CHAPITRE 3
Boing !
A peine les salutations faites, je suis rentrée dans l'agence histoire de limiter les dégats.
-« Et meeerdeuhhh… »
Boing ! Boing !
Et ça, c'est le bruit de mon front contre la porte vitrée de l'accueil.
J'ai le cerveau en ébullition, je suis consternée par ma stupidité.
Quand je pense que je viens de me ridiculiser devant personne d'autre que Carlisle Cullen lui-même…Vraiment, par moment je me bafferais.
J'ai tout juste réussi à bafouiller un :
- « Bonsoir Monsieur, vous venez chercher Renesmée ? »
Comme si ce n'était pas évident, vu que Nessie était déjà dans ses bras…Mais bon cela passe encore. Il a été courtois et s'est présenté comme un vrai gentleman, main tendue et sourire chaleureux sauf que…Pour me serrer la main il s'est approché sous le parapluie et là j'ai commis l'erreur fatale de respirer. Je ne l'ai même pas reniflé, j'ai juste respiré ! Ben j'aurais pas du !
Petit Grain, Benjoin, Musc et Mec…Il sent le raffinement au masculin cachant le mâle dominant. Cette odeur, c'est une invitation courtoise au sexe sauvage…Rien que d'y repenser j'ai des bouffées de chaleur et le sexe moite…
Heureusement j'ai réussi à lâcher sa main…Enfin vu la poigne, c'est surtout lui qui me la tenait…étrange d'ailleurs comme poignée de main…sa peau…picotait ? Oui c'est le mot. J'ai tellement bafouillé qu'il a du se demander si je n'étais pas un peu limitée…A cette pensée je me re-cogne le front contre la vitre…
Boing !
- « J'ai l'art et la manière de passer pour une dinde en rut quand même. »
Je soupire et lisse un pli imaginaire sur ma jupe pour reprendre contenance. J'en profite pour prendre mon dossier dans la pile d'Estelle. Respiration profonde, esprit clair, parapluie d'une main et dossier de l'autre. Je traverse la rue et rejoins l'équipe.
Tout occupée à me redresser dans mon humanité, je ne vois pas au bout de la rue la même Mercedes noire, en arrêt prolongé au Stop. Et derrière les vitres teintées, un regard ambré, par le rétroviseur, suit mes talons claquant sur le bitume…
...
21h00
Je m'étire à mon bureau. Enfin le dossier est bouclé. David, Mathieu et Baudoin sont rentrés. Il ne reste que Barbichu et moi. Nous sommes frustrés et moulus.
L'œil torve, il glisse sur sa chaise à roulette et vient percuter la mienne :
- « J'ai finieuuh…J'ai mérité mon câlin je trouveuuh ». Je ricane, il ne perd pas le nord…
- « Bon petit Olivier qui a bien travaillé ! »
Je m'assois sur ses genoux et dans une parodie de geste maternel, je le prends dans mes bras et pose sa tête contre ma poitrine.
Il frotte son nez contre mon pull, cherchant sans doute à se caler entre mes seins. Et comme presque à chaque fois, je sens ses doigts glisser sournoisement vers ce qu'il convoite…D'une grosse voix je le préviens :
- « Barbichu ! » il tente l'humour en miaulant mais je rappelle mes règles
- « Le câlin c'est sans les mains et y'a pas d'exception ! »
Il pousse un gros soupir et s'enfonce un peu plus dans le coussin moelleux qui me sert de giron. Un moment après il tourne la tête et me lance son sempiternel refrain :
- « Un jour je partirais de cette boite, on ne sera plus collègues. Et ce jour là, j'irais te trouver et je te baiserais tellement fort que tu marcheras en canard pendant trois jours… » Je lui souris, aussi taquine que lui :
- « Tout à fait, c'est le deal. Mais pour le moment on est collègues et je ne couche jamais, jamais, avec les collègues. Dooonc tu gardes tes mains pour toi ! » Il émet une sorte de Pfff avant de replonger le nez le premier.
Quel minutes après je me relève. J'éteins mon ordinateur et me prépare à quitter le bureau. Barbichu me raccompagne à ma station de métro, comme tous les soirs quand il fait nuit. Derrière son coté branleur mal dégrossi, il y a aussi un homme attentionné et un professionnel brillant. Et un emmerdeur en puissance.
Le vendredi suivant je me retrouve au même point.
Semaine de folie, client pénible, équipe stressée.
Dix kilos de chocolat et trois packs de bière pour détendre tout le monde.
Nessie est maintenant bien intégrée. Il faut dire que malgré son jeune âge, elle nous a surpris par sa maturité et sa motivation.
Je lui ai tenu compagnie chaque soir sur le trottoir, résumant la journée et plaisantant gentiment. Nous en sommes vite venues aux questions personnelles. Il y a comme une fascination mutuelle entre nous. Je ne me lasse pas d'entrer dans son univers d'adolescente quand elle, visiblement, est interpelée par mes choix de vie. Elle a 15 ans, j'en ai 30, je pourrais être sa sœur ou même sa mère. Elle est attachante.
Tout y passe, la musique, la mode, la culture, le célibat. Elle a un petit ami, Jake, et m'en parle un peu. Pas simple. Tout lui fait penser que c'est Le Bon. Mais elle est si jeune, elle hésite…Je lui rétorque que ce n'est jamais simple et lui cite Blaise Pascal : « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point. ». Pour ma part, j'ai choisi de suivre mes instincts, de profiter et me laisser porter par la vie en attendant de croiser Mon Bon.
Chaque soir aussi le Docteur Cullen, parce qu'il est médecin en plus, descend de sa voiture et mettant un point d'honneur à venir me serrer la main et échanger quelques mots. Et à chaque fois je prends un plaisir secret à ce contact. Nos paumes se frottent, nos regards s'accrochent et nos sourires s'accordent…Je n'ai jamais autant mentalement léché un homme….Ahhh…Dans d'autres circonstances, dans une autre vie, Errr Docteurr, si vous saviez ce que je pourrais vous faire…
Ce n'est pas le père de Nessie comme je le pensais au début, c'est son oncle. Une autre histoire tragique de famille recomposée après le décès des parents de Nessie. Il y a parfois d'autres passagers qui viennent aussi me saluer. C'est une coutume américaine tout ces salamaleks ?
Enfin bref, apparemment ils sont tous sortis du dernier Vogue. J'ai d'abord croisé son frère ainé Edouard et sa compagne Bella. Et là on ne peut nier qu'ils viennent du même moule, son frère et elle. Même reflets cuivrés dans la chevelure. D'ailleurs elle ressemble aussi à Bella mais du coup ce n'est pas très logique. Ils partagent le trait commun de la pâleur et des cernes marqués. Je me suis demandé s'ils n'étaient pas perpétuellement anémiés, un truc du genre...
Ils me semblent à peine majeurs et ont les mêmes iris dorés de la famille, chacun sa nuance. C'est étrange. Je n'avais que très rarement vu des yeux ambrés avant eux. Bella est très amicale, quand à Edouard, mis à part qu'il est absolument sublime, je le trouve un peu bizarre. Il a parfois un décalage dans ses expressions faciales, comme s'il souriait avant la chute de la blague…Un autre soir j'ai fait connaissance avec…Jasper ? Je crois que c'est Jasper. Un autre frère adoptif, immense, une touffe blond cendré, sublime aussi évidement. Par contre un tantinet guindé voire…constipé dans la posture.
Nessie vient de rentrer une fois de plus dans la voiture et voilà, une autre semaine de passée. Je ne m'attarde pas ce soir, je remonte chercher mes affaires et me fais raccompagner à ma station. Ensuite, sur le quai, je branche mes écouteurs sur mon Iphone et lance ma playlist post-travail « Fuck'em all ! » : Fugazi, Hüsker Dü…Quand j'arrive enfin à ma porte, Ian Curtis me murmure « When routine bites hard… »…Oui oui je sais…métro-boulot-dodo…et Joy Division pour me détendre…
La musique s'arrête brutalement quand un SMS arrive, c'est Vanda :
Vanda : Hey ma Belle, on va au Lys Pourpre ce soir et tu viens avec nous.
J'hésite, ce n'est pas très raisonnable…mais l'idée de claquer quelque postérieurs appétissants…c'est assez tentant. Je réponds :
Cyrielle : Haaan…La flemme…
Un tour de clé et je suis enfin chez moi
Cyrielle : Laissez-moi le temps de rentrer ET de me poser ET de me changer ET ensuite j'arrive…
Je pose mes affaires dans l'entrée, et met la bouilloire en marche et me prépare un thé.
Vanda : Bonne fi-fille, tu vois que tu peux obéir quand tu veux ^^
Cyrielle : Dis-donc ! Tu me cherches ? ^_^
Vanda : Et si tu allais te préparer ?
Oui tiens, je mets quoi ce soir ?
Cyrielle : C ça, on règlera ça tte à l'heure…hin hin hin
Je me prépare aussi un sandwich et une salade. Après avoir branché l'Iphone sur les enceintes, je sélectionne une playlist plus sensuelle à base de trip-hop.
Zolpi vient ronronner contre mes chevilles. Ramassé dans la rue il y a cinq ans, il a fait du gras depuis. J'étais seule, échouée dans la capitale, je peinais à remonter de ma dépression. Un chaton famélique et poisseux, son pelage d'une couleur de trottoir parisien gris-noir était inqualifiable de saleté. J'ai failli ne pas le voir. Il était collé près d'une poubelle, tremblant de froid sous la pluie et tellement résigné qu'il ne miaulait pas. Je n'ai pas réfléchi. Je l'ai enveloppé dans un journal, je suis passée à la pharmacie acheter de l'antipuce et du vermifuge et je l'ai ramené chez moi. Un bain, un demi-steak haché et une visite chez vétérinaire plus tard, j'étais propriétaire d'un chaton européen angora gris tigré. Il parait que les chats sont de bons antidépresseurs, alors Zolpidem c'était tout indiqué. Depuis, à chaque fois qu'on me demande le nom de mon chat, ça finit en éclat de rire…CQFD…
Je finis mon diner et file me préparer. Les basses sombres et mélodiques de Portishead résonnent dans l'appartement. Zolpi s'installe sur le haut de la bibliothèque et m'observe de son perchoir, les yeux mi-clos. Je me demande toujours ce qu'il a dans la tête quand il a cette expression là.
Je reste pensive devant ma penderie avant de sortir le corset en satin noir et un tutu aussi court que bouffant. Accompagné d'une paire de grandes chaussettes à rayures noire et blanches et de mes babies vernies. Je réfléchis…et me décide pour un serre-tête à « oreilles de chats », le seul léopard noir-blanc-gris de ma collection. Je file me déshabiller et prendre une douche dans la salle de bain, qui donne sur ma chambre. Le pied sur le bord de la baignoire, je m'apprête à retirer mes bas quand un frisson me parcourt l'échine. Quelqu'un me regarde !
Je me redresse et regarde vers la fenêtre de ma chambre à l'autre bout de la pièce. Bon OK, la vue est directe quand je laisse la porte ouverte…Mais faut pas pousser, il y a des voilages aux fenêtres et bien six mètres de distance entre la celle-ci et moi… Faudrait vraiment être pervers et investir dans une longue vue pour m'espionner ! Maaais…quand même…Bon, je tire en plus les épais rideaux de brocard beige, bien opaques… et on n'en parle plus ! Je secoue la tête…
- « N'importe quoi... » …parano quand tu nous tiens…
Une fois séchée, je boucle et relève mes cheveux en chignon flou avant d'y planter mes oreilles de léopard des neiges. Un trait d'eyeliner pour un regard félin et un rouge profond sur les lèvres. Les chaussures bouclées, je suis prête. J'envoie un SMS à Vanda pour le lui dire.
Le miroir me revoit mon regard critique. Brune, grande, dodue, yeux bruns, pâle. Je sais que mon gabarit n'est pas dans la moyenne et ça ne m'a jamais empêché de séduire. Je mise sur mes atouts majeurs : Une bouche charnue, un regard doux, des articulations déliées et…le charme. Je me souris, et me répète mon mantra, tiré d'une carte postale avec une illustration de Sarah Berhnart : « Point n'est besoin d'être jolie, il faut…le charme. » Le temps de finir mon thé d'abord. J'enfile un long manteau en drap de laine quand ma presque voisine et vraie copine m'appelle : Ils sont en bas devant ma porte.
Dans la petite voiture je claque la bise au compagnon et Maître de Vanda, Paolo. Nous devisons tranquillement quand il nous conduit au Lys Pourpre, pas très loin du quartier chaud de Paris. Une fois garés et devant l'immeuble, nous faisons le code de la porte cochère et sonnons à la porte du club privé.
Nicolas nous ouvre et nous accueille chaleureusement. Je dépose mon manteau au vestiaire la première, descends les escaliers et passe les lourds rideaux de velours qui me séparent du club proprement dit…et de mes Heures Rouges…
