CHAPITRE 2
Je fais la visite complète des locaux à Nessie, lui présente les collaborateurs, lui explique qui fait quoi.
Elle comprend vite et a une excellente mémoire. J'observe en coin la grâce et la délicatesse de ses mouvements, elle a du faire des années et des années de danse classique…
C'est une petite poupée. Je me sens grande et pataude à coté. Je chasse vite ces sentiments inutiles, chacun son corps et puis c'est tout. Je me répète que je suis bien dans mes talons, qu'être grande et voluptueuse c'est bien aussi, que c'est moi et que je me plais comme ça. Je ne peux m'empêcher de constater que Mère Nature en a quand même gâté certaines…Arghhh je recommence !
Chacune différente, chacune sa beauté…Je me répète ce mantra quand j'arrive dans les studios photos et que mes collègues se pâment devant le teint magnifiquement photogénique de la nouvelle stagiaire.
Nessie fait preuve d'assurance et politesse et de réserve, son attitude est impeccable. Je crois que…C'est juste que… J'ai beau grandir, il y a toujours en moi cette ado mal fagotée qui se trouve moche…Pfff les complexes…
Nous poursuivons les présentations à l'étage et je lui montre son bureau, elle a l'air enchanté. Nous faisons tous une pause-café pour faire mieux connaissance.
Tandis que je pars chercher mon mug fétiche, Barbichu, ce sale petit fouineur emphatique, ne peux s'empêcher de venir me faire un bisou sur la joue avant de me murmurer à l'oreille :
- « T'inquiète pas mon amour, t'es plus la reine des abeilles, mais tu restes ma préférée paske t'as des gros nénés ! » J'éclate de rire avant de lui coller une claque franche à l'arrière du crâne
- « Et toi, t'es peut-être le plus crétin de l'équipe mais tu reste mon préféré parce que tu as un gros…potentiel de création ! » Du coin de l'œil, je vois Nessie esquisser un demi-sourire…Je me demande si elle n'a pas l'ouïe fine, en plus du reste.
Quelques heures plus tard, les maquettes sont prêtes pour le rendez-vous de 14 heures. Personne n'a déjeuné, nous sommes tous tendus à l'idée de la présentation à venir. Cette fois-ci, je n'y vais pas, je reste avec Nessie, Barbichu et Mathieu tandis que David, Baudoin ainsi notre directeur commercial AKA The Big Boss AKA Jean-Lou se préparent à rencontrer les pontes de chez Crazy Bugs.
- « Pourquoi n'y vas-tu pas ? » me demande Nessie. Je lui explique alors :
- « Ce client est le plus gros compte de notre agence, et aussi le plus insupportable, il nous fait tourner en bourrique la plus part du temps mais l'agence en a besoin, et ça ils le savent, chez Crazy Bugs. Je reste au bureau parce que forcément, il y aura des tonnes de modifications à faire et David me les enverra par mail à mi-briefing…C'est juste une tentative pour gagner du temps et ne pas revenir demain…En attendant…Viens, allons déjeuner ! »
Nous avons la chance d'avoir une cuisine toute équipée dans les locaux. Je sors mon pique-nique et me rend compte que Nessie me regarde, gênée
- « Je n'ai rien emmené…Mais ce n'est pas grave, je n'ai pas très faim.. »
- « Non non mademoiselle, si tu veux tenir jusqu'à ce soir, il faut manger un peu ! » Je lui souris encore. C'est que je passe mon temps à lui sourire, c'est impossible de se retenir. Je prends son bras pour la trainer aux studios photo
- « Allez viens, nous allons faire un petit tour dans les frigos, il y aura surement quelque chose qui te tentera ! » Je ne peux m'empêcher de remarquer comme son bras est dur, c'est une boule de muscles en plus ? Décidément, c'est mon opposé polaire…
- « Les frigos des shootings alimentaires ? »
- « Oui, les clients ne récupèrent pas toujours les marchandises. Alors plutôt que de les jeter, nous les mangeons. Vois cela comme une forme de recyclage. »
Quelques heures plus tard, les garçons rentrent du rendez-vous, la mine sombre. A peine avions nous déjeuné que les mails ont commencé à pleuvoir. J'ai passé l'après-midi à courir et téléphoner. Organiser un nouveau shooting photo, changer le modèle, budgeter et comptabiliser…Bien que notre tactique ait fonctionné, à leur arrivée à 17h00, il reste encore quelques heures de travail. David motive les troupes :
- « Déjà, nous avons réussi à ne pas travailler demain matin ! Allez les gars, une pause café et on se remet au travail ! »
Je fais la tournée des chocolats chauds et autres gourmandises pendant que l'équipe débriefe. Les idées fusent. Nous analysons les ressentis, les observations, les demandes du client, les performances de l'équipe à vendre le projet, l'agacement aussi. Crazy Bugs va tous nous rendre fous ! Quand le Big Boss se joint à nous, il sourit simplement et rappelle les grandes directions du projet. Il ne l'avouera jamais devant nous mais ce client est réellement insupportable. C'est aussi pour cela que notre salaire est généreux. Chacun prend le temps d'impliquer Nessie à la réunion et de lui expliquer les termes techniques. Ses grandes prunelles marron ont réussi en une journée ce qu'il m'a fallu des mois à accomplir : Amadouer ces grands dadais et les faire manger dans sa main…Je suis partagée entre mon envie de la prendre sous mon aile et, si je me l'avoue bien, une certaine jalousie devant cette presque-femme qui me confronte à mes propres peurs…
Il est 18 heures à peine et Nessie a fini sa première journée. La nuit est déjà tombée et je sais que l'accueil est vide, Estelle finit à 17h. Nessie a beau me rassurer, il est hors de question de la laisse attendre sa voiture seule dehors. L'équipe est plongée dans le travail alors je décide de rester avec elle. Quand elle reçoit un message sur son téléphone, nous enfilons nos vestes, je prends un parapluie car il pleut ce soir et je l'accompagne sur le trottoir. J'en profite pour recueillir ses impressions à chaud :
-« Alors comment fut ta première journée ? ». Elle hésite :
- « J'ai trouvé cela génial, de comprendre le processus créatif, mais il y a quelque chose qui me gêne un peu… » je l'incite à poursuivre
- « Hum...en fait, je trouve l'ambiance très détendue entre vous, je voyais le monde de l'entreprise différemment »
Je la rassure, c'est vrai l'ambiance est particulière ici, c'est le milieu un peu fou de la pub, l'entreprise au management assez familial et la pression qui font cette ambiance. Sous le parapluie ouvert, je me penche vers elle et lui explique sur une air de confidence :
- « Tout d'abord on ne peut pas créer dans un univers guindé. Ensuite, nous avons des périodes de stress intense avec de lourdes charges de travail, comme en ce moment. Pour être efficaces, il faut que nous soyons soudés, et le temps passé ici crée des liens. De plus, à un moment l'équipe a besoin d'évacuer la pression et la fatigue, et ça, ça donne des pétages de plombs mémorables ! »
Nous éclatons de rire toutes les deux.
Au même moment, au bout de la rue une Mercedes noire approche et s'arrête à notre hauteur. Un homme en descend et Nessie lui saute au cou, son père peut-être ?
J'assiste à la scène enracinée dans le macadam, agrippée au manche du parapluie, les genoux en coton. J'ai juste le temps de coller un sourire figé sur mon visage avant de glisser dans l'univers moite et libidineux de mon imagination...Sublime...bandant...impressionnant, Blond…( Depuis quand j'aime les blonds ? ) Grand, plus que moi...Costaud…(On peut toucher ?)...D'une pâleur de craie et l'air fatigué ( Tu veux un calin ?)...une mâchoire volontaire et carrée, des lèvres à lécher et mordiller...Un petit quelque chose de doux et rond tout de même...Ooooh…des fossettes magiques et des pommettes qui s'affutent quand il sourit…et…et...des yeux couleur ambre qui me fixent avec curiosité.
Oups ! Je viens de me faire griller en flagrant délit de porno imaginaire avec l'actionnaire majeur de la société…
