Dans ce nouveau chapitre, vous en saurez un peu plus sur le passé des deux héroïnes. J'ai essayé d'être fidèle au film au maximum, tout en conservant une part de cohérence dans mon histoire...

J'espère que cela vous plaira !


Il y a trois ans, lors de sa reconversion professionnelle et son retour à la vie étudiante, Julia avait vécu une grande histoire sentimentale avec une de ses camarades d'université. Elles s'étaient tout échangé, avaient vécu avec force et passion. Cette histoire brûlante s'était sûrement consumée d'elle-même, car après des mois de fougue et d'amour dévorant, Julia dut faire face à la pire séparation de sa vie. Des déceptions amoureuses, elle en avait pourtant connu. Mariée pendant dix ans à un homme gentil mais pour lequel elle n'éprouvait pas plus qu'un simple attachement amical, elle s'était découverte attirée par les femmes vers la trentaine. Comme si elle voulait rattraper le temps perdu dans les bras froids de ce fade mari, Julia multiplia les conquêtes. Mais la plupart de ses histoires de duraient pas. Régulièrement quittée, quand il ne s'agissait tout simplement pas d'un simple amour à sens unique, Julia pensait avoir connu un bel éventail de toutes les déceptions amoureuses possibles. Dans le cas de de Lisa-Marie, la psychiatre pensait s'en remettre vite, comme toutes les fois précédentes, et recommencer avec la suivante. Pourtant elle sentait que pour la première fois de sa vie, son attachement n'était pas un simple désir, mais un vrai amour, puissant et désordonné. Pour la première fois de sa vie, elle sentit la douleur physique de la séparation et le mal qu'elle ressentait dans son corps et dans son cœur l'empêchait de vivre. Elle qui autrefois aimait rire, faire la fête et voir des amis, s'enferma chez elle, refusa tout ce que ses amis lui proposaient et des idées noires commencèrent à se former dans son esprit. Un jour, elle se réveilla dans un lit d'hôpital. Julia ne voulait revivre cela pour rien au monde. Elle se souvenait que son amour pour Lisa-Marie avait commencé par ses mêmes sensations subtiles et agréables que celles qu'elle ressentait quand elle voyait Elizabeth.

« Bon, je vais aller voir le port, c'est important. Liz – non, Mme Collins Stoddard –, doit me montrer l'environnement de David. Je dois y aller, c'est dans le cadre de sa thérapie. Je dois connaître cet endroit et voir exactement où a eu lieu l'accident. » Julia se convainquit de l'importance professionnelle de ce voyage en ville, et rejoignit Elizabeth qui l'attendait patiemment en bas du grand escalier.

Dans la belle Chevrolet familiale, le dernier signe extérieur de richesse des Collins, Julia se sentait comme une reine. Elle regardait défiler le paysage forestier de Collinwood qui se déployait à perte de vue sous le beau soleil printanier. Parfois ses yeux s'arrêtaient involontairement sur le profil régulier et noble d'Elizabeth, qui, tout en conduisant la voiture, lui montrait d'un signe de la main ou du menton telle ou telle curiosité touristique. Julia gobait ses paroles. La voix d'Elizabeth s'adressant à elle-seule lui donnait une impression d'intimité. Le sens de ses phrases lui échappait tout à fait elle n'entendait que la musique du flot ininterrompu de mots. Bercée par les mouvements de la voiture et le son de la voix de Liz, elle ne s'était encore jamais sentie aussi sereine depuis son arrivée au manoir.

- …et vous ?, lui demanda Elizabeth d'une voix douce.

Julia sortit de sa rêverie. Elizabeth la regardait avec un regard complice.

- Je vous demande pardon, je m'étais assoupie, mentit-elle. Que me demandiez-vous ?

- Je vous parlais de mon mari. Et je vous questionnais sur l'éventuel M. Hoffman…

Le sang de Julia ne fit qu'un tour. Elizabeth était mariée. C'est vrai qu'elle ne s'était jamais posé la question. Carolyn avait bien un père, c'est évident. Qui donc pouvait être ce monsieur Stoddard ? Toutes ces questions lui vinrent aux lèvres, mais il lui sembla plus poli de répondre la première.

- J'ai été marié à l'âge de 20 ans. Un homme charmant, mais, pour faire simple, nous ne nous convenions tout simplement plus… Nous avons décidé de nous séparer après quelques années de mariage.

- Et depuis, vous ne vous êtes pas remariée ? demanda Elizabeth, étonnée.

- Non, je n'en ai pas eu l'occasion. Et puis, mes quelques aventures ne furent jamais très sérieuses. Julia ne voulait pas révéler à Liz ses attirances encore trop souvent jugées particulières, si ce n'est contre-nature, surtout dans les grandes familles de province.

Mais puis-je me permettre de vous retourner la question ? osa-t-elle aussitôt.

- Timothy Stoddard et moi-même nous sommes mariés à 18 ans. Nous étions jeunes, nous n'étions pas vraiment amoureux, mais que voulez-vous… dans les grandes familles, on ne vous demande pas votre avis. Nos deux familles se connaissaient depuis des générations et quand nous eûmes l'âge, il sembla à tout le monde que notre mariage pourrait avoir de bons avantages. Les Stoddard gagnaient un titre, et les Collins un peu d'argent qui nous manquait déjà cruellement. Timothy était un bon garçon, je crois que je l'ai aimé, un peu… Puis Carolyn est née. Il était fou de sa fille, passait énormément de temps avec elle, lui a appris comment faire du bateau à voile, monter à la corde, ou allumer un feu… Mais plus le temps passait, plus Carolyn grandissait, et plus son père – avec qui je ne partageais déjà plus grand-chose - se montrait distant et absent. Un jour, il m'avoua qu'il voulait partir. New York et la vie trépidante de la ville lui manquaient et il n'en pouvait plus de « vivre cette vie d'ermite dans ce grand château froid ». Ce sont ses propres mots. Je ne fus pas surprise. J'attendais ce moment depuis longtemps. Il partit donc, et je restai ainsi seule à faire face.

- Et votre frère Roger ? Il ne vous aide pas, justement, à « faire face » ?

- Ah, Roger … vous avez bien vu … ou alors, vous avez aperçu, étant donné la brièveté de votre rencontre… Il ne pense qu'à s'amuser… Je ne peux lui confier aucune tâche importante, il serait capable de tout gâcher… Vous voyez, donc, je ne veux pas me plaindre, mais ma vie n'est pas très passionnante …

- Je suis désolée pour vous, et je vous admire à la fois. Affronter seule les problèmes matériels du château, tout en élevant ces deux jeunes enfants… Vous êtes d'une force… assez incroyable…

Elizabeth sourit sous le compliment et Julia aurait juré l'avoir vue rougir. Arrivées au port de plaisance, Elizabeth désigna du doigt l'endroit où la malheureuse mère de David avait perdu la vie. Julia se sentit plus proche de cette famille qu'elle commençait à apprécier sincèrement. La fin de l'après-midi se déroula dans la joie et l'insouciance. Pour la première fois depuis de longues années, Elizabeth eut l'impression d'être libre. Elles se promenèrent en ville, et passèrent devant le Roxy Theater :

- Dracula et les femmes… Qu'est-ce qu'ils ne vont pas encore inventer, plaisanta Julia. C'est sûrement encore un de ces films de la Hammer réalisés pour terrifier les pauvres gens !

- Si ça vous dit, un jour, quand le film sera intéressant, on pourrait y passer la soirée, lui proposa Elizabeth, avec un sourire bienveillant. Julia accueillit la proposition avec bonheur.

Les jours, puis les semaines passèrent. Quand elle n'étudiait pas le cas de David, Julia se plaisait à discuter avec Elizabeth. Elles sortaient souvent en ville, allaient au cinéma, à la taverne Blue Whale ou au Lobster Shack, le restaurant du port. Elles aimaient marcher dans le parc du manoir, jusqu'au Cap des Veuves ou se promener dans les bois de Collinwood. Elles se racontaient leurs vies et Julia découvrait le pays. Elizabeth y avait gagné une amie et Julia commença à s'attacher profondément à son hôtesse. Leurs moments à elles seules lui semblaient des instants privilégiés et elle n'aurait voulu pour rien au monde devoir y renoncer.

Un jour, Elizabeth proposa à Julia une promenade au bord de l'océan. Ce jour fut celui où elle prit conscience de son amour pour elle. Pendant une après-midi, les deux complices s'extasièrent de la clarté de l'eau et de la force des vagues qui s'écrasaient sur les rochers. Un moment, Julia glissa sur un rocher mouillé. Elle crut tomber à l'eau quand elle sentit la main d'Elizabeth la rattraper juste à temps et l'attirer à elle. Julia dut employer une grande force de volonté pour ne pas l'embrasser, mais à ce contact, tout devint clair. Tout le reste de la soirée, elle s'interrogea. A minuit, elle en était sûre, elle aimait Elizabeth. Elle prit alors une décision qui lui creva le cœur : dorénavant, elle allait éviter tout tête-à-tête avec Elizabeth. Elle ne voulait plus être tentée de risquer de perdre son amitié ainsi que son travail.


Cette fois, les sentiment de Julia lui apparaissent de façon nette ... Elle est enfin prête pour la scène que vous attendez tous ... bientôt !