CHAPITRE 7
Il ne me regarde pas. Ses yeux restent sur la peinture et se baissent dans un soupir :
- « La question est simple, la réponse l'est beaucoup moins… »
Ses épaules s'affaissent un peu, il a l'air triste et défait. Je continue à serrer sa main, je ne le laisse pas tomber. J'ai besoin de savoir. Il y a trop de choses qui clochent et je veux comprendre. Maintenant. Dans un sourire et sur un ton léger, je l'invite encore à parler :
- « Et bien, tu peux commencer par ton âge sur ton Etat Civil ? »
- « 23 ans. »
Il me fixe avec intensité. Je dois comprendre quelque chose dans ce chiffre improbable. Je continue dans la légèreté et l'humour :
- « 23 ans…en années chien ? » Il se met à rire :
- « Pardon ? »
- « Par exemple, si mon chien a 5 ans en années humaines, en fait, dans son existence de chien il a 40 ans… »
- « Ah… »
- « Et donc, si en années chien tu as 23 ans, en années Carlisle cela fait combien ? »
Il me lâche la main et fait quelque pas vers la méridienne. Je le vois tendu, sa main passe et repasse dans ses cheveux qui partent maintenant dans tous les sens. Je sens que les masques tombent et que l'homme se révèle…
- « 372. »
Je hausse un sourcil. Je me racle la gorge et vais lentement m'asseoir sur la méridienne. Pourquoi j'ai l'impression qu'il ne se fout pas de ma gueule, qu'il a vraiment presque…Quatre. Cent. Ans ?
Je me racle à nouveau la gorge…Bah oui, ce n'est pas facile à avaler quand même…Mais je continue, décidée à aller au bout de cette conversation de plus en plus ubuesque.
- « Hum…Tu es drôlement bien conservé pour un homme de 372 ans… » Il se tourne et ses yeux ambrés cherchent quelque chose sur mon visage.
- « C'est que…J'ai un régime alimentaire strict… »
- « Ah bon ? Et quoi donc ? »
Il s'assoit à coté de moi, et reprend ma main.
- « Je ne te ferais jamais de mal… »
Cela ne me dit pas de quoi il se nourrit. Il continue :
- « Mon régime alimentaire est principalement composé d'hémoglobine. »
Je réfléchis une seconde et je grimace :
- « Ce n'est pas très appétissant de manger du s.. » Je ne termine pas ma remarque.
Les neurones viennent de se connecter et ça me fait l'effet d'un coup de batte en pleine face. Je ferme les yeux. Pas de panique. .Panique.
- « Tu es en sécurité ici »
Sa main caresse gentiment la mienne, amorphe. Je ne l'entends pas.
La dernière pièce du puzzle se met en place dans un clic assourdissant. Les similarités, les différences, leurs corps froids et durs…Je pense à toute allure, ma conclusion émerge…Et ça craint un maximum.
Je suis coincée dans une maison farcie de vampires, au cinquième étage et avec une seule porte de sortie. Et selon les légendes, ils sont plus forts et plus rapides que moi. Bref je n'ai aucune chance. C'est terminé pour moi. Je ravale la boule de terreur dans ma gorge et sors mon meilleur bluff, c'est marche ou crève :
- « Et donc…Hum…Comment tu vas faire…Hum…Au restaurant toute à l'heure ? » Pitié faites que je ne sois pas au menu qu'on aille toujours au resto…
- « Cyrielle… » Je n'en mène pas large. Allez ! On s'accroche au sourire ! Faut y croire ! Je ne me ferais pas bouffer ce soir !
Je le fixe, j'imagine mon expression crispée dans un sourire et mon corps qui pue la trouille. Dans les histoires les vampires ont les sens super-développés…
- « Cyrielle, je ne me nourris pas de sang humain. Je me nourris d'animaux. Tu n'as rien à craindre, je te le jure. Personne ne te fera de mal. » Je laisse ses mots m'imprégner et faire leur chemin dans mon crane au bord de l'implosion.
Il y a tellement de sincérité dans ses yeux….Et dans « Entretien avec un vampire », Lestat et Louis ont aussi mangé des rats, c'est plausible. Je décide de le croire. Mes émotions commencent se calmer et la raison se fait entendre.
- « Tu es donc un…Vampire ? » Il a un air de regret :
- « Oui. Un Vampire pacifique et végétarien. Je n'ai jamais gouté à un humain en 372 ans d'existence. »
- « Tu te rends compte que c'est assez difficile à croire…Le coup du vampire…Je veux dire…Pas de canines…Tu sors le jour… »
Je n'ai pas le temps de continuer ma liste que je me retrouve bloquée dans un étau. Je sens un courant d'air et quand l'étau, qui est en fait Carlisle, s'ouvre je suis assise non plus sur la méridienne mais sur le coin du bureau en merisier. Je lève les mains en signe de reddition :
- « Ooookayyy…J'y crois c'est bon ! »
Carlisle passa les deux heures suivante à me parler de sa création, de ses croyances et de son mode de vie. Il me parla de sa famille aussi, comment elle s'était construite, comment Les Volturi avait failli la détruire en tuant sa compagne il y a trois ans. Il décrivit son espèce, la beauté venimeuse, le venin en question, l'absence de sommeil et la raison pour laquelle ils ne se montraient pas au soleil. J'avais hâte de voir cela.
Il m'expliqua que certains vampires étaient dotés de caractéristiques voire de pouvoirs, décelables déjà quand ils étaient humains. Edouard était télépathe, Rosalie était une super bombe pour les vampires aussi, Emmett était quasi invincible par sa force brute, Alice était clairvoyante dans une certaine mesure, Jasper était empathe, et enfin Bella était un bouclier : immunisée contre les pouvoirs de presque tous les autres.
Je ne pouvais m'empêcher de lui poser plein de questions. Quand je lui demandais ce qui pouvait tuer un vampire il me répondit :
- « Et bien deux choses : La première c'est le feu. Et la seconde c'est la disparition de son Ame Sœur… »
J'allais demander ce qu'est l'Âme Sœur quand Alice fit irruption dans la pièce.
- « Tu n'as pas faim Cyrielle ? Il est déjà tard pour le dîner ! »
C'est vrai que j'ai faim. Nous redescendons. Emmett et Jasper sont en pleine campagne guerrière sur la Wii. Rosalie se fait les ongles. Bella et Edouard se font des mamours, lovés dans l'ottoman. Tout est…normal…
Nessie m'attend à table devant un sac de KFC…Le sourire jusqu'aux oreilles :
- « Normalement c'est ce que tu préfères… » Je lui fais un petit rictus gêné :
- « C'est de la bouffe cra-cra mais punaise que c'est bon ! »
Nous attaquons chacune notre menu de poulet frit de fast-food, plein de graisses saturées mais tellement goûteuses…
Carlisle en, retrait depuis que nous sommes descendus, s'est installé à coté de moi, en face de Nessie. La discussion est décontractée. Son bras se retrouve encore sur le dossier de ma chaise et ses doigts jouent avec mes mèches de cheveux. Je crois qu'il aime bien quand je les détache, je crois qu'il m'aime bien en fait…Je dépose cette pensée dans les listes des choses à traiter. Il y a encore beaucoup de questions en suspens, comme le fait qu'il a l'air intéressé par ma petite personne au delà du fait que je sois le chaperon de Nessie à l'agence.
D'ailleurs, Nessie, elle est quoi elle ? Je m'attarde sur la question, mâchouillant mon poulet…Non…pas ce soir. J'ai suffisamment de changements à intégrer pour m'en rajouter. Déjà, ce soir, j'assimile le fait que les vampires existent, pour la suite on verra demain. Alice nous rejoint à table et nous discutons tous les quatre. Tout à coup les voilà rendues dans un grand débat sur la nouvelle collection d'un créateur que je ne connais pas.
Carlisle se racle la gorge et je me tourne pour le regarder :
- « Je suis désolé, ce n'est pas le genre de diner que j'avais en tête. Je te promets que demain je me rattrape. »
Je décide de passer à l'offensive, provocation et suggestion. Tout d'abord, je pince sans rire (ma spécialité) :
- « Mais qui te dit que j'accepterais de diner avec toi demain ? »
Il se décompose.
- « Et qui te dis que ce n'est pas le genre de diner que moi, j'avais en tête ?
Avec un clin d'œil.
Il se détend et sourit. Il m'observe manger. Je décide de pousser le vice. Je l'ignore totalement, complètement concentrée sur mon poulet. Mes gestes deviennent plus lents, plus fluides et délicats. Sensuels. Je lui fais le coup du porno alimentaire. Il me grille :
-« Tu me fais le coup du porno alimentaire ?»
J'éclate de rire : il connaît.
- « C'était exactement ce à quoi je pensais ! » A son tour de rire.
Nous continuons à bavarder. Enfin lui il parle et moi je mâche. J'ai une faim d'ogre c'est limite gênant. Cela fait des mois que je ne me suis pas autorisée un KFC alors là c'est le lâchage complet. Je m'en lèche les doigts une fois terminé. En levant les yeux je vois que mon léchage de doigt, tout innocent qu'il soit a fait son petit effet. Je me fige, il lève les yeux de ma bouche, constate que je viens de le griller et me fait le coup du sourcil…Paaaardon ?!Atta mon p'tit lapin, ça c'est mon truc à moi !
Je lui tends mes doigts:
- « Tu veux lécher ? »
Soudain il change d'expression, il a compris mon petit jeu. Il me fixe, intense, sexuel, Dominant. D'une voix basse il me répond :
- « Non merci, j'ai déjà léché les miens » Tout en me montrant son index et son majeur…Ceux-là même qui m'ont …Je me sens rougir jusqu'à la racine des cheveux. Je n'ose même pas regarder en direction de Nessie et Alice. Je lui réponds les dents serrées :
- « Alors ça, Carlisle…ça va se payer… »
Il se penche vers moi, son visage à quelques centimètres du mien :
- « Je n'attends que ça… »
Ça ricane à gauche. J'ai oublie que nous ne sommes pas seuls. Alice et Nessie semblent bien s'amuser de nos chicaneries. Tout à coup je me demande si elles sont au courant du fin fond de l'histoire des doigts à lécher…Je m'apprête à poser la question quand Alice me fait non de la tête…Ouf ! Hein ? Ahh oui la clairvoyance…C'est pratique en fait ce truc… Parce que bon, Alice passe encore, mais cela me gêne vis-à-vis de Nessie qui, à mon humble avis, est bien trop jeune pour ce genre de cho…Naaaan…Edouard…merd'merd'merd' !
Hum…Edouard…Tu...Tu m'entends ? Une voix masculine, douce et amusée me répond à l'autre bout de la pièce.
- « Parfaitement et distinctement, Cyrielle. » Hann nan pitiééé, la poisse !
Edouard éclate d'un rire élégant et me répond :
- « Je ne te le fais pas dire ! »
...Je sens que l'adaptation aux Cullen va être…épique.
