CHAPITRE 19
Ma découverte sur la relation de Jasper et Alice m'offre un éclairage nouveau sur leurs comportements respectifs. J'ai trouvé une complicité avec lui…Et puis il m'a pardonné pour les bonnets de lutins…Quelques jours après Noël, il profite d'une absence de Carlisle pour m'entrainer avec lui au grenier de l'immense demeure…Nous montons par la trappe au plafond et là c'est Noël encore une fois : Le grenier a été aménagé en donjon !
D'après l'aménagement, je peux deviner les gouts des propriétaires. Il y a pas mal d'outils d'attache comme la classique Croix de Saint André, un pilori et divers bancs bricolés par Jasper lui-même. Très peu d'outils de frappe évidemment…Ça me fait penser qu'il y aurait un marché à exploiter…Des sextoys et du matos BDSM pour vampires indestructibles…Il y a par contre un portant avec un fouilli organisé de tenues en vinyle, latex ou cuir…
- « Alice m'aime beaucoup là dedans… »
Le coté coquin d'Alice la fashionista ? J'aurais du m'en douter…
-« Le reste de la famille est au courant ? »
- « Oui évidemment, on ne pas garder ce genre de chose secrète chez les Cullen…Ca fait partie du pack quand on entre dans le clan…Mais nous restons très discrets Alice et moi. Finalement seul Edward est au courant de beaucoup de choses, de par son don. »
- « Et Carlisle alors ? »
Il rie gentiment.
- « Carlisle m'a aidé à concevoir la plus part du matériel ici…Ses gouts ne datent pas de sa rencontre avec toi…Même s'il y avait renoncé un temps pour Esmée. »
A l'évocation de la vampire défunte, Jasper s'assombrit. Je pose alors ma main sur son bras et serre gentiment, essayant de lui transmettre par ce geste un peu de compréhension et de réconfort. Il prend alors cette main dans la sienne et la garde pour le reste de la visite du Donjon Cullen.
La Saint Sylvestre arrive vite et je suis partagée quand à mon enthousiasme pour cette soirée : On va aller danser…Youpiii !...En discothèque…moins youpi.
Je n'aime pas les discothèques. J'adore les bars, les clubs feutrés, les teufs sauvages et exaltées, les soirées fétish des Caves, les festivals…Mais une dicothèque…Heuuu, là j'hésite. Cela signifie souvent de la musique que je n'aime pas trop quand ce n'est pas de la bouillie commerciale prémâchée, des minots à peine pubères qui sentent le « Brut » et des minettes glossées et gaulées comme des bombes…Et moi dans tout ça faisant une tête de plus que tout le monde, avec mes goûts décalés et m'ennuyant à mourir. Genre le vilain gros canard goth qui se prend un méga-coup de vieux, chez les cygnes à paillettes qui ont encore leur carte SNCF 12-25, eux…
L'essayage organisé par Alice confirme mes pires cauchemars, elle s'est mise en tête de me coloriser. Sa chambre devient un champ de bataille vestimentaire. Bella se joint à moi dans la résistance à l'oppresseur tandis que Nessie essaie de se faire oublier en se cachant derrière Rose qui fait encore et toujours ses ongles…Sachant qu'elle les refera quand elle aura choisi sa tenue pour que la couleur soit raccord…obsessionnelle aussi celle-là…
Quand je refuse catégoriquement d'aller en boite dans une robe jaune-canari-designer-ou-pas-je-m'en-fous-Alice-c'est-NIET- ! , elle commence à frapper en dessous de la ceinture :
- « Tu ne veux pas ? Très bien. De toute façon ce n'est pas toi qui décide…CARLIIIISLE ! » Je la fixe dans une grimace alliant choc et dégout :
- « Alors ça c'est aussi petit que toi, Alice ! »
- « On m'appelle ? » Carlisle passe juste sa tête dans l'interstice de la porte et me regarde, amusé. Je lui fais ma tête de petite malheureuse.
- « J'ai l'air une bouteille d'Orangina dans cette robe…Et elle veut que je sorte ce soir habillée comme ça ! Carlisleuh ! Steuplééuh ! Sois indulgent, j'ai été gentille et mignonne ces derniers jours ! » Il roule des yeux, amusé par mon ton enfantin.
- « Alice, je te remercie mais je préfère choisir les tenues de Cyrielle moi-même… »
Et il repart comme ça, loin de nos querelles de chiffons, sobre et majestueux. Qu'est-ce que je l'aime quand il me donne raison !
Victorieuse, je me dandine en narguant Alice :
- « Na na na-heu ! Orangina secoue-moi ! Secoue-moi-heu ! »
Et j'enlève la maudite robe avant de la lui rendre. Je me rhabille et m'apprête à sortir sous les regards diversement interloqués, envieux et mauvais de Nessie, Bella et Alice.
A l'abri dans notre chambre, j'étale sur notre lit quelques pièces intéressantes de ma garde-robe. Il me semble que Carlisle m'aime bien en jupe, en noir et en violet…Une idée de tenue me vient qui va faire plaisir à Carlisle…et qui va faire hurler Alice…
Le soir venu, humains dinent à la maison pendant que les vampires dinent rapidement à l'extérieur. Ce qui me laisse le temps de me préparer et me changer. J'enfile donc une délicate blouse de soie noire qui met en valeur ma poitrine et mes épaules, une très courte jupe en cuir noir, mes fameuses chaussettes violettes et noires, et mes Docs. Alice va complètement criser sur les docs mais je n'ai pas envie de mettre d'escarpins, point. Je relève mes cheveux en queue de cheval haute et j'opte pour un maquillage prononcé des yeux: Charbonneux et lèvres roses pâles, enfantines et sucrées, en contraste avec les tons violine et noir sur mes paupières. J'enfile aussi un œuf vibrant comme il me l'a ordonné. Je souris malicieusement à l'idée que cette soirée va être plus coquine qu'à prime abord…
J'attends dans la chambre qu'il valide ma tenue. Il acquiesce avec gourmandise. De toute façon, dès que je raccourcis la jupe il est d'accord avec à peu près tout…Je lui fais cette remarque et me ramasse une claque bien sentie. L'impertinence ça fait mal aux fesses.
Lui se choisit un jean enduit noir étroit et une simple chemise de coton anthracite. Pour cette soirée il va enfin quitter son look de papi et revenir à ses éternels 23 ans.
- « Ne te rajeunis pas trop quand même sinon je vais avoir l'air d'une puma ( trop jeune pour être cougar) à tes cotés ! » Il secoue la tête, taquin.
- « T'as cinq ans d'âge mental la plus part du temps, Love, ça n'arrivera pas… »
- « Pardon ?! » il prend un air supérieur et condescendant :
- « N'ayons pas peur des mots, par moment tu manques sérieusement de maturité tu le sais bien… »
Je suis piquée au vif et enchaine du tac au tac :
- « Je suis quand même assez mûre dans d'autres moments pour ne pas être trop perturbée par nos pratiques nécrophiles… »
- « Pardon ?! » Il s'approche, dangereusement calme, je continue sur ma lancée…
- « Bah ce que l'on fait au lit…C'est comme cela que ça s'appelle hein, n'ayons pas peur des mots…De ton coté on pourrait appeler ton attirance pour moi un fétichisme alimentaire… Et tant qu'à faire, se taper un loup-garou ce n'est pas un peu faire dans la bestialité ? »
J'entends du bruit de fracas en bas, le rire tonitruant d'Emmett et le cri outragé de Jacob :
- « Je suis un métamorphe, pas un loup-garou ! Et non Edward ! Je n'ai pas couché avec ta fille lâche-moi maintenant ! »
Carlisle ferme les yeux et se pince l'arête du nez. Ce geste me fait penser à son fils :
- « Au fait, ton fils de 107 ans, il n'a pas commencé à fréquenter Bella quand elle était encore une innocente mineure parce que y'a un mot pour ça aus-»
- « Silence femme ! » L'ordre a claqué, j'obéis et je serre les mâchoires dans un air de défi.
- « Et baisse les yeux ! » je m'exécute le menton pointé cependant.
Il me toise de ses quelques centimètres supplémentaire, aussi furieux que moi.
- « Je ne veux plus t'entendre jusqu'à nouvel ordre, c'est compris ?! »
J'inspire un bon coup et hoche sèchement la tête. Je sens ma colère menacer de se déverser par les larmes. Mais je me retiens autant que je peux. J'ai tendance à pleurer de rage et ça m'agace au plus haut point…Il passe un moment à se calmer en me tournant le dos et finit par me prendre la main pour descendre. Je respire à bon coup et affiche un sourire de circonstance.
Comme prévu, Alice est horrifiée par ma paire de godillots. Jacob et Edward fulminent. Jasper a l'air fasciné par ses lacets. Emmett me tend ses pouces en l'air, y'en a au moins un qui me soutient. Il devient aussitôt mon préféré de la bande. Les filles quand à elles restent neutres mais leurs sourires à mon encontre sont encourageants.
Nous nous répartissons dans les voitures et là il se passe un truc incroyable : Carlisle laisse les clefs de sa Mercedes-chérie-adorée à Jasper et monte derrière avec moi. L'étonnement doit se lire sur mon visage car il hausse un sourcil menaçant…Héé j'ai rien dit, je n'ai fait que regarder !
Jasper met lui aussi un temps à s'en remettre avant de sautiller vers la porte conducteur. Je m'installe sagement et prend soin de ne pas regarder en direction de mon amant. Cependant, du coin de l'œil, je le vois prendre ses aises. Aussitôt une main se pose sur ma nuque.
Ses doigts glacés me font violemment frissonner et je me contracte sous le choc thermique, fuyant l'origine du froid. Sa main suit le mouvement et m'empoigne fermement la nuque avant de tirer vers son coté de la banquette. Je n'ai d'autre choix que de suivre le mouvement, et je me retrouve pressée contre lui. Il change de main, re-frisson, et continue à tirer. Je finis sur ses genoux, adossée à la porte avec l'impression d'être pliée en quatre, entre ses cuisses et le toit de la voiture. Je reste sage cependant, ce n'est pas le moment de faire de l'esbroufe. J'ai l'ai suffisamment provoqué toute à l'heure pour comprendre qu'un ajustement disciplinaire ne va pas prend la forme d'une sensation de froid épouvantable :
Ses mains sous mes vêtements et contre ma peau sensible. Il a posé ses mains dans la neige ou quoi ?
Chaque contact fait se contracter un muscle, j'essaie de résister, de ne pas fuir. Mais c'est un réflexe reptilien. Il glisse ses doigts agiles sur mes cotes, à l'intérieur de mes cuisses, le long de ma colonne vertébrale…Putain j'ai l'impression d'être caressée par un Mister Freeze…Je me mors les joues mais quelques « Ompff » sortent tout de même.
Quand ses doigts se réchauffent, je retrouve un certain contrôle. Avec son bras, il me refait baisser la tête au maximum comme s'il voulait me plier en deux. Je suis souple mais quand même…Il entrouvre alors la fenêtre pour glisser son autre main dehors. Le sifflement de l'air dans l'habitacle me pétrifie de trouille. Il referme la fenêtre, remonte ma blouse jusqu'aux épaules et me plaque contre lui en appuyant sa main glacée contre mes côtes juste sous mon sein. Je ne peux réprimer un gémissement, mon corps est pris d'un tremblement vif que je mets longtemps à calmer. Il ne reste ensuite que ma respiration saccadée et le claquement de mes mâchoires à mes oreilles…
Et le sens de son geste qui tourne en rond dans mon crâne… J'ai parlé de nécrophilie, il m'a caressée avec ses mains de cadavre glacé…Il baisse gentiment ma blouse, pose ma veste sur mon dos et s'adresse à son Beta pour que je l'entende :
- « Tu peux remettre le chauffage Jasper.»
Une secondes plus tard, je sens des courants d'air chauds contre mes jambes. Je n'ose pas bouger. J'ai du mal à réprimer mes tremblement, je ne sais pas si c'est le froid…Ou le choc de ressentir la colère froide d'un Carlisle beaucoup moins gentil qu'il n'en a l'air.
Il me repousse doucement et je reprends ma place, bouclant ma ceinture avec précaution. Les bras serrés contre mon torse, je me réchauffe peu à peu et mes dents cessent de claquer. Les lumières qui filent à travers la vitre sont ma seule préoccupation extérieure.
Une fois encore je me remets à douter de moi, de lui, de nous…Je me lamine un peu à coup de culpabilisation avant de redresser le menton. J'ai joué, j'ai perdu, je suis vexée, ça passera. C'est la première fois que la colère du patriarche Cullen se tourne vers moi. Et si on est réaliste, ça ne sera pas la dernière…
Perdue dans mes pensées, je sursaute quand on ouvre ma porte. Nous sommes arrivés. Carlile m'attends alors que le voiturier attrape les clés. Une main possessive fixée à la jointure de mon cou pour seul contact, nous passons les portes du Club le plus en vogue de Seattle sans même marquer une pose à l'entrée.
