Note de l'auteur : Voici la suite ! Amusez-vous bien ! Ah oui, je n'accepte plus les reviews anonymes. Je veux pouvoir répondre aux gens qui ont des choses désagréables à dire, surtout quand c'est gratuit.

Bêta : Mokonalex

Assistantes à la recherche : Mirabelle31, Merrin7 et l'ensemble du Club des Tarés.

Bonne lecture !


Les premières lueurs du jour et surtout, il fallait le dire, sa vessie plus que pleine, tirèrent Harry du sommeil. Il grimaça devant la douloureuse pesanteur. Ses lunettes étant restées entre les deux oreillers, il les attrapa après avoir tâtonné sans succès quelques secondes.

Allongé nu, bras en croix sur le dos, Severus Rogue, l'abominable Homme des cachots dormait. Disons plutôt qu'il ronflait, si on considérait le bruit qui sortait involontairement de sa bouche ouverte. La vue amusa Harry comme à l'accoutumée. Il était rare que Severus dorme ainsi, abandonné, sans couvertures, sans baguette à la main et surtout… qu'il soit bruyant. Cela n'arrivait que lorsqu'il avait très chaud, qu'il était sexuellement satisfait, et qu'Harry était dans le lit avec lui.

Ces trois conditions étant actuellement réunies, Severus était un vrai spectacle à lui tout seul. Attendri, Harry se dressa sur un coude, et le regarda avec un sourire amoureux. Par Merlin, qu'il aimait cette atroce chauve-souris grincheuse, terreur des sabliers de Poudlard et recordman du Monde Magique de nombre de retenues données depuis la création de l'école !

Sentant inconsciemment qu'on le regardait, Severus s'étira et se réveilla. Il tourna la tête et promena un regard endormi sur le jeune sorcier à lunettes qui l'admirait en souriant.

- Bonjour mon amour… tu as bien dormi, je vois. Tu sais que tu ronflais ?

- Je ne ronfle jamais, Potter ! Bonjour à toi aussi… ceci dit.

Severus détestait qu'on lui dise qu'il ronfle. En fait, il détestait à peu près tout ce qu'on pouvait lui dire dans une journée, sauf si c'était son Gryffondor personnel qui le lui disait… Et encore, pas tout. Et même… depuis pas si longtemps que ça.

- Quelle heure ? marmonna Severus en baillant à s'en décrocher la mâchoire.

- Six heures deux.

- À quelle heure se lèvent les Moldus ?

- Dudley ne se lèvera pas avant dix ou onze heures, Tante Pétunia une petite demi-heure encore et Vernon est déjà levé. Il doit être dans la salle de bain. Et ça fait suer parce que j'ai une atroce envie de pisser. Pas toi ?

Severus leva les yeux au ciel et attrapa sa baguette sous son oreiller.

- Bien sûr que si, mais il y a une solution. Enfin, une provisoire, parce qu'il ne faut pas faire ça sans arrêt, c'est irritant pour les organes internes.

- Et tu ne pouvais le dire avant, hein ?

- Harry, je viens de te dire que c'est pour les cas de force majeure. C'est un sortilège médicomagique de vidange.

- Ah oui ? Et les gens dans le coma ? On les laisse pisser au lit ?

- Non, on utilise le sort mais couplé avec une potion de protection des organes internes. Et je te rappelle que nous n'avons pas cette potion, donc le sort sera douloureux.

- Huuuuu ? s'horrifia le jeune homme en relevant ses lunettes sur son nez. Et je fais quoi là ? Parce que c'est pas pour dire mais j'ai bigrement envie d'y aller, et pas que pipi d'ailleurs ! Si tu tiens à le savoir !

- Ok ok… C'est urgent, j'ai compris. Lève-toi et enfile quelque chose. Un bas de pyjama, un caleçon, un peignoir…n'importe quoi.

Tandis qu'intrigué Harry obéissait, Severus avait quitté le lit, et faisant fi de sa nudité, il s'était approché du mur où ils avaient ouvert la porte provisoire.

- Porta Momentanea !

- Mais Sev', je t'ai dit qu'Oncle Vernon était dans la salle de bain.

- Harry, tu m'as dit hier qu'il y avait des toilettes en bas. Non ?

- Heuu… oui… mais je ne pensais pas… Je savais pas que tu voudrais bien….

- Ne pense pas à ma place, Potter, bon sang ! Et sors-moi cette cape d'invisibilité de sa cachette !

- Tu veux la cape ? On peut pas juste se désillusionner ?

- Harry, étant donné que tu utilises ta cape sans cesse à Poudlard, j'étais persuadé que pour une raison ou une autre tu n'aimais pas trop le sortilège de désillusion.

- Heuuu… en fait, j'avais la cape avant de connaître le sort, et puis elle est plus efficace.

- Pour des sorciers, oui. Mais pour les Moldus c'est différent : une désillusion même de moyenne qualité est efficace, autant qu'une parfaite pour des sorciers. Ils ne peuvent rien voir. Alors tu choisis, cape ou sort ?

- Sort… Je refuse de sortir ma cape de sa cachette quand je suis dans cette maison, sauf cas de force majeure, extrêmement majeure, genre péril imminent. J'ose pas imaginer ce que Vernon en ferait s'il mettait la main dessus.

Severus leva les yeux au ciel, Harry donnait vraiment trop de crédit à ces odieux Moldus. Comme si un artéfact magique aussi ancien et puissant que la cape d'invisibilité des Peverell pouvait ne serait-ce qu'être touchée par un Moldu ! Il allait vraiment falloir qu'il ait une conversation avec Harry à propos des objets magiques anciens.

Le Gryffondor se contenta d'enfiler un bas de pyjama, et pas un des vieux de Dudley, non, un tout neuf à sa taille, acheté à Londres en même temps que ses autres vêtements neufs. Severus fit la même chose et lança ensuite sur leurs deux têtes, un sort de désillusion.

- Prends ta baguette, Harry. Je ne veux pas que tu sois sans protection dans cette maison.

- D'accord.

Les deux sorciers passèrent la porte provisoire et sortirent de la chambre de Marge. Ils longèrent ensuite le couloir moquetté et descendirent les escaliers pour aller au rez-de-chaussée. Près de la porte de la cuisine, une autre porte menait aux toilettes de ce niveau. Elles étaient surtout utilisées la journée ou lorsque celle du haut étaient déjà occupées.

Harry fut le premier à entrer dans le lieu d'aisances qui sentait fortement la Javel dont Pétunia aimait à faire un usage immodéré dans la maison. De l'autre côté de la porte, Severus faisait le guet. Le jeune sorcier prit son temps, utilisa avec profusion le papier toilette jaune parfumé et super doux qui normalement était réservé aux Dursley. Ma foi, lui… il devait se contenter de pages du Daily Mirror ou quand il y en avait, de papier premier prix, quasiment inutilisable tant il était de mauvaise qualité.

Un Assurdiato lui permit de tirer tranquillement la chasse d'eau, de se laver les mains au mini lavabo avec le savon liquide au muguet de la Tante Pétunia, chose normalement interdite. Lorsqu'il eut enfin terminé, il ouvrit la porte et murmura :

- C'est bon, Sev', tu peux y aller. J'ai mis un Assurdiato, tu peux faire tout le boucan que tu veux.

- Boucan ? Je te ferais savoir, Monsieur Potter, que je ne fais pas de boucan – comme tu dis – aux toilettes.

- C'est au cas où tu aurais envie d'en faire, Sev'. Allez, vas-y, faut pas qu'on traîne. Le gros va pas tarder à descendre.

Le Serpentard entra dans les toilettes et referma la porte. Harry resta devant, la main crispée sur sa baguette magique et le regard fixé sur l'escalier dont il apercevait un large morceau. Il entendait encore le bruit de l'eau dans la douche, ils étaient tranquilles pour un moment.

Severus sortit des toilettes assez rapidement. Il traînait lui aussi, un relent de muguet derrière lui, signe qu'il avait fait usage du précieux savon liquide de Pétunia.

- J'ai levé l'Assurdiato en partant, murmura-t-il à l'oreille d'Harry qu'il situait vaguement, son amant étant lui aussi invisible. Viens, on va aller rendre visite à ton cousin. Si tu veux qu'il ait des hallucinations, c'est le moment rêvé.

Harry hocha simplement la tête, puis rajouta un faible « oui » ayant oublié un instant que Severus ne pouvait voir ses gestes. Il glissa sa main le long du bras de son compagnon et s'accrocha à ses doigts pour ne pas le perdre. Le Serpentard se contenta se resserrer ses longs doigts fins sur ceux plus courts et trapus d'Harry. Ils devaient rester ensemble dans cet endroit hostile et quoi de plus efficace que de se donner la main ?

Ils montèrent tous deux l'escalier en silence. Heureusement, les marches recouvertes de moquettes ne grinçaient pas. Dans la salle de bain, l'eau de la douche coulait toujours et l'Oncle Vernon fredonnait ou plutôt massacrait un ancien tube des Beatles qui parlait d'un sous-marin jaune. Les deux sorciers s'approchèrent en catimini de la porte de Dudley. Harry appuya doucement sur la poignée et poussa légèrement le panneau de bois mouluré. Des ronflements sonores se firent entendre dans la chambre plongée dans la pénombre. Une légère lueur, venant des doubles-rideaux mal fermés, laissait deviner le mobilier qui garnissait la pièce, ainsi que tout le foutoir qui l'encombrait. Severus écarquilla les yeux, la chambre faisait presque trois fois celle d'Harry et le luxe qui la caractérisait, rendait encore plus misérable la petite pièce de son amant.

Harry tira sur la main de son compagnon, pour lui faire signe de se dépêcher. Un rictus invisible aux lèvres, l'ancien Mangemort leva sa baguette et murmura :

- Edere vermiculos illusio !

Une fois le sort lancé, Severus tira sur la main d'Harry, qu'il tenait toujours, et les deux hommes rebroussèrent chemin jusqu'à la chambre d'ami, après qu'Harry eut refermé discrètement la porte de Dudley.

La porte provisoire s'effaça de nouveau et Harry se jeta sur le lit en gloussant de plaisir, après que Severus l'ait réillusionné.

- Rappelle-moi ce que ce sort va faire à cette andouille, Sev' ? demanda-t-il avec un air jouissif.

- Tout ce qu'il aura de comestible entre les mains ou dans son assiette, lui semblera couvert d'asticots, répondit la Terreur des cachots en réapparaissant à la vue d'Harry.

Le sorcier déposa sa baguette sous son oreiller et retira son pantalon de pyjama. Nu comme un ver, il monta sur le lit et passa par-dessus Harry pour prendre place le long du mur.

- Mais, mais, mais… Professeur Rogue ! C'est quoi cette idée de vous promener tout nu, de si bon matin… On a les idées mal placées ? Mmm ?

- Tu vas voir si j'ai les idées mal placées, petite vermine ! Viens un peu par là !

Harry se mit à rire lorsque Severus attrapa son bas de pyjama et tira dessus pour le lui retirer. Le vêtement rejoignit son double sur le vieux plancher usé. Le Gryffondor joua les anguilles et tenta d'échapper à son amant mais celui-ci était fermement décidé à avoir gain de cause. Harry aussi finalement, car il affichait déjà un beau début d'érection. Vaincu, il laissa Severus se coucher sur lui et l'embrasser à pleine bouche. Faisant fi des préliminaires, le Serpentard lança un sortilège de lubrification informulé et sans baguette sur Harry qui gloussa sous la familière sensation. Visiblement, quelqu'un était très pressé ce matin…

Il écarta un peu plus les jambes et même les leva pour offrir un meilleur accès au sorcier impatient. Il sentit le sexe de l'homme se présenter devant son ouverture plissée et pousser afin de franchir l'anneau de chair. Harry ne put s'empêcher de grimacer en ressentant la brûlure habituelle au début de ce genre d'ébats impromptus. Il s'obligea pourtant à se détendre et poussa un soupir de bien-être au bout du troisième aller/retour de Severus. Celui-ci était véritablement déchaîné et le pilonnait comme un beau diable, la tête renversée en arrière et les deux mains agrippées aux cuisses de son jeune amant.

Harry ferma les yeux et prit son sexe en main pour le caresser. Bientôt on entendit plus que leurs deux respirations haletantes dans la plus petite chambre du 4, Privet Drive.

- Harry, mets-toi à quatre pattes, s'il te plaît. J'ai envie de varier un peu.

Seul un grognement étouffé lui parvint mais le jeune homme obéit néanmoins et profita que Severus s'était retiré, pour se mettre dans la position demandée. Il s'arcbouta sur ses bras et renversa la tête en arrière lorsqu'il sentit le membre démesuré reprendre sa position initiale dans son rectum hyper sensibilisé. Dès les premiers mouvements que Severus fit, Harry fut réduit à l'état de loque haletante, n'ayant même plus la force de se tenir sur ses bras tendus. Severus le saisit alors à bras le corps, le redressa contre son torse et continua à le pilonner, tout en lui dévorant le cou de baisers brûlants. Ses deux mains caressaient les pectoraux musclés par le Quidditch et de temps en temps, il titillait les deux tétons roses érigés.

Il fit ensuite glisser ses mains jusqu'au pubis de son lionceau préféré – et autrefois haï – et attrapa d'une main sûre le pénis érigé et à présent négligé, Harry ayant cessé de se caresser.

Ces adroites administrations eurent raison du Sauveur du Monde Magique qui se tétanisa un instant dans les bras du sorcier et éjacula violemment contre la tête du lit et sur son oreiller. Severus ne résista pas plus de quelques secondes après ça, et se répandit dans les entrailles qui l'accueillaient. Il se laissa tomber de tout son long, en travers du lit, Harry toujours serré contre lui. Celui-ci tourna la tête et quémanda un baiser que le Maître des cachots lui accorda sans problème.

Leurs langues se cherchèrent pendant un instant. Harry rompit le baiser et tenta de s'allonger correctement pour se remettre et reprendre son souffle.

- Merde ! J'ai tout salopé ! soupira-t-il.

- Ce n'est rien.

Severus prit alors sa baguette qu'il avait mis sous son oreiller et lança un Recurvite sur l'oreiller et sur le bois du lit, lui aussi bien honoré. Tous deux s'allongèrent ensuite dans les bras l'un de l'autre et Harry remonta les couvertures sur leurs corps nus d'un geste de la main. Sans se rendre compte, ils se rendormirent et n'entendirent même pas Vernon quitter la maison et Pétunia se lever puis parcourir l'étage.

Pourtant, ce fut Pétunia qui les réveilla, un peu avant dix heures. Elle tambourina à la porte et la déverrouilla sans même tenter de l'ouvrir, ce qui était une chance. Le sort d'illusion mis en place la veille l'empêchait de voir les modifications faites à la pièce, mais aucun des deux sorciers ne s'était vraiment préoccupé de savoir si Severus était visible dans la pièce, lorsqu'il était sous sa forme humaine. Dudley ayant espionné par la chatière, ils savaient qu'il avait contourné le sort, et avait vu, non seulement les deux hommes en pleine occupation sexuelle, mais aussi le lit à baldaquin, bien qu'il n'en avait pas fait mention, certainement trop choqué pour avoir retenu ce détail. Il allait falloir que Tenebrus soit dans la pièce à la place de Severus, à chaque fois que la porte s'ouvrirait, dorénavant.

- DEBOUT, POTTER ! Tu as cinq minutes et pas une de plus ! Descends ! Tu as des corvées !

- Oui, Tante Pétunia. Je viens !

- Comment ça ? s'étonna Severus. Pas de douche ?

- Non, c'est une option pour moi, et elle n'est presque jamais prévue dans leur programme. Tu vas être obligé de te raser avec un sort. Utilise le miroir à l'intérieur de l'armoire. Et pour le petit déj', appelle Dobby.

- Elle va te donner quelque chose ?

- Ne rêve pas, Sev'. Je n'aurai même pas un verre d'eau de tout mon séjour.

- Harry, tu te rends compte que si tu n'avais pas Dobby, tu serais mort dans moins d'une semaine ? Un humain ne peut pas rester une semaine sans boire, alors quinze jours… Et même un animal ne peut pas non plus.

- À moins d'être un chameau… soupira Harry en s'habillant des vieux vêtements de Dudley.

Comme Harry ouvrait la porte pour descendre découvrir sa liste de corvées, Severus se pencha pour l'embrasser une dernière fois.

- Descends vite, ne fais pas attendre cette punaise. Et ne t'en fais pas, dans cinq minutes, Tenebrus te rejoindra.

- Ok.

La porte se referma sur l'animagus et il passa une main nerveuse dans ses longs cheveux emmêlés. S'il voulait pouvoir surveiller Harry, sous sa forme de corbeau, il allait devoir se passer de petit déjeuner et d'une toilette minutieuse. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il se lança un Tergeo pour se rafraichir, un sort de démêlage et un de rasage. Peut-être que Tenebrus aurait plus de chance avec le petit déjeuner et trouverait quelque chose à se mettre sous la dent. Ce serait bien le diable si les voisins n'avaient pas un arbre fruitier quelconque dans leur jardin.

Pendant ce temps, Harry avait découvert – ô joie – la liste qui l'attendait sur le frigo. Il devait tondre la pelouse, désherber, arroser les plates-bandes, curer les gouttières et tailler la haie, le tout avant midi bien évidemment…

Comme si c'était une chose humainement possible pour une seule personne, ayant de plus le ventre creux. Enfin… il pourrait prendre l'air, c'était toujours ça de gagné.

- Marge vient pour le vendredi de Pâques et jusqu'au mardi martin. Il faut qu'elle trouve la maison et le jardin impeccable. Vernon ne veut pas que tu sortes de ta chambre, mais il n'est pas question que je fasse tout ce travail seule. Tu as jusqu'à midi, Vernon rentre déjeuner. Il vaudrait mieux qu'il ne te voit pas !

- Oui, Tante Pétunia.

Pétunia avait dicté sa loi. Harry allait faire ses corvées à sa place. Il n'était pas question qu'elle se tue à la tâche pour cette pochtronne névrosée de Marge. C'était déjà bien suffisant de la recevoir, de la nourrir, de lui fournir les boissons fortes dont elle était friande et de supporter son sale cabot, l'affreux Molaire qui bavait partout. Et cette manie qu'elle avait de toujours mettre la famille Evans plus bas que terre, comme si la tare de Lily salissait toute sa parenté. Après tout, il n'y avait pas eu d'ivrogne chez les Evans… On ne pouvait pas en dire autant des Dursley. Pourvu qu'elle se tienne tranquille et ne pousse pas Harry à bout… Elle n'avait pas envie de la voir se faire gonfler comme la dernière fois où ces horribles gens de ce ministère de cinglés étaient venus tout remettre en ordre. Des comment, ils avaient dit ? Des oublicateurs[1] ? Un truc dans le genre.

Oui, c'était mieux comme ça. Harry devait rester dans sa chambre et ne pas être vu. Ils allaient tous faire comme s'il n'était pas dans la maison. Pas question qu'on voit en plus cet affreux corbeau qui avait agressé Dudley et Vernon. S'il n'avait pas appartenu à ce vieux fou de Dumbledore, elle aurait volontiers laissé Vernon le tirer comme un vulgaire pigeon d'argile. Seulement, il y avait la lettre. La fameuse lettre qui expliquait pourquoi le gamin était là pour les vacances de Pâques, et ceci pour la dernière fois. La Reine avait un enfant dans sa famille qui allait être admis à Poudlard…

Comment des personnes avec un tel rang social, du sang bleu, pouvaient être anormales… comme Potter et comme toute son engeance ? Pétunia avait eu bien du mal à trouver le sommeil la veille. Vernon et Dudley avaient failli tuer Harry et son volatile. Heureusement qu'elle avait pu détourner leur intérêt grâce au repas. Il ne fallait pas qu'il arrive quoi que ce soit à Potter ou sa bestiole.

Pas question que son nom parvienne jusqu'au Premier Ministre ou Sa Gracieuse Majesté pour un crime ou un délit quelconque !

Pas question non plus que son nom paraisse dans la presse, pour autre chose qu'un premier prix de jardin fleuri ou le concours de la meilleure tarte du quartier.

Il allait être difficile de tenir Vernon et Dudley à l'écart d'Harry si celui-ci respirait ne serait-ce qu'un peu trop fort, – surtout avec cette curieuse histoire d'homme dans la chambre avec lui – mais en plus, il y avait Marge et Molaire !

C'était donc une Pétunia fort contrariée et inquiète qui sirotait sa tasse de thé ce matin-là et grignotait son toast à peine beurré, tandis qu'Harry découvrait sa liste sur le frigo.

Le gamin n'avait fait aucun commentaire et n'avait posé aucune question. La mine revêche qu'affichait sa tante ne donnait pas envie d'engager une quelconque conversation avec elle.

Harry était sorti avec plaisir de la maison, trop heureux d'échapper à la déprimante petite chambre dont il avait si honte. Bien sûr, Severus était avec lui, mais c'était quand même le dernier endroit où il avait envie de passer des vacances. Et pire… drame absolu : Marge arrivait ! Et bien entendu avec son affreux cabot dont il se demandait comment il pouvait être encore en vie depuis tout ce temps. La saleté avait au moins… quatorze ou quinze ans ! Misère, il n'aurait pas pu mourir à un âge décent, comme n'importe quel chien ? Ça vivait combien de temps un chien d'ailleurs ? Harry n'en était pas très sûr. Il connaissait mieux les animaux magiques que ceux moldus. Quand on pensait que cette saleté de Miss Teigne était à Poudlard depuis presque trente ans, ça faisait froid dans le dos.

S'efforçant de ne plus penser à son odieuse famille, Harry jugea l'ampleur du travail d'un coup d'œil et soupira. Il se dirigea d'un pas mesuré vers l'abri de jardin pour en sortir la tondeuse à gazon, le râteau à ramasser l'herbe et le tuyau d'arrosage. Pour le reste, il verrait après.

Perché dans un arbre, Tenebrus surveillait. Il avait volé une petite pomme dans l'appentis de la maison d'à-côté. Visiblement les voisins entassaient des pommes pour faire Merlin seul savait quoi. Ceci faisait les beaux jours du corbeau qui la picorait tranquillement, ayant réussi à l'emporter avec lui dans une serre. Lorsqu'Harry passa sous l'arbre pour se diriger vers l'abri de jardin, Tenebrus croassa pour attirer son attention. Le jeune sorcier s'immobilisa, leva le nez vers l'arbre et fit un sourire à l'oiseau qui le regardait, la tête penchée.

- Tu as trouvé une pomme ? C'est bien… lui dit-il. Je dois faire tout le jardinage et curer les gouttières avant que l'Oncle Vernon ne revienne, c'est-à-dire midi. Autant te dire que c'est impossible et que je suis mal barré. S'il me voit dehors à son retour, il va me tuer… ou du moins s'entrainer à le faire. Oh, et puis je ne t'ai pas dit la meilleure… la Tante Marge arrive vendredi avec son sale cabot méchant. Maudit jusqu'au bout… et Dumbledore s'en fout bien sûr.

Harry était visiblement déprimé par la nouvelle et Tenebrus s'en rendit parfaitement compte. Marge… Marge… ce nom lui disait bien quelque chose. Ne serait pas cette femme qu'Harry avait gonflée et que des Oubliators en balais avaient récupérée flottant à des lieues de là ? L'affaire avait beaucoup amusé Albus, mais pas tellement Fudge, si ses souvenirs étaient bons.

N'était-ce pas la même femme qu'il avait aperçue dans la mémoire d'Harry, lors de leurs désastreuses tentatives d'Occlumancie ? Il semblait bien qu'elle avait un chien qui passait son temps à attaquer Harry. Si c'était cette femme, il allait falloir s'en occuper, elle aussi. Tout comme les Dursley qui ne perdaient rien pour attendre…


Tenebrus avait surveillé Harry toute la matinée, depuis son arbre. Le garçon avait tondu la pelouse, ratissé toute l'herbe coupée qui avait débordé du panier de la tondeuse avec un curieux râteau que l'animagus n'avait jamais vu auparavant. Le panier de ladite tondeuse était régulièrement vidé dans une sorte de silo métallique sur pied et le corbeau n'avait pu s'empêcher de se poser sur le rebord afin d'examiner le curieux objet.

- Praaakk ? avait-il fait en regardant le jeune sorcier.

- C'est un silo à compost, Sev', avait murmuré le Gryffondor en remettant le panier derrière la tondeuse. Les déchets du jardin y pourrissent et se transforment en terreau qui sert ensuite à remplir les jardinières ou fertiliser les plates-bandes. Tante Pétunia aime gagner les concours de jardins fleuris de la ville… Ce qu'elle ne dit pas c'est que c'est moi qui fais tout le boulot. Enfin… je faisais, avant d'aller à Poudlard. Maintenant, je ne sais pas si elle gagne encore quoi que ce soit…

Harry avait ensuite entrepris de désherber le jardin et les parterres de fleurs. À genou sur le sol, de vieux gants de jardin sur les mains, il arrachait consciencieusement les mauvaises herbes qui enlaidissaient la plate-bande, et les déposait dans un vieux seau en plastique. Tenebrus rongeait son frein, toujours perché sur une branche peu éloignée du jeune homme. Les heures s'étaient écoulées lentement sans qu'Harry ne se permette une seule pause, même pour boire un verre d'eau. Le jeune avait quand même pensé au bien-être de Tenebrus puisqu'un peu avant midi, alors que le soleil cognait fort, il avait mis un peu d'eau dans une soucoupe vide de pot de fleur alors qu'il allait remplir l'arrosoir au robinet extérieur. Le corbeau s'était jeté dessus, avait bu à longues gorgées et puis au grand amusement d'Harry, s'était presque roulé dans la soucoupe, éclaboussant son plumage ainsi que les lunettes de celui qui se trouvait là.

Lorsque Dudley, pâle et visiblement secoué, s'était installé sur le banc de jardin en teck de Pétunia avec sa Gameboy, le corbeau méfiant s'était aussitôt envolé vers les plus hautes branches de l'arbre du voisin, estimant que la haie qui séparait les deux jardins était un obstacle supplémentaire entre lui et ces affreux Moldus.

Ce que Tenebrus et Harry ignoraient, c'est que leur sortilège d'hallucinations semblait parfaitement fonctionner. Dudley avait voulu se jeter sur les céréales amoureusement préparées par sa mère lorsqu'il avait enfin daigné se lever. Il avait ravalé un hurlement en constatant qu'à la place de ses habituelles Rice Krispies, le bol était plein d'asticots grouillants qui flottaient à la surface du lait. Choqué, il avait jeté le contenu du bol dans la poubelle et tremblant avait examiné la boite de céréales. Elle était pleine de ces horribles vers…

Devant sa pâleur, Pétunia, qui venait d'entrer dans la pièce, avait regardé son Diddy chéri avec un large sourire attendri et lui avait demandé si ses céréales avaient été à son goût. Stupéfait, au bord de la nausée, Dudley n'avait pu que hocher la tête et émettre un petit oui timide, tout en lançant des regards inquiets vers sa mère qui ne remarqua rien et retourna à ses occupations.

Le gros garçon ne savait plus que penser. Ses parents avaient tenté de le mettre au régime auparavant, mais jamais encore, ils n'avaient eu recours à ce genre d'actions pour l'empêcher de manger. Une sourde angoisse l'étreignait… tous ses repas allaient-ils se dérouler de la même façon ? Allait-il devoir se laisser mourir de faim ? Son père était-il complice ? Comment sa mère avait-elle osé lui faire ça ?

Assis sur le banc de jardin, Dudley, complètement perdu, se posait de nombreuses questions, toutes bien sûr à l'échelle de sa capacité cérébrale. Machinalement, il continuait de guider son petit bonhomme virtuel, qui à l'aide d'une épée, taillait l'herbe autour de lui pour récolter des rubis. Deux ou trois fois, Harry jeta un regard amusé vers lui, en voyant sa mine pâle et défaite. Selon le jeune sorcier, il était étonnant que la Tante Pétunia ne soit pas affairée autour de son bébé chéri, en train de se lamenter et de pousser des hauts cris.

Le jeune Gryffondor fut à peine surpris lorsque Dudley sembla quitter le banc à contrecœur, lorsque la voix suraigüe et désagréable de Pétunia appela l'obèse à table. Harry, ne fut bien entendu pas convié aux agapes prévues et ne tenta même pas de suivre son cousin. Ce qu'il ignorait, c'est que les Wilson étaient en train de mettre la table de l'autre côté de la haie. Alfie avait ouvert son parasol neuf : il désirait profiter du beau temps et déjeuner dehors. Lorsque Pétunia avait appelé Dudley, le voisin avait écarté les feuillages de la haie, afin de voir si Harry allait enfin faire une pause. Cela faisait tout de même deux bonnes heures passées qu'il jardinait sous le soleil tapant.

- Qu'est-ce que tu regardes, Alf ? demanda Paula, intriguée.

- Le gamin d'à côté, le p'tit Potter. Il jardine depuis le milieu de la matinée, et il n'a fait aucune pause, pas même pour boire un coup. Il fait chaud, je ne sais pas comment il tient. Moi, les premières chaleurs me tuent littéralement. En plus, c'est largement l'heure du déjeuner, l'autre mijaurée de Pétunia a appelé son bébé phoque pour le repas, mais l'autre gamin… j'crois bien qu'il va encore se passer de manger.

- Pauvre gosse… J'espère que lorsqu'il aura dix-huit ans, il partira de là au triple galop.

- Où veux-tu qu'il aille, Paula, soupira Alfred. S'il a passé toute sa vie avec ces mécréants, c'est qu'il n'a nulle part ou aller. Comment peut-on traiter un membre de sa famille comme ça ? J'aime pas le fils de ta sœur, mais je n'oserais jamais en faire un esclave ou un souffre-douleur.

Tenebrus, perché dans son pommier, avait suivi toute la conversation des Wilson. Ainsi, les voisins n'étaient pas dupes. Et pourtant, aucun d'entre eux n'avait osé se rebeller contre les Dursley et les dénoncer à la police ou aux Services Sociaux. Le reste de la conversation des Wilson l'amusa follement…

- Passe-moi les petits pois, Paula ! Ah… tu as mis des carottes aussi, c'est bien. C'est quoi la viande ?

- Une longe de porc à la moutarde. La recette était dans le magazine télé de la semaine dernière. Ils disaient que c'était bon, on va bien voir.

- Ça sent drôlement bon en tout cas… Je vais y goûter de suite ! À propos de porc, ricana Alfie en se servant un épais morceau de viande. Pétunia n'a pas remis de linge à sécher ce matin… dommage ! J'aurais bien aimé savoir si sa lessive suivante aurait été aussi amusante que celle d'hier !

Paula pouffa de rire et manqua de s'étouffer avec un morceau de viande. Elle avala une bonne gorgée de son verre d'eau et apprit les dernières nouvelles à son mari.

- Je suis allée au marché ce matin de bonne heure. Fran était en grande conversation avec Peg. J'étais pressée car je voulais aller chez le boucher avant qu'il y ait trop de monde, mais vu le clin d'œil que Fran m'a lancé et l'air extasié de Peg, je peux te dire que Fran devait lui donner des détails croustillants sur notre soirée d'hier. Les lessives de Pétunia Dursley vont devenir des légendes…

Les rires gras des deux Moldus amusèrent fortement Tenebrus qui était plutôt enchanté que son petit plan fonctionne aussi bien. Le corbeau tourna sa tête vers Harry qui, debout sur une sorte d'escabeau, taillait à présent la haie avec un appareil électrique bruyant inconnu de l'animagus. La sueur coulait sur le visage d'Harry qui commençait à prendre une inquiétante couleur rouge. Le bout de son nez avait d'ailleurs une étrange couleur violacée due à un sérieux coup de soleil. Il était bien temps que le gamin se mettre à l'abri et se réhydrate. Puis qu'il mange ! Mais avec ces monstres… il ne fallait pas y compter !


Dans la salle à manger des Dursley, le repas ne se passait pas vraiment comme prévu. Pétunia avait préparé un carré d'agneau très classique avec de gros haricots blancs, repas que d'habitude les Dursley appréciaient. Pétunia cuisinait toujours beaucoup plus de mouton ou d'agneau vers Pâques car il était tout simplement en promotion à la boucherie. Comme ils raffolaient de cette viande, ils en profitaient encore plus pour se gaver.

Seulement, la tête qu'avait faite Dudley en voyant les plats arriver, avait rapidement convaincu ses parents qu'il y avait un problème. Le gros garçon s'était mis à trembler, à s'agiter en balbutiant des mots sans suite. Et puis, il s'était carrément mis à pleurer, marmonnant que ses parents ne l'aimaient plus, pour lui faire subir une telle torture. Bien entendu, Pétunia s'était affolée et s'était agitée autour de Dudley comme une abeille autour de sa reine. Vernon en avait profité pour se servir tout en lorgnant son fils, la mine soucieuse. Il n'avait pas vu Harry qui se trouvait dans le jardin de derrière, et c'était parfait. Pétunia allait avoir le temps de lui expliquer avant qu'il ne se mette dans une rage folle.

La première bouchée de haricots engloutie par Vernon avait provoqué des hurlements d'hystérie chez Dudley qui s'était levé brusquement, faisant par la même occasion, tomber sa chaise sur le sol. Il avait braillé quelque chose à propos d'asticots et s'était enfuit vers les toilettes du rez-de-chaussée. Là, on l'avait entendu vomir pendant un bon moment. À la porte des toilettes, Pétunia, morte d'inquiétude, se tordait les mains.

Depuis son refuge improvisé, Dudley avait hurlé à ses parents qu'il refusait de sortir des cabinets s'ils avaient l'intention de le nourrir encore d'asticots ou d'en manger devant lui. Plutôt mourir !

Vernon, la serviette autour du cou, était resté planté avec sa femme devant la porte du lieu d'aisance.

- Vernon, Diddy est persuadé qu'on lui donne des asticots à manger ? Depuis ce matin, il est étrange, murmura-t-elle, son long nez presque collé à l'oreille de son époux. J'ai vu qu'il a jeté tout son bol de céréales dans la poubelle, il n'a rien mangé. Et là… C'est bizarre… On dirait qu'il voit des choses qui n'existent pas…

- Si Duddy a vraiment des hallucinations, Pétunia, ne cherche pas… grogna la baleine échouée en complet veston. C'est un coup de ce petit con de Potter, bien sûr ! D'ailleurs, il ne s'est pas gêné pour se moquer de lui, hier soir ! Je vais lui faire la peau et il va défaire ça immédiatement ![2]

- Vernon… Et si… Et si Diddy avait vraiment… des… des hallucinations ? Potter n'a pas quitté sa chambre à part pour jardiner. Je t'ai dit que j'avais besoin de lui pour les corvées. Je veux que ce soit impeccable quand Marge va venir. Je n'ai pas le temps de le faire, j'ai prévu des recettes spéciales que je veux faire goûter à Marge et j'en ai pour des jours à tout cuisiner. D'ailleurs, tu as fait de la place dans le congélateur ?

- Oui, j'ai tout tassé dans le tiroir du bas.

- Ça devrait aller… Oui, je te disais qu'il n'a eu aucun contact avec Dudley et qu'il ne peut pas faire Tu-Sais-Quoi sans son maudit bâton. Il ne l'a pas, j'ai vérifié.

- Tu es sûre ?

- Oui, absolument. Je sais où ils les mettent sur eux… Lily et son imbécile d'ami les mettaient tout le temps dans leurs manches ou dans les poches de leurs robes anormales. L'autre Potter aussi faisait ça.

- Pet, Dud n'est pas fou ! C'est forcément un de leurs trucs !

- Vernon, qu'est-ce qui pourrait provoquer des hallucinations chez un garçon normal et en bonne santé. Des médicaments, de l'alcool ?

- Tu penses à de la drogue ? s'horrifia Vernon qui jeta un coup d'œil désespéré vers la porte close des toilettes.

Pétunia, livide, hocha sentencieusement la tête et serrant contre elle sa serviette de table brodée main, elle retourna lentement vers la salle à manger où elle s'assit tel un zombi.

Dudley ne sortit pas des toilettes et refusa de paraître à table. Vernon était contrarié et retourna à la Grunnings de fort mauvaise humeur. Pétunia, au bord des larmes, débarrassa la table, remplit le lave-vaisselle, passa l'aspirateur et la serpillière dans la cuisine. Dans le jardin, Harry vidait les seaux de terre évacuée des gouttières dans le silo à compost. La Tante Pétunia le regarda ranger l'échelle et son petit matériel dans l'abri de jardin. Il était plus de 14h30. Le sale gosse avait plus de deux heures de retard sur le planning de jardinage. Mais elle avait d'autres soucis et n'avait pas l'intention de se prendre la tête avec son anormal de neveu. Elle remplit un verre d'eau du robinet, attrapa deux tranches du pain de la veille, y glissa une lamelle de gruyère que Dudley avait refusée il y avait trois jours et qui racornissait dans un coin du frigo. Ensuite, la mégère posa le casse-croûte desséché et le verre d'eau sur un coin du formica du plan de travail.

Elle ouvrit la fenêtre et hurla sur Harry.

- GARÇON ! TU PEUX RENTRER SI TU AS TERMINÉ ! TU AS À MANGER DANS LA CUISINE !

Cette annonce arracha un sinistre gloussement au jeune Sauveur du Monde Magique. À manger ! Pfff ! La chose qu'on allait lui octroyer généreusement était très certainement moisie, périmée ou desséchée. Il paria pour un bout de pain rassis et un fruit blet. Dans le sapin des Dursley, Tenebrus eut un moment de surprise. Pétunia bafouait les ordres de son époux, de ne pas nourrir ni abreuver Harry de tout son séjour. Elle les avait déjà bafoués, ce matin, en faisant sortir le jeune homme afin qu'il jardine. Visiblement, la lettre de Dumbledore avait un effet certain sur cette peste de Pétunia Evans. On ne pouvait pas en dire autant sur l'australopithèque qui lui servait d'époux.

Lorsqu'Harry rentra dans la cuisine pour y prendre son maigre festin, son corbeau perché sur son épaule, Pétunia eut un mouvement de dégoût devant l'animal. Mais la menace des foudres de Dumbledore et le spectre du Premier Ministre eurent raison de ses convictions profondes.

- Monte ça dans ta chambre ! Et prends une douche ! Je refuse que tu empestes ma maison ! Ensuite, je ne veux pas te voir quitter ta chambre. Je viendrai de toute façon, refermer les verrous.

- Oui, Tante Pétunia, répondit laconiquement Harry, tête baissée.

Le jeune sorcier prit son verre d'eau et l'avala en deux gorgées – il ne fallait pas croire qu'on lui avait donné un verre plein – serra le triste sandwich dans sa main crasseuse, et quitta la cuisine, n'osant croire à sa chance : on lui autorisait une douche ! Il y avait fort à parier qu'il n'allait pas falloir que Vernon l'apprenne ou gare à son matricule…

Harry se précipita dans sa chambre et grimaça en voyant ce qu'il tenait dans sa main et qu'il n'avait pas osé examiner devant Pétunia. Il jeta l'horreur dans la corbeille à papier, bien décidé à profiter d'une bonne douche avec Severus, et ensuite à appeler Dobby pour se faire servir un repas digne de ce nom. Et après, et bien… on verrait… Peut-être une bonne sieste, si cet abruti congénital de Dudley ne mettait pas sa musique de sauvage à fond.

Le Gryffondor conjura un drap de bain à l'aide de sa baguette qu'il portait dans un holster invisible, accroché à sa cuisse droite – cadeau de Kingsley pour son précédent anniversaire – Le modèle Auror d'élite, s'il vous plaît… Il attrapa ensuite son pyjama et Tenebrus toujours sur l'épaule, il se dirigea vers la salle de bain rose.

- Allez, viens mon amour. On va aller se rafraîchir, tous les deux.

Tenebrus se contenta de tirer sur une des mèches de cheveux collés de sueur de son « maître », en guise de réponse. À l'étage inférieur, Dudley venait enfin de sortir des toilettes et quittait la maison comme un voleur, dans le but d'aller raconter ses malheurs à Piers Polkiss au numéro 21. Pétunia serra les dents en voyant Dudley s'enfuir, mais elle avait des choses à faire… Une fouille en règle de la chambre de son rejeton était indispensable. Et pour ce faire, quoi de plus naturel que de faire un gros ménage de printemps… Après tout, elle avait l'habitude… c'était sous ce prétexte qu'elle fouillait la chambre de Lily, lorsqu'elles étaient adolescentes et qu'elle lisait avec avidité les lettres et les petits mots d'amitié que l'anormal qui vivait à côté lui envoyait, dans l'espoir de savoir exactement quelle était la nature de leur relation.

Aspirateur à la main, chiffon à poussière et spray nettoyant dans la poche de son tablier, Pétunia monta l'escalier, la mine décidée, comme investie d'une mission divine. Elle trouverait ! Foi de Pétunia, elle trouverait !


Pétunia Dursley avait une stratégie bien à elle pour chasser Dudley de sa chambre lorsqu'elle voulait y faire le ménage. Et dans la maison, tout le monde connaissait sa petite manie, surtout Dudley qui ne supportait pas qu'elle ose jouer à ça.

Depuis très longtemps, la sœur de Lily Potter avait une chanson préférée. Il s'agissait de « Unchained Melody » des Righteous Brothers, parue en 1965, et qui avait fait l'objet d'une réédition en 1990. Pétunia ayant usé son CD à l'écouter, Vernon lui en avait récemment fait une copie, gravée sur son ordinateur au bureau celui de Dudley n'étant pas équipé d'un graveur. Le susnommé Dudley ne supportait pas cette chanson qu'il jugeait ringarde et fuyait la maison lorsque sa mère mettait son CD dans la chaine-hifi du salon. Les jours où la blonde à l'aspect chevalin voulait faire le grand ménage dans la chambre de son fils, elle entrait donc dans la pièce et ostensiblement mettait son fameux CD gravé dans la chaine de Dudley qui poussait alors des cris et quittait les lieux en courant. Afin d'être sûre que son chenapan ne revienne pas avant qu'elle ait terminé, Pétunia mettait le son très fort… À fond ou presque, serait même plus près de la vérité.

Sous la douche, Harry se décrassait. Il effaçait la sueur, la terre et les traces vertes d'herbe, dont il était couvert. Ses bras, sa nuque et son visage, le faisaient souffrir et ses lunettes avaient laissé une disgracieuse marque blanche autour de ses yeux, qui le faisait paraître ridicule à son idée. Près de lui dans le bac à douche, Severus, lui aussi dans le plus simple appareil, reposa l'éponge avec laquelle il avait frotté le dos de son amant, et entreprit de verser une bonne dose du shampooing de Dudley sur les mèches noires d'Harry.

- Je vais te mettre un baume sur ces brûlures, Harry. Si j'avais pu me douter de ce qui allait arriver, j'aurais prévu une potion de protection solaire avant de quitter Poudlard. Malheureusement, je n'ai pas les ingrédients pour en faire, je n'ai avec moi qu'un kit de base et mes potions d'urgence.

- Pas grave, Sev'. J'ai l'habitude… Ce n'est ni la première, ni la dernière fois que j'ai un coup de soleil en travaillant pour eux. Une fois, j'ai même perdu connaissance pour cause d'insolation, et ils m'ont laissé toute la journée là où j'étais tombé, ce qui fait que j'étais encore plus brûlé à mon réveil. Et comme mes corvées n'étaient pas terminées, j'ai pris une volée mémorable qui m'a laissé sur le carreau presque 24h. Je n'ai jamais su comment j'étais retourné dans mon placard. Je suppose qu'ils m'y avaient jeté.

Severus se raidit de colère et Harry sentit les mains du sorcier se crisper sur ses épaules. Sans rien dire, il leva les bras et entreprit de se frotter les cheveux, ne laissant pas Severus voir qu'il avait perçu son émotion et sa rage.

Alors que les deux hommes se séchaient et se rhabillaient par magie. Les premières notes de la chanson fétiche de Pétunia s'élevèrent bruyamment à l'étage. Harry ne put s'empêcher de pouffer de rire.

- On dirait que Pétunia va faire le ménage dans la chambre de son cochonnet à perruque. À chaque fois qu'elle va mettre la pièce à sac, elle met cette chanson. Dud la déteste et il quitte la maison. Et il ne revient que lorsque Tante Pétunia a rangé son CD. Et je te préviens Sev', elle va mettre la même chanson en boucle pendant deux heures si nécessaire.

- Mmm… Je vois. Visiblement, Unchained Melody compte vraiment beaucoup pour Tuney… étonnant. Surtout qu'elle jurait les grands Dieux qu'elle détestait cette horrible chanson décadente, quand nous étions jeunes.

- Que… quoi ?

Harry, abasourdi, s'était tourné vers Severus et le regardait à présent avec des yeux ronds.

- Je vais te raconter. Viens… Il faut qu'on sorte d'ici avant qu'elle ne s'énerve contre toi.

L'animagus reprit alors sa forme de corbeau et sauta sur l'épaule du jeune Gryffondor.

- Ok, Mais tu as intérêt à tout me dire avant que je n'imagine des choses et que j'en fasse des cauchemars !

Harry ramassa sa serviette humide et la fit disparaître d'un geste de baguette. Il nettoya et sécha la salle de bain pareillement. Personne ne pourrait imaginer qu'elle venait de servir. Là encore, il serait impossible de lui reprocher quoi que ce soit !

Il sortit dans le couloir, Tenebrus sur l'épaule. Pétunia, un air soupçonneux sur le visage, le regarda des pieds à la tête. Elle vit les cheveux mouillés, le vieux pyjama de Dudley – en fait un tout neuf déguisé par une illusion – et hocha la tête de satisfaction.

- Qu'as-tu fait de tes vêtements sales ? demanda-t-elle, en baissant le son de la chaine hi-fi grâce à la télécommande qu'elle avait dans la poche de son tablier.

- Dans un sac poubelle, près du panier à linge, Tante Pétunia. fit tranquillement Harry les yeux baissés.

- Bien ! Il n'est pas question que nous soyons souillés par ton anormalité. Et j'espère que tu as tout laissé propre et en ordre derrière toi, je te préviens, je vérifierai. Maintenant, entre ! Et je ne veux plus t'entendre d'ici demain matin ! Tu auras la barrière à repeindre avant l'arrivée de Marge.

- Oui, Tante Pétunia.

Harry entra dans sa chambre et alla s'asseoir tranquillement sur son lit, Tenebrus toujours sur son épaule. La façon dont cette mégère acariâtre parlait au jeune Sauveur avait outré Severus sous son déguisement. Mais il était sensé être un simple corbeau et ne pas comprendre le langage humain. Il ne pouvait donc pas réagir en l'absence de violences physiques.

Les cliquetis des nombreux verrous que Pétunia refermait, se firent entendre. Lorsque le bruit de ses talons s'éloigna dans le couloir et que la musique reprit son volume précédent, Harry esquissa un sourire cruel.

- C'est bon, Sev'. Tu peux te montrer.

L'animagus reprit aussitôt sa forme humaine et apparut lui aussi les cheveux mouillés et simplement vêtu d'un de ses habituels pantalons noirs et d'une chemise blanche victorienne largement ouverte sur une poitrine pâle et imberbe.

- Raconte !

- Ah, oui, s'amusa le Maître des Potions. Ça t'intrigue, hein ? Que Pétunia adore cette chanson alors qu'elle jurait qu'elle la détestait quand nous étions jeunes.

- Tu parles ! Elle la passe sans arrêt, alors je veux tout savoir !

- Bien, mais avant, je veux que tu retires ta veste de pyjama. Je vais te mettre du baume anti-brûlure. Retire tes lunettes aussi, tu en as bien besoin sur le visage. Ton nez est très abimé, tu n'as pas mal ?

- Si, mais j'ai l'habitude.

Tandis que Severus levait les yeux au ciel en s'efforçant de ne pas défoncer la porte pour aller avada kedavratiser la sotte qui passait l'aspirateur à côté, Harry retirait ses lunettes et son haut de pyjama. Severus venait de prendre dans sa réserve de potions d'urgence, un pot de porcelaine blanche qui contenait une épaisse pâte orange qu'Harry n'eut aucun mal à reconnaître. C'était la même pommade que Poppy avait étalée sur tous les champions du Tournoi des Trois Sorciers après l'épreuve du dragon.

- Ferme les yeux. Je vais commencer par ton visage. Je vais en mettre une couche épaisse et au fur et à mesure que ta peau l'absorbera, non seulement elle disparaîtra mais également la brûlure dessous.

- Je sais, j'en ai déjà eu.

Harry ferma les yeux et tendit son visage vers son amant. Alors que les doigts fins et agiles étalaient doucement la pâte orange sur la peau meurtrie, la voix de baryton de la Terreur des cachots se fit de nouveau entendre, suave et sexy.

- Tu sais que j'ai très bien connu ta mère et Pétunia quand nous étions enfants. Nous habitions le même quartier et ta mère était ma meilleure amie. Nous étions tous deux, les seuls enfants magiques de la ville, ça rapproche, ces choses-là. Tu sais également que Pétunia était d'une jalousie folle et nous causait sans cesse les pires ennuis. Ferme la bouche, la pâte n'a pas bon goût.

Harry obéit et Severus poursuivit son récit.

- Elle nous suivait, nous espionnait, écoutait ce qu'on disait et rapportait tout à tes grands-parents dans l'espoir de nous créer des ennuis car nous parlions – selon elle – de choses anormales. C'est-à-dire, de magie… Et Pétunia était terrifiée par la magie, tout simplement parce qu'elle n'en avait pas. Et elle aurait donné sa vie pour en avoir, crois-moi…

À cette annonce, Harry ouvrit brutalement les yeux et la bouche, stupéfait.

- Mais…

- Oui, je sais ce que tu vas dire. Elle hait tout de la magie, jusqu'au simple mot « magie », alors nous, notre monde, nos baguettes… nous sommes des monstres pour elle, pas vrai ?

Harry hocha la tête, suspendu aux lèvres de son amant.

- Tourne-toi et baisse un peu la tête, je vais en mettre sur ta nuque aussi.

- Ça fait froid, c'est agréable… Mais continue, je veux savoir.

- Pétunia passait donc son temps à nous coller plus ou moins afin de surprendre de quoi alimenter ses sombres desseins. Notamment, elle faisait régulièrement le ménage à fond dans la chambre de Lily, exactement ce qu'elle est en train de faire en ce moment, pour mettre la main sur des choses compromettantes.

- Compromettantes ?

- Rassure-toi, elle n'a jamais rien trouvé car il n'y avait rien à trouver. Je sais qu'elle lisait chaque petit mot que Lily et moi nous échangions. Que ce soit à Poudlard ou bien Impasse du Tisseur où nous vivions. En général, c'étaient des hiboux pour demander l'heure et l'endroit où on allait se retrouver, comment ça allait, surtout pour moi quand mon père était à la maison. Il n'était pas très tendre, comme tu le sais.

- Oui. Je m'rappelle. L'occlumancie.

- Oui. Mais le plus souvent nous échangions des réponses à nos devoirs, des choses comme ça, sans aucune importance. Mais Lily gardait tout, elle était comme ça. Et Pétunia était une fouineuse…

- Elle l'est toujours.

- Oh, je m'en doute. Pour un de ses anniversaires, je crois que c'était le quatorzième, Lily avait reçu de ton grand-père Henry, un tourne-disque à la mode qu'on appelait «Mange-disque » car il se présentait comme une boite en plastique coloré avec juste une fente dans laquelle on glissait des 45 tours. Ça marchait avec des piles, c'était parfait pour nous, on pouvait le trainer partout dans la maison ou le jardin. Dans une brocante, Lily a acheté une quantité assez importante de ces disques qu'on mettait dans l'appareil, et dans ce lot d'occasion, il y avait la chanson que tu entends, enfin… la version originale de 1965. Celle-ci me semble plus récente. Lily aimait bien cette chanson, qu'elle trouvait super romantique, et elle adorait danser dessus.

- Mais c'est un slow… alors avec qui, toi ?

- Bien sûr, moi. Y avait personne d'autre. J'avoue que c'était assez amusant, Pétunia nous regardait, verte de jalousie et plus ou moins bien cachée selon l'endroit où nous étions.

- Mais pourquoi était-elle jalouse ? Je ne comprends pas… Aïe… ça brûle vachement là…

- Ton cou est violet, Harry. C'est normal que ça te fasse mal, mais ça va passer. Donne-moi tes bras maintenant… Et bien, je débutais en légilimancie et occlumancie. J'avais mis la main sur les livres de Magie Noire que ma mère avait cachés dans notre grenier sous un sort de repousse-moldu. Ils appartenaient à mon grand-père Prince et je les ai bien évidemment tous étudiés dès que j'ai eu l'âge de savoir lire et surtout que je les ai compris.

- Je vois, tu t'es entrainé sur Tante Pétunia.

- Oui. Les Moldus n'ont aucune défense face à une intrusion mentale par Légilimancie, alors que les sorciers en ont une naturelle, plus ou moins efficace selon leurs prédispositions envers cet art.

- J'en avais aucune.

- Oui, et nous savons à présent pourquoi. C'était ton lien avec le Seigneur des Ténèbres qui faisait ça. Mais à l'époque, je n'en avais aucune idée.

- Et tu as trouvé quoi ?

- Que Pétunia avait semble-t-il un certain intérêt envers un garçon et qu'elle était persuadée que ce garçon lui préférait sa sœur Lily. D'où sa jalousie et son espionnage pour tenter de savoir quelle était la nature exacte de leur relation.

- TOI ? s'écria Harry, stupéfait en tournant son visage barbouillé d'orange vers son infirmier personnel.

- Moi. Et pourtant, j'étais plus jeune qu'elle de deux ans, et comme tu le sais, pas du tout intéressé par les filles. Lily était la même chose pour moi, que Miss Granger pour toi.

- Hermione est comme une sœur pour moi, Sev'. C'est ma meilleure amie.

- Exactement ce qu'était Lily pour moi, Harry. Tu sais que je suis un solitaire et que je l'ai toujours été. Je n'ai jamais eu un autre ami comme Lily. Lucius est un ami, mais nous n'avons pas la même complicité que celle que j'ai eue toute mon enfance avec ta mère.

- Mais, une chose me chiffonne… La chanson, pourquoi elle disait la détester ?

- Un jour, elle m'a demandé de danser avec elle. Je savais ce qu'elle pensait et je savais également ce qu'elle avait l'intention de tenter.

- Te séduire ? T'embrasser ? s'amusa Harry qui se faisait toujours tartiner d'orange.

- Tout à fait. Tu penses bien que j'ai refusé de danser avec elle. Avec Lily, c'était drôle, elle connaissait mes goûts personnels, donc il n'y avait jamais eu aucune ambiguïté.

- Déjà, à quatorze ans ?

- Oui, c'était tout nouveau, mais oui. Je savais déjà, et Lily aussi bien entendu.

- C'est cette année-là, que mon père l'a appris et s'en est servi contre toi ?

- Oui… soupira le Serpentard en fermant les yeux devant l'afflux de souvenirs.

- Tante Pétunia, amoureuse d'un sorcier plus jeune qu'elle ! Incroyable ! Si elle savait que tu es là ! Ah ah ah ! Et Vernon ! J'en meurs de rire d'avance ! Quelle sale hypocrite quand on y pense !

- Elle a toujours été comme ça, même enfant.

- Alors, si je comprends bien, cette chanson te rappelle des tas de souvenirs à toi aussi…

- Tout à fait…

- Tu veux danser avec moi, Sev' ? fit Harry l'œil égrillard et la voix douce.

- Si tu veux, mais alors je retire ma chemise sinon, tu vas me mettre du baume orange dessus et il est coriace. Les Elfes en feraient toute une histoire si je la leur donnais à laver.

L'aspirateur avait cessé de hurler depuis un tout petit moment et à présent on entendait bien mieux la chanson qui passait pour la cinq ou sixième fois d'affilée, et ce n'était pas fini… Harry savait que Pétunia cherchait quelque chose dans la chambre de Dudley car le gros ménage de printemps avait déjà été fait récemment. Il espérait qu'elle cherchait ce qui pouvait expliquer ses hallucinations, mais il n'était pas vraiment sûr que leur plan fonctionnait et que Dudley voyait des asticots partout. Il serait intéressant de ressortir les bonnes vieilles oreilles à rallonge de Fred et George et de les faire glisser par la fenêtre, le long de la façade, jusque devant les baies ouvertes de la salle à manger et de la véranda. Histoire de se tenir au courant…

Niché dans les bras de Severus, qui du coup se faisait tartiner de pâte orange, son visage encore rouge et tuméfié collé contre les pectoraux nus du Serpentard, Harry fermait les yeux et se laissait bercer par la musique. Il resserra un peu plus ses bras autour de la taille fine de l'homme et fit glisser ses mains le long de sa colonne vertébrale en une délicate caresse.

Le paradis pouvait être n'importe où, y compris, ô miracle, dans la petite chambre miteuse du 4, Privet Drive. C'était la constatation que venait de faire Harry Potter à l'instant même… malgré ses brûlures et la faim qui le tenaillait.

Pétunia avait déjà rempli deux sacs poubelles de cent litres. Elle était outrée de voir toutes les ordures que son Dudleynouchet pouvait emmagasiner sous son lit en trois ou quatre jours. Elle avait ainsi retrouvé une dizaine de bouteilles de deux litres de limonade et des pets de Coca-Cola, ainsi que des canettes en métal de bière à bas prix dont elle ignorait la provenance. Il fallait rajouter à cela les emballages de gâteaux, de glaces, de bonbons dont son fils faisait une consommation immodérée. Entre le matelas et le sommier, elle avait trouvé une bonne pile de magazines érotiques et pornographiques, tous avec des femmes, heureusement… A sa grande satisfaction, les couvertures glacées portaient au marqueur, les prénoms de Piers et de Malcolm qui étaient des proches amis de Dudley. Les magazines n'appartenaient pas à son petit chérubin ! Elle en fut soulagée… un petit instant.

Son soulagement se mua en horreur quand elle découvrit dans une boite à chaussures de sport, une bouteille de Whisky écossais dérobée à Vernon et qu'elle pensait avoir été vidée en cachette par Marge lors de son précédent séjour. La bouteille ne contenait plus qu'un quart de son précieux liquide ambré. Avec cette bouteille fatidique, se trouvaient une boite entamée de préservatifs et une série de Polaroïds mettant visiblement en scène des filles de joie, ramassées on ne savait où. Mais d'où venaient ces clichés ? Piers ? Gordon ? Ou bien ce petit dépravé de Malcolm qui avait des curieux yeux de fouine ?

Et puis, Pétunia mit la main sur un curieux sac en plastique transparent. Elle reconnut un de ses sacs de congélation et l'approcha de son visage afin de mieux l'examiner. Il contenait de curieuses fleurs séchées et des feuilles vertes finement découpées qu'elle identifia sans mal. Dans le sac, il y avait également des feuilles de papier gommé pour rouler des cigarettes, un paquet de tabac à pipe et un briquet jetable. Un frisson la parcourut alors et elle ouvrit la bouche sur un cri muet d'horreur.

Du cannabis ! Son fils possédait du cannabis ! Dudleynouchet consommait de la drogue !


[1] Pétunia a mal compris, c'étaient bien sûr des Oubliators.

[2] Visiblement, l'ordre des projets de Vernon est un peu confus… non ? ^^