Souffrance et stupéfaction

Jason-Kinuta-Voorhess : Grue est génial de toute façon.


Po était installé sur son lit, et Tigresse, Shifu, Vipère, Mante et Singe étaient rassemblés autour de lui. Le panda se tordait de douleur en se tenant le ventre. Plus les heures passaient, plus il grognait de douleur. Ses cris semblaient même disproportionnés, et il était fort probable qu'il en rajoutait beaucoup. Mais vu sa situation, les autres ne pouvaient rien lui dire.

– Ah ! criai-t-il. Je souffre !

Tigresse lui prit la main. Po avait besoin de soutien dans cette épreuve. Et Tigresse ne voulait pas le voir partir. Elle voulait l'aider, de toutes ses forces, mais elle restait impuissante. Il y avait un grand nombre de choses qu'elle détestait, mais ce qu'elle haïssait par-dessus tout, c'était de voir quelqu'un d'autre souffrir, et ce encore plus quand c'était un ami.

– Ah ! Aidez-moi ! Faites quelque chose !

– On ne peut rien faire, Po, dit Vipère avec résignation. On ne peut rien te donner si on n'est pas sûr que ça ne va pas accélérer le poison.

Le panda se retourna dans son lit vers Mante qui était perché sur l'épaule de Singe.

– Mante ! Toi, tu dois bien avoir une technique contre la douleur ! Avec tous tes trucs apaisants…

– Quoi ? s'étonna Mante. Tu veux que je te fasse de l'acuponcture ?

– Oui… Enfin, non ! Tu n'aurais pas un truc comme… Un massage ?

– Euh… Un massage ? Avec les mains que j'ai ?

– Argh ! J'ai mal au ventre ! J'ai l'impression que je vais vomir !

– Ca ira mieux, Po, tenta de rassurer Vipère. Il y a souvent des pics de douleur avec les poisons.

– Aïe ! Et j'ai super faim !

– Tu as faim et tu as envie de vomir en même temps ? demanda Vipère, étonnée.

– Non, j'ai juste méga faim !

Shifu fit signe à Vipère de le suivre hors de la pièce, ce qu'elle fit. Tigresse écouta de loin ce que le Grand Maître lui disait :

– Vipère, est-ce que tu as une idée de ce qu'il a ? Est-ce que ces symptômes te disent quelque chose ?

– C'est très étrange, maître… Ca ne doit pas être un poison courant, car ce qu'il ressent ne correspond pas à l'effet d'un poison normal. Mei Ling a du utiliser un produit qui m'est inconnu.

Shifu poussa un soupir de désespoir. Il n'avait jamais confronté à une telle situation. Il était déjà arrivé qu'un de ses élève soit empoisonné, mais il avait toujours pu trouver l'antidote à temps.

– Je vais tenter quelque chose avec l'acuponcture, dit Mante. Mais je manque d'aiguille pour… Une telle masse. Il faut que j'aille en chercher en ville.

– Personne ne quitte le bâtiment ! ordonna Shifu. Hors de question de prendre le moindre risque !

– Mais, personne ne me verra, se défendit l'insecte. Je me ferai tout petit…

– Mais maître, il faut faire quelque chose ! protesta Tigresse. Si on n'agit pas tout de suite, Po va mourir !

– Je ne veux pas perdre un autre élève ! cria Shifu.

Le panda roux s'arrêta brusquement. Plus personne ne dit plus rien, à part Po qui braillait dans son coin. Shifu haletait. Il semblait avoir au fond de lui de la rage mêlée avec une grande peine qu'il avait du mal à contenir. Tigresse ne l'avait plus vu dans cet état depuis des années, avant qu'il ne trouve la Paix Intérieure. Il resta immobile alors que les autres le regardaient, se rendant compte qu'il était en train de perdre son calme.

– Je… J'ai besoin de méditer, dit-il lentement. Excusez-moi…

Il partit dans le couloir, laissant derrière lui ses élèves dans la chambre de Po. Tous étaient stupéfaits de voir leur maître dans un tel état, et cela les attristait terriblement.

Tigresse comprenait néanmoins pourquoi il était aussi affecté qu'eux, voire même plus, alors qu'il était censé avoir un meilleur contrôle de ses émotions. Car Tigresse se rappelait de l'épisode qui avait le plus affecté moralement Shifu dans toute sa vie, et elle avait l'impression que le même scénario était en train de se répéter pour lui. Cette histoire était celle de Tai Lung, son ancien enfant adoptif. C'était autrefois son meilleur élève avant qu'il ne rencontre Po, et cet élève l'avait quitté, détourné par de sombres intentions. Et aujourd'hui, il était en train de perdre Po, son nouveau meilleur élève, et d'un autre côté, Grue l'avait quitté à cause de Mei Ling, l'une de leurs ennemis.

Et ce n'était pas tout, car, en plus de ça, Shifu devait se sentir coupable. Il avait choisi de ne pas montrer ces lettres envoyées par Mei Ling qui demandaient de l'aide, et c'était une des raisons principale pour laquelle Grue les avait quittés et que les élèves de l'Académie de Lee Da les attaquaient. Pas étonnant qu'il se sente mal…

– Dis-nous, Tigresse… commença Vipère.

Vipère hésita longtemps avant de continuer sa phrase. Mais elle finit par dire :

– Est-ce que tu pense qu'on a encore une chance de gagner ?

Tigresse fut dans un premier temps stupéfaite par la question. Comment Vipère pouvait-elle être aussi défaitiste ? Elle qui était si valeureuse ?

Puis, en bien y réfléchissant, Tigresse comprit pourquoi elle disait cela. Tigresse évalua les chances de victoire qu'ils avaient, et elles étaient très maigres. Grue avait bien précisé dès le début que le combat serait très serré, et qu'il ne faudrait pas faire d'erreurs. Et maintenant, la balance s'était largement déséquilibrée en leur défaveur. D'un côté, ils avaient perdu Po qui était incapable de se battre, Grue s'était enfui, Shifu avait perdu toute la tranquillité qui était en lui, et les autres étaient très affectés mentalement par tout cela. Et de l'autre côté, Yàn n'avait perdu aucun de ses hommes, pas un seul n'avait été blessé, et ils avaient maintenant un gros avantage stratégique : Yàn était toujours là et connaissait maintenant parfaitement tous les éléments de la bataille, tandis qu'eux n'avaient plus Grue et n'avaient maintenant plus que des connaissances approximatives de leurs ennemis.

En fait, Vipère était juste réaliste, pas défaitiste. Et Tigresse ne pouvait pas répondre à sa question sans dire des mensonges ou être pessimiste. Alors elle s'abstint de répondre.

– Peut-être que Grue est toujours de notre côté ? demanda Singe. Il a peut-être un plan pour piéger Yàn et ses hommes ?

– Il nous l'aurait dit s'il avait un plan ! objecta Mante.

– Il n'y a pas que ça, dit Vipère. Il y a surtout qu'il est amoureux.

– Mais, on en est sûr qu'il est amoureux ? interrogea Singe.

– Vous êtes aveugle ou quoi ?! s'étonna Vipère. Vous n'avez jamais vu quelqu'un de vraiment amoureux ?

Les autres ne répondirent pas.

– Moi, quand j'étais dans mon village, j'ai eu affaire à des gens qui étaient vraiment amoureux de moi, et je peux vous dire que Grue était exactement comme eux ces derniers jours ! C'est écrit sur son visage qu'il est amoureux ! Et je peux vous jurer que ce n'est pas un stratagème pour se rapprocher de Mei Ling. On ne triche pas avec ces choses là !

– Et en plus, il me l'a dit… dit Po derrière eux.

Les autres se retournèrent vers lui. Ils l'avaient complètement oublié au fil de la discussion, en grande partie parce qu'il avait arrêté de crier à tue-tête. Il était maintenant allongé sur le dos, les yeux fermés, et il respirait lentement. Il avait l'air d'aller mieux et, apparemment, il avait suivit leur conversation avec intérêt. Comme quoi, le simple de ne plus se focaliser sur sa propre douleur l'avait fait se sentir mieux.

Mais Tigresse savait qu'il faudrait qu'elle agisse vite pour pouvoir le sauver. Sa dernière chance était d'attraper Mei Ling et de la faire parler. Elle se promit de tout tenter pour l'attraper, de veiller toute les nuits, de se battre jusqu'à en mourir s'il le fallait. Et, pour lui faire cracher le morceau, elle irait jusqu'à lui faire la peau…