mission ou ne tenait pas ses engagements, Yàn se disait que c'est parce qu'il avait mal évalué les capacités des personnes qu'il envoyait. Pour lui, la connaissance parfaite de la force, du moral et de la détermination des troupes étaient les points clés d'une bataille. Alors il avait tendance à ne pas s'énerver.

– J'y étais presque, se défendit Mei Ling. Et le panda a bu du poison, il va mourir !

– Pourquoi as-tu échoué, Mei Ling ? Je pensai que tu étais proche du but ?

L'aigle ne la regardait pas. Son attitude avait quelque chose d'effrayant. S'il se sentait coupable d'un échec, cela ne l'empêchait pas de châtier les incapables qui n'avaient pas fait leur boulot. C'est pour cette raison que Mei Ling devait à tout prix se défendre :

– Le timing était trop serré. Tigresse était trop vigilante, et quand j'ai enfin réussit à la tromper, j'ai manqué de chance…

– C'est Wang Kiang Chue qui t'a découverte, c'est ça ?

Yàn avait des espions qui observaient de loin tout ce qu'ils pouvaient voir dans les baraquements. Ça n'étonnait pas Mei Ling qu'il ait réussi à obtenir ces informations.

– Oui, répondit-elle.

– Je pensais que tu le tenais, qu'il était sous ta coupe.

– J'ai fait tout ce que j'ai pu, je ne pouvais pas faire plus.

Yàn souffla et regarda vers le haut, l'air pensif. Il devait être en train de réfléchir à ce qu'il allait faire d'elle. Mei Ling se sentait de plus en plus mal.

– Tu sais, Mei Ling, dit l'aigle. Je connais des tas et des tas de chefs militaires idiots qui décapitent leurs hommes dès qu'ils ne sont pas satisfaits de leur travail. Ils se disent que comme ça, ils font peur aux autres et ça leur permet d'avoir plus de contrôle sur eux.

Mei Ling avait des frissons. Elle savait que Yàn ne ferait pas ça, mais ça lui faisait quand même peur.

– Tu as de la chance que je ne sois pas idiot. Je ne tue pas sans en avoir de bonnes raisons. Mais je n'ai pas l'habitude de garder des éléments défaillants dans mon équipe. Sauf que tu es la meilleure combattante dans mon équipe, et tu as quand même réussi à neutraliser le Guerrier Dragon. Alors il serait trop bête de me séparer de toi pour de telles raisons…

Mei Ling était soulagée. Elle était déterminée à aller jusqu'au bout, tout ce qu'elle désirait, c'était de rester dans le groupe. Elle s'inclina devant son chef.

– Merci, Yàn. Je…

– Cependant… coupa-t-il.

Mei Ling releva la tête et regarda Yàn qui avait encore les yeux rivés vers le haut. Elle était à nouveau inquiète.

– Ce qui m'embête, c'est la relation que tu as créée avec Wang Kiang Chue. Tu es maintenant très proche de lui, et ça peut devenir très gênant… Il ne faudrait pas que tu te retrouve face à lui en combat et que tu retiennes tes coups.

– Quoi ! s'étonna Mei Ling. Mais… Je ne l'aime pas ! Je ne me suis rapproché de lui que pour réussi ma mission !

– Je suis bien au courant que tu n'as fais ça que pour la mission. Mais, en se rapprochant de lui, tu as créé des liens, Mei Ling. Qui dit liens, dit sentiments. Et si il y a une chose qu'on ne peut pas contrôler…

– Non, je suis complètement capable de…

– Ni moi, ni toi, coupa autoritairement Yàn en regardant Mei Ling pour la première fois depuis le début de l'entrevue. Toujours laisser les sentiments de côté, c'est une règle basique. Je ne peux pas te laisser, Mei Ling, c'est un trop gros risque.

– Dans deux jours environ, le panda sera mort ! s'énerva Mei Ling. Wanki est tellement bouleversé qu'il sera incapable de se battre correctement ! Tigresse me hait tellement qu'elle sera incapable de bien se concentrer en ma présence ! Aucun d'entre vous n'aurait été capable de faire ne serais-ce que le tiers de ce que j'ai fait !

– Et on t'en remercie, Mei Ling, répondit calmement Yàn. Mais ton travail s'arrête là, tu resteras ici pendant qu'on s'occupera du reste.

Mei Ling enrageait.

– Ils sont diminués. On vaincra si on les attaque tous. Vous avez besoin de moi pour la bataille.

Yàn soupira et fronça les sourcils, puis tourna le dos à Mei Ling.

– Si tu avais réussi, on n'aurait pas eu à se battre, dit-il agacé. Je déteste la baston et l'agitation. « L'art de la guerre, c'est gagner sans combattre »*, combien de fois devrais-je encore le dire…

Mei Ling n'en pouvait plus. Elle n'avait jamais aimé Yàn, et ce même si elle voulait absolument qu'il réussisse ce qu'il avait entreprit. Elle s'était rangée à ses côté parce qu'il proposait un avenir aux anciens de l'académie de Lee Da. Et elle en voulait aux guerriers du Palais de Jade. Elle leur en voulait terriblement.

A cet instant, un gros Varan arriva dans la caverne en trombe. Il était très pressé et il bouscula les soldats qui étaient sur son chemin.

– Chef Yàn ! dit-il. Poussez-vous, bon sang ! Chef Yàn !

Il arriva devant l'aigle qui était toujours sur la table et il s'agenouilla.

– Qui y a-t-il, Wa Làn ? Tu n'es pas censé être là, pourquoi as-tu quitté ton poste ?

– Chef, on a capturé la grue.

Le cœur de Mei Ling fit un bond, tandis que le visage de Yàn se raidit. Un murmure de surprise parcourut l'assemblée.

– Comment ça ?! demanda Mei Ling. C'est impossible !

– Oui, c'est impossible, dit platement Yàn. Vous ne l'avez pas capturé, il s'est rendu.

Mei Ling se retourna vers l'aigle. Il semblait être sûr de lui. Le varan répondit :

– Il nous a trouvé, moi et Nioroù avec qui j'étais en équipe. Il s'est présenté à nous. On pensait qu'il allait nous attaquer, mais il s'est laissé capturer sans rien faire…

– Pourquoi ?! Pourquoi il aurait fait ça ?!

– Il a dit qu'il voulait nous aider, expliqua le Wa Làn.

Yàn regarda le varan avec méfiance. Il détestait avoir à faire face à une situation qu'il n'avait pas prévu.

– Vous l'avez emmené ici ? demanda-t-il. C'est peut-être un piège pour découvrir où nous nous cachons, ou pour obtenir d'autres informations.

– Nous l'avons laissé non loin de l'entrée, mais assez loin pour qu'il ne retrouve pas la grotte, chef, et il est bien enchainé. Et apparemment, selon les nouvelles que j'ai reçues de différents espions, il se serait battu pour pouvoir échapper aux autres maîtres. Et les espions peuvent confirmer avec certitude, d'après ce qu'ils ont vu, que ce n'était pas une mise en scène pour nous tromper.

Yàn se retourna lentement vers Mei Ling et lui sourit majestueusement.

– Tiens, tiens… dit l'aigle. Alors comme ça, ton petit ami aurait retourné sa veste ?

– Je ne suis pas amoureuse de lui ! Mais lui m'aime, c'est sûr et certain.

– Au point de trahir ses amis et de rejoindre ses pires ennemis ?

Mei Ling n'avait pas la réponse à cette question. Grue était complètement ailleurs ces derniers jours, mais elle ne pouvait pas assurer que c'était complètement à cause d'elle. Qu'il abandonne tout pour elle lui paraissait dément.

– Je n'en sais rien… dit-elle. Mais… C'est peut-être possible…

Yàn hocha la tête et se mit à réfléchir intensément. Il n'était pas du genre à prendre le moindre risque, et laisser un ennemi rentrer dans son repaire n'était pas une décision à prendre à la légère.

– Mais Yàn, une chose est sûre, c'est qu'il vient juste d'apprendre que j'étais une espionne, fit remarquer Mei Ling. Il ne peut pas avoir inventé un plan génial en si peu de temps !

– Il ne faut jamais sous estimer ses ennemis, Mei Ling, répondit l'aigle. Surtout quand c'est un maitre Kung Fu qui connait les fondements de la stratégie militaire.

Mei Ling détestait quand Yàn lui faisait la leçon, mais c'était dans la nature de l'aigle de tout expliquer. Il réfléchit encore un peu avant de demander au varan :

– Il est bien attaché ?

– Il n'a aucune chance de se libérer seul.

– Alors faites le rentrer. De tout façon, maintenant qu'on l'a capturé, il faudra bien le mettre quelque part…

– Bien, chef.

Le varan se retourna et ressortit de la caverne. Quelques minutes plus tard, il revint avec son coéquipier Nioroù le bœuf qui tenait une chaine au bout de laquelle Grue était attaché. Il avait des chaines tout autour des ailes, du bec et des pattes, ce qui l'empêchait de faire de grands pas. Le groupe fendit le groupe de soldats qui défiaient l'oiseau du regard. La grue le leur rendait, ne laissant transparaitre aucune peur sur son visage. Il s'avançait, déterminé, vers son ennemi qui le regardait avec méfiance. Quand le trio fut arrivé devant la table où se dressait l'aigle, le varan enleva avec soin la chaine autour du bec de Grue en faisant bien attention de ne pas se faire surprendre par une attaque de l'oiseau. Mais Grue, lui, ne regardait que l'aigle. Quand il fut capable de parler, l'aigle lui demanda d'un air supérieur, tout en reprenant ses aller-retour sur la table :

– Alors, mon vieil ami, selon mes hommes, tu aurais proposé ton aide ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu trahirais tes équipiers avec qui tu as vécu pendant vingt ans sur un coup de tête ? Tu n'es pas du genre à être attiré par l'appât du gain, tu ne partage pas nos valeurs… Et, si, comme cette charmante chatte des montagnes ne cesse de me le répéter depuis tout à l'heure, tu serais amoureux d'elle, cela n'explique pas que tu veuille nous aider. Car tu pourrais bien attendre que le conflit soit terminé et qu'on ait vaincu tes amis. Car, tu sais Wang Kiang Chue, on n'a pas besoin de ton aide pour l'emporter, mine de rien, on a déjà pas mal avancé sur le chemin de la victoire. Alors donne-moi la moindre bonne raison de te faire confiance.

Grue était resté impassible pendant toute la tirade de l'aigle. Il n'était pas la pour qu'on ne le prenne pas au sérieux.

– Je viens parce que je veux la même chose que toi, Yàn, dit-il solennellement. Je veux qu'il n'y ait pas de combat. Je veux que personne ne soit blessé ou tué.

Yàn regarda d'abord la grue avec méfiance. Il resta dans la même position un moment. Puis, lentement, il lui tourna le dos, et dit rapidement :

– Développe…

Mei Ling sourit : Grue venait de toucher un point sensible de Yàn. La chose qu'il aimait le plus était de soumettre l'ennemi sans même avoir eu à se battre. Alors il ne pouvait pas ignorer la proposition de Grue.

– J'ai un plan pour que vous gagniez sans prendre le moindre risque.

Yàn poursuivit en restant dos à Grue.

– Qu'as-tu à y gagner, toi ?

– J'ai une condition…

L'aigle se retourna brusquement et le réprimanda :

– Ah ! Mais tu n'es pas en position de négocier, Wang Kiang Chue !

– Je n'ai pas finit… interrompit Grue.

Yàn fit un pas en arrière. Il n'avait pas l'habitude qu'on lui tienne tête. Cependant, il laissa la grue poursuivre :

– Je vous propose mon plan, en échange de quoi, vous me promettez qu'il n'y aura plus de victimes, plus de morts.

La voix de Grue était déterminée. Mei Ling trouvait que son courage et sa volonté étaient impressionnant. En fait, plus elle était avec Grue, plus elle le trouvait fascinant. Ses actions pouvaient sembler bizarres, voire même incompréhensibles, mais elles étaient toujours murement réfléchies et faites avec conviction. Yàn, de son côté, semblait hésiter de plus en plus. Il demanda à nouveau :

– Mais, comment peux-tu être sûr que je vais tenir parole ?

– Je sais que tu es méprisable et intelligent, mais pas lâche et cruel. Si tu suis bien mon plan, il n'y aura aucune raison que quelqu'un soit tué. Et tuer quelqu'un sans raison n'est pas ton genre.

Yàn sourit. Il était ravi d'entendre cela.

– Ah… soupira-t-il. Ca fait plaisir de parler à quelqu'un qui sait ce qu'il dit et qui sait bien emmener une conversation ! Cependant, tu sais bien que je ne pourrais pas laisser mes ennemis en liberté, il faudra que je les enferme.

– Je sais bien. Mais si il y a affrontement direct, il y aura forcément des morts dans les deux camps, quel que soit le vainqueur. Je préfère être enfermé dans une geôle plutôt que de savoir mes amis morts. Po a déjà du payer le prix de nos affrontements, alors n'allons pas plus loin.

Yàn était encore en train de peser le pour et le contre. Une telle décision n'était pas à prendre à la légère, alors il prenait tout son temps.

– Il faudra que ce plan soit très bon, dit-il…

– Il marchera, c'est certain, assura Grue.

L'aigle hésita encore quelques secondes avant de déclarer :

– Alors marché conclut !


*Citation de "L'art de la Guerre"