Plus que des amis 2/2

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La tension régnant dans la salle à manger donnait l'impression qu'un volcan en sommeil forcé allait entrer en éruption. Cela, on le devait à un inconnu suicidaire, idiot ou courageux qui ignorait visiblement où il avait exactement mis les pieds et avec les nerfs de qui il jouait si dangereusement.

Dès que la question de Yamato franchit les oreilles d'Ichigo pour être analysée par son cerveau, il sauta de sa place en moins de cinq secondes pour le tirer violemment de sa chaise en le chopant par le col sans savoir qu'il arrachait de la peau au passage.

C'est ainsi que l'ambiance se dégrada davantage, que le succulent gâteau de Yuzu tomba aux oubliettes et que la soirée qui aurait pu être sauvée sombra dans le désastre le plus complet.

- A quoi tu joues, Yamato !?

- T'as des problèmes d'audition en plus d'être ridiculement impulsif, Kurosaki ? demanda-t-il avec un sourire en coin parfaitement irritant.

Apparemment, avoir Kurosaki Ichigo en mode furax face à lui et pouvant à tout moment lui faire sauter des dents -voire la tête- ne l'impressionnait pas le moins du monde. Karin qui avait bondi de sa chaise dans le cas où il aurait fallu retenir son frère regardait Yamato avec crainte et incrédulité. Honnêtement, elle ne pensait plus pouvoir raisonner Ichigo tant la tension qu'il générait était palpable.

Ce mec d'où il sort ? Il n'a pas l'air de savoir ce qu'il risque en provoquant ainsi Ichi nii, pensa-t-elle.

Orihime elle-même semblait craindre le pire.

- Kurosaki kun, lâche-le ! l'implora-t-elle en s'accrochant à son bras sans réfléchir.

Seulement, il y mettait tant de force que sa poigne ne se desserra pas d'un pouce.

- Ichi nii !

- Onii chan ! s'écria Yuzu en état de choc. Mais qu'est-ce qui t'arrive enfin ?!

- Vous ne voyez donc pas ce qu'il cherche à faire ? tonna son frère en les regardant avec incrédulité. Cette espèce de salaud veut se rapprocher d'Inoue juste pour… !

- Parce que je l'aime, tout simplement, parvint à articuler Nobura pas loin d'étouffer.

Avec un cri de rage, le roux leva son autre poing pour l'envoyer en plein dans sa mâchoire sauf qu'encore une fois, on l'en empêcha.

- Merde ! Papa, lâche-moi, putain !

Derrière son fils, Isshin lui retenait les bras dans le dos tout en l'éloignant de sa cible pendant qu'Orihime jugeait de l'état de son ami qui avait failli mourir étranglé.

- Fils, tu vas trop loin.

- C'est lui qui va trop loin ! Tu ne me retiendras pas indéfiniment, je finirai par mettre mon poing dans la gueule de ce bâtard ! Nan mais vous êtes aveugles ou quoi ? Regardez son sourire qui signifie… !

- Navré de t'interrompre, Kurosaki, le coupa Yamato en frottant nonchalamment sa gorge rouge. Mais j'attends toujours la réponse de ton père.

- Nobura san, je ne suis pas le papa d'Orihime chan, répliqua le concerné avec un sérieux inhabituel. Ce n'est donc pas à moi d'intervenir quand il s'agit de sa vie amoureuse.

Cette dernière rougit et se tortilla sur place.

- De toute façon y a pas à en discuter plus longtemps puisque Inoue refuse de sortir avec toi ! trancha Ichigo toujours retenu par son père. Dis-lui, Inoue.

Le silence lui répondit alors qu'elle évitait son regard. Il n'aimait pas ça du tout à en juger par son cœur compressé.

- Inoue ?

Sa réaction sembla satisfaire Yamato qui y vit la lueur d'espoir qu'elle dise oui. Cela ne fit qu'augmenter la tension du Shinigami remplaçant qui se libéra dans un accès de colère pour foncer sur lui.

- Fous le camp de chez moi, Yamato, et ne reviens plus jamais !

- Onii chan, c'est très impoli !

- Et surtout ne t'approche plus d'Inoue, tu entends !?

- Je partirai, Kurosaki, ne t'en fais pas, lança-t-il avec désinvolture en passant une main dans ses cheveux châtain. Seulement, j'aimerais bien repartir avec une réponse, ajouta-t-il en jetant un œil à Orihime.

- Tu me cherches jusqu'au bout, hein, constata-t-il, le poing roulé en boule.

- Non, c'est juste que j'estime que ce n'est pas à toi de décider qui elle doit fréquenter. Tu te comportes comme si elle était incapable de décider par elle-même.

- Qu'est-ce que t'as dit ? murmura Ichigo sans desserrer les dents.

Karin se tendit.

- Ne prête pas attention à ce qu'il dit, Ichi nii !

Sa réplique amusa Yamato qui émit un petit rire.

- Tu ferais bien d'écouter ta petite soeur et respecter les choix d'Orihime. Après tout, elle doit découvrir des choses.

Son dernier mot enflamma les nerfs d'Ichigo qui ne se retint plus. Ou presque.

- Inoue, que… ?

Elle venait de se placer dans la trajectoire de son poing furieux. Une chance qu'il ait des réflexes et donc parvint à retenir son coup de justesse. Ses cheveux auburn se soulevèrent légèrement sous la force qu'il allait employer. Ichigo ne savait pas ce qu'il aurait fait si Inoue avait reçu ce coup violent qui ne lui était pas destiné. D'un autre côté, il était en colère : pourquoi diable défendait-elle ce bâtard ?! Ne voyait-elle vraiment rien ?!

- Nobura kun, je te raccompagne jusqu'à la porte, dit justement celle-ci en tournant le dos à Ichigo.

Yamato la suivit hors de la pièce sans protester en saluant les autres membres de la famille qui étaient dans différents états. Yuzu lança un regard de reproche à son grand frère toujours planté au même endroit avant d'entreprendre de débarrasser avec l'aide de sa sœur qui, elle, semblait plutôt désolée pour son aîné. Les jumelles étaient montées dans leur chambre quand Isshin s'approcha de lui.

- Ton comportement n'était pas malin, Ichigo. Tu vas avoir du mal à réparer les dégâts.

Avec un grognement, le lycéen quitta également la pièce à grandes enjambées pour se rendre dehors et fuir la tension énervante régnant ici. C'est là qu'il vit Orihime, seule, appuyée contre l'un des murs extérieurs, de profil à lui. Les mains dans ses poches, il préféra rester sur le perron à environ un mètre d'elle. Il était toujours en pétard mais moins maintenant que l'indésirable était enfin parti. Ichigo savait qu'Inoue avait évidemment noté sa présence mais elle ne paraissait pas décidée à briser le silence. Ne le supportant plus, il s'en chargea.

- Je ne pensais pas que les choses se passeraient comme ça.

- Moi non plus, Kurosaki kun, répliqua la guérisseuse sans le regarder. Je sais que tu as un sacré caractère mais je ne m'attendais vraiment pas à ta démonstration de tout à l'heure.

L'intéressé fronça les sourcils.

- Quoi ? Je faisais allusion à Yamato, c'est lui qui a foutu sa merde ! Franchement, c'était une mauvaise idée d'inviter ce gars à la maison.

D'abord immobile, Orihime se décolla du mur avec un soupir et s'approcha de lui. Ichigo la vit prendre sa main blessée à cause du verre qu'il avait explosé et retirer le bandage.

- Souten Kishun.

C'est en silence que les soins se déroulèrent. Elle ne reprit la parole qu'une fois sa tâche terminée, les bras croisés.

- Ton attitude était pire que la sienne, il n'a fait que poser une simple question.

La colère du roux grimpa à nouveau.

- Ce n'était pas « une simple question » et tu le sais ! Elle sous-entendait des tas de choses et…

- Et tu lui as sauté dessus dès qu'il a franchi votre porte, l'interrompit-elle, les sourcils froncés.

- Il le méritait ! se défendit-il. Inoue, ce gars est un pervers.

- Tu dis ça parce que tu ne l'aimes pas, je sais que tu t'en prenais encore à lui la fois où je vous ai surpris dans la cour du lycée, haussa-t-elle le ton sans vraiment s'en rendre compte.

- Mais il… !

- Tu me surprends, Kurosaki kun, l'empêcha de continuer la princesse au cœur serré. Tu sais ce que c'est que d'être jugé et catalogué alors pourquoi fais-tu cela avec lui ?

- Parce que c'est ce qu'il est ! tenta-t-il de lui faire comprendre en la prenant par les épaules. Ce qu'il fait, ce qu'il dit et même ce qu'il pense n'est pas net ! Tu ne dois pas écouter ce qu'il te raconte, il cherche simplement à…

- Ça suffit !

Ichigo écarquilla les yeux et la libéra, choqué qu'elle lui ait crié dessus de la sorte.

- Inoue…

Son amie avait les larmes aux yeux et s'entourait de ses bras.

- Tu es mon ami, Kurosaki kun et j'avoue ne pas comprendre ta réaction.

- Je ne cherche qu'à te protéger, murmura doucement l'adolescent, troublé de la voir réagir ainsi.

- En me faisant du mal ? répliqua la jeune fille.

- Ce qu'il y a de mal, c'est que tu accordes ta confiance à ce sale type, souffla-t-il.

- Tu recommences avec ça.

- Ce n'est que la vérité, tu dois l'accepter.

- Je vais te dire ce qui est vrai : Nobura kun apprécie ma compagnie et moi tout court, ce qui l'a poussé à poser cette question.

- Bon sang, Inoue ! s'écria le fils Kurosaki au bord de la crise de nerfs. Tu ne vas quand même pas lui chercher des excuses ! Il ne s'intéresse pas à toi mais uniquement à ton phy…

- Non, ne dis plus rien ! l'arrêta la sœur de Sora, des larmes sur les joues. De toute façon, il s'agit de ma vie et je décide moi-même ce que je souhaite en faire. Je n'ai pas besoin d'être autant protégée que tu le crois, je ne suis pas en danger.

- Tu ne l'es pas encore, siffla le frère des jumelles, les dents serrées. Sachant cela, je ne peux pas rester sans rien faire.

- Ce n'était pas une demande, précisa Orihime en séchant sous ses yeux pour le fixer avec détermination.

- Qu'est-ce que je suis censé comprendre ? questionna-t-il, la gorge nouée.

- Que je veux que tu restes en dehors de ça car après tout la question qu'il a posée me concerne et non toi.

- Hein ? Sa question n'a aucune espèce d'importance…

- Elle en a parce que je lui en accorde.

Le jeune Shinigami resta figé sur place, un sentiment bien étrange courant dans ses veines à présent.

- Tu lui as dit quoi avant qu'il parte ? demanda-t-il en craignant la réponse.

La belle mordilla sa lèvre et fuit son regard trop intense, ses ongles s'enfonçant dans la peau de ses bras.

- Que j'allais y réfléchir et que je l'appellerais pour lui donner ma réponse.

- Quoi ?! s'étrangla Ichigo. Parce qu'il a ton numéro en plus ?

- Tu réagis comme ça chaque fois qu'un garçon s'approche de moi, l'ignora Orihime en montant la marche. Tu devrais te demander pourquoi parce qu'il est possible que la réponse soit ton vrai problème et non Nobura kun sur qui tu déverses ta colère qui m'est peut-être destinée.

Ses paroles le choquèrent à nouveau.

- Ce n'est pas ce que…

Elle leva une main pour le faire taire, ses prunelles laissant voir du reproche et une souffrance énorme à travers d'autres larmes. Puis, elle lui tourna le dos pour saisir la poignée de la porte.

- J'en ai assez de cette tension et de la crainte de te voir perdre le contrôle en me voyant avec un ami. Quelle que soit la décision que je prendrai, tu devras l'accepter, Kurosaki kun. Autrement, je ne vois vraiment pas comment notre amitié pourrait survivre.

Sur ces mots prononcés dans un sanglot, la beauté auburn entra dans la maison en claquant derrière elle.

Toujours dehors, le roux serra la mâchoire et les poings, son sang bouillonnant, son cœur s'emballant. Il n'avait pas du tout prévu la tournure des événements et plus que tout, il était encore plus largué. Peu importe ce qu'Inoue pensait, ce qu'il voyait, lui, c'est qu'à cause de ce Yamato leur amitié si solide se retrouvait ébranlée pour la toute première fois. C'était clair et net : il ne détestait plus Nobura mais le haïssait bel et bien.

A cet instant cependant, Ichigo ignorait que sa haine n'avait pas encore atteint son apogée.

(…)

Deux jours passèrent pendant lesquels Ichigo et Orihime s'ignorèrent totalement au grand désespoir des autres Kurosaki qui n'auraient jamais cru pareille chose possible.

Actuellement, Karin jouait au foot avec ses amis dans le parc, Isshin se trouvait dans son bureau et Yuzu faisait le ménage dans toute la maison. Ichigo, pour sa part, était affalé sur le canapé sans vraiment regarder la télévision. C'est en zappant avec nonchalance qu'il entendit quelqu'un descendre les marches puis la voix de sa sœur s'élever du couloir.

- Oh tu es très jolie, Orihime chan !

- Merci, Yuzu chan ! sourit-elle.

- Tu vas en ville ?

- Oui, approuva la lycéenne qui enfilait ses chaussures. Je ne sais pas si je serai rentrée pour le dîner alors je vous appellerai !

- D'accord, répondit la petite maman qui traînait l'aspirateur. Passe une bonne journée ~

Orihime lui souhaita la même chose avant de s'éclipser dehors. Ichigo soupira. Il était peut-être calme en apparence mais à l'intérieur, il était limite en surchauffe. Sa première dispute avec Inoue le bouffait continuellement, et le fait qu'elle semblait ne pas s'en soucier l'irritait davantage. Comment pouvait-elle être aussi aveugle ? Pourquoi était-elle aussi douce et gentille avec ce Yamato qui méritait des coups dans des zones bien senties ? Comment Inoue et lui-même avaient pu en arriver là alors qu'ils s'entendaient si bien ?! Il lâcha la télécommande à ses côtés et bascula sa tête sur le dossier, les mains dans ses poches, ses orbes marron fixant le plafond.

En fait, un point bien précis poussait le jeune homme à réfléchir encore et encore en ayant au bout du compte la désagréable sensation de tourner en rond. Ça concernait cette phrase, cette remarque que son amie avait osé lui balancer en pleine figure et qu'il ne digérait pas.

« Tu réagis comme ça chaque fois qu'un garçon s'approche de moi. Tu devrais te demander pourquoi parce qu'il est possible que la réponse soit ton vrai problème... »

A vrai dire, si elle ne lui avait pas dit, il ne l'aurait sans doute pas remarqué. C'était la vérité : chaque fois qu'il la voyait en compagnie d'un type louche ou non et ne figurant pas dans leur cercle d'amis, il voyait rouge. Pourquoi ? Telle était la vraie question et s'il ne trouvait pas rapidement la réponse, il risquait de perdre l'amitié d'Orihime à laquelle il tenait. Parce qu'il avait retourné le problème dans tous les sens : il était très protecteur avec elle, certes, mais impossible pour lui de la voir en couple avec Nobura.

Avec un geignement frustré, Ichigo claqua sa main sur son visage. Il en avait assez, pas loin de craquer sous l'incompréhension et le mélange de ses sentiments confus.

- Voilà un son qui équivaut à un appel au secours.

Il écarta ses doigts pour voir son père s'asseoir près de lui.

- Pas maintenant, le vieux. Je suis vraiment pas d'humeur à ce que tu me prennes la tête alors laisse-moi.

- Je ne suis pas là pour te prendre la tête.

- Mais oui, c'est ça, soupira-t-il en s'asseyant correctement et se passant une main dans les cheveux.

Isshin le fixa un instant avant de répondre.

- Je suis ton père et je sais voir quand ça ne va pas, Ichigo. Comme maintenant alors dis-moi ce qui se passe.

- Parce que tu veux en plus me faire croire que tu ne nous as pas entendus nous disputer l'autre soir devant la maison ? lança-t-il à son géniteur avec irritation.

Celui-ci expira à son tour.

- Elle t'en veut beaucoup, hein.

- Quel sens de l'observation, ironisa son fils en se levant vers la fenêtre.

Le médecin ne dit rien, attendant patiemment.

- Bon sang, papa ! craqua enfin le Shinigami suppléant, la mâchoire crispée. Je déteste être en colère contre Inoue !

- J'en suis conscient mais ton attitude n'a rien arrangé, lui fit-il prendre conscience.

- Rah, je sais, admit-il, sa main glissant dans sa touffe orange désordonnée. Mais Yamato n'est pas ce qu'il veut faire croire.

- Je sais.

Ichigo resta bouche bée.

- Tu… le sais ?

- Oui, confirma son papa toujours sur le canapé.

- Alors pourquoi tu n'as pas réagi quand j'ai dit ça au dîner !? s'emporta-t-il, complètement tourné vers lui. Pourquoi tu m'as empêché de le frapper, bordel ?!

- Parce que ce n'était pas la meilleure des solutions, répliqua simplement le père Kurosaki en venant se mettre à sa hauteur.

- Il le méritait, combien de fois je vais devoir le répéter ! Tu devines bien ce qu'il veut faire avec Inoue !

- Je le devine mais elle non.

Il regarda son vieux, l'air perdu.

- Où tu veux en venir ?

Isshin posa une main sur son épaule pour gagner toute son attention.

- Ichigo, il y a des choses que tu vois qu'Orihime chan ne voit pas et inversement. En étant son ami, tu sais comment elle est et de quelle façon s'y prendre avec elle.

- Et alors ? recommença-t-il à s'enflammer.

- Et alors, tu ne peux pas lui crier ton point de vue au visage sans aucune preuve et surtout sans lui dire pourquoi tu agis de cette façon.

- Les preuves sont évidentes mais elle refuse de les voir et il est bien là le problème ! s'impatienta le lycéen. J'agis ainsi pour la protéger, c'est tout ! Pourquoi est-ce qu'elle rend les choses encore plus difficiles ? Elle s'imagine qu'il y a autre chose alors que je lui demande juste d'ouvrir les yeux !

Il y eut un silence pendant lequel sa frustration, sa colère et d'autres sentiments émanèrent de lui et à travers son souffle saccadé. Il avait envie de casser des objets mais il savait au fond que ça ne le soulagerait en rien. Il y avait quelque chose, quelque chose qui le bloquait ou qu'il devait faire mais quoi ?!

- Et toi as-tu ouvert les tiens ? entendit-il soudain.

Le frère de Karin et Yuzu se redressa et fixa son paternel avec des yeux ronds, ses sentiments comme figés.

- Moi, ouvrir mes yeux ?

Hochement de tête en guise de réponse.

- Mais pour voir quoi ?

Isshin libéra son épaule et croisa les bras sur son torse massif, toujours debout devant lui.

- Ton inquiétude pour Orihime chan, ton souci de la savoir en sécurité, en bonne santé, l'avoir invitée ici contre sa volonté, la protéger sans qu'elle ne te demande rien, ne pas supporter de la voir avec d'autres garçons…

- Je ne…

- Allons, réfléchis. Tu ne te comportes pas de cette manière avec Rukia chan ou même Tatsuki chan que tu connais pourtant depuis l'enfance, poursuivit le docteur avec autant de sérieux. Pourquoi à ton avis ? Et ne me parle pas de leur caractère plus fort que celui d'Orihime chan car tu sais que ça n'a rien à voir.

Son fils réfléchissait visiblement à ses paroles d'après son expression.

- La réponse dort en toi, Ichigo, je l'ai vue depuis longtemps. C'est elle que tu cherches mais tu tournes autour parce que tu as peur de t'en saisir, peur de ce que ça pourrait signifier et des conséquences qui pourraient en résulter car ce sentiment t'est inconnu.

Il marqua une pause et fit en sorte de regagner son regard ambré très troublé.

- Seulement voilà, on ne peut pas fuir ses sentiments, tu le constates en ce moment, enchaîna Isshin avec un léger sourire. N'aie pas peur de te lancer et de regarder au fond de toi, fils. Lorsque tu auras enfin compris, c'est ce que tu auras découvert que tu devras partager avec Orihime chan et non une colère qui semble injustifiée, termina-t-il, l'index pointant le cœur de son aîné.

Sur ces mots, il le laissa seul pour poursuivre son travail dans la clinique.

Planté sur place, Ichigo laissait les paroles de son père prendre forme autour de lui pour les associer à la remarque d'Orihime qui le tracassait tellement. De retour devant la fenêtre, il observa le ciel clair et sans nuages.

La situation lui donnait l'impression d'être prisonnier d'un labyrinthe prenant enfin un sens qu'il ne soupçonnait pas.

(…)

En plein cœur de la ville de Karakura se trouvait une jeune fille qui riait aux éclats. Orihime s'était rendue au centre commercial avec Yamato, ils s'étaient promenés dans le parc puis avaient flâné en ville. Actuellement, ils mangeaient une glace tout en marchant à travers une foule de personnes profitant comme eux des vacances et du soleil.

Toutefois, malgré les apparences, Orihime n'était qu'à moitié là car ce n'était pas comme être en compagnie d'un certain jeune homme aux cheveux orange. Inoue était certes gentille, douce et aimable seulement cela ne signifiait pas que c'était ces qualités qu'elle recherchait forcément chez un homme. Bon, d'accord, elle trouvait Kurosaki kun gentil mais elle adorait son côté déterminé, entêté et son langage particulier. Après tout, elle l'avait connu ainsi et pour rien au monde elle ne voudrait qu'il change. Il possédait deux côtés et elle pouvait se venter d'avoir vu les deux. Peu savaient qu'il avait en lui une part de douceur qu'il répugnait à montrer. Cela pouvait se traduire par ses gestes, son attitude ou tout simplement son regard qui la faisait fondre comme un glaçon sous le soleil cuisant du désert. Rien que la pensée fit rougir la belle.

Cependant, en dépit de toutes ces pensées positives, elle ne pouvait nier le resserrement de son cœur, sa main libre se roula même dans un petit poing au niveau de sa poitrine comme pour le protéger d'une fissure supplémentaire. Sa dispute avec Ichigo l'avait profondément secouée, elle n'aurait tout simplement jamais cru cela possible. Même dans ses rêves les plus insensés où elle se voyait mariée avec lui, leur vie se résumait à un long fleuve tranquille en dehors des tracas de la vie quotidienne.

C'était dans des cas comme maintenant qu'Orihime maudissait sa naïveté. Elle était humaine, Ichigo aussi et ils avaient chacun leur caractère. C'était obligé qu'ils viendraient à avoir une divergence d'opinions tôt ou tard, mais elle aurait vraiment préféré qu'elle ait lieu le plus tard possible. Être fâchée avec celui qu'elle aimait lui causait une douleur au-delà des mots.

- Orihime chan, tu m'écoutes ?

- Um ?

Complètement dans ses pensées, elle avait totalement oublié le garçon à ses côtés. Elle s'en voulut un peu de songer à un autre alors qu'elle avait accepté de sortir avec lui, sauf que ça ne la surprenait pas. Elle était amoureuse d'Ichigo, l'aimait du plus profond de son âme, ses sentiments pour lui étaient comme gravés dans sa chair de manière indélébile.

- Je te disais que ta glace fond.

Surprise, la princesse baissa les yeux sur sa main et la vit recouverte de chocolat et de fraise.

- Aaah ! Je n'ai pas fait attention, les petits lutins ont encore envahi mon cerveau et m'ont fait cette farce !

- Les petits lutins ? rit Yamato en lui tendant un mouchoir.

- Oui, ils sont farceurs et s'en prennent souvent à moi.

Elle s'essuya comme elle le put.

- On n'est pas loin de chez moi et mes parents ne sont pas là, tu peux t'y nettoyer plus proprement si tu veux ? proposa-t-il, ses yeux noisette illuminés d'une certaine lueur.

- Oh, je ne sais pas…, hésita-t-elle. Je ne… enfin…

- Allez, Orihime chan ! l'encouragea le garçon en la saisissant par la taille pour l'entraîner dans la bonne direction. On sera tranquilles en plus, rien que tous les deux.

Cette dernière phrase la mit mal à l'aise mais elle fit son possible pour le cacher. Il ne semblait vraiment pas disposé à la lâcher et elle réalisa qu'elle ne faisait pas le poids avec lui physiquement.

- B-Bon d'accord mais juste un aller retour, hein !

Il lui sourit mais ne dit rien.

La distance était effectivement courte entre leur position et la maison de Yamato. Orihime l'avait déjà vue mais n'y était jamais entrée. En voyant la taille de la demeure et son architecture, on devinait que les Nobura gagnaient très bien leur vie.

- Où se trouve la salle de bain ? demanda-t-elle une fois à l'intérieur avec lui.

La décoration était riche et très bien entretenue.

- On en a plusieurs mais on va en occuper une à l'étage, répondit l'adolescent en l'invitant à le suivre dans les escaliers.

- A l'étage ? J-Je ne vais pas rester longtemps, tu sais, rit nerveusement Orihime en se frottant la tête. Il ne s'agit que de ma main, même la cuisine ferait l'affaire en fait.

- Viens, s'impatienta-t-il sans perdre son sourire particulier. J'aimerais te montrer quelque chose aussi.

Le malaise de la beauté auburn s'amplifia. Son instinct lui disait de ne pas monter alors elle mordilla sa lèvre dans l'incertitude. Elle connaissait Yamato depuis des mois et il n'avait jamais été irrespectueux avec elle donc elle n'avait pas à douter de lui, pas vrai ? Une fille doutant de son copain, ce n'était pas bien. Cette pensée en tête, elle fit quelques timides pas en avant pour le rejoindre.

(…)

Au même moment, Ichigo achevait un Hollow près d'un bâtiment. Il y avait des jours comme ça où il aimait le timing de ces erreurs de la nature. Là, par exemple, la discussion avec son paternel le poussait à vouloir se défouler alors ce monstre avait bien choisi son moment pour se pointer. Sa frustration n'était pourtant pas réduite de moitié. Avec un soupir, il plaça Zangetsu sur son dos et s'apprêta à rentrer chez lui pour regagner son corps.

Le destin en décida autrement.

Une fenêtre était ouverte juste en dessous de sa position, si bien qu'il entendit parfaitement la voix de trois gars. Le jeune Shinigami était vraiment nul pour ce qui était de retenir les visages, alors les voix n'en parlons pas. Toutefois, celles-ci lui paraissaient étrangement familières et très désagréables. En jetant un œil en bas, il vit un support sur lequel il se tint debout et longea la façade pour avoir une vue sur l'intérieur de l'appartement.

- Bordel, j'avais raison, maugréa-t-il.

Dans la salle à manger qu'il voyait entièrement se tenaient trois des amis de Yamato assis face à lui, sur le canapé. Apparemment, ils attendaient tous la réponse à un SMS envoyé avec le portable de l'un d'entre eux.

- Alors, il va répondre oui ou non ?! s'irrita l'un des mecs qui était blond.

- Attends, il est peut-être occupé ! ricana un autre, celui qui tenait le portable.

- Ça y est, il a répondu ! lança soudain le troisième tout aussi excité. Lis-le ! Lis-le !

- Oui, oui, deux secondes !

Ichigo fronça les sourcils. A quoi jouait cette bande de malades ? Il décréta vite qu'il ne s'en souciait pas, il avait d'autres soucis plus urgents et se prépara à partir. Jusqu'à ce que la suite le fige sur place.

- Un autre SMS est arrivé mais je vous lis déjà le premier, reprit le propriétaire du portable. Il dit : « Orihime vient de sortir de la salle de bain, je vais la convaincre d'aller dans ma chambre ».

Le sang du roux sembla cesser de circuler. De qui provenait ce message ? Plus important encore, comment une personne pouvait-elle savoir que son amie se trouvait en ce moment même dans une salle de bain ?! Et la convaincre de faire quoi dans une chambre ? Ichigo espérait sincèrement que ça n'avait rien à voir avec ce que son cerveau imaginait.

- « On est dans ma chambre les gars ! Je vous appelle quand ce sera fini mais ça ne sera pas avant une heure ou deux ! », acheva-t-il la lecture du second texto. Wow, Yamato a vraiment tout prévu !

- Quel bâtard chanceux ! La vierge Orihime, tu imagines ? creva de jalousie le blond.

- Hey peut-être qu'on aura droit de la monter nous aussi quand Yamato aura fini, il suffira de lui demander si elle est endurante ! ajouta le troisième gars. Remarque vaut mieux vu qu'il compte en profiter deux bonnes heures.

Tous trois explosèrent de rire. Ce qu'éprouvait Ichigo dépassa le stade de la fureur. Un barrage céda en lui et son reiatsu devint hors de contrôle. C'est avec plaisir qu'il aurait massacré ces trois connards jusqu'à ce qu'il n'en reste même pas de la poussière d'os, mais il n'avait pas de temps à perdre. Il décolla très vite de son perchoir avec une telle force qu'une vague d'air s'engouffra par la fenêtre et renversa le canapé en arrière, les trois épargnés avec.

- Putain, il vient de se passer quoi les mecs ? s'interrogèrent-ils, enchevêtrés les uns aux autres.

Déjà à plusieurs mètres de là, le fils Kurosaki pratiquait le shunpo à une vitesse insoupçonnée. Il remerciait intérieurement les kami d'être déjà sous forme de Shinigami. Il devait vraiment arriver chez Yamato avant qu'il ne soit trop tard.

(…)

Chez Nobura, la situation était telle qu'on pouvait l'imaginer. Orihime avait accepté de donner sa chance à Yamato en songeant que, peut-être, son affection pour lui se transformerait en quelque chose de suffisamment fort pour lui faire oublier son Shinigami avec qui il ne se passerait visiblement rien du tout. Ce n'était qu'une illusion parce que c'était clair à présent : aucun garçon quel qu'il soit ne pourrait lui faire oublier Kurosaki kun. Il n'y avait que lui et lui seul. Si elle ne pouvait pas l'avoir alors elle ne se donnerait à aucun autre.

Elle avait compris cela lorsque son « copain » essaya encore de l'embrasser et qu'elle l'avait repoussé. Il n'avait pas apprécié et avait fini par craquer en la jetant sur le lit. Yamato l'avait attirée en lui montrant un somptueux coffret à bijoux appartenant à sa grande sœur, et il avait profité qu'Orihime soit dos tourné pour les enfermer dans sa chambre.

A présent, il se tenait à quatre pattes au-dessus d'elle sur le matelas.

- Nobura kun, q-qu'est-ce que tu fais ? bégaya-t-elle, la peur s'infiltrant dans ses veines.

En jetant un œil dans la vaste chambre, elle vit la fenêtre ouverte mais la hauteur était trop élevée pour sauter. Peut-être qu'en s'acharnant sur la porte arriverait-elle à la faire céder.

- Reste là, la retint-il par les poignets près de sa tête auburn et penché vers elle. Ça fait trois fois que tu esquives mon baiser, Orihime, dit-il avec agacement. Au début, j'ai pris ça pour de la timidité mais ça n'a rien à voir alors c'est quoi ?!

Des larmes coulèrent le long des tempes de la questionnée.

- L-Laisse-moi m'en aller, s'il te plaît.

- Tu auras beau te débattre, je ne te laisserai pas partir, mit-il au clair. Maintenant, réponds-moi ! Pourquoi tu refuses de te laisser toucher ?

- P-Parce que…

- Parce que ?!

- Parce que je ne t'aime pas ! sanglota la princesse. Je suis désolée, Nobura kun mais je suis amoureuse de quelqu'un d'autre…

Celui-ci resta figé un instant, puis la colère déforma ses traits si charmants en général.

- Tu ne m'aimes pas, hein ? Alors on va voir si ça sera encore le cas après ça !

Sur quoi, il posa sa main sur sa jambe et la remonta sous la jupe qu'elle portait tout en comblant l'espace entre eux pour l'embrasser de force.

- Non !

Ce cri franchit les lèvres de la jeune femme qui avait tourné la tête juste à temps. Avec une force incroyable, elle libéra sa main droite, le griffa au visage dans un geste défensif et le poussa loin d'elle avec ses jambes au point qu'il roula sur le lit et tomba par terre. Lorsqu'il se releva, le lycéen avait quatre griffures profondes barrant son visage, ses cheveux châtains étaient décoiffés et sa respiration était saccadée à cause de la colère. La sœur de Sora, pour sa part, avait reculé à la tête du lit, les jambes repliées contre sa poitrine, sa jupe bien arrangée pour ne rien laisser voir qui devrait continuer à être caché. Elle pleurait silencieusement sans couper la connexion visuelle.

Un coin de sa tête analysa la situation. Même si Yamato était un humain, elle se trouvait en danger, elle en était tout de même consciente et pas ignorante de ce qu'il lui réserverait si il la rejoignait sur le lit. Aucun objet autour d'elle n'était idéal pour se défendre et son corps était trop engourdi pour pratiquer une prise de karaté enseignée par Tatsuki chan. Orihime avait donc deux options : utiliser Tsubaki pour l'assommer avant de lui prendre la clef ou alors se retrancher derrière son bouclier des trois cieux et tenter de le raisonner.

Des larmes coulèrent en cascade sur ses joues car dans tout ça, elle réalisa qu'elle n'était pas en colère contre Yamato. Elle songeait plutôt à Ichigo qui l'avait prévenue maintes et maintes fois et avait vite décelé quelle sorte de garçon il était vraiment. Elle avait refusé de l'écouter à cause de sa nature à vouloir voir le bon côté en chaque individu et voilà où ça l'avait menée. Pourquoi n'avait-elle pas fait confiance à Kurosaki kun cette fois aussi ? Tout aurait pu être différent si elle l'avait fait, ce qui ne la rendait que plus malheureuse et honteuse.

- Je t'ai emmenée dans ma chambre pour obtenir quelque chose de toi et je vais l'obtenir que tu le veuilles ou non, la menaça Yamato qui posa un genou sur le matelas.

L'adolescente n'eut pas à réfléchir plus.

- Santen… !

Le reste de sa phrase coula au fond de sa gorge. Un reiatsu sombre, lourd et terrifiant l'entoura comme un liquide aussi épais que de la lave.

- Non, il n'est pas...

Elle tourna la tête vers la fenêtre dans un réflexe.

- Kurosaki kun, laissa échapper la belle, bouche bée.

- Qu'est-ce que tu racontes ? pesta Nobura, figé lui-même par l'étrange ambiance.

La beauté auburn ne répondit rien et n'en aurait de toute façon pas eu le temps puisque dans l'encadrement surgit une silhouette tout de noir vêtue. Les deux pieds dans la chambre, Ichigo balaya la pièce du regard et fut avant tout très soulagé de voir son amie toujours entièrement habillée, ses vêtements pas froissés ou déchirés signe qu'on aurait tenté de les lui enlever de force. Mais son soulagement fut de courte durée puisque en l'observant mieux, il nota qu'elle avait les cheveux ébouriffés, de grosses larmes sur les joues, une posture de défense et surtout, la main sur ses barrettes comme si elle allait en faire usage. Inoue ne blesserait jamais quelqu'un à moins d'y être obligée, ce qui ne fit que bouillonner son sang. Pire encore quand il vit Yamato s'approcher d'elle pendant qu'elle le fixait lui.

Avec une haine sans nom, Ichigo se déplaça aussi vite que la lumière, le saisit à la gorge et le plaqua au mur le plus proche avec une force qui ébranla la chambre. Orihime couina en entendant des os craquer et le puissant cri de douleur de Nobura. De plus, en frissonnant, elle remarqua enfin qu'Ichigo tenait Zangetsu dans son autre main tremblante. Il l'avait instinctivement saisi en venant ici.

- Kurosaki kun, ne fais pas ça ! le supplia-t-elle en descendant du lit pour s'accrocher à lui.

Yamato, lui, se demandait ce qui lui arrivait. En dehors du fait qu'il était sonné et souffrait le martyre, il ne voyait personne à part Orihime alors pourquoi parlait-elle de Kurosaki comme si il se trouvait là avec eux ?

- Comment ça l'épargner ? rugit le frère des jumelles en lui jetant un regard ardent. Tu n'as pas compris ce qu'il s'apprêtait à te faire ou quoi ?!

- S-Si mais ne lui fais pas de mal…

- C'est lui qui allait t'en faire, bon sang ! s'écria-t-il sans desserrer sa prise pendant que l'autre suffoquait. Des personnes vont en prison en commettant cet acte répugnant !

- Je sais, répondit doucement Orihime, plus calme maintenant qu'il était là. Mais si tu le tues, c'est toi qui pourrais finir en prison.

Le Shinigami suppléant serra les dents et reporta son attention sur Yamato qui virait au bleu en raison du manque d'oxygène. Il posa Zangetsu sur son dos à contrecoeur.

- Merci, murmura la lycéenne, contente qu'il n'y ait pas eu d'effusion de sang.

Le roux ne sembla pas l'entendre. Lui tournant de nouveau le dos, il fit sa victime longer le mur jusqu'à la porte verrouillée.

- Kurosaki kun… ? commença une Inoue perplexe en le suivant des yeux.

Un bruit sourd suivit d'un fracas épouvantable retentit lorsque le poing furieux d'Ichigo entra en contact avec la mâchoire de Yamato qui traversa la porte en bois pour rebondir contre le mur du couloir, glisser lamentablement et se retrouver inanimé sur le sol, la bouche et le nez ensanglantés. Orihime était sous le choc, les yeux écarquillés surtout que sa mâchoire inférieure paraissait déboîtée. Elle remarqua à peine que son ami la portait pour sortir par la fenêtre par où il était entré. Ce fut seulement de retour sur le bitume qu'elle retrouva l'usage de la parole.

- Tu ne vas pas le laisser comme ça ? cria-t-elle presque.

- Je m'en fous de ce qu'il peut lui arriver, répliqua sèchement Ichigo en tendant la main vers elle. On rentre maintenant. Tu vas bien ? Il ne t'a pas…

- Il faut le soigner ! insista la jeune fille en reculant hors de sa portée. Ses parents et sa sœur vont le trouver comme ça et à son réveil, il donnera ton nom ! Tu auras des ennuis !

- C'est pas comme si je n'étais pas habitué mais il n'a pas de preuve, j'ai laissé aucune empreinte, je te rappelle, lâcha le jeune homme, sa tension toujours à la hausse. Il ne m'a même pas vu, il t'a juste entendue prononcer mon nom.

- Ce n'est pas une raison pour le laisser se vider de son sang, je dois…

- Il survivra.

- Mais il…

- Ça suffit maintenant, Inoue ! craqua-t-il. Je suis venu pour te sauver toi et non cet enfoiré ! Et pourtant, tu te soucies plus de lui que de ce qu'il aurait pu te faire !

La concernée rougit de honte et d'autre chose, les yeux baissés.

- Je te remercie et…

- Je ne veux pas de tes remerciements, je ne l'ai pas fait pour ça. Bordel mais tu ne réalises donc pas que ta vie aurait pu changer radicalement si j'étais arrivé quelques secondes plus tard !?

Elle leva ses prunelles remplies de larmes vers lui, les joues toujours empourprées.

- Je sais tout ça ! Mais je… je…

- Tu quoi ? demanda plus calmement Ichigo. Il faut que tu apprennes à te soucier plus de toi que des autres.

- Je… J'ai besoin de rester seule ! évacua soudain Orihime en tournant les talons.

- Qu'est-ce que… ? Inoue !

Il voulut la suivre mais une main se posa sur son épaule. Encore.

- Urahara san ? Qu'est-ce que tu fous là ?

- Bonjour à toi aussi, Kurosaki san ~, le salua-t-il en s'éventant, l'œil pétillant. Je suis aussi ravi de te voir.

- Arrête ton baratin, je suis pas d'humeur, merde !

Kisuke ferma son éventail d'un coup sec, l'air sérieux.

- Je le sais d'où ma présence.

- Qu'est-ce que tu veux dire encore ? s'impatienta le fils Kurosaki, les nerfs à vif.

Le vendeur pointa la fenêtre de Yamato au-dessus d'eux.

- Quelle question. Je suis venu réparer tes dégâts, comme d'habitude.

Le sourcil d'Ichigo s'agita dans un tic nerveux, son poing de nouveau prêt à l'usage.

- Tessai est déjà à l'intérieur pour le soigner, enchaîna naturellement le blond avec un sourire niais. Je me chargerai ensuite d'effacer sa mémoire pour vous éviter des ennuis à toi et à Inoue san.

L'adolescent soupira en se frottant la nuque.

- Merci…

Il s'immobilisa soudain.

- Une minute. Comment tu savais ce qu'il se passait ici ? C'est arrivé… !

- Allons, allons, le coupa Urahara en brassant l'air entre eux. Je revenais simplement du marché quand je me suis dit que tu avais peut-être encore besoin de mon aide !

- Te fous pas de moi surtout que tu n'as pas un seul sac. Et j'ai du mal à t'imaginer acheter quoi que ce soit quand on sait que ton job consiste justement à prendre l'argent des honnêtes gens.

- Ouch, percé à jour par Kurosaki san ~, chantonna-t-il. Mais la fin de ta remarque est discutable si tu te comptes dedans.

- Je vais te… ! commença à s'énerver le garçon au sang chaud.

- Tu devrais savoir que je sais tout ce qu'il se passe dans cette ville, ajouta l'autre. Rien ne m'échappe.

- Quoi ?! s'étrangla-t-il. T'as l'air d'un voyeur ou je-ne-sais-quoi dit comme ça !

- Et tu es très prévisible aussi, enchaîna l'ancien capitaine derrière son éventail sans nier qu'il était un pervers.

- Lâche-moi, tu veux ! J'ai fait ce qu'il fallait pour protéger Inoue.

- Bien sûr, bien sûr. Ton amie, Inoue san ~

- Pourquoi tu dis ça de cette façon ? Tu serais pas en train de me chercher des fois ?!

- Mais non, voyons, assura le vendeur suspect dont on ne voyait que les yeux entre son éternel bob rayé et son éventail qu'Ichigo mourait d'envie de lui faire avaler. Oh regarde ! pointa-t-il un point au hasard.

Le Shinigami remplaçant tourna la tête dans la direction indiquée et ne vit rien du tout. Lorsqu'il reporta son attention sur Kisuke, ce dernier avait tout simplement disparu.

- Tch, je fréquente vraiment des gens à éviter, souffla-t-il en pensant aussi à Ishida.

Après un dernier regard à la maison sur laquelle il ne reposerait plus jamais ses orbes bruns, Ichigo s'éclipsa en un shunpo.

(…)

- Où est onii chan ? Pourquoi il n'est toujours pas rentré ? renifla Yuzu, affalée sur la table basse en regardant la télé d'un œil vitreux.

- Rah, c'est bon, soupira sa jumelle en se servant du soda dans la cuisine. Il doit encore traîner je-ne-sais-où et il va revenir comme si de rien n'était. Faut dire qu'il n'y a pas d'intimité ici alors il ne peut faire certaines choses de son âge que dehors, ajouta-t-elle avant d'avaler une gorgée.

- Karin chan ! sursauta Yuzu, les joues roses. Ne dis pas des choses pareilles, enfin !

- Quoi ? C'est un adolescent comme les autres, tu sais, dit-elle en haussant les épaules et rangeant la bouteille.

- Papa déteint sur toi !

- Tu as dit ? sourit nerveusement la brune, une veine sur le front. Ichi nii n'est pas un saint, c'est tout ce que je veux dire.

- Assez !

Mécontente, la petite maman de la maison se leva et quitta le salon à grandes enjambées sans un regard en arrière.

- Yuzu ? appela sa sœur.

La porte de leur chambre claqua avec force.

- Pff, dès qu'il s'agit d'Ichi nii, elle entre dans tous ses états, expira Karin, installée sur le canapé pour regarder la télévision.

Isshin n'était nulle part en vue, par contre Orihime se trouvait dans sa chambre, l'une de celles qui servaient habituellement aux patients. Assise sur son lit à fixer le vide depuis des heures, elle se décida enfin à se lever. Elle avait vu le soleil décliner et la lune dominer peu à peu le ciel étoilé. Déterminée, elle sortit dans le couloir, monta l'escalier et s'arrêta devant une porte précise.

- Ku-Kurosaki kun ?

Elle s'en voulait pour son comportement plus tôt dans la journée et elle tenait vraiment à s'excuser… et s'expliquer.

- Kurosaki kun ? retenta-t-elle en frappant cette fois.

Toujours pas de réponse.

En se mordant la lèvre, un poing devant la poitrine, elle actionna la poignée.

- J-J'entre.

Elle n'eut pas à allumer la lumière étant donné que l'éclat de la lune inondait la chambre… totalement vide en dépit de l'heure tardive. La princesse laissa son odeur bien à lui envahir ses sens et les apaiser tout en s'approchant de la fenêtre. Ses océans cendrés fixèrent l'astre lunaire comme pour se connecter à lui par ce moyen, tout en ignorant que celui qu'elle aimait faisait exactement la même chose en cet instant précis. Le coeur plus léger, Orihime se détourna de la fenêtre, ses longs cheveux suivant son mouvement dans une sorte d'arc fluide.

Elle aimait sincèrement Ichigo et où qu'il soit, elle parviendrait toujours à le trouver.

(…)

Ichigo se trouvait dans l'un des parcs de la ville, sur un pont au-dessus d'un lac, appuyé sur la rambarde. Il n'était pas spécialement attentif à la beauté du lieu, plus son calme. Outre le fait qu'on ne pouvait pas le voir, il n'y avait pas un chat à cette heure-ci. C'était donc un endroit propice pour mettre ses réflexions internes dans le bon ordre. Le faible vent nocturne agitait son shihakusho ainsi que ses brins orange, et sa silhouette se reflétait dans l'eau trouble à l'image de la lune surplombant le ciel et illuminant Zangetsu d'un doux éclat bleu. Malgré ce cadre, le roux ne regardait rien de particulier préférant s'immerger dans ses pensées.

Il n'aurait jamais cru cela possible mais il y voyait plus clair grâce à son père et leur conversation pour une fois sérieuse. Il comprenait à présent. Il saisissait pourquoi il mettait un point d'honneur à protéger Inoue même contre sa volonté et la savoir en sécurité, pourquoi la voir et la savoir avec un autre garçon le mettait hors de lui, pourquoi il se réveillait parfois de lui-même après avoir contemplé sa longue chevelure cuivrée ou ses yeux pétillants pendant qu'elle parlait avec animation. Il était… Il était tout simplement…

J'aime Inoue.

Rien que la pensée remua quelque chose en lui et le fit rosir. Il n'avait jamais ressenti cela, seulement il fallait se rendre à l'évidence et accepter le fait qu'il était un jeune homme de presque dix-huit ans dont les hormones étaient enfin sorties de leur hibernation presque permanente afin de craquer pour son amie qu'il connaissait depuis des années. Toujours appuyé sur ses coudes, Ichigo serra ses mains l'une dans l'autre.

Il ne pouvait pas faire face à Inoue qu'il fuyait à vrai dire. Comment lui annoncer que ses actions n'avaient été motivées que par la jalousie pure et simple ? Comment lui avouer qu'il la considérait comme plus qu'une amie sans foutre en l'air leur amitié, et que ne pas l'avoir à ses côtés le rendait fou ? Non, il ne pouvait décidément pas lui dire ça, la peur du rejet était bien trop grande aussi dur que cela soit à admettre et puis elle pourrait aussi lui reprocher son côté protecteur bien trop aiguisé.

En plus, il n'y avait pas que ça.

Ichigo ne regrettait pas son comportement envers Yamato quelques heures plus tôt. Mis à part le fait qu'il avait raison à son sujet depuis le début, il ne cautionnait pas son attitude méprisable. Les femmes n'étaient pas des objets que l'on utilisait à sa guise avant de les jeter après utilisation. Elles avaient des sentiments. Il n'avait certes jamais eu de petite amie mais son cinglé de père lui avait au moins inculqué le respect des femmes. Savoir ce qu'Orihime aurait pu perdre aujourd'hui soulevait encore sa colère, sa vie déjà pas facile était passée trop près d'être endommagée davantage. Nobura avait donc enfin eu ce qu'il méritait et plus encore. Pas sûr toutefois qu'elle partage sa vision des choses à cause de son cœur plus enclin à pardonner que détester.

Le fils Kurosaki se redressa dans un lourd soupir tout en se passant une main dans les cheveux, les yeux brièvement clos. Il était vraiment préférable de laisser de l'eau couler sous les ponts le temps que les choses se tassent et attendre le moment opportun pour se tenir fièrement debout devant Inoue. Là, tout de suite, il ne s'en sentait pas le courage.

- Bonsoir, Kurosaki kun.

Ce dernier sursauta et se demanda vaguement si ça ne se déroulait pas dans sa tête. En pivotant, il fut forcé d'admettre que non en voyant la jeune fille face à lui. Il ne put s'empêcher de la détailler. Vêtue d'une robe d'été longue jusqu'aux genoux cette fois, elle avait les bras dans le dos, ses longs cheveux auburn tombaient en cascade sur ses épaules, ses prunelles argentées scintillaient d'une vive lueur qu'il ne lui avait jamais vue et enfin, le halo de la lune rendait pâle sa peau ivoire. Elle était juste… juste…

Très jolie.

Il secoua la tête pour se reprendre, les sourcils froncés à présent que la situation le frappa.

- Qu'est-ce que tu fais seule dehors à une heure pareille, Inoue ? la gronda-t-il.

Était-elle inconsciente à ce point ? Ce qu'il s'était passé cet après-midi ne lui avait pas servi de leçon ? Et si elle était tombée sur un autre taré ? Surtout habillée si légèrement, putain !

- Je te cherchais.

Ichigo se massa les tempes avec le pouce et l'index en essayant de cacher son exaspération. Il n'aimait pas lui crier dessus mais il le ferait tôt ou tard car son inconscience atteignait des bords trop extrêmes à son goût.

- La prochaine fois, prends une veste ou mieux attends que je rentre, lâcha-t-il en s'efforçant de maîtriser sa voix.

Elle cligna des yeux.

- Hein ? Mais je…

- Et si tu es là pour prendre des nouvelles de l'autre enfoi… de Yamato, Urahara san et Tessai san l'ont remis sur pied et il ne se souviendra de rien, la coupa-t-il, prêt à se détourner.

- Ah ! Attends ! s'exclama la belle en courant vers lui.

De profil à elle, le frère des jumelles baissa les yeux sur son poignet qu'elle tenait des deux mains.

- Inoue, qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il, ses iris incandescents remontant sur son visage.

Son amie avait les joues roses et mordillait sa lèvre inférieure.

- J-Je ne suis pas venue pour te parler de Nobura kun, murmura-t-elle.

Le fils d'Isshin haussa les sourcils, surpris.

- Alors pourquoi ?

- Eh bien, je…

La lycéenne inspira pour se donner du courage, sa prise se resserrant.

- Je m'excuse pour mon attitude de cet après-midi. Je ne voulais pas te crier dessus et m'enfuir comme ça alors que tu venais de me sauver, mais j'avais tellement honte que…

- Attends, attends un peu, là, la stoppa l'homme qu'elle aimait en levant l'autre main. Tu avais honte dis-tu ? Pourquoi ? C'est l'autre bâtard qui devrait avoir honte, tu n'as rien fait de mal !

- Si.

La tête complètement levée, elle se noya dans son regard ambré.

- J'ai douté de la personne à laquelle je tiens le plus et c'est impardonnable. Tu as tenté de me mettre en garde et je ne t'ai pas écouté.

L'adolescent se figea tout en doutant de son audition.

- La personne à laquelle tu tiens le plus ? réitéra-t-il comme si c'était impossible.

- Oui, confirma Orihime dont les joues rougissaient de plus en plus. Je n'ai accepté de sortir avec Nobura kun que pour une seule raison dont je ne suis pas fière, avoua-t-elle à mi-voix.

Elle le libéra et s'entoura de ses bras, les yeux humides. Le moment était venu de se montrer enfin honnête.

- Je pensais qu'en sortant avec lui, j'oublierais mes sentiments à sens unique pour le garçon dont je suis véritablement amoureuse.

Sa phrase lacéra Ichigo. Ainsi, elle aimait quelqu'un d'autre… C'était un rude coup pour lui qui venait de découvrir ses véritables sentiments pour elle, mais il se força à garder contenance. Ce garçon en question devait être un idiot fini pour ne pas aimer une fille pareille, pensa-t-il.

- Qu'est-ce qui te fait croire que tes sentiments sont à sens unique, Inoue ?

- Oh eh bien, il me considère juste comme une amie, lui sourit-elle en essuyant une larme menaçant de couler.

- Il te l'a dit ?

- En quelque sorte et je m'en contente, déclara-t-elle d'un ton triste qui contracta le cœur du Shinigami. Mais Tatsuki chan m'a dit que j'avais le droit de me montrer un peu égoïste et de lui dire ce que je ressens vraiment pour lui.

- Elle a raison, approuva le roux sans montrer la souffrance que lui infligeait cette conversation. Il pourrait te retourner tes sentiments, tu n'en sais rien.

La princesse renifla, les bras croisés sous sa forte poitrine.

- Tu crois vraiment ?

- Qui ne tente rien n'a rien, dit-il simplement en haussant les épaules, les mains dans ses poches.

Une douce brise souffla autour d'eux faisant bruisser les feuilles des arbres. La sœur de Sora cala une mèche derrière son oreille tout en laissant ses paroles couler en elle pour réveiller son courage de nouveau éteint.

- Tu as raison, Kurosaki kun.

Elle s'avança d'un pas et posa ses mains sur ses avant-bras. Le cœur palpitant, elle laissa ses sentiments s'exprimer naturellement. Peut-être parce qu'ils étaient désormais plus proches, qu'ils s'étaient retrouvés de nombreuses fois que tous les deux depuis qu'elle vivait chez lui ou encore parce qu'elle se sentait à l'aise en sa présence, elle éprouvait moins de gêne qu'elle ne l'avait anticipé.

Elle n'était plus une petite fille mais une jeune femme et si elle voulait être enfin fixée, elle devait bien se lancer tôt ou tard. Son amitié avec Ichigo avait failli s'éteindre et elle refusait que son amour pour lui soit de nouveau mis à l'épreuve de façon cruelle sans s'être déclarée. Son cœur battait frénétiquement d'excitation et à cause du stress, seulement son esprit, lui, n'avait jamais été aussi clair.

- Je... Je t'aime, chuchota-t-elle, ses océans gris lumineux contenant encore des larmes.

- Ouais, si tu lui dis ça comme ça, je doute qu'il te résiste, répondit Ichigo en tournant la tête pour éviter qu'elle ne déchiffre sa douleur qu'il dissimulait.

La guérisseuse l'observa d'abord sans rien dire, essayant de donner un sens à sa réponse inattendue. Enfin, elle saisit et remonta sa main droite sur sa joue gauche pour le forcer à la regarder à nouveau. Sa peau était chaude sous ses doigts fins et elle devina qu'il rougissait, ce qui l'amusa intérieurement.

- Non. Ce que je voulais dire, c'est que je t'aime toi, Ku… Ichigo, répéta plus clairement Orihime.

Celui-ci resta bouche bée, pensant vraiment avoir une défaillance de l'oreille interne.

- … Tu… quoi ?

Les larmes en équilibre sur les cils de la beauté auburn chutèrent sur chacune de ses joues tandis qu'elle reculait un peu pour lui donner plus d'espace.

- Tu es le garçon et l'ami dont je parle depuis tout à l'heure, commença-t-elle à sangloter pour une raison qui lui échappait. C'est stupide, je m'attendais à ta réaction alors je ne devrais pas…

Un index se glissa sous son menton, la poussant à recroiser ses orbes marron plus foncés. Orihime y décela pourtant quelque chose à l'intérieur qui la fit dangereusement frissonner. Incapable de parler mais décidé à agir, le jeune homme se pencha sur ses lèvres qu'il frôla juste assez longtemps pour finalement lui chuchoter…

- Dans ce cas, tu as dû prévoir que je ferais ça.

Sans lui permettre d'assimiler, il l'embrassa. Paralysée, les yeux écarquillés, la chanceuse se demandait ce qu'il se passait et à quel moment tout cela avait pris cette tournure. Mais en fait, elle réalisa assez vite que tout cela n'avait pas la moindre espèce d'importance. Le baiser d'Ichigo était doux et léger ce qui l'incita à se détendre dans ses bras. Bientôt cependant, les choses évoluèrent.

Ichigo aspirait à cet instant et maintenant qu'il avait lieu, il voulait le faire grimper le plus possible en intensité afin de le marquer, le graver au fond de sa mémoire. Il posa une main sur sa nuque pour la rapprocher de lui et emmêla l'autre dans ses cheveux soyeux. C'était comme si de la soie glissait entre ses doigts et il apprécia grandement la sensation, ce qui se traduisit par sa langue traçant la ligne de ses lèvres. Les mains fermement agrippées à ses robustes épaules, Orihime sursauta légèrement, troublée par la sensation nouvelle mais également curieuse d'en connaître plus. C'est donc avec cela en tête qu'elle lui ouvrit sa bouche et il ne tarda guère à faufiler sa langue à l'intérieur pour trouver la sienne.

Un courant électrique la traversant, la meilleure amie de Tatsuki poussa un gémissement appréciateur, se dressa plus haut sur la pointe des pieds et passa ses bras autour de son cou tout en jouant avec ses cheveux hérissés. Ses ongles grattant son cuir chevelu firent également gémir Ichigo. Le baiser était maladroit au début, mais ils finirent par trouver un rythme. Leurs langues tournoyaient ensemble, il suçait la sienne expérimentalement en la faisant frissonner et gémir davantage. Leurs bouches s'ouvraient et se refermaient simultanément, une chaleur dans leurs estomacs se propagea dans leurs deux corps qui mendièrent pour plus de contact, et c'est ainsi qu'ils finirent étroitement enlacés, l'une des mains d'Ichigo descendant au creux de son dos.

Ils auraient pu continuer comme ça longtemps si leurs poumons ne criaient pas pour l'apport très urgent d'oxygène. Ils se séparèrent de quelques centimètres, les lèvres humides et chaudes. Celles d'Orihime la picotaient et réclamaient déjà un second round. Il lui fallut plusieurs secondes pour se remettre de ses émotions et ce fut seulement lorsque son Shinigami passa son pouce sur sa bouche qu'elle revint totalement sur terre. Elle battit des cils et reporta son attention sur lui, le trouvant plus beau que jamais. Le regard qu'il lui jeta enflamma son cœur et heureusement pour elle -ou pas-, il brisa la connexion visuelle pour se rendre à son oreille.

- Je te considère comme plus que "juste une amie", Orihime, confessa-t-il en l'enlaçant plus fermement, son souffle accélérant la fréquence cardiaque de la princesse.

Ce n'était certes pas une déclaration comme dans les films d'amour mais venant d'Ichigo, c'était bien suffisant pour elle. Orihime logea son visage dans le creux de son cou pour s'imprégner de lui et s'assurer que tout ça n'était pas irréel.

Ils restèrent dans cette position un certain temps, le cœur battant à l'unisson, leurs sentiments ne formant qu'un. Lorsque le premier nuage passa devant la lune, les baignant provisoirement dans l'obscurité totale, et que la déesse bâilla, ils se décidèrent à rentrer à la clinique. Ichigo la porta dans ses bras dans le style nuptial et Orihime ne tarda pas à somnoler en se lovant contre lui, un sourire éclairant son visage délicat.

- Tu n'as pas à t'excuser pour ne pas m'avoir écouté, c'est plutôt moi qui devrais t'en faire pour ne pas avoir su remarquer tes sentiments, marmonna-t-il en se disant qu'il appréciait regarder son visage angélique si paisible.

- Tu es pardonné, Kurosaki kun, répliqua la demoiselle d'une voix ensommeillée, son petit poing le tenant avec force au niveau de ses pectoraux.

Ichigo sourit à sa réaction, lui baisa le front et décolla pour rentrer par la voie des airs. Il aurait des choses à dire à son père, d'autres à partager avec Orihime mais chaque chose en son temps. Pour l'heure, il fallait juste profiter du moment présent.

Le cœur nous dicte qui aimer, après c'est à nous de le déceler. Orihime l'avait compris depuis longtemps et Ichigo y était enfin parvenu. Il avait fallu qu'ils rencontrent des hauts et des bas sur la route subtile séparant l'amitié et l'amour, mais ils étaient arrivés au résultat qu'on ne pouvait que leur souhaiter : ils étaient enfin ensemble.

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O

The end ! Ainsi se termine cette petite histoire ! Je vais maintenant répondre à quelques uns d'entre vous :

Acchan : merci pour ton com sur la partie précédente ! Il n'y a en effet pas assez de fics IchiHime en français sur ce site, c'est limite la pénurie XD Je suis contente de rejoindre le peu qui en écrivent ! Quoi qu'il en soit, ton commentaire était compréhensible, j'ai compris ce que tu as dit ne t'en fais pas ! =)

Nemyr : ça fait plaisir de lire que tu étais dans l'histoire au point de deviner l'identité de l'invité surprise, merci pour tes encouragements ! ^^

Misa-chan : ma chère, tu as aussi peu de patience que moi car je n'aurais pas tenu à la place d'Ichi moi non plus XD Et un jour, tu t'habitueras à ma manière de couper mes chapitres mdr !

DimIIy : alors toi, tu m'as tant fait rire avec ta façon d'imaginer la suite ! J'aime ! MDR Je me dis aussi que tu dois avoir une âme de sadique parce que tu sembles aimer les gars chiants, les situations complexes, voire tendues et les disputes aussi XD C'est sympa ce que tu as dit en tout cas, merci !

Clia : merci pour tes félicitations et tes compliments ! Je me suis aussi arrêtée à l'épisode 366 et je suis également en manque alors vive les fics me concernant mdr J'essaie toujours de rester fidèle aux caractères des personnages alors contente que tu apprécies cela ainsi que l'intrigue ^_^

Slayana : J'ai apprécié lire ton commentaire, merci beaucoup pour tes encouragements ! Ça m'a fait très plaisir et je suis bien sûr happy que tu aimes mes textes =D

Voilà, merci à tous les autres qui ont lu et commenté ce two-shot ! A la prochaine ~