Nuit noire
On approche de la fin...
La troupe avançait lentement, mais surement. Les quelques 300 hommes sous les ordres de Yàn se faufilaient dans la neige profonde qui s'étalait sur toutes les faces de la montagne. Ils étaient obligés de passer par un chemin détourné, étroit et escarpé, qui serpentait dans les hauteurs. En plus, comme il faisait nuit noire, il était très difficile d'avancer en silence. Ils avançaient donc très lentement, mais comme ils avaient toute la nuit devant eux, ce n'était pas très grave. Le plus embêtant était de garder un peu de chaleur, la nuit étant très froide.
Ils n'étaient maintenant plus très loin des baraquements et de la salle d'entrainement. Ils devaient redoubler de vigilance.
– Maintenant, plus un bruit, murmura Yàn. On arrive dans la zone de vérité.
La rumeur se répandit rapidement tout au long de la file des soldats. Yàn s'était placé à l'avant de la troupe, précédé seulement de ses hommes les plus habiles, ceux capables de marcher dans la neige sans faire de bruit. Ensuite, tous les autres hommes suivaient en marchant en file indienne dans leurs pas, comme ça, ils ne faisaient pas non plus de bruit. Et ainsi, toute la cohorte avançait dans le silence le plus total…
Mei Ling, comme toutes les autres personnes dans la file. Étant donné qu'il faisait noir, tout le monde se repérait plus au son que par la vue. Mais Mei Ling avait un avantage sur une grande partie des autres. Comme c'était un félin, elle voyait bien dans le noir, et il fallait qu'elle soit plongée dans une obscurité totale pour qu'elle soit vraiment handicapée.
Mais là, elle ne voyait rien, et n'entendait rien. Il n'y avait là que des arbres nus et le son du vent de l'hiver. A ses côtés, il y avait Yàn et Grue, qui avait toujours les ailes enchainées. Il essayait, comme les autres, à suivre les traces de pas qu'il apercevait à peine devant lui. Il essayait également de bouger un peu ses ailes sous ses chaines pour se réchauffer. Décidemment, ce raid nocturne était une galère pour tout le monde.
– Est-ce que c'était bien utile de sortir pendant qu'il faisait nuit noire ? lui demanda Mei Ling en chuchotant. On aurait tout aussi bien pu choisir un autre jour !
– Il ne faut rien laisser au hasard, répondit Grue. Tant qu'il y a des facteurs qu'on peut contrôler, on en profite.
– Mais on peut se perdre ou prendre froid… Les conditions ne sont vraiment pas optimales.
– Peut-être, mais…
– Et on est chez l'ennemi, là. On connait bien moins le terrain qu'eux !
– Mais vous m'avez moi.
– Si on est attaqué, tu ne servirais pas à grand-chose.
– Ah, il faut que tu voies ça avec Yàn, c'est lui qui a décidé de me mettre des chaînes autour des ailes…
– C'est bien toi qui vient de dire qu'il ne fallait rien laisser au hasard, non ? intervint Yàn. Pourquoi est-ce que je te laisserai libre alors que je peux tout aussi bien t'enchainer ?
– Je n'ai pas l'intention de vous tromper, se défendit Grue.
– Je ne prends aucun risque, s'expliqua l'aigle. Tu ne peux qu'être d'accord avec moi sur ce point.
Grue regarda longuement ses pieds. Il ne pouvait que confirmer ce que l'aigle disait. C'était même le fondement du plan qu'il venait de donner.
– Tout doit être parfait, dit Grue pensif.
– Et tout sera parfait, ajouta Yàn. Je connais pas mal de citations sur l'Art de la Guerre, et l'une d'elle dit : « Soumettre l'ennemi par la force n'est pas le summum de l'Art de la Guerre. Le summum de cet art est de gagner sans verser une goutte de sang ». Et ça risque d'être le cas… Tu n'as pas versé une goutte de sang, Mei Ling, n'est-ce pas ?
– Attendez… interrompit-elle.
Yàn se tut immédiatement. Mei Ling avait eu la légère sensation d'entendre un bruit anormal. Elle écouta attentivement tous les bruits autour d'elle, les analysants pour déceler une quelconque anomalie. Une seconde fois, elle entendit un bruit sourd, plus net cette fois. Yàn l'avait entendu lui aussi. Il ordonna d'une voix audible seulement aux hommes les plus proches :
– Arrêtez tout ! En position défensive !
Ceux qui l'avaient entendu se mirent en position, les autres comprirent immédiatement et firent de même. Ils se placèrent en plusieurs cercles concentriques autour de Yàn. Les archers, placés vers l'intérieur, bandèrent leur arc. Les soldats faisaient pas mal de bruit en bougeant ainsi dans la neige, mais c'était nécessaire. Ils restèrent ensuite immobiles, attendant que quelque chose arrive.
Petit à petit, la pression finit par diminuer un peu. Ces bruits sourds n'étaient peut-être rien d'important.
– Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? Demanda un lieutenant. Il n'y a rien.
– On a tout notre temps, répondit Yàn. Je veux être sûr qu'il…
Un troisième bruit, encore plus fort, leur parvint. C'était un léger cri venant de vers là où ils allaient. Il n'y avait plus de doutes à avoir.
– Les éclaireurs. On est attaqué ! annonça Yàn. Préparez-vous.
Les soldats resserrèrent les rangs. Ils auraient surement à faire face à une menace inconnue dans quelques secondes. Mei Ling sentit sa respiration s'accélérer. S'ils avaient à se battre contre leurs ennemis, la situation allait se compliquer terriblement. Le terrain et les conditions ne leur étaient pas du tout favorables.
– Allumez une torche, ordonna Yàn.
– Mais, ils vont savoir où on est ! opposa un autre lieutenant.
– Tant pis. On ne peut pas se battre dans le noir ! Allumez une torche, tout de suite !
Un des hommes sortit un briquet rudimentaire : un morceau d'acier taillé qui, frotté contre une plaque de fer, permettait d'obtenir une étincelle. Ce principe d'allumage était loin d'être discret : il n'était pas facile d'allumer un feu ainsi dans le noir, et le lieutenant frotta plusieurs fois le métal sur la plaque avant d'arriver à sortir une flamme utilisable. Quand il y parvint, il rapprocha un morceau de bois qui s'enflamma, et le tendit dans la direction des bruits. Ce qu'ils virent dans l'éclat de lumière les pétrifièrent.
Tigresse se tenait là, seule, droite, immobile, à une cinquantaine de mètres d'eux. Elle les regardait avec une rage sans nom, prête à leur bondir dessus. Ses yeux jaunes scintillaient à la lumière et dégageait une férocité à faire frémir.
– Oh, non, pas elle… gémit Mei Ling.
Tigresse commença à sprinter vers eux. Un vent de panique souffla sur le groupe.
– Tirez des flèches devant elle pour la faire fuir ! commanda Yàn.
Les archers tirèrent une salve de flèches devant Tigresse, de façon à ne pas la toucher. Mei Ling se dit que Yàn tenait bien à cœur son désir de ne blesser personne et sa promesse envers Grue. Mais les flèches n'impressionnèrent pas du tout Tigresse, qui arriva sur eux.
– Attrapez-là ! lança Yàn. Vite !
L'aigle semblait un peu perdre de son calme. Et il y avait de quoi ! Les soldats se mirent à quatre de front pour stopper la féline dans son élan, et tous furent mis à terre. Les soldats se ruèrent vers elle. Tigresse balaya autour d'elle pour se dégager, mais ses ennemis étaient trop nombreux. Mei Ling se dit qu'elle était partie en mission suicide, seule contre 300, sans plan d'attaque, sans aide. Ca semblait étrange, mais elle n'avait apparemment pas prévenu les autres maîtres. Après quelques secondes de combat, elle commençait déjà à être complètement débordée. Mei Ling n'aurait même pas à se battre.
Elle se retourna vers Grue. Il était dérouté, et regardait le combat avec beaucoup de tension. Vraisemblablement, il était très embarrassé que Tigresse ait fait son apparition. Lui qui voulait éviter une bagarre générale, c'était la pire chose qui pouvait arriver.
Le bruit produit par le combat risquait d'alerter les autres. Heureusement, ils étaient encore suffisamment loin des baraquements pour ne pas se faire repérer. Mais Tigresse ne se laissait pas faire : elle alignait les enchainements de coup et assommait ennemi après ennemi. Elle se rapprochait de plus en plus du centre du cercle, et allait bientôt parvenir jusqu'à Mei Ling, Yàn et Grue. La tension monta d'un cran. Tigresse avançait encore, comme une enragée, les yeux plein de haine. Un pas, deux pas… Tigresse était complètement encerclée, tenue par plusieurs hommes, elle n'avait aucune chance de l'emporter, mais elle ne s'arrêtait pas. Mei Ling se mit en position de combat. L'affrontement ne durait que depuis quelques secondes, mais tout semblait se passer au ralenti. Tigresse dégomma un nouvel ennemi d'un coup de poing surpuissant avant de se retourner à nouveau vers le centre du cercle. Puis, tout d'un coup, elle s'arrêta net.
Les soldats s'arrêtèrent aux aussi, restant à une petite distance de la féline, l'encerclant le mieux possible, ne lui donnant plus aucune chance de retraite. Tigresse, elle restait figée dans la même position. Mei Ling ne comprenait pas, comment se faisait-il que Tigresse s'arrête tout d'un coup de combattre alors qu'elle affichait auparavant une détermination sans limite ? Il y avait quelque chose d'étrange dans ses yeux, comme de la peur. C'était la première fois qu'elle voyait ça chez son adversaire.
– Sage décision, dit alors Yàn.
Mei Ling tourna alors sa tête vers là où Tigresse regardait. Et elle se figea d'effroi elle aussi. Yàn tenait dans ses serres un couteau qu'il pointait vers la gorge de Grue. L'aigle scrutait Tigresse posément, tentant d'apaiser une situation qui devenait invivable. Grue, lui, avait peur, mais il essayait de se contenir. Il ne pouvait pas se défendre, son sort était entre les mains de Yàn et de Tigresse.
– Bien, Tigresse, dit posément Yàn. On va gentiment se calmer, tu vas te rendre et tout rentrera dans l'ordre. Tu sais que tu n'as aucune chance de gagner, alors on va arrêter là les dégâts.
Tigresse respirait fort et vite. Elle hésitait, ne savait pas quoi faire. Yàn tenta une nouvelle fois de la persuader :
– Ton ami m'a fait promettre qu'il n'y aurai pas de mort dans notre conflit, et c'est une promesse que j'ai bien l'intention de tenir. Alors, si tu te rendais, tout serait beaucoup plus simple.
Tigresse regarda Grue dans les yeux, mais celui-ci les détourna immédiatement.
– Tu nous as tous vendus, siffla-t-elle entre ses dents. Tu as préféré l'aider elle plutôt que nous aider nous.
Tigresse regardait Grue avec une dureté infinie. Mei Ling espérait de toutes ses forces que Tigresse allait se laisser attraper sans se défendre. Elle avait terriblement peur pour Grue. Yàn n'avait pas l'habitude de proférer des menaces sans conviction, il était capable de tout pour arriver à ses fins. Et Tigresse ne semblait pas décidée à céder. La situation devenait très tendue, il fallait que Mei Ling fasse quelque chose.
– On aura besoin de lui, Yàn, raisonna Mei Ling. Il nous le faut pour…
– C'est maintenant que j'ai besoin de lui, répondit Yàn. Il savait ce qu'il risquait en nous rejoignant.
– Laisse-le ! ordonna Mei Ling.
Yàn resta les yeux fixé sur Tigresse. Il ne prêtait pas d'attention aux protestations de Mei Ling. La situation restait en suspens. Yàn rapprocha un peu plus le couteau de la gorge de Grue.
– Non ! cria Mei Ling.
Elle se prépara à bondir sur Yàn.
– Arrêtez ! cria Tigresse.
Mei Ling s'immobilisa et regarda Tigresse. Son regard était moins décidé qu'auparavant.
– Je me rends, dit elle en baissant les yeux.
Elle se mit à genoux et leva ses mains au dessus de la tête. Les soldats la saisirent et l'immobilisèrent avec des cordes. Ensuite, ils l'empoignèrent et la jetèrent aux pieds de Yàn.
– Bien, dit-il satisfait. Où sont les autres ?!
– Ils vont arriver bientôt, dit-elle avec un léger sourire. Vous ne vous en tirerez pas si facilement !
Yàn laissa échapper un petit rire, et Tigresse se renfrogna.
– Tu mens Tigresse, déclara l'aigle en reprenant son sérieux. Je sais que tu es une solitaire, tu es une habituée des virées nocturnes. Ca ne m'étonnerai pas que tu sois sortie sans même prévenir les autres et que ce soit un pur hasard que tu sois tombée sur nous.
Tigresse ne répondit rien. Yàn semblait avoir visé juste.
– C'est bien ce que je pensais…
L'aigle ôta le couteau de la gorge de Grue et celui-ci put respirer. Mei Ling le rejoint et vérifia qu'il n'avait rien.
– Mei Ling ! appela Tigresse.
La chatte des montagnes se retourna vers elle. Elle avait reprit son air agressif.
– Quel est le poison que tu as mis dans la soupe ?! demanda-t-elle.
Mei Ling savait qu'elle finirait par poser la question. Elle connaissait la réponse, et ça lui ferait beaucoup de mal. Grue, lui, n'avait même pas posé la question. Peut-être parce que lui se doutait de la réponse, évidente, inéluctable. Yàn intervint avant qu'elle n'ait répondu :
– C'est un poison qui provient d'une plante du nord de la Chine. Le nom ne te dirait pas grand-chose. La seule chose est que c'est un poison incurable. Po n'est pas encore mort uniquement parce qu'il a une forte masse corporelle, mais ça ne saurait tarder… Vous pouvez l'oublier.
Yàn commença à repartir vers l'avant sans se retourner. Tigresse venait de prendre un énorme choc, et elle ne s'en remettait pas. Grue se rapprocha d'elle en essayant de la rassurer :
– Tigresse, je…
– Ne me parle pas, dit-elle menaçante. Ne me parle plus jamais !
Deux soldats l'attrapèrent sous les épaules et l'emmenèrent. Le flambeau qui avait été allumé fut éteint. Grue resta là, sans rien faire, la regardant s'éloigner. Mei Ling mit sa main sur son épaule.
– Ça devait arriver, Grue, lui dit-elle. Ça arrive juste plus tôt que prévu.
– Non, c'est juste que… Elle rend les choses encore plus difficiles…
Grue reprit sa marche vers la salle d'entrainement qui n'était maintenant plus très loin, et Mei Ling le suivit. Ainsi, le cortège reprit sa marche silencieuse, comme si rien ne s'était passé.
La porte de la salle d'entrainement s'ouvrit lentement. L'intérieur était entièrement plongé dans le noir, on n'y voyait rien du tout. L'endroit n'était pas du tout rassurant, d'autant plus quand, comme Mei Ling, on connaissait tous les dangers qu'il y avait à l'intérieur.
– Allumez tous les flambeaux, ordonna Yàn. Il nous faut de la lumière pour travailler.
– Et restez bien contre les murs, compléta Mei Ling. L'intérieur de la salle est remplit d'obstacles très dangereux, alors faites attention.
Les hommes entrèrent consciencieusement dans la salle en longeant les murs. L'un deux alluma un flambeau avec un briquet d'acier.
Quelques flambeaux supplémentaires furent allumés avant que tout le monde ne soit rentré. Ensuite, les flambeaux restants furent également allumés, et la salle d'entrainement était maintenant suffisamment éclairée. Les portes avaient aussi été fermées juste pour le temps où les tonneaux de poudre devaient être remontés de la cachette.
Yàn contempla ses hommes. Ils n'étaient pas tous là, une partie d'entre eux avaient été assommés par Tigresse pendant son attaque, mais ils étaient quand même très nombreux dans la salle, ce qui faisait qu'ils étaient serrés. Mei Ling se demandait si c'était bien utile que tous soit venus.
– On a perdu combien d'homme à cause d'elle ? demanda Yàn à un de ses subalternes en montrant Tigresse.
– Je n'ai pas compté exactement, mais ils doivent être une bonne vingtaine.
– Une vingtaine ! s'étonna Yàn. Si tous mes hommes étaient aussi déterminés qu'elle au combat, je n'aurai pas à me donner autant de mal pour élaborer des stratégies. Heureusement qu'on ne les a pas attaqué de front, le résultat aurait put être désastreux…
– Vous avez laissés vos hommes inconscients dehors, dans le froid et dans la neige, susurra Tigresse.
– Il n'y en a que pour quelques minutes, et on reviendra les chercher… répondit Yàn. Ce sont des guerriers vigoureux, ils se réveilleront juste avec un petit rhume…
– Vous n'avez pas de cœur… souffla Tigresse.
– Il faudrait qu'on m'enlève mes chaînes, proposa Grue. Il faut que j'ai les ailes libres pour ouvrir la porte.
– Tu es sûr que tu as besoin de tes ailes pour l'ouvrir ? demanda Yàn. Je croyais que tu faisais presque tout uniquement avec les pattes.
– C'est un mécanisme spécial qui nécessite l'utilisation de mes quatre membres. Ou bien vous m'enlevez mes chaines, ou bien j'essaye de vous décrire les mouvements nécessaires sans pouvoir les mimer et ça pourrait prendre des heures, ou encore vous pouvez libérer Tigresse qui pourra aussi l'ouvrir pour vous.
– Très bien, libérez-le, lança l'aigle à ses hommes.
Très vite, Grue fut libéré de ses chaines. Il fit quelques mouvements d'ailes pour se détendre. Mei Ling jeta un coup d'œil vers Tigresse. Elle semblait ne pas comprendre ce qu'elle avait entendu, elle avait le regard plein d'incertitude. Mei Ling pensa qu'elle était en train de reconstituer le plan qu'ils avaient l'intention de faire. Comme elle savait qu'il y avait une réserve de poudre dans le sous-sol, elle devait deviner qu'ils allaient faire exploser les baraquements pour tuer les autres dans leur sommeil. Heureusement pour elle, le plan n'était pas aussi machiavélique.
– Qu'est-ce que vous allez faire ? demanda Tigresse.
– Oh, ne t'en fais pas, on ne va pas tuer tes amis, rassura Mei Ling. On va juste détruire le Palais de Jade.
Les yeux de Tigresse s'exorbitèrent.
– Détruire le Palais ! Mais… Comment ?
Mei Ling rit doucement.
– Eh bien, on va utiliser la poudre qu'il y a dans la réserve sous la salle d'entrainement !
– La réserve… Quelle réserve ?
Mei Ling éclata de rire. Un tel déni de la réalité était impressionnant, faire semblant de ne pas comprendre ce qu'elle disait ne l'avancerait à rien. Mei Ling regarda une nouvelle fois Tigresse, toujours en rigolant, et vit son regard ahurit. Puis, lentement, elle s'arrêta de rire.
Il y avait quelque chose de bizarre dans l'attitude de Tigresse. Elle avait dit sa phrase avec un tel étonnement dans son regard, une telle confusion… Elle ne pouvait pas truquer aussi bien sans s'être préparée. Il y avait quelque chose d'anormal. Et Tigresse ne comprenait toujours pas…
Elle se retourna vers Grue, qui était toujours devant la porte d'entrée. Lui aussi n'avait pas une attitude normale : il regardait partout, tournait la tête dans tous les sens, il était concentré, comme s'il observait attentivement tout ce qu'il y avait dans la pièce.
Mei Ling se retourna une nouvelle fois vers Tigresse, qui ne semblait étonnée par le silence soudain de la chatte des montagnes. Soudain, l'estomac de Mei Ling se noua.
Elle avait comprit.
Mei Ling se retourna vers grue et, le pointant du doigt, elle hurla :
– ARRÊTEZ-LE ! C'EST UN PIEGE !
A cet instant, Grue prit une impulsion avec ses pattes, déploya ses ailes de toute son envergure et les rabattit à une vitesse supersonique, créant un flux d'air d'une puissance exceptionnelle qui balaya la salle, éteignant instantanément les flammes de tous les flambeaux.
La salle était maintenant plongée dans l'obscurité la plus totale.
SUSPENS!
(J'espère que vous ne m'en voulez pas trop de m'arrêter là)
