* Attention : Ce chapitre contient des situations BDSM réservées à un public majeur ET averti *

CHAPITRE 4

Le Donjon du Lys Pourpre est une immense cave composé d'un espace principal où le bar est installé. Il est utilisé pour la détente et la discussion. Autour, des couloirs et des alcôves mènent à d'autres espaces aménagés pour le jeu. Un escalier au fond mène vers une autre partie aussi aménagée en Donjon. Les passages sinueux et les recoins étroits, la décoration baroque et sombre, du rouge et du noir principalement, donnent à l'ensemble une ambiance sulfureuse et intime. J'attends au bar que Vanda et Paolo me rejoignent.

Il y a du monde ce soir, pas mal de têtes connues. Certains sont masqués, certains sont peu vêtus, d'autres sont juste nus. Je mange des yeux une soumise au fond de la salle. Elle ne porte que son collier, ses talons hauts et une chaine de taille. Sa Maîtresse la tient assise à genoux devant elle et lui fait boire un verre de jus de fruits. Le geste est tendre.

Je me demande quelle facette de mon vice va émerger ce soir…Dominer ou me soumettre ?
Je suis S/switch, j'oscille de l'un à autre au gré de mon envie, des ambiances et des personnes. La position S/switch est sûrement la moins bien connue du BDSM. Certains idiots m'ont parfois qualifiée d'inconstante ou de « fausse ». Je souris et je laisse ceux-là critiquer. On rejette souvent ce que l'on ne comprend pas... Les personnes qui ont fait des séances avec moi savent que, d'un coté comme de l'autre, je suis authentique et fidèle à moi-même.
Comme je suis aussi bisexuelle, j'ai l'habitude de dire que je mange à tous les râteliers.
Rien de tel qu'un peu d'humour pour faire passer la pilule…

Paolo me rejoint, il tient Vanda en laisse derrière lui.
Il porte simplement un pantalon de cuir et des rangers. Les muscles noueux de son torse sec ondulent à chaque mouvement. Paolo n'est pas très grand et assez fin. Il a quelque chose de reptilien dans le geste.
Quand à Vanda, elle est à croquer ce soir. C'est une petite brune aux cheveux longs et frisés. Elle porte un soutien-gorge en vinyle sous un t-shit en résille, un micro-kilt tartan rouge et une paire de bottes en cuir verni montant à mi-cuisses. A chaque pas, le kilt ridiculement court volète, mais jamais assez haut pour satisfaire les curiosités libidineuses !

Nous nous installons dans une alcôve attenante, munie d'une Croix de Saint André. Paolo me propose de commencer à chauffer la peau de Vanda, attachée sur la croix par de solides menottes de cuir. J'accepte avec plaisir et mon grand sourire est contagieux. Connaissant très bien la femme devant moi, ses capacités et ses envies, je choisis un martinet assez doux pour commencer.
Je m'applique à faire glisser les lanières du martinet sur sa peau avec plus ou moins de fermeté. Vanda est très résistante et très exigeante en termes d'intensité. Dans le jargon du milieu, c'est une maso. Bien que ce mot, chipé au répertoire de la psychanalyse, ne soit en aucun cas révélateur d'une quelconque pathologie…Très vite, Paolo vient déshabiller sa compagne. Il la caresse, la pince et la titille tandis qu'elle se retrouve, étoffe après étoffe, habillée de ses seules bottes.
Dans mon sac à malices, je choisis mon couple de martinets jumeaux et recommence mon travail de chauffe sur sa peau. Son derme commence à se colorer gentiment en rose et je la vois se détendre sur la Croix. En fond sonore, Massive Attack se fait entendre, enfin une musique qui me parle !
Concentrée, je me cale sur le rythme et j'entame une session de flagellation florentine. Peu à peu j'installe Vanda dans mon univers de sensations. Elle est assaillie de basses sonores qui viennent résonner dans son corps par les coups de martinet. Je connais très bien cet état et c'est sans surprise que je vois sa nuque ployer un peu plus sous le plaisir et la détente. Sans relâche je maintiens le cocon de lanières volant autour de sa silhouette. Moi-même je me laisse porter par la musique et par le geste, cherchant un peu plus de fluidité à chaque résonance. Il m'a fallu des mois et des mois d'entrainement pour en arriver là. Mais le plaisir que nous y prenons en vaut la peine
Du coin de l'œil, je vois Paolo me faire un signe de tête. Il la sent prête pour la suite. Je ralentis le rythme de la flagellation tout en appuyant plus franchement les coups. Puis je passe à une seule main. Paolo, muni d'un chat à neuf queues (un martinet bien plus mordant que les miens) place son bras à hauteur du mien. Il se met à suivre les mouvements de mon instrument avec le sien, d'abord sans toucher Vanda. Puis il s'approche d'elle tandis que je m'efface.
Quand je me retourne, je réalise que nous avons du public. Je ne me suis rendue compte de rien. J'aime la courtoisie de ce milieu, les gens savent qu'il est très désagréable d'être déconcentré voire interrompu quand on est en séance.

Alors que je traverse le groupe et me dirige vers le bar, un couple m'accoste. Une Maîtresse et son soumis, à quatre pattes à ses cotés, tête basse. Elle paraît très sûre d'elle. Voire hautaine. Sans préambule, elle m'interpelle :
- « J'ai cette petite crotte à dresser ce soir, tu veux le fouetter ? » Ce n'est pas la première que l'on me fait des propositions du même genre et sur le même ton. Je serre les dents et reste polie.
- « Bonsoir…Merci mais pas ce soir…une autre fois peut-être… » Je m'excuse et m'éloigne rapidement sans me retourner. Je ne fouette pas des crottes, je fouette des personnes. Et toujours des personnes avec qui j'ai eu le temps de discuter, en face à face. Et avec un minimum classe.
Pas la peine de préciser qu'il n'y aura pas d'autre soir pour ce couple.

Je m'assois au bar bondé et attend que Sabrina s'approche pour passer commande. Elle arrive avec un verre de jus de pomme et le pose sur le comptoir devant moi.
- « De la part du monsieur à l'autre bout du bar avec le loup cornu en cuir, je t'ai mis un jus de pomme, comme d'habitude » Un clin d'œil et elle s'en va servir d'autres clients. Je prends le verre et cherche l'homme des yeux. Il me regarde et esquisse un sourire en levant son verre. Je distingue à peine ses traits dans la pénombre, alors je lève le mien, lui souris et incline le front en signe de remerciement. Je me balade d'alcôve en alcôve avant de rejoindre mes amis.

Vanda est détachée et se repose tranquillement sur le pouf. Paolo, sur le fauteuil attenant, lui caresse les épaules avant de l'embrasser. Quand j'arrive, il m'accueille d'un grand sourire et me lance
- « Allez Hop ! A ton tour, tu vas me dire ce que tu penses de mon nouveau quirt ! »
Ce fouet court à l'extrémité dédoublée est son nouveau joujou. Paolo a un appétit particulier pour les fouets de type single tail ou snake tail. Il les pratique depuis des années et c'est la seule personne que je laisse me fouetter, avec ces instruments, en toute confiance.
Je me laisse attacher à la Croix de Saint André, face au mur…face à mes désirs sombres…Vanda, puis Paolo, refont le même travail de chauffe sur ma peau, pour me préparer à monter en intensité.
Je sens le courant d'air frais juste avant, le poids de l'impact. Puis la brulure fugace qu'il laisse. Paolo m'installe grâce à son rythme de flagellation si particulier, quasi hypnotique. Vanda finit par me retirer le corset. Je n'ai pas de problème avec ma nudité en général et vraiment aucun dans ce lieu où elle est dans la normalité. Je garde mon tutu car il protège le bas de mon dos et son tatouage. De toute façon, entre mes cuisses et mes fesses exposées par le string minimaliste, Paolo a largement de quoi s'amuser. Et il s'en donne à cœur joie, passant à des instruments de plus en plus exigeants.
Je me laisse emporter par mes sensations. La douleur, c'est un mot. Les masos vivent l'hypersensation, sur le fil du rasoir entre douleur…et plaisir. Pas besoin de sauter en parachute pour avoir des sensations fortes. Attachée à ma croix, je ploie et j'ondule sous la force de mon voyage intérieur. Brûlure sensuelle du quirt qui me caresse comme une langue de feu avide. Voyage inexplicable au cœur de moi-même, dans ce que j'ai de moins avouable et de plus sombre. Je sens ma tête sur le point d'exploser et mon sexe devenir moite. J'entends une femme qui gémit et soupire. Je crois que c'est moi. Paolo me fait revenir à moi lentement.

Quand je suis de nouveau alerte, Vanda s'approche et me tend un verre d'eau, sans pour autant me détacher. D'un sourire complice, elle se penche et me murmure à l'oreille :
- « Tu te rappelles la fois où tu m'as offert les caresses d'une Maitresse qui m'avait tapé dans l'œil ? »
Naaaan, elle ne va pas me faire ça !
Nous étions organisés avec Paolo et la Maîtresse pour la prendre par surprise en fin de séance et faire d'une pierre deux coups :
Réaliser son fantasme d'être caressée par une inconnue et avoir un orgasme d'anthologie quand elle s'y attendait le moins.
- « Naaan, Vanda, tu ne vas pas me faire ça hein dis...coupine ? »
Elle regarde derrière moi et continue
- « Il est à croquer, il vient de se désinfecter les mains à la lotion hydroalcoolique et nous resterons juste à coté, tu ne crains rien. Tu as ton safeword et il est au courant des règles. »
J'avale ma salive, la gorge serrée et le cœur emballé. Putain les enfoirés ! Et pourtant…oui…j'en ai envie…Jouir dans la main d'un inconnu, ici…Je n'en mène pas large. Je sens une présence s'approcher derrière-moi, je frissonne d'anticipation. Un tissu effleure mes épaules et une voix près de ma nuque me salue.
- « Bonsoir Mademoiselle, permettez-moi de vous servir ce soir, votre Safeword est bien Stop ? »
Il a une voix profonde et feutrée, un peu rauque…l'émotion ? Je réponds et la mienne n'est pas mieux, elle s'étrangle dans les aigus :
- « Oui…hum…c'est Stop. »
Il me parle tandis que mon corps fait connaissance avec ses mains. Fraîches et fermes. Un régal dans cette atmosphère surchauffée. Électrisantes aussi…ou alors c'est mon désir qui rend ma peau sensible…Il commence par me caresser les épaules, descendant le long de la colonne vertébrale et remontant de chaque coté le long de mes côtes pour s'arrêter juste sous mes seins qu'il effleure à peine des index.
- « Je vous observe depuis un moment…Vous me plaisez beaucoup… »
Je murmure un merci et soupire quand ses mains redescendent, s'accrochent à mes hanches et glissent sur mes fesses. Il m'attire à lui, me forçant à tirer sur mes entraves et me cambrer. Son bras s'enroule autour de ma taille et il se plaque contre moi. Son corps est ferme, dur même. Pourtant il se moule à mes contours sans difficulté. Je sens ses cuisses contre les miennes et une franche bandaison contre mes fesses. Mutine, j'ondule du bassin contre son sexe. Il se recule.
-« Non. »
- « Pourquoi ? »
- « Cela me…distrait… »J'esquisse un sourire et relève la tête.
- « Et que me vaut cette…concentration ? » Ses mains remontent vers mon torse et viennent soutenir mes seins d'un geste vif qui me fait sursauter. Il se penche un peu plus sur le coté de mon visage, du coin de l'œil je vois un bout de cuir. Serait-ce l'homme au masque ? Ma réflexion s'arrête net quand il attrape chaque téton entre ses doigts et commence à les faire rouler.
- « Je vous ai attendu assez longtemps, alors maintenant soit vous me dites Stop, soit vous vous taisez…compris ? »
- « …Oui… » Il resserre ses doigts sur ces extrémités sensibles et demande d'une voix sombre :
- « Oui qui ? »
- « Oui…Monsieur » Le pincement cesse de suite et je gémis, de soulagement ou de frustration, je ne saurais dire…

Il continue pendant ce me semble être une éternité à caresser, torturer, titiller ma poitrine. A croire qu'on l'a informé de ce point faible…Je me cambre à chaque frôlement, cherchant à recevoir plus de caresses. Je redresse la tête, les yeux fermés. Ma nuque se pose sur son épaule et je sens contre ma joue brûlante, le frottement sa mâchoire aussi dure que glacée. Le contraste de température dans la chaleur du club me fait chercher sa fraîcheur. Je me frotte un peu plus et il incline la tête pour m'offrir toute sa joue. Mon cortex enregistre la texture particulière de sa chair avec l'étiquette « A traiter plus tard ».
Pour le moment je suis habitée par l'envie de plus. Plus ! Plus de caresses, plus bas, plus vite !
Lui au contraire, prend son temps. Il tourne longtemps autour de mon entre-jambes, caressant mes cuisses, mes fesses, mon ventre. Les mouvements deviennent plus précis et concentriques. Ses doigts jouent avec l'élastique de l'aine. Il le fait claquer d'un coup sec et j'ai un léger sursaut avant de m'appuyer contre ses hanches et d'écarter franchement les jambes.
- « Seriez-vous joueur Monsieur ? » Je ne peux m'empêcher de le provoquer.
- « Vous n'avez pas idée ma chère…et vous apprenez-vite » Je sens son sourire contre ma joue.
Il glisse lentement sa main sur mon sexe moite. Ses doigts fermes se fraient un passage entre mes lèvres.
- « So wet…so ready... » murmure sa voix qui a encore baissé d'un octave. Son autre main est arrimée à mon sein. Je confirme :
- « Oui Monsieur, prête à jouir sur vos doigts »
Je crois entendre un grondement. Mon excitation fait ressortir mes fantasmes visiblement…Son souffle si prêt de ma bouche me donne envie l'embrasser. Il a une vraie bonne odeur de musc et de mec comme je les aime, et un parfum délicat…citronné surement…Sa main me fouille, s'impose à mon corps. Il joue avec mon clitoris, descend me prendre de ses doigts et remonte encore. Deux doigts me pénètrent, entre délicatesse et fermeté. Il cherche. Un gémissement m'échappe et je me plaque de nouveau à ses hanches. J'entends un « Mmm » approbateur. Il a trouvé mon point G et mon cœur s'emballe.
Je me sens perdre le contrôle, devenir animale. Je ne résiste pas à tourner la tête et donner un coup de langue sur la commissure de ses lèvres. L'orgasme monte en moi. Je le sens arriver comme un ras de marée irrémédiable. Les yeux mi-clos, je regarde le profil du bas de son visage, je n'ai pas la force de lever les yeux plus haut. Sa main exigeante s'active entre mes cuisses, il va tirer la jouissance de mon corps et je n'ai jamais vu son regard. Les digues tiennent à peine quand je lui demande, haletante :
- « Permission de jouir Monsieur ? »
- « Come for me, now » Je n'ai jamais autant aimé être bilingue…
Le plaisir explose dans mon bassin et diffuse dans tout mon corps. Je me sens me contracter d'extase autour de ses doigts. Je me mords violemment la lèvre pour ne pas crier. Il ne lâche rien et continue ses caresses exigeantes, tant et si bien que quand son pouce frotte mon clitoris, je me sens jouir à nouveau.
- « Regarde-moi »
Malgré le feu d'artifice dans mon cerveau j'arrive à obéir et lève les yeux. Un hoquet de surprise vient se mêler au plaisir fulgurant quand je plonge dans son étrange regard noir d'encre. Celui d'un Mâle Dominant, d'un Alpha.

Quand le plaisir redescend, il me lèche la carotide et me remercie avant de reculer et de s'éloigner. Paolo et Vanda prennent le relais et viennent me détacher. Je suis pantelante, moulue, sur mon petit nuage post-orgasmique… Et je réalise trop tard que je ne l'ai pas remercié, moi. Le temps que je reprenne mes esprits et que je fasse le tour du club, il a disparu. Vanda plaisante :
- « Mais c'est le jeu ma chérie, tu ne sauras jamais qui c'est ! » Je suis dépitée. Je sais cela mais quelque chose me titille, c'est plus que de la curiosité.
- « Allez donne-moi quelques indices, sa couleur de cheveux par exemple ? »
- « Ok. Grand, dans les 1,90m, blond clair, masqué, jolie bouche » Ha haaa, l'homme au masque, je m'en doutais ! Je soupire :
- « Pfff dommage je ne reverrais pas ces beaux yeux noirs de sitôt » Vanda hausse un sourcil.
- « Et bien, je ne sais pas ce qu'il t'a fait mais il l'a bien fait. Quand on a discuté avec lui pour mettre le plan au point, moi aussi j'ai vu ses yeux, et bien ma cocotte, tu planais grave. » Je la regarde, je ne comprends pas.
- « Ses yeux ! Ils n'étaient pas noirs, ils étaient dorés. »

Dorés ?!