Bêta : Mokonalex

Assistante/Elfe de Maison/Infirmière : Mirabelle31

Note de l'auteur : Comme le chapitre est trop long par rapport aux autres, je l'ai coupé en deux. La seconde partie est presque terminée, elle en est à la scène finale. Comme j'ai une entorse, je peux pas trop taper avec une seule main, c'est pas facile. Donc faudra attendre un peu pour la suite et fin.

Il paraît qu'un des médecins vu par Vernon et Pétunia dans ce chapitre porte un nom de personnage d'une série télé et que son look en rappelle un autre aussi. On m'a dit dans Dr House et l'autre je ne sais plus, mais un truc du genre. Ce n'est pas exprès, c'est purement accidentel, je suis profondément allergique à la télé et je n'ai pas vu une émission ou une série depuis plus de dix ans. En fait, le physique m'a été inspiré par une personne existante, le nom je l'ai trouvé avec un générateur de noms sur le net.

Bonne lecture


Pétunia resta un instant figée, choquée de la découverte qu'elle venait de faire sous le lit de Dudley. D'une main tremblante, elle prit la télécommande de la chaîne hi-fi de son rejeton dans la poche de son tablier et appuya sur le bouton stop. Serrant la boite en carton sur sa poitrine maigrichonne, le cœur battant, elle se précipita hors de la chambre et dévala l'escalier pour appeler Vernon au téléphone et lui raconter sa terrible découverte.

Dans la petite chambre d'Harry, l'arrêt brutal de la musique en plein milieu du morceau surprit les deux danseurs enlacés. Étonné, le Gryffondor leva son visage barbouillé d'orange vers son compagnon.

— Elle a coupé la musique ? C'est bizarre… Attends… On va vérifier ce qui se passe.

Sans rajouter un seul mot, Harry se précipita vers sa malle, l'ouvrit en grand et farfouilla dans le fond pour en extirper, en quelques secondes, deux oreilles à rallonge offertes par Fred et George l'été précédent.

— Tiens, Sev', avec ça on va savoir ce qui se passe. Elle a dû trouver quelque chose pour filer aussi vite. Et si je la connais bien, elle doit être en train de téléphoner à Oncle Vernon.

Tandis que Severus regardait avec un léger dégoût et une pointe de curiosité l'oreille à rallonge qu'Harry venait de lui mettre entre les mains, celui-ci venait de s'allonger sur le plancher devant la chatière et de soulever la trappe battante. L'écouteur dans l'oreille et l'extrémité de l'artéfact magique en lévitation dans le couloir de l'autre côté, il surveillait à présent les agissements de sa tante. Il sentit Severus s'allonger contre lui et un second pavillon auriculaire rejoignit le premier dans le couloir.

Les deux sorciers intrigués ne perdirent pas une miette de la conversation qui suivit.

— Allo ? Ver… Vernon ? C'est toi ? Non, non, je vais bien… Enfin, si… heu… non. Vernon ! J'ai… j'ai trouvé quelque chose sous le lit de Dudley ! Il… oh mon Dieu ! C'est affreux, mon Dudleynouchet ! Vernon ! Il… il prend de la drogue ! Non, je te jure, je ne me trompe pas, Vernon ! J'ai trouvé une boite, avec une de tes bouteilles de Whisky, tu sais, celle que je croyais que Marge avait bue. C'était Diddy ! Mais il y avait aussi un sac en plastique avec de l'herbe séchée dedans, et des feuilles de papier à cigarettes, tu sais, comme celles que mon père utilisait pour rouler ses cigarettes et un briquet aussi. C'est du cannabis, Vernon ! Enfin… je crois.

Il y eut un instant de silence, et Harry comprit que Pétunia écoutait ce que Vernon lui disait.

— Non, il n'est pas à la maison. Je crois qu'il est parti chez les Polkiss. Qu'est-ce que je fais ?

Encore une fois, Vernon lui répondit, mais Harry et Severus n'entendirent pas, le haut-parleur n'étant pas branché.

— Bien… bien… Oui, je ferai comme tu dis. Je vais cacher la boite dans notre chambre, remettre tout en ordre, et on lui en parlera ce soir. Est-ce que tu crois que je dois prendre un rendez-vous avec le Docteur Mitchell ? D'accord, je lui téléphone, et on verra avec lui. Tu… tu crois que les hallucinations viennent de là ? Non, non, tu as raison comme toujours, pas de panique. À ce soir, Vernon, et ne rentre pas trop tard, je ne pourrai pas affronter ça seule… Mon pauvre petit garçon, je suis sûre que c'est ce Malcolm qui l'influence, ce garçon ne m'a jamais plu. Oui, oui… je vais le faire tout de suite.

Pétunia raccrocha pour aussitôt prendre un rendez-vous chez son médecin traitant. Harry et Severus ramassèrent tranquillement les oreilles à rallonge et se redressèrent, se contentant de s'asseoir devant la trappe.

— Visiblement, Tante Pétunia a trouvé quelque chose d'anormal dans la chambre de Dudley, fit Harry songeur. Une bouteille d'alcool, ce qui n'est pas nouveau, mais autre chose de plus inquiétant, on dirait. Je me demande bien quoi… je n'ai pas tout à fait saisi ce passage-là.

— Du cannabis, Harry, affirma Severus, sans paraître étonné. Donc de la drogue. Certes une drogue douce, mais de la drogue quand même.

— Ah bon ? Oh la vache ! Il a fait fort sur ce coup-là… Il va se faire démolir, le chérubin !

— Ça va surtout donner de l'eau à notre moulin, Harry. Si ton cousin a fumé du cannabis récemment, il en aura des traces dans son sang, je suis certain que les guérisseurs moldus sont capables de le détecter. Et je suis presque sûr que celui qu'elle va aller consulter mettra ses récentes hallucinations sur le compte de la drogue.

— Ça donne des hallucinations, ça ?

— Aucune idée, franchement. Mais je ne vois pas comment ils expliqueront ça autrement. Dans le Monde Magique, nous n'utilisons pas cette plante dans les potions donc je ne connais pas ses propriétés. Je la connais juste de réputation, à cause de mon enfance moldue.

— Ok. Donc ils ne vont plus s'occuper que de leur porcelet à perruque et pas de moi, et donc de nous. Excellent ! Dis… Je sais pas pour toi, mais moi je meurs de faim ! On mange ?

Severus ayant reconnu également avoir faim, Dobby fut appelé aussitôt et leur apporta de quoi satisfaire leur appétit. L'Elfe de Maison regarda avec curiosité les deux hommes toujours torses nus, dont l'un était copieusement badigeonné de baume orange anti brûlure. Pourtant il ne fit aucune réflexion, habitué qu'il était à ne jamais critiquer le comportement des sorciers qu'il servait. Une fois Dobby reparti, les deux hommes s'installèrent à table sans même se rhabiller et dévorèrent consciencieusement les plats apportés.

— Je ferais bien un petit somme, moi… avoua Harry une fois repu. Ce jardinage m'a démoli, franchement ! Je n'ai plus l'habitude de ce genre d'exercice et le soleil m'a tué.

— Le baume a été presque totalement absorbé, tu vas pouvoir t'allonger dans quelques minutes…

— Marge arrive demain. Tante Pétunia va être en mode ménagère tyrannique obsédée par la propreté. Ça veut dire qu'elle ne vivra que pour tenter d'impressionner cette grosse truie mal embouchée…

— Harry… Voyons, langage !

— Nan. Pas langage, Sev'. Je t'assure que lorsque tu auras fait connaissance avec ce monstre, tu n'auras plus assez de qualificatifs dans ton dictionnaire personnel pour la désigner. Pense à un Poufsouffle au QI d'huître qui ferait exploser son chaudron à chaque cours systématiquement…

Severus leva un sourcil amusé devant la comparaison, qui avait le mérite d'être parfaitement adaptée. Un élève tel que celui décrit dans l'exemple d'Harry était véritablement le cauchemar ultime pour un Maître des Potions enseignant à Poudlard. Quoique… il y avait pire : il suffisait de mettre Harry Potter et Drago Malefoy dans la même pièce et devant des chaudrons !

— Tante Pétunia va exiger que je fignole son maudit jardin. Entre temps, je vais avoir la barrière à repeindre. Nom d'un hippogriffe, cette foutue barrière a plus de couches de peinture que j'ai d'années de vie ! Et après… ça va être la bouffe ! Cette grosse vache de Marge ne pense qu'à bouffer et à picoler. Elle mange plus que l'Oncle Vernon et Dudley réunis. Et je t'assure que ce sont de vrais porcs. Nan, je ne vois qu'une personne qui pourrait rivaliser avec Marge et c'est Hagrid.

— Allons, donc, chaton… Tu abuses, là ! Hagrid est un demi-géant. Sa stature est hors-norme et son métabolisme inhumain, tu ne peux pas comparer cette Moldue à lui, protesta Severus, amusé.

— Si. Je peux. Tante Pétunia est obligée de cuisiner les plats prévus pour le séjour de Marge plusieurs jours en avance, sinon elle n'aurait pas le temps et ne ferait que ça du matin au soir. Ça a été comme ça à chaque fois, et en plus, je l'aidais… Je me demande comment Marge fait pour ne pas être trois fois plus obèse qu'elle ne l'est déjà : genre, bonne pour le livre des records. Elle aussi doit avoir un métabolisme inhumain, comme des gènes de Troll. Ouais, c'est cool, ça… des gènes de Troll… et le QI est le même. Et en plus, je suis certain que je vais d'ailleurs être de corvée de service à table et de vaisselle à chaque repas. Comme d'habitude…

— Et Dursley ne comptait pas te nourrir ? protesta Severus qui avait un peu de mal à accepter tous ces faits, mêlés aux piques vengeresses du jeune Gryffondor.

— J'aurais bien réussi à voler des trucs à droite et à gauche. Et puis, Tante Pétunia ne respecte pas tellement ses ordres, pour ça. Elle me donne parfois un verre d'eau, un morceau de vieux pain, en bref un truc qu'elle allait jeter à la poubelle de toute façon.

— Cette peste espère passer pour une âme charitable ? gronda Severus qui commençait à sentir la moutarde lui monter au nez.

Harry se mit à bailler largement et souleva ses lunettes sur son front afin de frotter ses yeux sensibilisés par l'abus de soleil.

— Au lit, Harry !

— Ok. Mais tu viens avec moi.

— C'est d'accord, mais je me retransformerai en Tenebrus dès que tu seras endormi et je monterai la garde, fit le Maître des Potions après un court instant de réflexion.

Tandis que le jeune sorcier grimpait dans le lit et s'installait sous les couvertures, à la place tout contre le mur, Severus Rogue, lui, fermait les doubles rideaux au tissu fleuri passablement vieillot et fané. Il voulait installer une relative pénombre dans la pièce, du moins diminuer l'intensité de la lumière. D'un Devestio informulé, l'homme retira ses vêtements qui allèrent seuls se dissimuler dans l'armoire bancale d'Harry. Il se glissa ensuite dans les draps près de son amant qui somnolait déjà, les yeux fermés et… les lunettes oubliées sur son nez. Severus, d'un geste délicat, les lui retira et les posa sur le bureau qui touchait le lit, puis il passa la main dans les mèches noires indomptables.

— Dors… je reste là pour veiller sur toi.

— Ok.

Harry s'endormit comme une souche et Severus se releva, se rhabilla et resta un long moment à le regarder, songeur, en arpentant silencieusement la petite pièce misérable. Vernon et Pétunia étaient des monstres et leur sale gamin ne valait pas mieux qu'eux, il fallait bien l'avouer. Mais cette Marge semblait mettre Harry dans tous ses états alors qu'il était résigné quant à l'attitude de son oncle et sa tante. Si la sœur de Vernon était aussi abominable que le jeune Gryffondor le disait, alors cela venait des Dursley et il ne fallait pas s'étonner de l'attitude de l'hippopotame que Pétunia Evans avait épousé. Comme la sœur de Lily avait toujours été une misérable pimbêche dédaigneuse et méprisante, elle n'avait pu trouver que son équivalent masculin.

« Qui se ressemble, s'assemble », comme disaient les Moldus !

Le Serpentard se promettait bien de surveiller cette Marge Dursley et le sale cabot qui visiblement l'accompagnait à chacune de ses visites.

Le boucan de l'aspirateur de Pétunia fit sursauter le Maître des Potions. Il jeta un coup d'œil rapide vers Harry qui dormait et grimaça tout en saisissant sa baguette magique. Un rapide Assurdiato informulé soulagea ses tympans et Severus soupira en voyant qu'Harry n'avait pas bougé et dormait toujours du sommeil du juste, la bouche entrouverte et les couvertures jusqu'au menton. Le sorcier rangea sa baguette dans sa manche et se transforma en Tenebrus. Le corbeau s'installa sur la tête de lit en bois, juste au-dessus d'Harry et entreprit tranquillement de lisser ses plumes pour passer le temps.


Pétunia et Vernon se précipitèrent chez le Docteur Mitchell, leur médecin traitant en traînant avec eux un Dudley récalcitrant. L'homme de l'art écouta avec attention ce que Pétunia lui raconta et il examina le contenu de la pochette en plastique trouvée sous le lit de Dudley, que la blonde avait apporté avec elle.

Dudley tenta bien de protester et affirma que ce sachet n'était pas à lui. Mais les symptômes évoqués par les deux parents ne laissèrent que peu de doutes au médecin. Comme cela relevait plutôt d'un spécialiste en la matière, le docteur leur fit une lettre de recommandation et leur donna le nom d'un spécialiste qui consultait au Whinging Memorial tous les jours. Il appela même le secrétariat du service d'addictologie dépendant de l'aile de psychopathologie de l'hôpital. Le Docteur Mike Weber ayant eu une annulation de rendez-vous, la secrétaire leur proposa de les prendre immédiatement s'ils se présentaient dans le quart d'heure. Aussitôt, Vernon accepta, voulant savoir immédiatement de quoi il retournait et entraîna Dudley par le bras jusqu'à la voiture, tandis que Pétunia trottinait derrière eux, gênée par ses talons aiguilles. Ils grimpèrent dans le monospace gris clair à la belle peinture métallisée et Vernon songea alors que sa voiture avait besoin d'être lavée et lustrée. Il se promit de mettre l'anormal à contribution dès leur retour à Privet Drive. Il était là, autant que le petit monstre serve à quelque chose. Et en plus, la voiture serait toute rutilante pour l'arrivée de Marge le lendemain midi.

L'équipage traversa la ville sans encombre. Ce n'était pas les heures de pointes et Vernon eut en plus la chance d'avoir tous les feux au vert. Dans la voiture, Dudley tenta vainement de protester, disant que le contenu du sachet n'avait rien à voir avec son état du moment.

Le gros garçon s'énerva et essaya même de reporter la faute sur ses parents.

— Je sais que c'est vous qui avez mis des vers dans ma bouffe pour que je fasse un régime ! C'est pas la peine de me mentir, j'ai compris !

— Mais de quoi parles-tu, Diddy ? s'inquiéta Pétunia en se retournant vers l'intérieur du véhicule. Nous n'avons rien fait, je t'assure. Et puis, tu n'es pas au régime. Tu as bien vu, depuis que tu es rentré de Smeltings, je t'ai fait tes plats préférés…

Dudley sembla réfléchir un instant, si son front plissé était une indication. Il hocha la tête et resta silencieux le temps que Vernon, qui circulait à vitesse réduite sur le parking de l'hôpital, trouve une place libre pour se garer.

Le gros homme était resté silencieux tout le trajet depuis le cabinet du généraliste. Le Docteur Mitchell avait identifié le contenu du sachet comme étant bien du cannabis, et admis avec toutefois un peu d'hésitation que la prise à forte dose de telles substances illicites pouvait éventuellement provoquer des hallucinations. Il avait détaillé son jeune patient avec un œil critique, prescrit une analyse de sang et son infirmière avait effectué sur-le-champ le prélèvement qui devait être déjà sur le chemin du laboratoire dès la fin du rendez-vous.

Vernon avait raconté que son fils voyait des asticots partout, ce qui était déjà hautement inhabituel, mais en plus, Dudley semblait avoir eu l'impression de voir son cousin dans une pause érotique pour ne pas dire pornographique avec un homme inconnu dans une pièce de la maison dont tous les accès étaient clos et inaccessibles.

Tous ces faits révélés avaient dépassé le médecin de quartier qui avait donc dirigé les Dursley vers un addictologue, spécialiste qui serait plus à même de traiter le problème.

La pâleur de Pétunia indiquait son degré d'agitation. Mais qu'avaient-ils donc bien pu faire au ciel, pour mériter une telle punition divine ? La chipie blonde ne pensa pas une seule minute à Harry et au traitement qu'elle et sa famille lui avaient infligé depuis plus de quinze ans…

L'angoisse de Dudley était clairement visible sur sa figure lorsqu'il descendit du véhicule paternel. Il était d'une lividité alarmante et secouait la tête de gauche à droite, faisant par ce geste trembloter ses triples mentons. Pétunia s'accrocha au bras gauche de son abominable rejeton obèse tandis que Vernon agrippait son bras droit pour le conduire quasiment manu militari devant les portes vitrées automatiques du Whinging Memorial. Dudley commença à gémir bruyamment tout en tentant de se dérober à la poigne ferme de son père.

— M'man ! Je veux pas y aller !

— Mais mon Diddy, c'est pour ton bien, tenta Pétunia au bord des larmes.

— Allons, mon garçon, ne fais pas l'enfant, l'intima Vernon pour une fois agacé. Je suis persuadé que ce n'est rien du tout et que tout est de la faute de ce petit crétin de Potter ! rajouta-t-il avec une mimique significative en direction de Pétunia qui comprit aussitôt.

—Ton père a raison, mon Dudleynouchet. Mais tu comprends, seul le spécialiste pourra t'aider et défaire ce que ce petit monstre t'a fait.

Dudley hésita et lança un regard larmoyant à sa mère puis hocha la tête avec résignation. Les portes automatiques s'ouvrirent à leur passage et les Dursley se dirigèrent vers le bureau de la secrétaire qui s'occupait de l'accueil au service d'addictologie comme l'indiquait la pancarte accrochée au-dessus du box où elle siégeait. Miss Jane Edwards qui officiait à ce poste, était une femme replète d'une cinquantaine d'années, avec des cheveux noirs plaqués sur son crâne et ramassés en chignon serré au-dessus de sa tête, comme une pomme sur le crâne du fils de Guillaume Tell. Pétunia jugea aussitôt la coiffure ridicule d'un simple coup d'œil critique.

Le visage lunaire de la femme était agrémenté d'une atroce paire de lunettes rondes en écaille style hublots qui lui donnait un air complètement abruti. Sa blouse blanche était trop étroite et la boudinait, faisant encore plus ressortir sa volumineuse poitrine. Un badge indiquait son identité et sa fonction. Un lourd collier de perles en plastique rouge égayait la tenue officielle de l'établissement et de grands et larges bracelets du même plastique tapaient contre le contreplaqué du bureau à chacun de ses mouvements. Tout en torturant un stylo bille innocent de ses ongles pointus et peints en bleu, la femme, la bouche pincée en cul de poule et le regard bovin, s'adressa aux nouveaux venus :

— Qu'est-ce que j'peux faire pour vous, M'sieurs dame ?

— Nous sommes les Dursley, annonça Vernon, et notre fils Dudley a rendez-vous avec le Docteur Weber. Nous sommes envoyés par le Docteur Mitchell.

— Ah oui ! Je suis au courant ! Le Docteur Weber vous attend. C'est la première porte à gauche dans le couloir en face de vous. Vous pouvez y aller.

Pétunia fit un signe de tête sec à la femme et le bras toujours accroché au coude de son rejeton, elle prit la direction indiquée. Vernon ferma la marche, prêt à faire barrage de son corps volumineux, au cas où Dudley aurait la fâcheuse idée de tenter un demi-tour intempestif. Pendant que les trois Dursley s'éloignaient, la secrétaire médicale, amusée, se leva de sa chaise de dactylo et se pencha à l'oreille d'une infirmière en blouse et coiffe réglementaire pour lui rappeler le ragot bien croustillant qui circulait depuis peu en ville.

— Tu te souviens de ce que Paula Wilson nous a raconté l'autre jour ? Sa voisine avec la lessive particulière qui séchait dans son jardin…

— Oui, pourquoi ?

— C'est elle… fit Miss Edwards en désignant discrètement du menton Pétunia qui s'éloignait dans le couloir précédemment indiqué.

Les deux femmes se tournèrent afin de ne pas être remarquées et pouffèrent de rire dans leurs mains, tentant désespérément de contenir leur hilarité.

La tante d'Harry poussa une porte bleu marine et entra dans un petit salon d'attente au papier peint blanc orné d'une frise du même bleu que la porte. Au fond de la pièce, une rangée de fauteuils bas recouverts de tissu chenillé ciel invitait les patients à s'installer. Une infirmière sortit du bureau du médecin, un dossier à la main.

— Vous êtes les Dursley ? Vous pouvez entrer.

Vernon hocha la tête et poussa Dudley de sa main dodue. Un homme grand, athlétique et musclé, à l'abondante chevelure blonde et aux yeux bleus, vêtu d'une blouse blanche indiquant sa fonction, leur tendit une main manucurée avec un sourire ravageur digne d'un mannequin pour une publicité d'un nouveau dentifrice.

— Bonjour Madame Dursley, Messieurs… Vous êtes venus pour le jeune Dudley, je crois… fit-il d'une voix suave, presque érotique.

Pétunia rougit alors et d'un geste machinal tapota sa mise en plis de sa main osseuse, tout en tortillant ses jambes maigres et ses fesses en goutte d'huile. Le médecin indiqua d'un geste de la main les trois fauteuils qui se trouvaient devant son bureau et s'empressa d'aller prendre place dans le sien.

— J'ai reçu un coup de fil de Mitchell, généraliste à Wisteria Walk. Alors, si j'ai bien compris, vous vous inquiétez pour ce jeune homme. Vous avez donc trouvé du cannabis dans la chambre de votre fils…

— Oui, assura avec ferveur Pétunia, tout en fouillant dans son grand sac à main orné de pampilles de métal.

Elle lui tendit le sachet et Dudley baissa la tête comme pour tenter de passer un peu plus inaperçu. Vu son volume, c'était peine perdue… Le médecin soupira en examinant le contenu offensant. Il toisa d'un œil sévère l'obèse qui se ratatina, puis il rangea le sachet dans un tiroir de son bureau qu'il ferma à clé.

— Si vous permettez, je vais garder ceci.

Vernon et Pétunia n'émirent aucune objection. Ils étaient même soulagés de ne plus se trouver en possession de cette chose. Le médecin fit Dudley se lever et le conduisit au fond de la pièce afin de commencer son examen physique. Le cousin d'Harry fut obligé de se déshabiller et en caleçon à pois et chaussettes Snoopy, il fut mesuré et pesé. Weber nota sur le dossier vierge qu'il venait de commencer, que le garçon âgé de presque dix-huit ans, mesurait 1.79 m et pesait 135,700 kg. Il annonça d'ores et déjà une obésité morbide et la nécessité d'une consultation avec le nutritionniste de l'établissement, ce qui fit grimacer Pétunia et protester Dudley.

L'examen se poursuivit pendant un bon quart d'heure et le gros garçon, vexé, dut s'isoler dans les toilettes du bureau pour uriner dans un petit bocal.

Dudley se rhabilla et retourna s'installer dans le fauteuil entre ses deux parents. Le médecin prit connaissance de la lettre de son confrère et la reposa sur son bureau.

— Monsieur Dursley, fit-il en s'adressant au plus jeune membre de la famille. Que voyez-vous lorsqu'on vous présente de la nourriture ?

— Des asticots, marmonna Big D, gêné.

— Je vois…

Mike Weber se leva et alla vers l'armoire de son bureau. D'une sacoche style messager, il sortit un sandwich œuf/concombre et en retira le film plastique qui le recouvrait. Il retourna s'asseoir et présenta l'encas à son patient tout en soulevant le triangle supérieur de pain.

La réaction de Dudley ne se fit pas attendre. Il se jeta en arrière dans son fauteuil et poussa un cri aigu tout en écarquillant les yeux d'horreur.

— Que voyez-vous, Dudley ?

— Des… des… des asticoooooooots !

Le cochon à perruque blonde se jeta dans les bras de sa mère en tremblant comme une feuille morte. Weber remit tranquillement la tranche de pain sur le sandwich et le posa sur une feuille de papier au coin de sa table.

— Nous sommes fixés. Il semble qu'en effet, Dudley ait des hallucinations. Mon garçon, fit-il à l'adresse de son patient, mon sandwich est aux œufs durs et aux concombres. Et à rien d'autre… surtout pas aux asticots, je peux vous l'assurer.

Dudley se redressa les yeux rouges, des larmes coulant sur ses grosses joues. Il hocha la tête et écouta le médecin.

— Le Docteur Mitchell a réalisé une prise de sang qui est en ce moment même en cours d'analyse. Dès que j'aurai les résultats, ainsi que ceux de l'analyse d'urine, je saurai exactement s'il y a quelque chose dans le sang de votre fils qui explique ce phénomène.

— Bien, fit Vernon en hochant la tête.

— Dudley, avez-vous fumé récemment du cannabis ?

L'obèse lança un œil craintif vers chacun de ses parents et soupira en hochant simplement la tête.

— Aujourd'hui ?

— Oui, répondit-il dans un souffle.

Vernon et Pétunia s'agitèrent dans leurs sièges. Tandis que le spécialiste notait des choses dans le dossier de Dudley, le fauteuil de Vernon commença à donner des signes de faiblesse. Il fallait dire aussi que le cachalot échoué – comme le surnommait Harry – dépassait les 160 kg et que l'humble siège n'était pas destiné à recevoir un fessier aussi monumental et pesant. Le fauteuil se mit à se balancer de gauche à droite et d'avant en arrière. Ce mouvement alerta le médecin qui leva alors le nez de la feuille qu'il noircissait de sa petite écriture fine. Bouche bée, les yeux écarquillés, il vit Vernon Dursley qui diminuait progressivement de hauteur devant lui. L'obèse descendait littéralement comme s'il se trouvait dans un ascenseur.

— Mais… Vernon… qu'est-ce qu'il t'arrive ? fit la voix inquiète de Pétunia.

Dudley se tourna également vers son géniteur et ouvrit la bouche de stupeur. Vernon continuait de descendre. Le vérin à gaz de son fauteuil de bureau venait de céder et s'affaissait progressivement. L'assise de l'obèse était maintenant presque au ras du sol. Le médecin s'appuya des deux mains sur son bureau, se leva et se pencha en avant, un peu amusé.

— Tout va bien, Monsieur Dursley ? Justement, ça tombe bien, votre fils doit consulter le nutritionniste pour faire un régime amaigrissant. Je vous suggère très fortement de l'accompagner et de prendre un rendez-vous pour vous-même, si vous voulez atteindre l'âge de la retraite et surtout en profiter en pleine possession de vos moyens. Je ne vous apprends pas ce que vous risquez actuellement, je pense que le Docteur Mitchell a dû vous mettre au courant depuis longtemps. Bien, ajouta-t-il en se rasseyant tandis que Vernon confus, s'extirpait à grand peine du siège défoncé avec l'aide de Pétunia et de Dudley. Ceci dit, je vais garder votre fils en observation, afin de déterminer ce qui se passe et combien de temps ces hallucinations vont durer. Je ne vous cache pas que ce n'est pas une réaction habituelle lors d'une consommation occasionnelle de cannabis. Non, en général, il faut vraiment une consommation importante pour avoir ce genre d'effet, qui reste malgré tout rare mais connu.

Pétunia qui venait de se rasseoir alors que son époux restait du coup debout – vexé – regarda son fils avec horreur.

— Dudley ? Tu n'as pas pris autre chose ? Il faut que tu le dises au docteur, si tu as pris de la drogue quand tu étais chez Piers.

— Nan ! protesta vigoureusement le porcelet. Je n'ai rien pris d'autre ! Jamais ! On a juste fumé un peu, c'est tout.

Le docteur regarda Dudley et ses parents. Nonchalamment, il s'adressa à Pétunia.

— Avez-vous noté chez votre fils ce genre de symptômes ? Des difficultés de concentration, des difficultés scolaires ? Un sentiment de persécution ? Un dédoublement de la personnalité ? Une forte anxiété ?

Pétunia grimaça et échangea un regard inquiet avec Vernon qui affichait une mine stoïque mais le tremblement de sa moustache laissait paraître son agitation à ceux qui le connaissaient bien.

— Un… un petit peu de tout ? tenta Pétunia à contrecœur.

— Je vais garder Dudley dans mon service dès aujourd'hui. Nous allons le surveiller et voir ce qu'il en est. Nous allons le désintoxiquer parce qu'à mon avis, sa consommation personnelle est très importante et à la limite de l'overdose.

Les doigts noueux de Pétunia se crispèrent sur l'accoudoir de son fauteuil et son sac à main en tomba sur le sol moquetté. Vernon poussa un soupir à fendre l'âme et baissa la tête. Dudley, lui, leva le nez vers le médecin et le regarda en clignant des yeux d'un air stupide, comme s'il n'avait rien compris.

— Je vais faire passer une batterie d'examens à Dudley puisque nous l'aurons sous la main. Son poids est très au-dessus de la normale et pour sa santé il est plus que nécessaire qu'il maigrisse de toute urgence, s'il ne veut pas que son cœur lâche avant ses trente ans.

Pétunia avala sa salive avec difficulté et regarda son fils avec inquiétude.

— Vous êtes sûr, Docteur ? Parce que vous savez, il a de gros os… comme son père. C'est de famille.

— Oui, Madame Dursley, j'en suis sûr. Venez, jeune homme, nous allons vous installer dans une chambre confortable. Vous y serez très bien, il y a même le câble et une salle de détente avec des jeux vidéos.

À cette annonce, un sourire égaya le visage porcin : Dudley se voyait déjà tranquillement installé devant Final Fantasy VII. Tout à coup, ce séjour impromptu à l'hôpital lui paraissait presque idyllique. Si en plus on le débarrassait de ses visions d'asticots ou de son cousin Harry en train de faire des choses innommables, c'était parfait.

Une infirmière conduisit le trio infernal à travers le service, jusqu'à une chambre modeste aux murs peints de jaune pisseux qui fit froncer le nez à Pétunia. Dudley se dirigea vers le lit avec l'intention de tester le matelas et l'élasticité du sommier métallique. Il se dandina à travers la pièce tout en se grattant furieusement l'entrejambe, sans aucune gène ni pudeur.

Le geste ne passa pas inaperçu aux yeux de fouine de sa mère.

— Dudley ? Pourquoi tu te grattes là ? demanda-t-elle le front plissé par la suspicion.

Pétunia avait toutes les raisons du monde de se poser cette question. Elle avait trouvé des polaroïds avec des prostituées dans la boite de chaussures ayant contenu le fameux sachet de cannabis.

— Ne me dis pas que tu as attrapé des morpions ? insista-t-elle.

— Pétunia… hésita Vernon, gêné par la tournure de la conversation.

— Vernon, tu as bien vu que Diddy avait des photos osées dans sa boite. Nous ne savons pas qui les a prises. Il a peut-être eu commerce avec des créatures dégoûtantes, rajouta-t-elle, employant pour l'occasion une expression désuète.

— Nous en reparlerons plus tard, Pet. Ça fait beaucoup à avaler pour aujourd'hui, si tu permets… marmonna Vernon qui commençait à être démoralisé.

Dudley n'avait visiblement pas écouté la question de sa mère, ou ne l'avait pas comprise, avec lui c'était souvent difficile de savoir. Pour le moment, il était allongé de tout son long sur son lit d'hôpital, les bras repliés derrière la nuque.

— C'est quand qu'on bouffe, ici ? Le doc il a dit qu'il allait m'guérir et que j'verrai plus d'asticots. J'ai faim, moi !

— J'ai des gâteaux si tu as faim, mon Dudleynouchet, fit Pétunia en ouvrant son grand sac à main à pampilles.

Elle en sortit un paquet non entamé de cookies Morrison aux pépites de chocolat et le tendit à Dudley. L'infirmière qui venait d'entrer dans la pièce avec un pyjama rayé sinistre pour son nouveau patient, secoua la tête de désapprobation et arracha l'objet infamant des mains de la blonde maigrichonne.

— Pas de gâteaux ! C'est interdit pour Monsieur Dursley ! révéla-t-elle sèchement. Le nutritionniste doit passer tout à l'heure afin de fixer les modalités du régime. Ce jeune homme ne consommera que ce qui lui aura été prescrit.

— Méééééé ! J'AI FAIM ! hurla l'obèse avec des cris déchirants.

Pétunia éclata en sanglots et quitta la pièce en courant. Enfin… disons qu'elle se déhancha sur ses échasses obtenues en solde. Elle ne voulait pas voir son petit garçon souffrir autant…


Au numéro 4, Privet Drive, Harry venait de se réveiller. Tenebrus était toujours perché sur le bois du lit et dormait la tête sous l'aile. La maison était silencieuse. Le jeune sorcier jeta un coup d'œil sur la montre neuve qu'il portait au poignet. Il était déjà 19h30 et visiblement les Dursley étaient de sortie. Normalement, étant donné la venue de la Tante Marge le lendemain midi, Pétunia aurait dû être en train de cuisiner et la bonne odeur des plats mijotés aurait dû parvenir jusqu'à la modeste petite chambre d'Harry.

Or, il n'y avait aucune odeur précise et surtout aucun bruit. Les Dursley avaient rendez-vous chez le Docteur Mitchell en fin d'après-midi, juste après la sortie du travail de Vernon. Ils auraient dû rentrer depuis un bon moment. Jamais ils ne traînaient lorsqu'ils se rendaient à une consultation chez le généraliste du quartier, surtout avec Dudley qui détestait les visites chez le médecin et braillait dès son retour afin d'avoir toute l'attention de ses parents le plus tôt possible.

Harry pouffa de rire derrière sa main en songeant à la scène que Dudley avait dû offrir lorsqu'il avait parlé de ses hallucinations et surtout lorsque Pétunia avait dû parler du cannabis. Le jeune homme se demanda un instant si elle avait osé le raconter. Il savait – pour l'avoir vécu maintes fois – que sa tante dissimulait systématiquement tout ce qui pouvait porter un quelconque préjudice à la réputation de son abominable rejeton.

Alors qu'il se levait en s'étirant comme un chat, il entendit le bruit de la porte d'entrée qui claqua violemment sur sa butée, signe typique que Vernon venait de l'ouvrir. Le boucan avait réveillé Tenebrus qui se retransforma alors en humain. Il leva un sourcil inquisiteur et Harry murmura une explication discrète.

— Oncle Vernon vient de rentrer. Sûrement avec Tante Pétunia… ils avaient rendez-vous chez le médecin, mais ils ont vachement traîné et j'ignore pourquoi. Ce n'est pas dans leurs habitudes et d'ailleurs on devrait entendre Dudley gémir et brailler. C'est ce qu'il fait à chaque fois qu'il va chez le docteur. J'aimerais bien savoir ce qui se passe…

— Tu as tes petits artefacts diaboliques créés par les jumeaux Weasley. Utilise-les…

Harry ne put s'empêcher de sourire.

— Je savais bien que tu trouverais une certaine utilité aux jumeaux.

Severus lui assena une tape sur la tête afin de le museler et donna un coup de menton en direction de l'armoire où étaient cachées les oreilles à rallonges.

Quelques instants plus tard, nos deux héros se trouvèrent de nouveau allongés sur le plancher devant la trappe ouverte de la chatière. Comme précédemment, les deux pavillons auriculaires flottèrent jusqu'aux premières marches de l'escalier et les voix haïes des Dursley leur parvinrent.

— Mon petit Dudleynouchet, pleurait Pétunia entre deux mouchages bruyants. Il va être si malheureux à l'hôpital ! Ils vont l'affamer ! Il va mourir de faim !

Des sanglots déchirants parvinrent aux oreilles des deux espions qui levèrent les yeux au ciel. Avant que Dudley ne meure de faim, il y avait une sacrée marge qu'il n'était pas à la veille de franchir.

— Mais non, mais non… Ils n'ont pas le droit ! Ils ne vont pas le faire mourir de faim, juste le mettre au régime, comme on l'a fait auparavant après que l'infirmière de Smeltings ait exigé qu'il maigrisse.

— Vernon ! Il n'était pas prévu qu'ils le mettent au régime ! Dudley a simplement besoin qu'on le guérisse de ses hallucinations, c'est tout ! Et éventuellement de cette étrange addiction qu'il aurait… ajouta-t-elle plus bas.

— Je trouve très suspecte cette histoire d'asticots, marmonna Vernon, pas très content. Je suis certain que cette petite vermine de Potter est responsable de tout ce fiasco ! À chaque fois qu'il est ici, il se passe des choses anormales ! Et en plus Marge arrive demain matin… Mais qu'est-ce qu'on va lui dire ? Elle va paniquer, elle adore Dudley et elle déteste les hôpitaux, une véritable hantise ! Elle ne voudra jamais aller le voir au Whinging Memorial…. Rappelle-toi lorsque le Colonel Courtepatte s'est fait opérer de la prostate, elle n'a même pas voulu aller lui rendre visite, et tu sais combien elle estime le Colonel.

— Oui, je sais, soupira Pétunia en se levant. Il est tard, il faut que je fasse le dîner, et que j'avance un peu pour demain. Avec tous ces évènements, j'ai pris du retard. Je voulais recevoir Marge comme il se doit, et là… Et la barrière n'est toujours pas repeinte. Demain, je mettrai ce petit démon au travail. Pas question qu'il se roule les pouces pendant que je m'escrimerai à la tâche !

— Si tu veux, abandonna Vernon qui avait pourtant décidé qu'il ne laisserait pas l'anormal quitter sa chambre de tout son séjour.

Le bruit de la conversation s'éloigna soudain, signe que les deux protagonistes venaient de s'enfermer dans la cuisine. Harry se redressa et s'assit par terre, son oreille à rallonge à la main. Severus fit la même chose et tous deux récupérèrent leur petit matériel d'espion à présent inutile.

— On ne peut rien faire de plus aujourd'hui, fit Harry dans un soupir. Tante Pétunia ne va plus me demander de sortir de la chambre d'ici demain matin. Nous devrions appeler Dobby pour qu'il nous apporte le repas. Au moins, on aura mangé. Ensuite… on va devoir attendre qu'ils aillent se coucher pour aller une dernière fois ou presque, à la salle de bain.

— À quelle heure penses-tu que cette Marge va arriver ? s'inquiéta Severus qui réfléchissait à toute allure.

— Demain midi, si j'en crois Tante Pétunia.

— Donc, demain matin nous aurons encore une certaine liberté. Ensuite, nous allons devoir trouver une solution.

Severus balaya la miteuse petite chambre de son regard d'aigle. Ses yeux noirs se posèrent sur le mur nu en face d'eux.

— Et de ce côté, il y a quoi derrière ?

— La chambre de l'Oncle Vernon et de la Tante Pétunia. Et en plus, c'est plein de meubles de l'autre côté. Donc on oublie… c'est impossible.

— Nous n'avons donc pas d'autre solution que de nous débarrasser de cette Marge dans les plus brefs délais.

— Tu as une idée ? tenta Harry plein d'espoir.

— Pas vraiment… Nous allons devoir aviser en fonction de son comportement.

— Tu ne vas pas être déçu, alors. C'est un véritable monstre. Misère… Pourquoi est-ce que Dumbledore nous a obligés à passer les vacances dans ce trou à rats ?

— Tu sais très bien comment il est, Harry. Quand il a décidé quelque chose, rien ni personne ne peut lui faire changer d'avis. J'en fais les frais depuis presque vingt ans.

— En tout cas, je n'ai pas l'intention de faire de cadeau à cette vieille bique ! pesta Harry, hargneux.

— Du calme, chaton ! Nous aviserons en temps et en heure. Dobby ! appela alors Severus qui commençait à avoir faim.


Lorsque la voiture de Vernon s'arrêta sur le parking devant le garage, Harry se trouvait à pied d'œuvre dans le jardin de devant et terminait le désherbage des plates-bandes de fleurs après avoir déjà tondu la pelouse. Le jeune sorcier lança un regard glacé sur la grosse femme aux cheveux châtains qui sortait du véhicule accompagnée par son bouledogue bavant et soufflant. Elle émit une sorte de ricanement déplaisant lorsqu'elle vit le garçon agenouillé près d'un seau débordant de mauvaises herbes.

— Il est encore là, celui là ? Franchement, Vernon, ce n'est pas pour dire, mais je me demande comment tu fais pour le supporter ! Tu es un saint, mon pauvre frère… Moi, il y a longtemps que je l'aurais expédié à l'orphelinat.

— Tu sais bien que je ne peux pas, Pétunia ne le supporterait pas. Elle estime que c'est son devoir de s'occuper du fils de sa sœur.

— Ta femme est une sainte également, Vernon. À elle toute seule, elle rachète les péchés de sa misérable sœur et son alcoolique de mari. Allez, viens, Molaire ! Ne va pas te gâcher les dents sur cette petite vermine… Viens, mon Molairichounet…

L'odieuse bonne femme tira sur la laisse de son sale cabot, lança un regard tueur savamment étudié à Harry et le nez en l'air, style Narcissa Malefoy devant une bouse de dragon, entra dans la maison à la suite de son frère. Harry entendit la voix de crécelle de sa Tante Pétunia s'extasier hypocritement et minauder. Dès que la porte se referma, Harry osa relâcher le souffle qu'il avait retenu sans y prendre garde et lança un regard vers le corbeau qui était installé au-dessus de lui, dans la gouttière.

— Tu viens de faire connaissance avec cette chère Tante Marge et son abominable cabot. Dolorès Ombrage est une débutante à côté d'elle, et Patmol était un caniche à côté de Molaire.

Un « Praaaaaakkkk » agressif répondit à la diatribe d'Harry. Tenebrus avait bien entendu les paroles de la grosse Moldue et n'avait pas apprécié que Lily soit traitée de misérable. Cette mégère acariâtre n'avait qu'à bien se tenir !

Dans la cuisine, Pétunia s'essuyait les yeux dans son tablier, après s'être faite plaindre par Marge qui ne se remettait pas du coup du sort frappant son adorable neveu. Un aussi gentil garçon, de bonne famille, bien élevé et tout… qui se retrouvait à l'hôpital de la ville pour une cure de désintoxication, ça ne pouvait être dû qu'à une mauvaise influence extérieure. Bien évidemment, l'influence en question était nommée et avait des lunettes rondes et les yeux verts.

— Et un régime ! Non mais ! À quoi pensent ces incapables de médecins ? Dudley a toujours été potelé. Je me souviens quand il était bébé, il était adorable avec ses bonnes joues bien joufflues. Et puis, il a une forte ossature, c'est un Dursley ! C'est que nous sommes solides chez nous.

Pétunia se retourna pour grimacer. Est-ce que Marge sous-entendait encore que chez les Evans, on était des squelettes ambulants dignes du Biafra en temps de famine ? Ce n'était pas de sa faute, si elle était fine et élancée. D'ailleurs, elle recevait souvent des compliments sur sa silhouette. Elle au moins n'avait pas besoin de faire de régime, et Yvonne, sa meilleure amie, l'enviait très souvent et s'extasiait sur la façon dont ses vêtements tombaient.

Mais Marge, un verre de Xérès à la main, continuait à pérorer.

— Je déteste les hôpitaux. C'est plus fort que moi, je ne peux pas ! Je suis navrée, mais je ne pourrai pas aller avec vous pour voir mon pauvre Dudleynouchet. Vous lui ferez plein de bisous de la part de sa Tante Marge. Et j'ai un petit billet aussi pour lui. Ce trésor a bien besoin d'une petite gâterie. Es-tu sûr qu'il sera convenablement traité dans cet établissement, Vernon ? Et surtout nourri décemment ? Un régime… Diddy n'a pas besoin de régime ! Il est en pleine croissance ! Tu nous as fait quoi de bon à déjeuner, Pétunia ?

Dans le jardin, Harry venait de terminer son désherbage et était allé vider son seau dans le silo à compost à l'arrière de la maison, Tenebrus voletant autour de lui. Il jeta un regard vers la véranda et vit sa famille s'installer à table. Visiblement, Vernon et Pétunia hésitaient à le mettre en présence de Marge et cela lui convenait parfaitement. Le jeune sorcier espérait qu'on l'enferme dans sa chambre pour l'après-midi, ainsi il pourrait demander un déjeuner décent à Dobby et éviter Marge et Molaire.

Malheureusement, la chance n'était pas avec lui ce jour-là. Merlin devait être occupé ailleurs car Harry fut appelé pour débarrasser la table et faire la vaisselle, sous l'œil agressif de l'infâme visiteuse. Tenebrus resta perché dans un arbre, les yeux rivés sur la fenêtre de la cuisine occultée par un rideau de dentelle. Lorsque Pétunia et Vernon annoncèrent leur départ pour le Whinging Memorial, un poids tomba sur l'estomac d'Harry. Malheur ! Il allait être seul avec Marge !

— POTTER ! cria Vernon, le teint sanguin après ses agapes de la mi-journée. Nous partons rendre visite à Dudley, ta Tante et moi. Tu as jusqu'à l'heure du thé pour repeindre la barrière. Et je ne veux pas voir une seule goutte de peinture ailleurs que sur le bois ! Si tu me salopes la pelouse ou l'allée, je te le ferai payer. Est-ce que c'est compris ?

— Oui, Oncle Vernon, répondit Harry en fixant le sol devant lui, la tête basse.

Il entendit son Oncle ronchonner, ce qui était le signe que sa réponse et son attitude l'avaient satisfait. Il y avait longtemps que le petit sorcier avait appris à ne jamais fixer Vernon dans les yeux pour lui répondre. Plus il était humble et soumis, et plus Vernon était satisfait.

— Quand tu auras terminé, tu nettoieras tout derrière toi, et tu retourneras dans ta chambre. Ensuite, je ne veux plus te voir ! Est-ce clair ?

— Limpide, Oncle Vernon.

— Parfait. Dégage ! Et si j'ai un seul mot à te dire, je te démolis !

En sortant de la cuisine, Harry vit le sourire satisfait de Marge et une bouffée de haine monta en lui. Par la barbe de Merlin et le string de Circé, cette vieille charogne le rendait dingue. Molaire grogna en montrant les dents, lorsqu'il le dépassa, mais le chien ne fit aucun mouvement vers lui. Il espérait que Marge reste dans la maison et qu'il ait la paix pour l'après-midi. Harry savait qu'il ne devait pas trop y compter et alors qu'il se dirigeait vers l'appentis en soupirant, il commença à avoir un mauvais pressentiment. Marge avait bu plus que de raison, si le nombre de bouteilles vides qu'il avait dû jeter était une indication. La bouteille de Xérès de l'apéritif avait pris un sacré coup, ainsi que celle de Cognac du digestif. Et ne parlons pas des trois bouteilles de vin rouge français qu'elle et Vernon avaient vidées. Pétunia ne comptait pas, elle ne buvait que de l'eau pétillante et du thé.

Harry entra dans la petite cabane de jardin cachée derrière le vieux sapin. Il fouilla l'unique étagère poussiéreuse pour y dénicher le gros pot de peinture qu'il savait y trouver ainsi qu'un pinceau, une bouteille de diluant et un vieux chiffon qui avait été autrefois un tricot de corps de l'Oncle Vernon. Le jeune sorcier glissa le pinceau dans la poche de son vieux pantalon trop grand, ainsi que le chiffon, puis il souleva le petit seau de peinture par son anse et quitta l'abri tranquillement. Un large coup d'œil panoramique lui apprit que Tenebrus était toujours dans le jardin et qu'en fait il le suivait partout où il allait. Harry prit son temps pour rejoindre la fameuse barrière qui attendait son énième coup de peinture. Cette obstination à la repeindre devenait ridicule. Bientôt, les diverses couches de blanc brillant seraient plus épaisses que le bois lui-même… Cette pensée arracha un sourire discret à Harry qui s'agenouilla et ouvrit délicatement le couvercle métallique du pot et le posa sur le journal qu'il avait auparavant étalé sur les dalles de l'allée. Étant de dos, il ne vit pas le rideau de la fenêtre derrière lui s'écarter et un visage bouffi le regarder avec des yeux méchants et remplis de haine.