Note de l'auteur : Voici la suite tant attendue. J'ai eu un peu de retard car j'ai écrit un OS de 32 800 mots pour un concours sur un autre site. Alors forcément ça prend du temps. Je le publierai ici, le mois prochain. Là, je suis à l'écriture du chapitre 4 de Joyeuses Pâques.
Comme je n'ai pas encore eu les clés de mon nouvel appart (en cours de construction, visiblement il est pas fini, ils ont du retard) je n'ai pas encore déménagé et donc le transfert de ligne Internet tout ça, n'est pas fait et je risque de me retrouver sans connexion dans les semaines à venir. Pas de panique, la fic sera finie de toute façon. Même si je mets longtemps, je les finis toujours.
Bêta : Mokonalex
Bonne lecture !
Le petit déjeuner s'était terminé il y avait seulement quelques minutes. Minerva McGonagall avait demandé à Harry d'aller voir le Professeur Dumbledore dans son bureau. Selon elle, le vieil homme voulait discuter de sa sécurité. Harry avait eu la surprise d'y retrouver Severus qui était installé dans le fauteuil des visiteurs, devant une tasse de thé. Sans se gêner de la présence de Dumbledore, Harry s'était penché vers son amant, l'avait embrassé sur la bouche et lui avait demandé s'il n'avait pas assez bu de thé dans la Grande Salle. Le Maître des Potions avait haussé légèrement les épaules et avait porté sa tasse à ses lèvres tandis qu'Harry prenait place près de lui dans un nouveau fauteuil fraîchement conjuré.
- Harry… Tu as passé une bonne soirée et une bonne nuit ? demanda hypocritement le vieil ahuri d'un autre âge en lorgnant Fumseck du coin de l'œil.
L'emplumé émit alors quelques sons étranges qui ressemblaient curieusement à des ricanements. Harry et Severus pivotèrent vers l'oiseau, intrigués par ses cris, mais l'animal légendaire semblait dans son état normal et en parfaite santé. Ils se retournèrent donc vers le Directeur et Harry répondit à la question posée.
- Très bonnes oui, si on considère où nous nous rendons ce matin, fit Harry un brin vénéneux.
- Je suis navré, mais nous en avons déjà parlé maintes fois, je ne peux rien faire d'autre. La maison de Severus est connue des Mangemorts, celle de Sirius est dans un état lamentable comme tu le sais. De plus Rabastan Lestrange connait cette adresse par son frère et Bellatrix…
- Saloperies de Mangemorts ! Si je tenais celui qui les a fait sortir d'Azkaban, je l'avada kedavratiserais sur le champ !
Albus ne releva pas la réflexion d'Harry. Le jeune sorcier était visiblement de mauvaise humeur et il était fort probable qu'il ne goûterait pas à une petite plaisanterie. Le Directeur ravala donc son envie de dire à l'Élu que Mangemorts ou pas, la maison de Sirius était de toute façon, depuis plusieurs décennies pratiquement inhabitable. Il baissa les yeux sur la lettre qu'il venait de finir d'écrire, la plia et sans se presser, y appliqua un cachet de cire sur lequel il apposa sa bague aux armes de l'école.
- Harry, j'ai préparé tout à l'heure une lettre que tu remettras à ta tante. La voici.
- Ça dépend ce qu'il y a dedans ! le coupa le Gryffondor.
- Harry, sois poli avec le Professeur Dumbledore, pesta Severus entre deux gorgées de thé.
- Sev', à chaque fois que le Professeur Dumbledore a écrit à Tante Pétunia, ça m'est retombé dessus, précisa Harry qui se retourna ensuite vers le vieux Directeur. Je n'ai pas oublié la lettre que vous avez envoyée à mon oncle et ma tante après la mort de Sirius. Vous leur avez annoncé sa disparition et ainsi, vous m'avez ôté le seul moyen de pression que j'avais sur eux. Quand ils ont su qu'il ne pourrait jamais venir leur demander des comptes, ils se sont vengés au centuple ! Alors merci bien pour vos interventions intempestives ! Et ne croyez pas que les menaces de Monsieur Weasley ou de Fol Œil ont fait quelque chose, non ! À part les monter encore un peu plus contre moi, rien de bon !
- Rassure-toi, Harry, j'ai eu une idée qui va, j'espère, les calmer un peu.
- Je demande à voir ça, ricana Harry, désabusé.
Albus le toisa par-dessus ses lunettes en demi-lune et le regarda sans rien dire pendant quelques secondes, la lettre dans sa main.
- Dans cette lettre que je vais te remettre dans un instant, j'explique à ta Tante Pétunia et ton Oncle Vernon que tu es obligé de quitter Poudlard car l'école ferme momentanément, à cause d'une visite du Premier Ministre moldu… et de la Reine.
- Hein ? pouffa Harry les yeux écarquillés, tandis que Severus sa tasse en l'air levait un sourcil amusé vers son Directeur.
- Un mensonge bien sûr, avoua Dumbledore sans s'émotionner de l'avouer. J'explique qu'un membre de la famille royale va être admis à Poudlard à la rentrée et qu'il faut donc que la sécurité de l'école soit vérifiée par le Gouvernement. Notre très Gracieuse Majesté est soi-disant très désireuse de vérifier en personne où et dans quelles conditions l'enfant princier va vivre. Bien entendu, ceci étant un secret d'état, il ne doit y avoir aucun témoin. J'avoue dans la lettre, que je compte sur leur ardent patriotisme et leur fidélité à la Couronne pour garder tout ceci pour eux. En outre, je leur dis que je ne peux pas conserver dans mon bureau, mon animal familier qui est un corbeau tout à fait normal et donc pas une créature magique, j'ai nommé : Tenebrus. J'ai également ajouté que le Premier Ministre te tenait en très haute estime et qu'il serait très en colère s'il t'arrivait quoi que ce soit…
Harry éclata de rire et se laissa aller contre le dossier de son fauteuil. Entre deux hoquets et gloussements, il réussit à dire à Albus que Pétunia était la pire ragoteuse de la ville et que lui demander le secret allait être une torture sans nom.
- Tante Pétunia est abonnée à tous les tabloïds du Royaume, Professeur ! Et vous voulez lui mettre ça entre les mains ?
- Mon cher garçon, ça l'occupera, et pendant ce temps-là, elle te laissera tranquille. Je n'ai pas caché qu'en haut-lieu on te tenait en très grosse estime depuis que tu avais vaincu Lord Voldemort. Et de toute façon, ta tante n'osera jamais parler de Poudlard à ses amies…
- Ça, c'est sûr !
- Je vais même te donner une info, Harry. Dans quelques jours, le Premier Ministre moldu va être remplacé par une autre personne. Je ne te dirai pas qui, mais ça prouvera que tu es quelque part « dans le secret des Dieux ».
- Ok, pas que la politique moldue m'intéresse, répondit Harry en haussant les épaules. Je ne m'intéresse d'ailleurs même pas à la nôtre.
- Prends cette lettre, Harry, et range-la dans tes affaires. Je te conseille de la leur donner à la gare de façon à ce qu'ils ne soient pas agacés par la vue de Tenebrus. J'ai été très clair, j'ai bien dit à ta tante dans ce courrier que je serais extrêmement fâché s'il arrivait quoi ce soit à mon animal de compagnie ou s'il n'était pas bien traité. En outre, si vous avez tous deux besoin de quoi que ce soit pendant votre séjour moldu, appelez Dobby. Il vous fournira ce qu'il vous faudra. Cornélius ne dira rien, je l'ai prévenu que tu avais un Elfe de Maison pour te servir et qu'il était fort probable qu'il intervienne auprès de toi.
- Il n'a rien dit ?
- Ça ne l'a même pas interpelé. Cornélius est un sang-pur, il ne conçoit pas qu'on puisse vivre sans Elfe. Pour lui, que tu en aies un est absolument normal, tout comme respirer.
- D'accord, ça marche. Si je peux appeler Dobby, c'est bon. Au moins on aura à manger.
Dumbledore eut le bon goût de ne rien rajouter. Il se contenta de grimacer. Il savait très bien à quoi s'en tenir, Poppy Pomfresh lui avait assez hurlé dans les oreilles depuis bientôt sept ans, que le Sauveur du Monde Magique avait été sous-alimenté et maltraité toute sa vie.
- Et pense que c'est la dernière fois, Harry. Tu ne retourneras plus là-bas ensuite, et les Dursley le savent, je le leur ai confirmé. Tu pourras t'installer où tu voudras après. Chez Severus, au Square Grimmaurd si tu le fais réparer ou même dans les cachots du Maître des Potions. Ce sera votre problème, tu ne seras plus un élève.
Harry regarda Severus avec un petit sourire en coin. Rester avec Severus… Cela lui convenait parfaitement. Le visage stoïque de la Terreur des cachots ne montrait pas ce qu'il pouvait bien penser à ce moment, mais pour le lionceau, il n'y avait aucun doute : ça lui irait très bien. Les deux hommes n'avaient pas encore vraiment abordé le sujet de l'après-Poudlard, mais comme aucun d'eux ne désirait se séparer de l'autre, cela coulait de source.
Le jeune sorcier tendit la main vers Dumbledore et celui-ci lui donna alors la missive de parchemin.
- Retourne à la Tour de Gryffondor, Harry, j'ai encore quelques petites choses à voir avec Severus avant que les élèves ne quittent Poudlard.
- D'accord, répondit Harry en rangeant la lettre dans la poche de sa robe d'école. Au revoir, Professeur. À tout à l'heure, Sev'.
- Fais bon voyage, mon garçon, fit Dumbledore.
- À tout à l'heure, Harry, se contenta de dire Severus.
La porte se referma sur le Rouge et Or et Dumbledore se tourna de nouveau vers son professeur préféré.
- Bon, ça ne s'est pas trop mal passé. Qu'en dites-vous, Severus ?
- J'en dis que vous êtes un vieux fou et un manipulateur de premier ordre, Albus !
Dans le hall de l'école, les malles des étudiants s'entassaient avec les paniers des chats et les cages des hiboux qui allaient faire le voyage de retour en Poudlard Express vers la gare de King's Cross à Londres. De temps en temps, on apercevait un Elfe de maison qui venait agrandir la pile de malles qui allait bientôt être chargée dans le train. Des élèves en tenues de ville – sorcières ou moldues – circulaient dans la vaste entrée, le Grand Escalier de marbre et le cloître en papotant d'un air excité par l'approche des congés. Pour une fois, tous les élèves rentraient chez eux, l'évasion des Mangemorts qui semblaient vouloir se venger d'Harry Potter et Severus Rogue, ayant effrayé les jeunes sorciers.
Harry était assis sur sa malle neuve, une cage vide à ses pieds. Sur son épaule, un gros corbeau trônait et toisait les élèves avec mépris, croassant méchamment lorsque certains se montraient trop agités. Hermione, un peu plus loin, tentait de faire entrer Pattenrond dans son panier d'osier et ce n'était pas une affaire gagnée, loin de là, si on considérait le nombre de griffures que la jeune sorcière avait sur les mains. Neville, l'air affolé, parcourait le hall courbé en deux et fouillait tous les recoins derrière les malles et les colonnades en appelant son crapaud.
- Trevor ! Où tu te caches encore ? C'est pas le moment, viens, sors de ta cachette, on rentre à la maison !
Le crapaud semblait vouloir encore faire tourner son maître en bourrique, comme à chaque départ depuis sept ans.
- Laisse-le, Neville, pouffa Harry. Tu sais bien qu'il fait ça tout le temps et qu'il ne manque jamais un seul départ. À croire que ça l'éclate de te faire marcher !
Neville se redressa et poussa un long soupir. D'un pas nonchalant, il s'approcha d'Harry et s'assit sans cérémonie sur une malle inconnue qui portait les couleurs de Poufsouffle.
- Je sais bien, mais ça me stresse. J'ai toujours peur qu'il lui arrive quelque chose. Il pourrait se faire manger. Ton corbeau pourrait le manger, par exemple.
Ledit corbeau poussa un criaillement furieux et battit des ailes, fouettant la joue et l'oreille d'Harry de ses plumes, par la même occasion.
- Mmm… Tenebrus ne semble pas d'accord avec toi, Nev'. Et je ne pense pas qu'il mangerait un crapaud, je crois qu'il préfère le bacon ou la saucisse d'après ce que je sais.
- Bizarre ton corbeau. Il a de drôles de goûts. D'où tu le sors d'ailleurs ? T'as plus Hedwige ?
- Si, si. Mais je ne peux pas emmener les deux avec moi. Les Moldus ne le supporteraient pas. Hedwige va rester à la volière et j'emmène avec moi Tenebrus que le Professeur Dumbledore m'a confié. En fait, il appartient au Professeur Rogue, mais comme il ne peut pas le garder pour les vacances, Dumbledore m'a demandé de m'en occuper car lui n'aura pas le temps de le faire, non plus.
- Il m'a l'air aussi caractériel que son maître. Rogue, un corbeau, ça lui va bien comme familier, tiens !
Harry caressa l'oiseau afin de le distraire des réflexions de Neville. Le volatile ferma les yeux et sembla apprécier les gratouilles que le jeune Gryffondor lui faisait.
- T'as l'coup avec lui. Il t'aime bien, on dirait.
- Oui, c'est pour ça que Dumbledore me l'a confié.
- Tu ne le mets pas dans sa cage ? s'étonna Neville en regardant la cage dorée flambant neuve qui était posée par terre.
- Il a horreur d'être enfermé. Je ne l'y mettrai que lorsque nous n'aurons plus le choix. Pas vrai, Tenebrus ?
L'oiseau pinça le doigt d'Harry sans lui faire mal, pour lui signifier son accord. Hermione, échevelée, s'approcha des deux garçons en repoussant une longue mèche de ses cheveux touffus. Elle posa par terre le panier dans lequel Pattenrond, furieux, crachait et sifflait, et se laissa choir sur sa malle posée près de celle d'Harry. Elle sortit sa baguette de la poche de son sweat-shirt à capuche et entreprit de lancer des sortilèges de soin sur ses mains douloureuses.
- C'est bien la première fois que tu rentres chez toi en cours d'année, Harry. Ça va te faire drôle, nota Neville en regardant Hermione se soigner.
- M'en parle pas ! J'en suis malade ! Enfin… C'est la dernière fois ! Après nos diplômes, je pars en vacances. Je ne sais pas où encore, mais loin ! Pendant ce temps là, une entreprise remettra mon manoir londonien à neuf et à mon retour, j'aurai un endroit où vivre en paix. Je ne sais pas trop ce que je ferai l'an prochain, par contre.
- Bah ! T'as le temps d'y penser… C'est pas comme si tu étais sans or, de toute façon.
- Je sais. Je pourrais aisément me passer de travailler, mais je ne pense pas que l'oisiveté soit une solution. Et puis, il va falloir que j'apprenne à gérer mes affaires.
- Tu peux demander à faire une formation pour ça, à Gringotts, proposa Neville. Je sais qu'ils le font. Avec tous les gens qui ont été tués à cause de Tu-Sais-Qui pendant les deux guerres, des tas d'héritiers mineurs se sont retrouvés seuls et sans aide. Beaucoup de parents n'avaient pas eu le temps de les éduquer à la gestion des biens, alors les Gobelins ont pris le relais. Je sais que si je n'avais pas eu Grand-mère, c'est ce que j'aurais dû faire. Oncle Algie est un panier percé et Tante Enid ne pige rien aux histoires d'or. J'aurais été mal barré avec eux, ils m'auraient ruiné.
- Pas une mauvaise idée, Nev'. Je vais voir ça. Merci pour le tuyau !
- Pas de quoi, Harry.
Hermione allait demander à Harry s'il avait l'intention de métamorphoser ses vêtements sorciers du plus grand chic en haillons moldus Dudleysiens pour apaiser sa famille, mais elle n'en eut pas le temps. Ron et Ginny passèrent près d'eux, et si la rouquine ne leur accorda pas un regard, ce ne fut pas le cas de Ron. Il fixa Harry avec mépris, snobant son ex-petite-amie et Neville.
- Tiens, tiens… On dirait que le radin balafré rentre chez ses Moldus ! J'aurais pensé qu'il aurait préféré rester se faire engraisser sur le compte de Poudlard, plutôt que de rentrer se faire tabasser et affamer chez lui !
- RONALD ! hurla Hermione, furieuse. TU VAS TROP LOIN !
Mais Ron n'écouta même pas la protestation d'Hermione. Il se contenta de ricaner et les dépassa pour sortir par les portes donnant sur le cloître. Tenebrus sautilla sur l'épaule d'Harry avec la furieuse envie d'aller se jeter toutes serres dehors sur l'impudent rouquin qui osait encore balancer son venin après toutes les retenues qu'il avait eues depuis le début de l'année.
Sentant les problèmes venir, Harry se résolut à calmer l'oiseau.
- Du calme, Tenebrus. Reste tranquille, murmura-t-il. Tu sais bien comment il est…
- Tu es sûr que ça ne va pas poser problème que tu emmènes le corbeau du Professeur Rogue avec toi, Harry ? s'inquiéta Hermione. C'est quand même étonnant que le Professeur Dumbledore te l'ait confié.
- Tenebrus est un peu… spécial, avoua Harry. Il n'aime pas beaucoup les gens. Il n'accepte d'être approché que par son maître, le Professeur Dumbledore et moi. Il déteste même Hagrid, c'est te dire. Dumbledore n'avait pas trop le choix.
- T'as pas peur qu'ils essaient de lui faire du mal, murmura Hermione discrètement.
- Ils n'oseront pas. Le Professeur Dumbledore leur a écrit une lettre très claire à ce sujet. Il n'est pas question que Tenebrus reste enfermé dans une cage pendant deux semaines, sans manger.
- C'est ce qu'ils faisaient à Hedwige.
- Je sais, Mione. C'est pour ça que je la libérais dès qu'on arrivait à Little Whinging, les dernières années. Elle restait dans les arbres du quartier et chassait à volonté. Elle passait par ma fenêtre la nuit, pour venir me voir et ensuite retournait dehors.
- J'avais jamais vu un corbeau d'aussi près. Il est beau… constata Hermione.
- Si tu tiens à tes doigts, Mione, n'essaie jamais de le toucher, la prévint Harry quand il vit la main fraichement soignée de son amie s'approcher de l'oiseau.
La brunette retira rapidement sa main comme si on l'avait brûlée. Elle jeta un œil méfiant au corbeau qui la toisa stoïquement, toujours installé sur l'épaule du Sauveur.
Les jeunes Gryffondors furent interrompus par l'arrivée de leur Directrice de Maison. La sévère Minerva McGonagall houspilla les premières années qui couraient partout comme des fous et les menaça de retraits de points, ce qui à quelques semaines de la Coupe des Quatre Maison eut le bon goût calmer les esprits.
- Le Poudlard Express est entré en gare, il y a quelques minutes. Veuillez vous diriger vers les calèches. Vous pouvez laisser vos animaux de compagnie avec vos bagages si vous le souhaitez, les Elfes s'occuperont de les mettre dans le train. Monsieur Londubat, ramassez votre crapaud avant qu'il ne soit piétiné, rajouta la Sous-directrice en toisant son élève d'un air agacé.
- Trevor !
Neville se précipita vers le lieu que désignait McGonagall du doigt, sous les rires d'Harry et Hermione. Il se baissa pour ramasser son batracien fugueur et le mit dans la poche de son gilet.
Déjà, les élèves se précipitaient dans le parc de Poudlard et les premiers arrivés montaient dans les carrosses découverts tirés par des sombrals, ces curieux chevaux ailés squelettiques que seuls ceux qui avaient vu la mort pouvaient apercevoir. Sans se presser, les trois Gryffondors montèrent dans une des voitures et encouragèrent deux jeunes premières années intimidés à monter avec eux, pour remplir les banquettes de moleskine noire.
Le convoi se mit rapidement en branle. Harry avait déposé la cage neuve de Tenebrus à ses pieds et l'oiseau était toujours perché sur son épaule. Rêveur, il fixait les eaux miroitantes du Lac Noir devant lequel passait le chemin menant à Pré-Au-Lard. Ce fut la voix de Neville qui le tira de sa rêverie.
- Vous croyez que j'ai bien fait de laisser mon Mimbulus Mimbletonia aux bons soins de Elfes ? Ils ne vont pas me l'abimer quand ils vont le mettre dans le train ?
- Penses-tu ! Ils ont l'habitude, le tranquillisa Hermione en haussant les épaules. Et qu'est-ce que tu as fait de ton malheureux Voltiflor ? Tu ne l'emmènes pas avec toi ?
- Il n'est plus si tristounet, Hermione, corrigea Neville. Depuis Noël, il a bien récupéré. Madame Chourave m'a demandé de le lui laisser, elle voulait en tirer une bouture pour sa serre personnelle.
- C'est cool… fit Harry qui savait à peine de quoi ses amis parlaient.
- Ouais, ouais… acquiesça Neville en hochant la tête. J'espère juste que Tante Enid n'a pas encore fait crever ou presque, une autre plante de nos serres. J'ai bien cru que je n'arriverais jamais à sauver celle-ci !
Ils furent très vite à la gare de Pré-Au-Lard. Le Poudlard Express les attendait, cheminée fumante, et portes de wagons ouvertes au large. Des sorciers cheminots, en robes et casquettes bordeaux, chargeaient dans le wagon à bagages, les malles et les animaux de compagnie que les Elfes de l'école venaient d'apporter. Les têtes des premiers arrivants apparaissaient déjà par les fenêtres ouvertes. Ils hélaient leurs camarades afin qu'ils les rejoignent, dans les compartiments qu'ils s'étaient réservés.
Harry monta dans le train et entra dans le premier compartiment vide qu'il vit. Hermione et Neville le suivirent. Pattenrond s'agitait dans son panier, et grattait furieusement l'osier pour sortir tout en miaulant d'une façon déchirante. Neville posa la main sur la poche de son gilet afin de vérifier que Trevor s'y trouvait toujours.
- Du calme, Pattenrond ! pesta Hermione en levant le panier jusqu'à ses yeux pour examiner le chat de près. Dès que le train roulera, je te laisserai sortir. Si tu es sage d'ici là, tu auras une croquette au thon.
Cette promesse ne sembla pas du tout attendrir le gros chat roux qui cracha et tenta de passer ses griffes acérées par les grilles le séparant de la liberté.
Hermione soupira et posa le panier sur la banquette. Neville alla s'asseoir près d'elle et Harry qui s'était déjà assis, se retrouva seul face à eux.
- Eh ! Je pue ou quoi ?
Ses deux amis se mirent à rire.
- Nan, mec, mais on préfère te laisser tout seul avec ton garde du corps, là. J'ai bien peur que si on te touche par accident, il ne nous arrache les yeux pour les bouffer, répondit Neville avec un large sourire.
- Vrai, avec lui, je ne risque rien ! Pas vrai, mon bébé d'amour ? roucoula Harry en direction du corbeau.
- Croââââ ! fut la réponse qu'il obtint, ce qui fit rire les trois amis.
- Par Merlin, on a l'impression qu'il pige tout ce que tu dis, pouffa Neville, une main devant la bouche.
- Les corbeaux, c'est très intelligent, affirma Hermione.
- Je confirme, dit alors Harry. Tenebrus, tu fais un bisou à Ryry ?
Harry, sous les rires de ses amis, avança ses lèvres en cul de poule, comme s'il allait lancer un baiser à quelqu'un au loin. Le corbeau posa son bec au milieu des lèvres d'Harry.
- Ouaaah ! Tu lui as appris des tours ? fit Neville, épaté. Il est vraiment génial, cet oiseau. J'aurais bien voulu apprendre des tours à Trevor aussi, mais c'est qu'un crapaud. À part manger les insectes qui tournent autour de mes plantes, il fait pas grand-chose.
- Mais il te rend service et c'est une compagnie, Neville. N'est-ce pas là le plus important ? fit Hermione sentencieusement, en tirant de son petit sac à main magique couvert de perles et de broderies, un énorme grimoire sur l'Histoire de la Magie.
- C'est quoi, ton monument, Mione ?
- De la lecture légère, pourquoi ? répondit distraitement la sorcière en enroulant une boucle de cheveux autour de son index.
- J'ai toujours aimé tes notions de légèreté, Mione, pouffa Harry, hilare. Déjà en première année, tu avais pris les Potions de Grands Pouvoirs comme lecture légère. Et là, c'est quoi ?
- De l'Histoire.
- Ben voyons… Remarque, c'est idéal… contre les insomnies. Avec ça, tu dors bien le soir, déjà que le cours de Binns est celui où on dort le mieux…
- Tais-toi, Harry !
- Ou quoi ?
- Ou je te l'offre pour Noël…
- Ouille ! Ça c'est un coup vache ! s'horrifia Neville, les yeux écarquillés.
Le sifflet de la locomotive se fit entendre et le train démarra. Harry s'installa confortablement à l'angle de la fenêtre et allongea ses jambes sur la banquette puis ferma les yeux. Tenebrus n'apprécia pas d'être bousculé et sauta sur les cuisses d'Harry où il s'installa comme une poule couvant des œufs. Négligemment, Harry caressa le dos de l'animal tandis que Neville sortait la Gazette du Sorcier de la poche de sa cape demi-saison. Il déplia tranquillement le quotidien et disparut derrière ses pages.
La porte du compartiment s'ouvrit brusquement, et Ron apparut dans l'encadrement.
- Ce qu'on m'a dit était donc vrai ! Potter se balade avec le pigeon en deuil de Dumbledore !
Harry poussa un soupir et ouvrit les yeux. Tenebrus se redressa et toisa l'intrus avec tout le mépris qu'un oiseau pouvait afficher.
- Qu'est-ce que t'as fait pour qu'il te refile sa saloperie de bestiole ? Qui t'as sucé pour ça ? Oh, mais je sais ! Une vilaine chauve-souris !
- RONALD ! hurla Hermione, outré. Cette fois-ci tu as gagné, j'enverrai un hibou à ta mère !
- Tu sais où tu peux te le mettre, ton hibou, Mione ? la nargua-t-il, les yeux plein de haine.
- Dégage, Ron ! fit Harry d'une voix lasse. Tu nous ennuies.
- Oblige-moi, Potter !
Tenebrus choisit alors ce moment pour s'envoler malgré l'exiguïté du compartiment. Il plana au dessus de la tête du dernier fils Weasley, et lâcha sur ses cheveux, une énorme fiente blanche liquide avec un centre bien plus compact et verdâtre qui fit pousser des beurks, des cris horrifiés et dégoûté ainsi que des rires à tous les élèves qui se trouvaient dans le couloir. Ron poussa un hurlement d'outrage et sortit sa baguette de la poche de sa robe d'école usée. Il la tendit vers Tenebrus qui avait fait demi-tour, on ne savait comment dans le couloir et revenait vers Harry.
- Je vais faire la peau à cette putain d'bestiole ! brailla le rouquin, le visage écrevisse avec une coulée blanche horrible entre les deux yeux.
Trois baguettes se tendirent d'un seul mouvement vers lui. Tenebrus se posa sur l'épaule d'Harry et lança un « croâââk » provocateur.
- Je te préviens, Ron. Tu touches à une seule plume de mon corbeau, je te tue. Est-ce que c'est clair ? lança l'Élu, les yeux glacés et la bouche pincée.
- Mais non, Harry, le corrigea Hermione d'une voix chantante, presque inquiétante. Nous laisserons le Professeur Dumbledore s'en charger. Il adore Tenebrus, et je pense qu'il sera très soucieux de venger son petit compagnon à plumes. Tu veux prendre le risque, Ronald ? Non seulement, tu devras affronter Harry, mais aussi moi, Neville et le Professeur Dumbledore, sans oublier le Professeur Rogue, bien sûr… puisque l'oiseau lui appartient.
Ron leur lança un regard méprisant et courut se réfugier dans son compartiment. Sans nul doute, Ginny allait le nettoyer, mais l'humiliation ne le quitterait pas avec un simple Recurvite, le Tergeo n'étant même pas assez puissant pour un tel impact…
Les trois jeunes sorciers se mirent à rire et ils ne virent pas Drago Malefoy suivi de ses goonies apparaître à l'encadrement de la porte.
- Bravo, Potty, c'était bien visé. Puis-je savoir ce que tu fabriques avec ce corbeau ? Je croyais que tu avais une Harfang des Neiges ?
- Je le garde pour les vacances, il m'a été confié par Dumbledore. Non pas que ça t'intéresse, Malefoy. Alors, sois un gentil serpent et ferme la porte en sortant.
Drago toisa Harry et secoua la tête. Il fit signe à Crabbe et Goyle de le suivre et poursuivit son chemin.
- C'est pas un bon serpent, déclara Neville en se replongeant dans sa Gazette. Il n'a pas fermé la porte.
Le voyage se poursuivit sans interruption ou presque. Hermione dut faire sortir de son panier Pattenrond qui sembla intéressé par le corbeau, jusqu'au moment où celui-ci lui donna un coup de bec sur le crâne, lorsque le chat s'approcha de lui en position de chasse. Pattenrond se réfugia sous la banquette d'Hermione et Neville, et n'en ressortit qu'à l'entrée en gare, lorsque sa maîtresse se mit à quatre pattes pour le tirer de son refuge. Harry ouvrit la porte de la cage dorée et Tenebrus sauta dedans à contrecœur.
- Elle n'est pas fermée, murmura le jeune homme à l'animagus. Il te suffira de la pousser en cas d'urgence. Les Moldus ne verront rien. Désolé, j'ai pas le choix. Je te promets que je te tire de là dès qu'on arrive à Privet Drive.
Un « Kraaaa » irrité fut sa seule réponse. Le train s'immobilisa dans un crissement agaçant et un nuage de vapeur blanche. Les portes s'ouvrirent et le flot des élèves envahit alors le quai, rejoignant parents et amis qui les attendaient. Les trois amis se dirigèrent vers le compartiment à bagages où les sorciers cheminots du quai 9 ¾ débarquaient les malles avec de grands mouvements de baguettes.
Harry repéra sa malle et fit apparaître la poignée et les roulettes magiques dont elle était munie. Il fit ses adieux à ses amis et se dirigea vers la sortie donnant dans la gare moldue. Hermione et Neville savaient que les Dursley ne supportaient pas d'attendre et ne voulaient pas que leur ami en fasse les frais. Sa malle d'une main et la cage de Tenebrus de l'autre, Harry disparut à travers la barrière magique. Dans la salle des pas perdus, deux silhouettes bien connues l'attendaient. L'oncle Vernon semblait au bord de l'apoplexie en voyant tous les enfants et parents qui quittaient la gare avec des malles et non pas de valises bien normales, et surtout – comble de l'horreur – des cages contenant des hiboux. Signe absolu de leur anormalité.
Le teint de l'obèse vira au pourpre lorsqu'il vit Harry venir vers lui avec un volatile inconnu.
- Potter ! gronda-t-il en signe de bienvenue. Je peux savoir où tu comptes aller avec cette… bestiole ?
- Oh… Heuuu… Le Professeur Dumbledore me l'a confiée pour les vacances. C'est son oiseau et je dois le lui garder. D'ailleurs, j'ai une lettre pour toi, Tante Pétunia.
- Une… une lettre ? bredouilla la blonde à l'aspect chevalin, d'un air inquiet.
- Oui, pour t'expliquer pourquoi je dois garder l'oiseau de compagnie du Professeur Dumbledore, je crois…
Harry sortit la lettre de la poche de sa veste et la tendit à sa tante qui la prit en hésitant, comme si elle allait la mordre. Vernon, lui, détailla son neveu des pieds à la tête, ses petits yeux porcins rétrécis en deux fentes cruelles.
Tandis que Pétunia décachetait l'enveloppe de parchemin d'une main tremblante, Vernon demanda des comptes.
- Qui as-tu volé, pour avoir ces vêtements ? gronda-t-il.
- Oh… Heuu… Et bien… Le Professeur Dumbledore me les a offerts… pour… heu… les cérémonies, avec… heu… le Ministre.
- Ministre ? Qu'est-ce que c'est que ces mensonges, encore ?
- Vernon ! le coupa Pétunia, qui venait de lire la lettre. Lis… lis…
Elle tendit le parchemin à son obèse d'époux et Harry vit son oncle passer par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel pendant sa lecture.
- Un membre… de leur famille ? Il y a des gens de ton espèce dans leur famille ?
- Oui, Oncle Vernon, mais tu ne dois pas le dire, c'est un secret ! murmura Harry.
- Pour qui me prends-tu, garçon ? Nous sommes des honnêtes gens, de bons sujets de la Couronne !
- Oui, oui, je sais… Et le Professeur Dumbledore aussi, il le sait, c'est pour ça… la lettre…
- Et comment se fait-il qu'un misérable ver comme toi, soit au courant ? Qui as-tu espionné ?
- Vernon, chuchota Pétunia. La lettre dit que… qu'il aime bien Harry.
Elle remontra un passage à Vernon qui toisa son neveu comme s'il avait deux têtes.
- Dépêche-toi, nous rentrons ! Et tu t'occuperas de ton oiseau de malheur ! S'il met des fientes quelque part, tu seras responsable, garçon ! Alors, attention !
- Oui, Oncle Vernon.
Le retour à Privet Drive fut relativement calme, Vernon se contentant de maugréer en surveillant dans le rétroviseur, Harry et la cage qu'il tenait sur les genoux. La Tante Pétunia avait ramassé la lettre de Dumbledore dans son sac à main et gardait le silence. Harry se demanda si cela allait changer quelque chose à son quotidien, pendant ces deux semaines.
L'Oncle Vernon descendit de la voiture et aboya ses ordres à Harry, avant d'entrer dans la maison.
- Monte ta malle dans ta chambre et restes-y, je ne veux pas te voir d'ici demain. Et retire-moi ces vêtements d'anormaux !
- Je n'ai que des vêtements comme ça, Oncle Vernon.
- Qu'as-tu fait des bons vêtements que nous t'avons donnés ?
- Ils étaient si bons que les Elfes de Maison qui font la lessive les ont brûlés en croyant que c'étaient des chiffons, affirma Harry, un brin provocateur.
Une claque retentissante fut la réponse qu'il obtint. Dans sa cage, Tenebrus s'agita et croassa méchamment.
- Fais taire ton piaf ou il pourrait lui arriver malheur ! Et je me fiche bien de ce que le vieux tordu qui dirige ton école de fous pourra bien dire !
Harry serra les dents et pinça les lèvres. La lettre n'avait pas l'air de faire beaucoup d'effet sur l'Oncle Vernon. Visiblement, elle en avait eu bien plus sur la Tante Pétunia, qui affolée, regardait autour d'elle au cas où un voisin aurait surpris l'altercation.
- Monte, dit-elle à son neveu. Je te donnerai des vêtements normaux pour demain.
- Oui, Tante Pétunia, fit Harry d'une voix monocorde.
Il ouvrit le coffre du monospace et en sortit avec peine sa lourde malle. Une fois posée sur ses roulettes, il put la déplacer aisément et entra dans la maison, tenant toujours la cage de Tenebrus. Il monta les marches avec difficulté car un peu trop encombré, et la malle était lourde. Mais personne ne se proposa pour l'aider, bien évidemment.
Harry ouvrit la porte de sa chambre et une odeur de poussière et de renfermé lui sauta à la gorge. Il pénétra dans la pièce et referma la porte derrière lui. Il posa la cage de Tenebrus sur son bureau bancale et ouvrit en grand la fenêtre aux vitres boueuses afin de changer l'air. Le jeune sorcier se retourna vers Tenebrus et ouvrit la cage pour le faire sortir.
- Bienvenue en enfer, Sev'.
