CHAPITRE 17
Charlie Swan nous ouvre sa porte, prêt à participer aux réjouissances de Noël. Dans l'entrée de sa petite maison, j'assiste encore à un temps de flottement quand il avise mon look et mes piercings, décidément, la petite ville de Forks ne doit pas abriter beaucoup d'originaux vestimentaires.
Carlisle, toujours appuyé sur mes épaules dans une pose très adolescente, s'amuse beaucoup de la situation. Pour ma part, j'évite soigneusement de m'approcher plus que nécessaire de l'arme de service accrochée au porte-manteau. Les armes, bien qu'inanimées sans la volonté maladive de l'homme, ont le don de me mettre très mal à l'aise…Pas autant que les araignées, mais pas loin…
Le père de Bella a tout du flic quand il me demande ce que je fais dans la vie. Bon je suppose que lui répondre :
- « Oh je fais pousser du cannabis dans mon appart et je cherche à développer ma production. » à sa question sur mes loisirs n'était pas une si bonne idée à en croire son expression. Il n'a pas vraiment l'air de me croire quand je précise que je plaisante…
Du coup, je le laisse monter à l'avant de la berline. Carlisle n'est pas ravi mais je sens bien que le Chef Swan a besoin de quelques marques de respect pour ne pas me classer dans la case des fauteurs de troubles potentiels.
Un coup de téléphone nous invite à récupérer Sue Clearwater au village Quileute. Nous filons alors vers la réserve. Je regarde le paysage neigeux à travers la vitre tandis que la conversation s'anime devant. Charlie et Carlisle s'échangent des nouvelles de la famille. Je croise régulièrement un regard ambré dans le rétroviseur. Une fois les présentations faites devant le domicile de Sue (il me semble que Charlie soit assez proche d'elle…petite amie ?) Nous remontons en voiture et cette fois-ci je remonte devant. A peine lancés sur la nationale dégagée, Carlisle m'invite silencieusement à caresser sa main posée sur l'accoudoir. Le contact de nos dermes est le meilleur des calmants.
Derrière, Charlie et Sue murmurent tranquillement, lovés l'un contre l'autre...et définitivement ensemble donc. Carlisle ayant branché ma clé USB sur l'autoradio, nous écoutons le nouvel album de Bat for Lashes en ambiance sonore. L'habitacle confortable offre une très bonne écoute musicale sans surdose. Pensive, je laisse mes ongles crisser sur sa paume avant de glisser mes doigts entre les siens. Je répète cette caresse lentement, observant son profil. Lui, regarde la route, j'ai du mal à supporter qu'il ne la regarde pas avec la même attention qu'un humain. Même si je sais qu'il n'en n'a pas besoin, je préfère qu'il fixe la route… Ses traits se détendent et ses yeux s'éclaircissent graduellement. Nous échangeons un regard complice quand « Winter Fields » démarre. Il sait que j'ai eu un coup de cœur pour ce morceau.
C'est là, dans cette berline à ce moment précis, alors que je mémorise une fois de plus l'arrête de son nez, l'arrondi de sa pommette et la commissure de ses lèvres, que je réalise l'ampleur de mes sentiments pour lui. Je ne pensais pas cela possible après la disparition de Romain. Je ne pensais pas pouvoir aimer si fort, à nouveau. Cette pensée étire mon sourire alors que nous arrivons.
Sur le seuil, Bella, Nessie et Edouard et Jacob nous attendent. Les embrassades sont chaleureuses. Je remonte m'habiller chaudement tandis que les luges et autres jouets de neige sont sortis du garage. Je jette un œil à mon entre-jambe et continue de sourire bêtement. Quand je descends, les autres sont déjà sur la colline, Jasper et Carlisle semblent m'attendre en bas de l'escalier. Je suis un peu déçue que Carlisle ne soit pas seul mais quand son acolyte à la touffe blonde pose un doigt sur ses lèvres en signe de silence, ce sentiment fait place à de la curiosité. Il me tend un papier plié contenant…Un ordre de mission ?
Opération Boules de Noël
- Date : 24 Décembre
- Lieu : Domicile des Cullen
- Cible : Emmett
- Outils : 3 fusils de paintball
- Objectif 1 : Faire un beau cadeau de noël à Cyrielle et lui offrir Emmett sur un plateau
- Raison 1 : Il a triché à Black Ops II !
- Raison 2 : C'est toujours bon de se payer sa tête
- Participants : Jasper, Carlisle et Cyrielle
Je le fixe un moment sans répondre. Jasper écrit rapidement au dos de la feuille :
Je me suis renseigné, tu as beaucoup fréquenté un club de Paintball quand tu étais ado, tu avais une carte de membre…
Dans mon esprit, les détails du plan machiavélique commencent à prendre forme. Je hoche la tête, j'en suis !
Je lui réponds par écrit et nous entamons une petite correspondance pour mettre les détails au point. Ensuite nous fonçons dans le garage chercher les fusils que Jasper a cachés. Il a eu la prévenance d'installer un viseur sur le mien, je grimpe non pas sur le dos mais sur les épaules de Carlisle et bloque mes jambes en pliant mes chevilles derrière son dos. Lui plaque mes mollets de ses bras. Nous armons silencieusement nos fusils, avant de les dissimuler derrière nous, il va falloir être rapide et faire mouche au premier coup.
L'air de rien, nous nous approchons du groupe en discutant gaiement. Emmett est bien trop occupé à se chamailler avec Jacob pour se soucier de notre étrange arrivée. Cela signe son exécution. Un coup d'œil et nous dégainons, Carlisle et Jasper tirent une première salve, les balles sifflent et colorent le dos d'Emmett en moins d'une moment où il se retourne pour nous faire face, je presse sur la gachette et son visage déjà figé de stupeur se colore d'un liquide vert fluo.
- « Yesss ! » En plein front, j'ai fait mouche du premier coup !
Mais il est temps de bouger car la riposte ne va pas tarder. Carlisle file vers l'est au pas de course humain, je m'accroche comme je peux, tandis que Jasper file vers l'ouest. Il me dépose derrière un arbre à l'orée de la forêt avant de repartir à l'assaut de son fils.
Chacun de leur coté, ils arrosent copieusement Emmett. Celui-ci tente alors de désarmer Jasper et un corps à corps commence. La neige se colore de peintures criardes alors qu'ils se débattent à une vitesse bien trop rapide pour mes rétines. Finalement Emmett est éjecté de la masse et déclaré vaincu. Par le viseur, j'observe les trois hommes se faire des accolades viriles en riant. Sympa de m'avoir oubliée…
C'est tellement tentant quand même…Ils sont en pleine ligne de mire…Je fais le vide dans mon esprit et en silence, je me couche dans la neige derrière le talus, pose le canon de mon fusil en appui sur un morceau de tronc d'arbre mort et me décontracte. C'est l'ouverture de la chasse au vampire !
Chtoup ! Chtoup !
Jasper est touché en pleine poitrine. Grrrr J'ai raté sa tête !
Par contre une coulure violette s'étale sur le crâne blond de mon amoureux, juste au dessus de l'oreille, il en a plein la figure.
Pas le temps d'observer mon œuvre, je me relève et me dresse au loin alors qu'ils n'ont pas encore bougé. Dans quelques nanosecondes je vais le payer alors autant tout balancer tout de suite à la kamikaze :
-« Géronimooooooo ! »
Je beugle mon cri de guerre en canardant le groupe. Finalement la touffe blonde de Jasper se colore de peinture. Yesss !
Je réalise à peine que Carlisle a disparu quand sa masse m'engouffre. Je me retrouve allongée sur le dos dans la neige, sans fusil, les mains coincées au dessus de ma tête et avec un vampire à cheval sur mes hanches. Il n'est pas vraiment en colère, il en reste impressionnant quand même :
- « Tu as quelque chose à dire pour ta défense…Traitresse ? »
- « Heu….hum…le violet te va bien au teint ? » Il s'esclaffe, se frotte le visage de sa main libre et barbouille le mien de l'horrible peinture :
- « Non ma chérie, le violet c'est TA couleur ! »
Il me chatouille alors sans relâche jusqu'à ce que je réclame pitié. Entre deux hoquets de rire, je finis par m'excuser lamentablement et je récolte un autre Défi Crétin D'Emmett choisi par Jasper, à exécuter. Quand nous remontons vers la maison, d'autres Quileutes ont rejoint le groupe. Nous les saluons avant de monter nous changer. Leah me regarde avec dédain alors que son frère Seth me salue d'un joyeux :
- « Salut et bien joué Géronimo ! » Je cache mon sourire dans mon gant quand Carlisle lui répond on ne peut plus sérieusement :
- « Seth je t'en prie, ne l'encourage pas… »
Le soleil se couche quand nous rentrons nous mettre au chaud et réveillonner.
Et mettre nos bonnet de lutins de Noël…J'ai l'impression que Jasper ne va pas me rater sur le défi…
Ce qui est super quand on dîne avec des Quileutes métamorphes, c'est que l'on peut se goinfrer en toute discrétion. Je suis déçue d'apprendre que la tradition familiale Cullen est d'ouvrir les cadeaux le lendemain mais bon, j'ai déjà été bien gâtée aujourd'hui. Je quitte la table à regret, largement battue par les garçons, quoique que Leah ait un sérieux coup de fourchette aussi…
Carlisle m'a accompagné à table et observé mastiquer avec délectation. Il aime bien me regarder manger, apparemment mon plaisir à table a quelque chose de contagieux. Et puis on ne sait jamais, dès fois que Jacob ou Seth décidaient de me kidnapper sous son nez…Ou de me voler ma part de purée…Oui, il est possessif et protecteur. Oui, à ce point là. Il faut dire que Bella et Rosalie se sont surpassées et que la convoitise gourmande de Jacob a poussé tout le monde à faire des parts en avance dans le plat, histoire de ne pas être lésé…Chez les loups, on ne plaisante pas avec la nourriture !
Plus tard, quand nous montons nous changer pour la nuit, je découvre une paire de pyjamas posés sur le lit :
- « Naaan, c'est une blague ? Il est hors de question que je mette…» La voix cristalline d'Alice résonne dans le couloir :
-« Les pyjamas font partie de la tradition Cullen ! »
Ah.
J'enfile donc avec résignation un pantalon informe en flanelle duveteuse vert criard, imprimé de cannes en sucre rouges et blanches et un débardeur en coton tout aussi vert avec sur le devant une grande canne décorée de grelots et du texte « Chrismas'Sweety ». J'enfile aussi le bonnet ( tant qu'à faire ) et trottine dans le couloir jusqu'à la chambre de Jasper et Alice, pour lui faire profiter du visuel de sa névrose de Noël. J'entends que l'on m'invite à entrer et me glisse dans l'embrasure comme une voleuse avant de me redresser dans un « Ta-dammm » sonore. Je crois que je reste un instant figée avant de penser à refermer la bouche. Le plus surpris de la chambre n'est pas celui que l'on croit.
Jasper est en train de se changer. Il a déjà mis le bas de cette horreur de pyjama et me sourit à pleine dents.
Sourire perdu vu que mon regard, circulant le long de son torse appétissant, a suivi les traces bizarres sur sa peau et est maintenant fixé sur le collier qu'il a autour du cou. Un collier câble en acier avec une plaque rectangulaire comme pendentif. Je m'approche un peu et je vois un code barre gravé sur la plaque.
Je ne sais que penser. J'hésite entre deux hypothèses. Après tout, Jasper a un passé de soldat…
C'est aussi la première fois que je suis accueillie ainsi dans son intimité, je me doute qu'il ne s'agit pas d'un hasard…En silence, je montre sa plaque du doigt, le sourcil relevé en interrogation. Il retourne ladite plaque et là le texte gravé ne me laisse plus de doute :
SLRN # 453-876-551
Propriété d'Alice Cullen
Mon visage s'illumine et j'essaie de lui faire comprendre que je partage cet univers là aussi. Il hausse un sourcil alors que je pointe mon entre-jambe avec insistance. Dans un soupir, il hausse les épaules et descend un peu son bas de pyjama. J'aperçois contre son pelvis et le haut de son sexe une cage de chasteté en acier.
- « C'est la troisième ce mois-ci…Du coup on est passé au métal… » Il me sourit, gêné.
Je mets un temps avant de remettre de cette information ( enfin quand même quoi !) et de comprendre. Je me retiens comme je peux de rire. Il a du bander si fort qu'une cage classique en plexiglass n'a pas tenu le choc.
- « Tu risques de déformer celle-ci aussi… »
J'entends son rire profond tandis qu'il lève les mains en signe d'impuissance : Ce n'est pas lui qui décide…Entre petits pervers, on se comprend. Je décide de jouer donnant-donnant. Si tu me montre la tienne je ne montre la mienne !
Je baisse mon bas de pyjama. Il se penche et observe mes anneaux avec un intérêt purement technique. Le petit pendentif oscille légèrement.
- « Arff, je suis jaloux… » Du coup il se penche et finit aussi le pantalon sur les genoux.
On se regarde sans ambiguïté sexuelle aucune, comme si on se montrait nos derniers scrapbookings.
J'observe la cage et commente :
- « Je pense que ça lâchera à la jointure…ici » en pointant du doigt la zone de faiblesse de la cage pour un super-pénis de vampire.
Quand Alice sort de la salle de bain, elle nous retrouve tous les deux à nous montrer nos sexes respectifs, avec nos bonnets de lutins et ses précieux pyjamas tire-bouchonnés sur nos chevilles. Je n'ai pas le temps d'être gênée ou de m'expliquer qu'elle se penche aussi devant mon entre-jambe et fait une moue boudeuse :
- « Si j'avais pu, Jasper aussi aurait été équipé… »
Puis elle se redresse et nous toise du haut de sa taille de minipouce. Je sens Jasper à coté se ratatiner un peu, ça va bientôt craindre pour lui…Ça ne rate pas :
- « Maintenant tous les deux, vous restez comme ça et vous ne bougez pas, c'est bien compris ?! »
Jasper répond servilement et je hoche la tête.
- « Jasper, tu prends la position 3 en m'attendant ! »
- « Oui Alice. »
- « Cyrielle, je te conseille d'en faire de même… » Dit-elle, un soupçon de menace dans la voix, avant de claquer la porte.
Jasper se met au sitôt à genoux, écartés, et assis sur ses talons. Il bombe le torse et croise ses poignets derrière la nuque. Il serait super crédible s'il n'y avait pas se foutu pyjama couvrant ses talons. Je pense qu'elle est partie chercher Carlisle, je crois que je vais devoir la jouer profil bas, très bas. Alors, je m'agenouille à coté de lui et me positionne en Nadu. Genoux ouverts, dos cambré, poitrine en avant et mains ouvertes sur les cuisses, paumes vers le haut. On se jette des regards en coin.
- « Cambre-toi un peu plus ils arrivent… » Je me cambre au maximum et lui glisse un merci.
On est dans le même bateau maintenant et je ne suis pas sûre de la manière dont Carlisle va prendre cela. Il n'a pas mon ouverture d'esprit et mon rapport désinhibé à la nudité devant un tiers, même si c'est un tiers BDSM…
Ils entrent tous les deux dans la chambre. Je me redresse au maximum, tête levée et regard baissé. Du coin de l'œil je vois Jasper faire la même chose. Carlisle parle en premier :
- « Bien. Vue intéressante. Maintenant que les présentations sont faites et que ces deux bestioles se sont mutuellement reniflées, je vais prendre la mienne et la ramener se coucher…Désolé pour le dérangement Alice, elle a encore des progrès à faire.» Sa voix grave et neutre me laisse perplexe.
- « Je t'en prie Carlisle, c'est tout naturel entre nous. Il ne faudrait pas trop se relâcher avec ces deux là…J'aime beaucoup son bijou en passant, tu as de la chance ! » Je n'ose pas non plus regarder Alice.
Carlisle s'approche et me contourne. J'entends un cliquetis métallique et un collier est enfilé autour de mon cou. Une laisse part du collier et remonte le long de sa jambe jusque dans sa main. J'ai un moment d'égarement, il veut que je marche à quatre pattes ? A sa cuisse ? Mais avec le pyjama sur les chevilles ? Et les autres dans la maison ? Et si on nous croise dans le couloir ? Et… ? Et… ?
La laisse se tend :
- « Tu viens ? » Son ton est ferme et doux.
Hésitante, je commence à avancer sur mes mains. Je regarde Jasper et il me fait un clin d'œil complice. J'ai bien compris ce qu'il y avait à comprendre.
Je me colle donc à la jambe de Carlisle et essaie de le suivre tant bien que mal. Le pyjama finit par glisser de mes chevilles et Carlisle le ramasse. Je traverse le couloir cul nu et aux aguets, heureusement la moquette est moelleuse pour mes genoux. Carlisle tient la laisse courte contre sa jambe et prend tout son temps. Je n'arrête pas de jeter des regards à droite et à gauche…Pitiééé pourvu que personne ne décide de sortir de sa chambre !
Ahh la porte enfin. Je fais aussi vite que je peux pour me retrouver à l'abri des regards. Mais Carlisle ne me relâche pas pour autant. Il coince la laisse sous un des pieds du fauteuil. Et m'ordonne de rester sage tandis qu'il se choisit un livre et s'installe.
Me voilà donc, en debardeur vert, bonnet improbable et fesses à l'air, attachée à un pied de fauteuil et couchée contre ses jambes.
Et je m'y sens…plutôt…bien ?
