Épilogue
Et voilà, dernier chapitre...
La neige commençait à fondre aux abords de l'Académie de Lee Da. La partie rude de l'hiver était passée, et les températures remontaient un peu plus de jour en jour. Le paysage était à peu près le même que vingt années auparavant, il y avait juste un peu plus de végétations, et moins d'habitants dans les environs de l'académie.
Grue avait mis une semaine à atteindre l'académie, et ça faisait trois jours qu'il arpentait les environs de l'école. Petit à petit, il se rendait de mieux en mieux compte de l'ampleur du travail à faire. Il marchait dans la neige et fraiche, les yeux rivés vers le sol. Il regardait les traces que faisaient ses pas pour éviter de regarder vers l'académie. La voir lui faisait beaucoup de mal. Il avait gardé beaucoup de bons souvenir de l'académie, il se souvenait très bien de comment l'école était avant.
Maintenant, ce n'était plus qu'un bâtiment brulé, pourrissant seul dans les montagnes. Les grandes tours de bois qui faisaient la grandeur de la bâtisse avaient été réduites en cendre. Il n'y avait plus de toits, plus de charpentes, plus de portes… Il ne restait plus que quelques murs en pierre recouverts de poussières noires et des tas de gravats. On pouvait encore reconnaitre la forme d'origine du bâtiment dans la disposition des murs, mais, étant donné qu'il était de construction ancienne et essentiellement en bois, le feu avait presque tout emporté. Grue avait de la peine en voyant les ruines. Mei Ling avait eu raison quand elle avait raconté son histoire : les assaillants devaient être particulièrement violents pour s'être autant déchainé.
Grue s'approchait des ruines. Il les avait déjà visités plusieurs fois pour voir s'il y avait quelque chose à sauver, un quelconque objet ou document qui pouvait lui être utile, une pièce qui n'avait pas été trop détruite et sur laquelle il pouvait s'appuyer pour reconstruire. Mais les pillards n'avaient rien laissé, et les dégâts étaient trop profonds. Grue, en venant ici, avait à l'idée de reconstruire l'académie, mais la tâche allait s'avérer trop compliquée. Le meilleur des choix pour lui serait surement de construire autre chose ailleurs.
Grue était aussi allé voir les quelques habitants qu'il y avait dans les parages. Il avait eut beaucoup de mal à les trouver : ils étaient caché au pied d'une paroi rocheuse pour ne pas se faire repérer par des troupes de brigands. Il avait discuté avec eux longuement, leur demandant des précisions sur l'académie. Malheureusement, ils semblaient n'en savoir pas beaucoup plus que lui, c'était plus des nomades qui se déplaçaient régulièrement que des sédentaires qui étaient resté là suffisamment longtemps pour en savoir assez. Grue avait été touché par leur pauvreté. Ils laissaient souvent leurs enfants jouer dans les décombres, ce que Grue trouvait plutôt dangereux, et c'était leur seul lien avec l'académie.
Grue entra dans une des seules pièces de l'académie qui avait encore ses quatre murs. Le plafond n'était évidemment plus là et le sol était recouvert de neige, mais l'oiseau reconnaissait quand même quel était l'endroit : c'était une des nombreuses salles d'entrainement du bâtiment qu'il avait jadis fréquenté. Il repensa alors à la grande salle d'entrainement de la Vallée de la Paix, bien plus grande et plus technique que celles là, surement la plus impressionnante de toute la Chine. C'était également un souvenir douloureux : il avait gardé quelques blessures de son combat contre les hommes de Yàn.
Il s'avança un peu dans la salle et l'examina. Il frotta le sol enneigé avec sa patte, et atteint l'ancien plancher. Mangé par les flammes et l'humidité, il était complètement inutilisable. Grue soupira. Il aurait vraiment voulu pouvoir réutiliser cet endroit.
Soudainement, il entendit des pas dans la neige qui se rapprochaient. Il fit alors quelques pas pour retourner vers la porte. Ces bruits de pas étaient caractéristiques, il les avait déjà entendus auparavant. Ce n'était pas des brigands ou des voyageurs.
– Les enfants, je pensais vous avoir dit que ce n'était pas une bonne idée de s'amuser ici ! dit la grue.
Deux jeunes agneaux, un garçon et une fille, entrèrent dans la pièce.
– Oh ! Vous êtes là ! s'exclama le garçon.
Les deux enfants s'arrêtèrent brusquement.
– C'est dangereux ici ! Il y a plein de pierres qui peuvent tomber à tout moment ! argumenta Grue.
Les deux agneaux étaient déçus et faisaient la moue. La petite fille lui dit en suppliant :
– S'il vous plaît… On fera attention…
La petite, en plus d'être mignonne, avait un regard implorant. Ça additionné avec ses vieux et pauvres habits, il était impossible de lui résister. Grue soupira avant de déclarer :
– Bon, allez-y… Mais ne vous éloignez pas trop, je veille sur vous.
Les enfants bondirent de joie et s'en allèrent en criant. Grue les entendit courir dans la neige, puis, soudainement, s'arrêter. Il entendit ensuite quelqu'un qui leur parlait, quelqu'un dont il reconnu instantanément la voix.
– Oui, il est là d'dans, répondit le petit garçon au nouveau venu.
Grue entendit ensuite les enfants partir et l'arrivant s'approcher. Grue avait bien envie de fuir, ne serai-ce que pour l'embêter, mais bon, ce n'était pas la mer à boire. La personne finit par apparaitre dans l'encablure de la porte, et ses yeux s'éclairèrent dès qu'il le vit.
– Ah, enfin, vous voilà maître Grue !
– Oui, je suis là, Zeng… répondit nonchalamment Grue.
– J'en ai mis, du temps à vous retrouver, il n'y a pas grand monde dans ces montagnes pour demander son chemin !
L'oie messager se rapprocha de lui. Grue était très étonné par son obstination à aller jusqu'à un coin si reculé de la Chine pour le retrouver. Ça l'agaçait un peu de le voir ici. De toutes les personnes qu'il avait quitté, Zeng était de loin celui qu'il allait le moins regretter.
– C'est Maître Shifu qui t'a demandé de venir me chercher ?
– Oui, évidement !
Ca expliquait tout : Zeng était incapable de ne pas suivre à la lettre un ordre du Grand Maître.
– Et qu'est-ce qu'il me veut ?
– Il veut que tu reviennes immédiatement, pour, je le cite, « te punir comme il se doit ».
– Ah ! C'est sûr que maintenant, j'hésite à revenir, c'est vraiment tentant…
– Je ne fais que suivre les ordres.
– Et c'est tout ? Tu es venu juste pour ça ?
– Non, il faut aussi que je te dise que tu es viré, que tu n'es plus l'élève de Grand Maître Shifu, et que tu ne fais plus partie des Cinq Cyclones.
– Tient, ca me fait une belle jambe ! Et ensuite ?
– C'est tout.
– Ah. Bon, eh bien alors, on peut se dire au revoir ?
– Oui. Tu es bien sûr que tu ne veux pas me suivre ?
– Laisse moi réfléchir une seconde… Non.
– Bon, eh bien au revoir, alors.
Zeng se retourna et commença à repartir vers la porte d'entrée. Puis, en chemin, il s'arrêta et se regarda Grue.
– Euh… Juste une chose… Grand Maître Shifu m'a demandé de… euh… te ramener de force au Palais de Jade.
Grue était étonné. Shifu avait surement été emporté par sa rage en donnant ses instructions.
– Ben… Si tu veux, tu peux, mais j'ai des choses à faire…
– Tu pourrais… juste… faire, disons… deux trois trucs qui pourraient… attester que j'ai tenté de bien faire ?
– Ah… Oui… Je comprends... Pour prouver à Shifu que tu as essayé...
– Exactement.
– Retourne-toi.
L'oie ravala sa salive et se retourna. Grue se rapprocha.
– Attention, ça va piquer…
Grue arracha quelques plumes du derrière de Zeng qui sursauta
– HA ! cria-t-il.
L'oie se retourna ensuite pour voir les dégâts, puis tourna ses yeux vers Grue. Une larme de douleur coula de son œil.
– Merci, gémit-il. Je pense que ça ira…
Zeng le regarda une dernière fois avant de revenir vers la porte. Il étendit ses ailes minuscules et, en les agitant très vite, il parvint à décoller et il s'en alla en balançant douloureusement son derrière déplumé. Grue le regarda s'en aller. C'était peut-être la dernière fois pour longtemps qu'il verrait quelqu'un de la Vallée de la Paix. Ca allait lui faire bizarre de changer complètement d'environnement d'un seul coup.
– Grue ! lui cria une voix à ses côtés.
L'oiseau se retourna immédiatement vers celui qui l'appelait, qui était derrière lui, à l'intérieur de la salle au toit ouvert. Son cœur fit un énorme bond dans sa poitrine. Il se sentit, tout d'un coup, terriblement petit, et aussi, étrangement, rassuré.
– Tigresse.
Tigresse se tenait à quelques mètres de lui, et le regardait rageusement. Elle était épuisée, essoufflée, ses habits étaient poussiéreux, mouillés, tout montrait qu'elle venait de parcourir une grande distance. Grue était impressionné : il lui avait fallu une semaine pour parvenir jusqu'ici en volant, il n'avait fallu à Tigresse que trois jours de plus pour y parvenir à pieds. En plus, il ne l'avait pas du tout entendu venir, elle avait fait comme elle savait le faire : vite et discrètement. Le face à face entre les deux anciens élèves de Maître Shifu dura presque une minute entière dans le silence. Grue contemplait Tigresse, attendant qu'elle lui dise quelque chose, tandis qu'elle le défiait du regard. Elle lui dit finalement :
– Comment as-tu osé ! Comment as-tu pu me révéler ça maintenant !
Tigresse était agressive. Ce n'était pas une visite de courtoisie. Grue essayait de garder son calme et sa concentration, mais mille pensées traversaient son esprit.
– On… on m'a obligé de te le dire… Je n'avais pas l'intention de…
– Non, ce n'est pas ce que je veux dire ! coupa Tigresse. Tu aurais dû me dire que tu m'aimais depuis le début !
– Je te l'ai déjà expliqué,
– Tu n'avais pas le droit de me mentir comme ça ! Si c'est réellement ce que tu ressentais, tu devais me le dire.
– Je suis désolé si ça ne te vas pas, mais c'est comme ça. J'en étais incapable, c'était impossible.
Tigresse le regarda avec aversion.
– Tu es capable de te battre sans peur contre les pires bandits de Chine, mais tu es incapable de m'affronter en face.
– Oui, dit Grue en baissant les yeux. Mais c'est du passé maintenant…
– Non, je refuse que tu te caches derrière ça ! Tu m'avoue que tu m'aimes, et tu fuis juste après. Ce n'est pas digne d'un vrai guerrier.
Grue la regarda droit dans les yeux. Elle toujours irritée, mais elle semblait se calmer un peu. Grue, à son tour, se radoucit.
– Pourquoi est-ce que tu es venu jusqu'ici ? demanda-t-il.
– Tu ne m'as même pas laissé le temps de te répondre. Avoue-le : tu avais peur de ma réaction ! Tu avais peur que je te rejette, que je t'attaque ! Ou pire : que je refuse de te parler ! Pourquoi est-ce que tu penses que je suis une guerrière qui ne ressent rien pour personne ?
– Non, je n'ai jamais dis ça…
– Alors, pourquoi tu n'as jamais supposé que moi aussi, je ressentais quelque chose pour toi ?
Les yeux de Grue grandirent en un instant, et une lueur d'espoir éclaira son visage.
– Tu… Tu m'aimes ?
– Non. Je ne t'ai jamais aimé, et je ne t'aimerai jamais.
Grue soupira et détourna le regard.
– Oui… marmonna-t-il. C'est peut-être pour ce genre de phrases que je suis parti…
– Je ne t'aime pas, mais je suis ton amie, et ce depuis toujours. Alors tu dois me parler, pas me fuir, je ne te ferais pas de mal ! Le fait que tu n'oses pas te confronter à moi ne t'autorise pas à fuir comme ça !
– Tu voudrais me convaincre de revenir, c'est ça ? De toute, façon, c'est trop tard, Shifu m'a viré.
– Non. J'ai dit ce que j'avais à te dire.
– Alors tu es venue juste pour me faire la morale ?
– Je suis venue te dire ce qu'il fallait que tu entendes. Et…
Elle prit une courte inspiration, avant de poursuivre :
– Tu ne m'as pas laissé le temps de te féliciter.
Grue sursauta, il ne s'attendait pas à ça.
– On serait peut-être tous morts à l'heure qu'il est sans toi. Et tu as éliminé presque 300 hommes à toi tout seul. Alors… Merci.
Grue sentait que cette déclaration n'était pas tout à fait sincère, mais cela suffisait pour lui réchauffer le cœur. Au fond, c'était le genre de choses qui le rendaient heureux. Soudainement, une des oreilles de Tigresse s'agita, et elle se jeta les quatre pattes à terre, prête à s'enfuir.
– Quelqu'un vient, dit-elle.
– C'est surement les enfants, ils sont venus jouer ici.
– Et est-ce que ces enfants savent courir aussi vite que moi ?
Grue se retourna et écouta attentivement ce qui se passait autour de lui. Tigresse avait une ouïe bien plus fine que lui, il était normal qu'il ne puisse pas entende ce qu'elle entendait. Il finit par percevoir le bruit lointain de quelqu'un qui courait dans la neige. Les pas étaient hyper rapides, et le son se rapprochait vite. Tigresse avait raison, ce ne pouvait être qu'un guerrier entrainé. Grue se mit en position défensive tandis que Tigresse se cacha dans les gravats.
– Il arrive.
Grue regarda aux alentours. Il y eut deux secondes de flottements où Grue attendit, sans savoir ce qui pouvait arriver. Puis une forme verte se déplaçant à une vitesse surhumaine apparue, et, en une seconde, elle arriva un mètre de lui sans qu'il n'ait le temps de réagir. Il reconnu qui c'était, et la frayeur se apparu sur son visage.
C'était Mei Ling.
– Wanki, je t'aime, et même si c'est cette garce que tu aimes, je m'en fous, dit-elle avec conviction. C'est avec toi que je veux vivre.
Mei Ling venait de signer son arrêt de mort. Le bec de Grue s'ouvrit en grand, à la fois par surprise et par incrédulité. Tigresse allait bondir d'un instant à l'autre, et la situation allait dégénérer. Mei Ling remarqua qu'il n'était pas dans son assiette.
– Grue ? demanda-t-elle surprise.
A cet instant précis, Tigresse jaillit de derrière les gravats et fonça vers la chatte des montagnes qui n'eut pas le temps de réagir. Grue eut juste le temps de s'interposer entre les deux félines.
– STOP ! cria-t-il.
Tigresse s'arrêta net juste avant que sa patte lancée en direction de Mei Ling n'atteigne le visage de Grue. Elle avait le visage emplit de rage, tandis que celui de Mei Ling était plein de terreur. La scène était figée. Grue fut le premier à réagir :
– S'il vous plait, ne vous battez pas…
– Cette folle a tenté de nous tuer ! hurla Tigresse. Elle est contre nous !
– Faux ! rétorqua Mei Ling. Je n'ai rien contre Grue ! Mais toi, qu'est-ce que tu fous ici ?!
– C'est plutôt à toi que je devrais le demander, tu n'étais pas censée avoir été capturée ?!
– Oh, je me suis échappée ! Rien de plus facile !
Mei Ling poursuivit avec une voix de gamine :
– « Oh, Po, j'ai mal aux poignets, tu ne voudrais pas me desserrer un peu mes liens ? » Il est tellement influençable !
– Espèce de…
Tigresse tenta de bondir sur Mei Ling, mais Grue la repoussa. Le petit jeu d'intimidation entre les deux félines commençait à devenir très pesant. Grue devait prendre les choses en main. Il étendit les ailes et les rabattit violemment, créant une onde de choc qui repoussa les deux femmes. Elles se rétablirent tant bien que mal avant de repartir à l'assaut.
– Eh, oh ! cria Grue. Arrêtez !
Mei Ling et Tigresse s'arrêtèrent, mais continuaient à se fusiller du regard.
– Mei Ling, dit calmement Grue, Je ne t'aime pas. Normalement, je devrais te capturer et te livrer au Palais de Jade, mais je n'a pas envie de me battre. Alors ou tu te rends, ou tu t'en vas.
Tigresse ne semblait pas d'accord avec lui.
– Tu la laisserais partir ? s'étonna-t-elle.
– Tigresse, Mei Ling n'est pas du genre à attaquer quelqu'un sans raison. J'ai de bons espoir qu'elle ne cause plus d'ennui à personne.
Tigresse regarda alternativement Mei Ling et Grue en grognant. Elle finit par lâcher :
– D'accord, mais c'est uniquement parce que tu le demandes.
– Moi, je refuse, opposa Mei Ling. Hors de question que je bouge d'ici, je reste avec Wanki.
Tigresse fit les yeux ronds. Elle se retourna vers l'oiseau.
– Je peux lui sauter dessus, maintenant ?
– Wanki, j'ai une proposition, intervint Mei Ling. Tu veux reconstruire l'académie et former de nouveaux élèves pour stabiliser la région ? Crois-moi, ce sera long et difficile, et tu n'y arriveras pas seul. Par contre, si je t'aide…
Grue écoutait attentivement la proposition de Mei Ling. Tigresse se rendit compte que Grue semblait intéressé.
– Tu ne vas pas tomber dans son jeu ! s'indigna-t-elle. Tu as bien vu ce qu'elle était capable de faire !
– C'est d'accord, déclara Grue.
Un large sourire se forma sur le visage de Mei Ling, qui considéra Tigresse avec satisfaction. Tigresse, exaspérée, se retourna vers Grue, voulut lui riposter quelque chose, mais ne trouvant rien, elle se dirigea vers la porte.
– Je m'en vais, je n'ai plus rien à faire ici.
– Tu sais, Tigresse, dit Grue, tu peux rester aussi si tu le veux. Mei Ling a raison quand elle dit que j'ai besoin d'aide, et tu es la meilleure que je connaisse pour ce poste.
Tigresse fit volte-face et Grue découvrit son visage indigné.
– Quoi ! Tu voudrais que j'entraine des élèves… avec elle !
– Pas forcément les mêmes élèves, vous pourrez faire classe à part. J'aurais hâte de découvrir à quoi ressembleraient tes apprentis !
– Ca ne change rien ! Ma place est à la Vallée de la Paix.
– Tu sais, ici, on a vraiment besoin de nous. J'ai vu les habitants qu'il y a ici, et ils sont tous pauvres et sans défense. Ils ont besoin de moi, et moi, j'ai besoin de toi, en dehors de tous les sentiments que je peux ressentir pour toi. Alors je te demande sincèrement de rester.
Tigresse était perturbée. Grue savait qu'elle détestait voir les gens souffrir, et qu'elle pratiquait le Kung Fu pour venir en aide à ceux qui étaient dans le besoin. Grue avait fait exprès de signaler les « habitants pauvres et sans défenses ». Mais Tigresse avait déjà pris sa décision.
– Non. Je ne reste pas. Au revoir Grue.
Tigresse s'éloigna lentement et sortit de la salle en ruine. Mei Ling était ravie de la voir partir, tandis que Grue sentait montait en lui la déception. Au moins, il aurait essayé…
Au moment où Tigresse sortit, les deux enfants étaient en train de jouer non loin de là. Après qu'elle ait fait quelques pas, les enfants la virent, et la petite fille vint vers elle et la regarda avec pitié en lui disant :
– Bonjour madame.
Tigresse était gênée.
– Euh… Bonjour…
– Vous n'auriez pas quelque chose à manger ?
Tigresse était très gênée. La petite faisait beaucoup de peine à voir. Elle était sale, maigre, elle avait froid et elle grelotait, ses habits étaient rapiécés…
– Je… Non… Vraiment désolée…
– Oh… On n'a plus rien depuis que des voleurs nous ont agressés…
Tigresse se sentait mal à présent. Après être restée un bon moment dans le vague, elle se baissa et prit la petite dans ses bras.
– Je vais t'aider, petite. Ne t'en fait pas.
Elle relâcha l'agneau et retourna vers Grue.
– C'est d'accord. Je reste. Mais je te jure que, dans un mois, Mei Ling en aura tellement marre de moi qu'elle va se barrer.
Grue sentit un énorme flot de joie déborder dans tout son organisme. Mais il le dissimula aux autres.
– Bien. C'est une bonne décision Tigresse.
– Non ! hurla Mei Ling. Tout le monde, mais pas elle !
– Mei Ling, je te rappelle que, maintenant, je suis ton supérieur hiérarchique, tu es sous mes ordres. Alors, ou tu démissionne et tu t'en vas, ou tu accepte que Tigresse reste ici.
Mei Ling ne pouvait rien répondre à cela. Elle avait besoin de rester. Alors elle se tut.
– Votre première mission sera de ramener de la nourriture. Il n'y a rien ici et, dans la précipitation, je n'ai pas pu emmener d'argent. Alors… Evitez juste de voler de la nourriture aux pauvres habitants…
Les deux félines se retournèrent et se dirigèrent vers la porte. Avant d'y parvenir, Grue leur dit :
– Et encore merci. Merci de m'aider.
Mei Ling et Tigresse s'arrêtèrent un instant, puis repartirent. Avant de sortir, Mei Ling glissa à Tigresse :
– Rester ici est le pire choix que tu n'ais jamais fait.
– Oh, mais toi aussi, ma chère Mei Ling.
Grue attendit que les deux félines soient hors de vue pour sortir des ruines. Il n'y croyait pas, mais il venait de réussir là où il pensait n'avoir aucune chance.
A cet instant, la petite vint le voir et lui dit :
– Monsieur Grue, j'ai fait ce que vous m'avez demandé.
– Oui, ma mignonne, tu as été parfaite. Tu as bien mérité ta récompense.
Grue glissa son aile dans l'une des poches de son pantalon bleu, et en sortit une petite pièce d'or qu'il donna à la fillette.
– Merci, monsieur Grue, dit-elle.
Après avoir avoir admiré la pièce quelques secondes, la fillette s'en alla en gambadant vers son petit frère, et les deux agneaux repartirent. Grue était ravi. Vu la façon dont il était parti de la Vallée de la Paix, il avait eu comme un pressentiment, comme si la chance était avec lui. Et puis, Tigresse était tellement sensible avec les enfants, pourquoi ne pas essayer.
Au fond, un miracle peut toujours arriver.
THE END
Et voilà pour cette histoire ! Merci pour ceux qui l'ont lue jusqu'au bout, et j'espère que ça vous a plut. N'hésitez pas à laisser une review, maintenant que l'histoire est terminée, j'aurais besoin de savoir ce que vous en pensez !
J'ai laissé pas mal de pistes qui permettraient d'écrire une suite à cette histoire, mais je ne pense pas que je vais le faire. A moins, peut-être, que j'ai quelques demandes, alors éventuellement j'y réfléchirait.
Merci Encore
The Flying Dustman
