CHAPITRE 15

Le lendemain nous avons un programme chargé.
Je dois d'abord accompagner Carlisle à son ancien lieu de travail, l'hôpital de Forks. Ensuite nous passons prendre Charlie Swan, le père de Bella. Il est supposé passer la journée avec nous à faire des descentes de luge derrière la maison des Cullen. Nous serons sûrement rejoints par des amis de Jacob.
Et ce soir c'est la veillée du 24 Décembre.

Bella et Rosalie sont aux fourneaux depuis hier. La maison est parfumée d'odeurs de cannelle et d'orange…J'évite soigneusement la cuisine de peur de m'empiffrer à chaque passage. Alice quand à elle, a laissé libre cour à sa folie des grandeurs en dotant le salon d'un immense sapin de Noël n'ayant rien à envier à celui de la rotonde du Printemps Haussmann…Oui oui, à ce point là. C'est simple j'ai l'impression de passer des vacances dans la maison du Père Noël. Je lui ai d'ailleurs proposé le bonnet de lutin de Noël pour être raccord et grand mal m'en a pris. Nous en serons tous coiffés ce soir à ce qu'il paraît, Jasper me boude un peu depuis l'annonce de cette nouvelle.
On m'a courtoisement fait comprendre que mon aide n'était pas nécessaire en dehors de tempérer Carlisle. Les trois autres mâles de la maison ont beau être ses fils, son instinct d'Alpha, en pleine poussée depuis notre rencontre, le rend quelque peu…territorial. C'est simple, je suis intouchable.
Même une tape dans la main d'Emmett après une bataille ardue sur Call Of Duty provoque des feulements courroucés. Et encore, il paraît que Jasper l'aide beaucoup.
Quand à Rosalie…Et bien comme nous nous sommes beaucoup rapprochées, Carlisle la tolère à ma proximité. Tout en la surveillant d'un regard mauvais. Il n'a pas digéré les bleus sur mon cou les réconciliations entre eux sont assez tièdes. Edouard et moi avons des conversations semi-silencieuses à ce propos. Son expérience avec Bella m'aide à un peu mieux comprendre les obsessions de mon vampire.

Du coup, je passe beaucoup de temps physiquement au contact de Carlisle, à lui prendre la main ou lui gratter la nuque…Ou lui caresser les doigts comme en ce moment dans la voiture. La route déneigée et les chaines nous permettent de bien circuler malgré la météo. J'ai laissé tomber les talons au profit de mes fidèles Doc Martens fourrées de grosses sur-chaussettes de laine rayées violet et noir, un collant ET un legging noir parce qu'il pèle. Ainsi qu'une robe très confortable en jersey bien chaud qui m'arrive à mi-cuisses. Une courte veste fourrée de fausse fourrure noire fait ressortir la rondeur de mon postérieur et une maxi-longue écharpe assortie aux sur-chaussettes termine ma tenue.
Je pensais mettre quelque chose de plus classique mais Carlisle a eu le dernier mot. Il m'a expliqué stoïquement que :
- Sachant que ma poitrine est désormais cachée sous de multiples couches de tissus, il a besoin une autre partie charnue à portée d'yeux et de mains.
Et effectivement, à peine habillée pour sortir, j'ai eu l'occasion de sentir plusieurs fois ses mains vérifier l'accessibilité de ma chute de rein.

Quand nous arrivons à l'entrée du bâtiment hospitalier, je souris à nos reflets dans le grand miroir qui serpente le long du couloir d'accès. Lui a toujours son style classique et bourgeois : Grand manteau de laine noire, écharpe de cachemire grise, pantalon de flanelle et chaussures cirées. Il me rend mon sourire et prend son air de propriétaire satisfait quand son bras disparaît derrière moi. Un instant après sa main me tapote les fesses. Je me cache la bouche pour me retenir de rire et il se penche à mon oreille :
- « Je n'y peux rien si tu es sexy en diable ce matin. Je t'ai déjà dit que j'adore tes fesses ? » Je pouffe dans ma moufle :
- « Je croyais que c'était mes seins que tu adorais…»
Il me fixe avec d'un air extrêmement sérieux :
- « Tes seins c'est différent, il ne faut pas plaisanter avec ça. Eux et moi c'est une histoire de co-dépendance que j'étudie avec application. C'est pour mes recherches… » Je hausse un sourcil.
- « Pour tes…recherches ? » Il persiste :
- « Exactement. » le ton est affirmatif et définitif.
Je persifle dans ma barbe :
- « Mais bien sûr…Et la marmotte… »
Il me claque les fesses en ajoutant d'un ton ultra professionnel :
- « Elle met le chocolat dans le papier d'alu sans contredire son Mâle, elle.»
J'en reste bouche bée tandis qu'il garde son sérieux en abordant l'îlot d'accueil du secrétariat.

- « Ohh Docteur Cullen, quelle bonne surprise ! »
La secrétaire aux cheveux frisés a bondi comme un diable de son siège. Tous frisottis, dents et seins dehors. Dans la profusion de paroles qu'elle débite, je comprends qu'il s'agit d'une ancienne camarade de classe de Bella. Je me place en retrait et le laisse se débrouiller avec la jeune femme qui me paraît à chaque seconde plus antipathique. Je l'observe déployer, enfin essayer de déployer, ses charmes sur un Carlisle de plus en plus mal à l'aise.
Je n'ai jamais entendu une conversation aussi ubuesque. Elle ose même évoquer le décès d'Esmée comme un jeu de la providence pour que le Docteur revienne sur le marché des célibataires. J'oscille entre éclater de rire tellement c'est idiot…Et la gifler tellement c'est odieux.
Je finis par glisser ma main dans celle de Carlisle, besoin de le toucher pour me calmer. Il entrelace nos doigts et serre fort.
Au bout d'un moment, la dinde, prénommée Jessica Newton, me remarque et son sourire pseudo séducteur se transforme en rictus pas très flatteur…Bah oui connasse, je suis avec lui…Je suis à deux doigts de perdre mon sens des civilités et de lui dire ma façon de penser.
Elle me détaille lentement des pieds à la tête et je ne me prive pas pour lui rendre la politesse et terminer ma démonstration de force par un reniflement dédaigneux. Faisant une tête de plus qu'elle, je suis bien plus crédible dans le rôle de la méchante.

Finalement elle reprend ses esprits et nous conduit vers le bureau du Docteur Smith, collègue et successeur du Docteur Cullen…Docteur Cullen…ça sonne bien je trouve…je devrais lui demander de m'examiner plus souvent…Je ne l'ai jamais vu en blouse d'ailleurs…Il faudrait creuser cette idée…
- « A quoi tu penses ? » Carlisle me regarde en biais.
Nous suivons la très charmante Jessica qui n'en finit pas de babiller toute seule. Je hausse les épaules.
- « Je sais que c'est salace…Tu as changé d'odeur… » Je me sens rougir.
- « Je me demandais si…S'il y a avait des salles d'examen de libre… » Il regarde droit devant lui et j'ai l'impression qu'il ne va pas me répondre quand :
- « Je vous ausculterais après mon rendez-vous Mademoiselle Laban, soyez ponctuelle. » Mon cœur tape fort et je contiens à peine mon sourire.
- « Oui Monsieur…heu… Docteur ! »

Je laisse Carlisle dans le bureau du Docteur Smith. Mon petit doigt me dit que l'entrevue va durer plus que prévu et que je ferais mieux d'aller me chercher un café. Je me retourne et Jessica Newton est toujours là, à me servir un sourire qui n'atteint pas son regard. Je la salue d'un bref signe de tête et m'apprête à la contourner quand elle m'emboîte le pas et m'assomme d'une salve de questions. Elle n'a pas du travail ?
Je lui sers des réponses monosyllabiques dans un anglais médiocre à la « Moi pas comprendre ». Mais cela ne l'empêche pas de persister. J'arrive enfin à la larguer en repassant devant l'accueil. Je trouve la cafétéria et opte pour un cappuccino chimique pas trop mauvais. Sur le retour je repasse devant l'îlot d'accueil et les bribes de conversations qui me reviennent me font ralentir le pas.
- « …il a regardé mes seins… » « …la grosse à coté ?... naaan.. » « Esmée aussi… » « Je te jure ! » « Bella au mariage… » « Il a pris mon numéro de tel… »
La conversation s'arrête quand je m'approche l'air de rien. Et là, Jessica cette petite saleté, sort à sa collègue:
- « Pas de soucis Lauren, non seulement elle est laide mais en plus elle ne comprend rien. » Avant de me servir un sourire mielleux.
Je m'amuse tellement que je lui réponds par une expression radieuse. Sa collègue enchaine :
- « Elle ne ressemble à rien toute en noir comme ça avec ses trous partout, je ne vois vraiment pas ce qu'il lui trouve… » Puis vers moi comme à une demeurée :
- « Toi. Pas. Parler. Anglais ? ».
Je hausse les épaules en souriant toujours et montre le couloir du doigt avant de m'éloigner.
Une fois le dos tournée mon expression change radicalement, ces deux petites merdeuses ne perdent rien pour attendre…

Manque de bol pour mes fesses, quand j'arrive devant le bureau du Docteur Smith, Carlisle m'attend les bras croisés et l'ai refrogné.
- « Mademoiselle, je croyais vous avoir dit que je n'aime pas attendre… »
Je baisse les yeux, regarde mon café et le lui montre d'un petit air coupable. Il continue :
- « C'est vraiment le café...Ou c'est plutôt la conversation de certaines pipelettes qui vous ont retardée ? »
J'avoue que je suis surprise, je ne pensais pas ses sens aussi fins et surtout sa capacité de concentration si importante. Il semble toujours garder une oreille ou un œil sur moi. Impossible de nier, je pique du nez et me racle la gorge.
- « Soit. Suivez-moi nous allons remédier à ce problème de priorité, Mademoiselle Laban. »
Je hoche la tête avec servilité.
- « Oui Docteur. »
N'aggravons pas notre cas…