CHAPITRE 9

Les jours passent et ne se ressemblent plus.

J'arrive avec une heure d'avance à l'agence et je ne pars que tard dans la soirée. C'est le coup de feu d'avant Noël, la pire saison pour le boulot. La plus intéressante aussi mais franchement, nous frôlons la crise de nerfs. Nous en sommes à plus de six projets pour Crazy Bugs à mener de front…David s'arrache les cheveux devant le retroplanning. Il faut que nous arrivions à tenir les délais !

Nessie s'est vue attribuer de plus en plus de tâches, elle est à fond avec nous cette année. Et deux mains de plus, ça ne fait pas de trop !

Le visuel principal pour les posters a encore été refusé. Les clients ont encore radicalement changé d'avis…A deux semaines de l'impression…Nous étions tombés d'accord sur un « Noel Classique » vert sapin, sucre d'orge, rouge et blanc… Et bien en fait non, c'est trop classique, alors finalement on enlève les sucres d'orges et on part sur un « Noël traditionnel » avec oranges, bâtons de cannelle et tout le toutim…Et puis plutôt un Renne-au-nez-rouge que le Père lui-même pour évoquer Noël… créatifs ne décollent plus de leurs écrans, les photographes mitraillent, les fichiers à peine bouclés passent en infographie, en test de production.L'équipe se nourrit de pizza livrées au bureau, Baudouin a même poussé le vice en emmenant son duvet, dans lequel il travaille désormais.

J'ai à peine le temps de voir Carlisle. Il passe d'abord chercher Nessie. Je l'accompagne toujours et il me serre la main, toujours. Plus tard il revient me chercher. Nous avons pris l'habitude de nous retrouver au coin de la rue. Point de cachoteries, juste un peu de discrétion vis-à-vis de mes patrons. Car là nous faisons plus que nous serrer courtoisement la main…
Il me ramène chez moi, je dine sur le pouce d'un plat de pâtes ou d'une salade selon l'humeur. Nous discutons beaucoup, nous avons toujours quelque chose à nous dire. Parfois il me donne des nouvelles de sa famille, il me semble que Rosalie ne me rate pas dans mon dos. La blonde glacée à l'art de plomber l'ambiance et pour que Carlisle m'en parle comme cela, c'est qu'elle doit vraiment lui taper sur le système…
Mais il est déjà presque minuit et je tombe de fatigue, littéralement. Alors je vais me coucher et il m'accompagne. Parfois il s'éclipse la nuit pour chasser mais il revient toujours pour le café matinal. Carlisle n'a pas passé une nuit chez lui depuis deux semaines et j'ai l'impression pourtant de passer mon temps à le croiser…

Je sors de mes pensées et reviens à la réalité, devant mon écran.
Il est 21h00 et j'en ai encore pour une bonne heure. Je m'étire et jette un regard circulaire sur l'espace de travail. Il ne reste que notre équipe ce soir. Mathieu se frotte les yeux, Baudouin dans son duvet en est à son cinquième paquet de chewing-gums, Barbichu est comme hypnotisé par son écran, il est à fond. Diego et David reviennent de leur pause-cigarette. Depuis que j'ai arrêté de fumer, je m'octroie quelques bouffées sur ma cigarette électronique mais seulement à la fin de ma journée quand je sors de l'agence. Je replonge dans mon travail, concentrée.

-« Putain ! Fait Chier ! Rahhhhhhh ! »

Je me redresse, prise par surprise…Barbichu…Ca y est, Barbichu part en cacahuète, ça faisait longtemps. Il y a des soirs comme ça, après une journée sur son projet, il a besoin de littéralement se défouler, pour faire baisser la pression. Et comme c'est un pilier de l'agence, on lui passe toutes ses excentricités.
Nous avons d'abord droit à sa meilleure imitation de King Kong…
Je regrette vraiment de lui avoir offert ce masque…Quand il part faire le tour des bureaux vides en hurlant « Honk honk », je me tourne vers les autres :
- « Verrons-nous sa quéquette ce soir ? Les paris sont ouverts ! 2 euros la mise, Faites vos jeux ! »
Je vais tourner mug propre et les gars, blasés par le rituel, jettent leurs pièces.
Diego, Baudoin et David pensent que non.
Mathieu et moi, qui le connaissons mieux, jurons que oui
Je repose vite le mug sur mon bureau alors que les « Honk honk » reviennent dans notre direction. Et ça ne rate pas, Barbichu revient avec le pantalon ET le caleçon sur les cuisses. Heureusement que son T-shirt est assez long pour que nous ne voyons que…Des morceaux…Heureusement que Nessie n'est pas là surtout !
Forcément il se plante devant la seule femme de l'équipe en se gesticulant et vociférant :
- « Salut tu veux voir ma bite?! Elle est belle hein…ma bite ! »
Dans ces cas là, il vaut mieux répondre calmement :
- « Oui Barbichu, elle est mignonne ta bite… »
Diego se met à glousser, je vois ses épaules tressauter en silence. Barbichu arrête de se tortiller :
- « Comment ça elle est mignonne ma bite !? » Une perche en or, comment je peux résister à ce genre de perche ?!
- « Bah…Tout ce qui est petit est mignon…non ? »
Diego n'arrive plus à se contenir et je crois qu'il se mouche dans la main à vouloir essayer. David est plié aussi. En fait ils sont tous en train de ricaner…Je sais, c'est bas…Mais c'était trop tentant. Sauf que…
- « Ah la Salope ! »
Barbichu fonce sur moi mais je suis plus rapide, je n'ai pas mon pantalon sur les genoux, moi ! Je fonce vers les WC à coté de la sortie, Barbichu à mes trousses, le pantalon retenu d'une main et braillant des :
- « Gare à tes fesses si je t'attrape ! »
Et comme il n'a absolument aucune limite personnelle, je sais que c'est à prendre au premier degré.

Maudits talons ! Au virage je me prends la chaussure dans la moquette et tombe sur les genoux. Mon refuge n'est qu'à quelques mètres mais c'est trop tard…Barbichu me plaque au sol et s'assoit sur mes fesses.
- « Ah ahhh ! Qui c'est l'patron maintenant !? »
Il exulte et son taux de connerie est à son maximum tandis qu'il fait du poney, sautillant sur mes fesses. Il m'a attrapé les cheveux et s'en sert comme rênes. Il se retourne et me mets des claques sur les cuisses en braillant :
- « Taïaut ! Taïaut ! »
Quand j'essaie de me dégager et de me retourner, il serre encore plus les genoux et me chatouille. Je n'en peux plus de rire. Il continue :
- « Allez ma pouliche, la ligne d'arrivée est proche, accroche ta culotte de cheval ! C'est vrai que t'es confortable ! On est bien assis c'est moelleux ! » Et il rebondit de plus belle
- « Taïaut ! Taïaut ! Le numéro 8 à la corde prend l'avantage ! »
Je crois que je braille aussi fort que lui quand je ne suis pas en train de m'étouffer de rire:
- « C'est pas une pine de cheval que t'as, c'est une pine d'huitre ! »
Je le paie cher par une vilaine claque sur la cuisse mais je continue à brailler des « Enfoiré » et autres « Casse-toi pauvre con ! » Entre deux cris étranglés de rire.

- « Hum hum »
Un raclement de gorge extérieur nous arrête net.
Je lève les yeux sur une paire de chaussures en cuir italien et un pantalon de flanelle grise, je n'arrive pas à voir plus haut. Barbichu ma coincé la nuque, d'ailleurs il me scie par sa nonchalance :
- « Vous désirez, Monsieur ? »
- « Pourriez-vous ranger votre pénis dans votre caleçon et ramener MA pouliche à l'écurie s'il vous plait ? »
Barbichu se dégage et boucle vite fait son pantalon pendant que je me relève et découvre un Carlisle Cullen à l'expression meurtrière. Si un regard pouvait tuer, Barbichu serait en train de brûler vif en ce moment même…J'attire son attention en pausant une main sur son écharpe, très douce d'ailleurs :
- « Je vais éteindre mon ordi, prendre mes affaires et j'arrive, ok ? »
- « Je t'attends dans la voiture… » Sa voix est glaciale.
Je ne le regarde pas sortir, j'entraine Barbichu vers notre bureau avant qu'il ne dise une idiotie et ne perde bêtement la vie…

Sur le retour, il passe un bras sur mon épaule et me fait ses yeux de cocker :
- « Chuis désolé… »
- « Ca va c'est bon Olivier, y'a pas de mal… » Enfin j'espère…
- « C'est bien qui je pense ? » il donne un coup de tête vers l'entrée de l'agence.
- « On essaie de rester discrets alors si tu pouvais… » Il me coupe.
- « Je n'ai rien vu, rien entendu. » Il fait mine se sceller sa bouche et de jeter la clé. Soulagée, je lui fais un vrai sourire :
- « Merci, c'est cool » Il continue son inquisition
- « C'est sérieux hein ? » je me sens rougir et ne peux m'empêcher de sourire à nouveau :
- « Ouaip' »
- « Alors toi et moi on ne baisera pas ensemble hein… » Je prends une expression contrite :
- « Je ne crois pas nan…Mais tu auras toujours droit à des câlins… » Il rit et me répond à l'oreille :
- « Si j'ai encore les câlins alors tout va bien ! »

Il va se rassoir à son poste comme s'il ne s'était absolument rien passé et se remet à gribouiller sur sa palette graphique, le nez collé à son écran. J'enregistre mes fichiers et éteins mon ordinateur. Je me retourne vers le boss :
- " J'y vais David, on m'attend dehors…"
- " Pas de problème…Tu m'as ramené un Olivier calme et coopératif…Si ça ne tenait qu'à moi tu aurais des primes supplémentaires pour cela."
Je salue tout le monde et trottine vers la sortie.

La Mercedes m'attend devant l'entrée. Je m'engouffre dedans et me tourne vers Carlisle :
- « Ça va ? » Il m'adresse un sourire qui me fait fondre avant de me prendre la main et en baiser les jointures.
- « Oui ça va. Je me suis laissé submerger un instant par mon instinct de possession mais Olivier est encore vivant. Alors ça va. »
Je ris doucement et lui murmure:
- « Merci d'être toi »
Puis je traverse la console centrale pour l'embrasser. Comme par hasard ses mains tombent pile sur mes seins qu'il soupèse et malaxe gentiment. Je me redresse et boucle ma ceinture tandis qu'il démarre la voiture.
On est vendredi soir, nous avons un peu de temps devant nous. Nous allons passer la soirée chez Carlisle. Alice, Jasper, Bella et Edouard sont rentrés aux USA. Il ne reste qu'Emmett et Rosalie pour tenir compagnie à Nessie. C'est l'occasion d'essayer de briser la glace avec la blonde…