CHAPITRE 22
2 Janvier 2013
9h00
Seattle
Crazy Bugs Head Quarters
Salle de meeting
Note à moi-même : Penser à dire à Jean-Lou AKA mon Big Boss que
- Organiser une rencontre de courtoisie avec le gratin de Crazy Bugs USA le lendemain du 1er janvier, ça manque de délai pour se remettre d'une soirée arrosée.
- Ne pas oublier que je n'ai plus 20 ans et qu'il y a un moment où la vodka-malabar ça fait mal aux cheveux et les galipettes donnent des courbatures.
Le sourire rivé aux zygomatiques, je continue ma liste mentale un gobelet de café bien calé dans la main. Ce genre de réunion « casual » est un exercice de style. Avoir l'air détendu mais sans l'être vraiment parce que c'est du sérieux. Une parole en l'air et c'est l'avenir de l'équipe à Paris qui est en jeu. A part ça, je ne suis pas du tout dans mes petits souliers. Jean-Lou et David ont fait le voyage, je les ai retrouvés à l'aéroport avec notre actionnaire majoritaire.
La vision des deux hommes quand je leur ai présenté Rosalie Cullen Hale restera à jamais gravée dans ma mémoire à coté de mon premier souvenir de Carlisle dit « L'art de faire du porno imaginaire avec son patron ». Rosalie a été comme elle sait si bien être, dans ce genre de circonstances, une parfaite Reine des Glaces. Sublime, magistrale et hautaine au possible. Sauf avec moi. Je jubile.
Nous voilà donc dans cette salle de réunion à parler du dernier séjour de ski, famille et affaires, mine de rien. Un balai de sourire chaleureux et de regards calculateurs. Les diplomates du Quai d'Orsay n'ont qu'à bien se tenir…Ne maîtrisant pas encore cet exercice et n'étant qu'une petite assistante dans ce sérail, jusque là je me suis faite discrète près du buffet.
Il manque encore deux personnes avant que la réunion ne commence vraiment. Deux autres dirigeants de la multinationale devant qui il va falloir faire des courbettes et des sourires…Je déteste ces ambiances…Dans le taff, c'est ce que j'aime le moins je crois…Je me sens empotée la plus part du temps…Donnez-moi un projet à présenter et j'assure…Par contre parler météo et marcher sur des œufs, ça je ne sais pas faire…Mes ruminations s'arrêtent quand la porte s'ouvre sur les retardataires…Et mon gobelet émet un scrouik de protestation dans ma main crispée. J'aurais du m'en douter…Ils ont un pied partout ces maudits vampires !
Carlisle et Emmett Cullen prennent place à l'autre bout de la table.
Très vite les discussions s'activent autour des projets à moyen et long terme pour Crazy Bugs. J'écoute Jean-Lou avec attention quand il expose les grands traits de notre travail pour l'Europe et des spécificités de ce marché. Si Crazy Bugs nous emploie, c'est justement parce que nous avons la connaissance et la maîtrise de ces contraintes. J'évite scrupuleusement de regarder vers Carlisle sinon je vais rougir j'en suis sûre.
Sa voix se fait finalement entendre :
- « Nous avons scrupuleusement étudié votre stratégie et nous en sommes satisfaits. Pour ma part, mon dernier voyage à Paris m'a permis de juger l'efficacité de votre équipe. D'ailleurs ma nièce, Renesmée, y a fait un stage très formateur… »
Je me raidis sur mon siège et admire les reflets moirés de mon café. Jean-Lou lui, se redresse, content.
- « Votre nièce a effectivement montré des aptitudes très prometteuses, nous serions ravis de la recevoir à nouveau. N'est-ce pas Cyrielle ? »
- « Ce serait un plaisir oui, Renesmée possède de nombreuses qualités malgré son jeune âge et s'est avérée comme étant un membre de valeur pour l'équipe. » Satisfaite de ma réponse, je souffle un peu.
La discussion reprend sur le marché européen. Je sens que l'on me fixe et relève les yeux. Emmett me sort son sourire à cent mille volts avant de prendre la parole :
- « Où en est le projet d'échange de compétences ? »
Jean-Lou explique alors que c'est en cours, mais que les accords n'ont pas été finalisés.
- « C'est d'ailleurs Cyrielle Laban, ici présente, qui va représenter notre agence dans vos locaux à Seattle. Son travail chez nous en tant que Junior arrive à ses limites et son potentiel mérite de meilleures opportunités. » Gnéé ?
Carlisle, posé, enchaine :
- « Excellent, j'ai l'intention de la prendre comme assistante et de la former moi-même sur la partie financière de l'activité. » Re-Gnéé ?
Je sens que l'attention du groupe se tourne sur moi. Je déglutis et j'affiche un air serein. Tout va bien. Poker face. Sors ton meilleur jeu ma cocotte :
- « C'est effectivement une très belle opportunité qui s'offre à moi et j'attends avec impatience d'intégrer l'équipe de Seattle. »
Le sourire accroché coute que coute. Tout va bien. Je ne viens pas juste d'apprendre que je change de boulot, de pays, de maison, de vie…Et Zolpi ?
J'ai l'impression une fois de plus d'être, au mieux, un pion sur l'échiquier, au pire, la dinde de la farce.
La réunion se terminant, je pensais filer à l'anglaise mais non. Le monde s'acharne contre moi et les décisions me filent entre les doigts. Carlisle et Emmett invitent l'équipe de l'agence à déjeuner. Rosalie présente donc son mari à mes deux collègues, bien calmés pour le coup. C'est un panier de crabe, tout le monde connaît tout le monde…Et encore, ils ne savent pas pour Carlisle et moi…
En fait si ! Jean-Lou me prend à part et s'excuse de m'avoir mis devant le fait accompli avant de me faire un sourire goguenard :
- « Comme ça tu vas pouvoir travailler avec ton compagnon… »
Je le dévisage et il s'explique :
- « Carlisle m'a mis au courant il y a un mois en me faisant promettre de ne rien dire. Il te connait suffisamment on dirait…Pour savoir que tu aurais refusé le poste par soucis d'intégrité…Alors arrête de faire la gueule, l'honneur est sauf ! »
Et il est fier de lui en plus !
Je respire un bon coup et me déride, enfin j'essaie :
- « Merci Jean-Lou. Là maintenant je suis un peu sous le choc mais je me rends compte que c'est un pont en or que tu m'offres. Alors merci, vraiment. »
- « Tu le mérites. »
C'est tout ce que je voulais entendre…
Maintenant il est temps de torturer quelques Cullen…
Nous nous retrouvons aux Quatres Saisons, une table huppée dans le centre-ville. Je savoure autant mon saumon grillé que la vue. Rosalie a pris une salade et fait semblant de la picorer comme une femme au régime. Il n'en n'est pas de même pour Emmett et Carlisle.
- « Ce saumon est excellent ! Et toi Emmett, ton entrecôte te plait ? »
Emmett joue le jeu et fait mine savourer son plat bien que chaque bouchée avalée lui coûte. Idem pour Carlisle qui est beaucoup plus discret et mâche tout sans broncher. Emmett rend les armes à la carte des desserts et déclare qu'il n'a plus faim.
Fielleuse, j'insiste pour que Carlisle en prenne un. Et un café gourmand.
Puis nous sortons de table le ventre plein et raccompagnons David et Jean-Lou à leur hôtel. Ils ont l'après-midi de libre, une journée de travail demain et le retour en France avec moi après-demain. Nous échangeons rapidement nos coordonnées et quelques détails pour le départ dans deux jours. Nous nous retrouverons à l'aéroport.
Sur le trajet retour vers Forks, je rumine en regardant le paysage. Bras et jambes croisés, tassée sur l'habitacle de la BMW, je boude. Rosalie conduit aussi vite que les autres, sauf que son petit coupé sport n'est pas franchement confortable à l'arrière. Je me sens pliée en quatre et ne peux éviter le contact avec Carlisle qui le cherche de toute façon. Emmett a réussi à se glisser à l'avant, par reptation ou par fax, je ne sais comment. Carlisle a opté pour une tactique plus en diagonale, c'est-à-dire s'étaler le plus possible jusqu'à finir sur mes genoux. Alors donc, les bras fermement croisés sous ma poitrine qui me remonte dans le cou, les jambes croisées dans un angle improbable et une tête de vampire sur les genoux qui me fixe avec une insistance suppliante, je boude.
Après un bon quart d'heure de bouderie intense, je commence à me lasser. En vérité je ne suis pas rancunière et j'ai horreur de cela. Je soupire et décroise les bras. Je caresse quelques mèches de cheveux tandis que son visage s'enfonce dans mon ventre moelleux et son nez se cale sous mes seins.
Quand Rosalie gare le coupé et coupe le contact, Carlisle n'a pas bougé d'un pouce. Je leur fait signe de nous laisser.
- « Pas de cochonneries dans ma voiture tous les deux ! »
Un grondement menaçant lui répond.
- « Okay Okay…Mais tu m'en rachèteras une le cas échéant Carlisle ! »
Elle éteint la lumière en sortant et nous voilà seuls dans l'obscurité de l'habitacle. Emmett a eu la bonne idée d'avancer son siège et je suis un peu plus à l'aise.
Carlisle pivote et s'enfonce un peu plus dans mon ventre. Sa main libre tire sur mon chemisier pour découvrir ma hanche ronde et la malaxer. Je ne sais pas ce que le travaille mais ça à l'air sérieux. Je le serre alors contre moi comme je peux.
- « Ça va Carlisle. J'ai été prise au dépourvu et je me suis inquiétée pour ma vie à Paris. Mais maintenant ça va, je suis contente parce que je vais rester avec toi. Même si je n'aime pas la manière dont je l'ai appris, je suis heureuse de ce changement. Je t'aime. Je suis avec toi. »
Mes paroles n'ont pas l'air de le rassurer, il n'a toujours pas bougé.
- « Parle-moi. Explique-moi ce qui se passe. Je suis avec toi. On trouvera la solution ensemble. »
Je lui répète encore que je l'aime et que je suis là pour lui. Je réfléchis à ce qui pourrait bien l'inquiéter.
- « Je rentre dans deux jours à Paris… »
Il se raidit…C'est donc ça…
- « Tu viens avec moi. Pour fois c'est moi qui décide. J'ai besoin de toi mon amour, vraiment. Alors tu viens, on fait mes cartons ensemble et on revient ici tous les deux, nous deux. »
Il se relaxe et je répète :
- « On reste ensemble okay ? »
- « Okay » Je l'entends à peine.
Il finit par se redresser. Dans le noir du garage, je peux à peine voir les contours de sa silhouette, alors je lui souris sans savoir quelle tête il fait. Je lui souris et prend son visage à tâtons pour l'embrasser doucement. Je le picore de baisers et de « Je t'aime ». Je n'oublie aucun centimètre carré, de l'aile du nez à la paupière en passant par le petit creux sous sa mandibule.
Quand mes lèvres rencontrent le vide, je réalise qu'il est sorti de la voiture. Mon cerveau enregistre un courant d'air dans mon dos, des lumières et l'espace qui bouge. Pour finir, le moelleux de notre matelas. Il me faut une bonne seconde pour intégrer le fait que je suis assise sur notre lit, adossée aux nombreux coussins avec Carlisle dans les bras, enroulé contre moi dans sa position préférée.
Après deux heures à ronronner, il s'écarte et me demande :
- « Ma douce ? »
- « Oui ? »
- « J'ai deux choses à te demander… » Il semble hésiter.
- « Lances-toi, je ne mords pas… » Il sourit
- « Justement…J'aimerais que tu réfléchisses à l'idée d'une éternité avec moi… »
Cela me prend de court. Vraiment. Je vis dans l'instant depuis des années et contrairement à Bella, je n'y ai jamais vraiment pensé…
- « Je...vais…y réfléchir. »
Il se remet en position câlin. J'attends la seconde question avec une dose d'appréhension du coup. Il se redresse alors et prend un air faussement suppliant :
- « Me laisserais-tu enfin me purger du déjeuner? »
Je mets un temps à comprendre puis opine d'un air faussement condescendant.
- « Je t'en prie mon p'tit lapin, vas poser ta galette dans les bois. »
Ça, ça va se payer c'est sûr…
