Dans ce nouveau chapitre, David décrit le personnage de Barnabas, le héros du film Dark Shadows. Si vous n'avez pas vu le film, cela ne vous gênera en rien pour la compréhension du chapitre, mais j'aime bien faire de discrets rappels au film à travers ma fic...

Bonne lecture !


Julia essaya de se lever mais la double émotion vécue ce soir l'empêcha de faire le moindre mouvement. Le bonheur d'avoir été si proche d'Elizabeth ce soir, mêlé à la frustration d'avoir été rejetée aussi vite faisaient naître en elle des sentiments contradictoires. Elle ne savait pas si elle devait se réjouir ou pleurer, et en vint même à détester le pauvre enfant d'avoir interrompu ce moment qu'elle souhaitait achever plus que tout. « A cause de lui, jamais plus elle ne m'acceptera. Il a non seulement gêné un beau moment intime, mais à cause de lui, elle ne voudra plus jamais me revoir… Je ferais mieux de partir, je crois que c'est ce que j'ai de mieux à faire… »

Julia sortit sa valise et commença à y ranger sans grand ordre ses affaires, négligemment dispersées dans son bureau depuis son arrivée. Elle était en train de plier un chemisier à fleurs quand Elizabeth réapparut à la porte :

- Julia, excusez-moi, David vous demande… Mais … que faites-vous ? demanda-t-elle quand elle remarqua Julia devant sa valise à moitié pleine. Julia remarqua une pointe de panique dans sa voix. Elle n'aurait su en trouver la cause : David ou son départ précipité.

- David me demande ? demanda Julia, surprise. Heu, oui, bien sûr, j'arrive … Mais comment va-t-il ? Que s'est-il passé ?

- Je pense qu'il vous le dira lui-même, mais il va bien. Ce n'était qu'un cauchemar. Elizabeth évitait de croiser le regard de Julia. Elle semblait mal à l'aise.

Arrivées à la porte de David entrouverte, d'où une faible lumière –sans doute une veilleuse, pensa Julia – s'échappait, Elizabeth, bras croisés et le visage fermé, dit :

- Allez-y, et rassurez-le. Après tout, c'est pour cela que vous êtes dans cette maison. A demain.

Puis elle partit en lui tournant le dos et l'obscurité du couloir empêcha Julia de la suivre longtemps des yeux. Sa dernière phrase lui avait fait l'effet d'un coup de poignard. L'idée d'entendre les élucubrations du jeune garçon après avoir entendu ce reproche à peine voilé la découragea et une douleur diffuse s'empara d'elle. Mais elle ne voulait pas que son hôtesse ait le quelconque reproche à lui faire – au moins, concernant son travail –, alors elle rassembla tout son courage et entra doucement dans la chambre de David. Le garçonnet était assis dans son lit, le dos appuyé contre deux gros oreillers moelleux. Il avait l'air perdu et apeuré. Julia s'approcha de lui et s'assit sur le bord de son lit.

- Bonsoir David… tu nous as fait peur. Que t'est-il arrivé ?

- C'est maman… Elle est venue mais cette fois, elle m'a fait peur… avoua-t-il tristement. Je n'ai rien dit à ma tante, je lui ai juste dit que j'avais fait un mauvais rêve. Mais ce n'était pas un mauvais rêve, je le sais.

- Tu veux me raconter ce que t'a dit ta maman ? demanda Julia, intriguée devant la lucidité de David. Julia pensa intérieurement : « Il sait déjà ce qu'il peut dire, et à qui. Intéressant signe de conscience et d'intelligence, c'est rare pour son âge et surtout avec un trouble de ce type… »

- Elle est venue me voir, comme tous les soirs. Mais ce soir, elle avait l'air apeurée et elle m'a dit qu'un jour, un ancêtre aux grandes dents sorti du tombeau nous apparaîtrait. Je n'ai pas tout compris, mais elle avait peur, je le voyais. Alors j'ai eu peur aussi et j'ai crié… David avait l'air honteux.

- David, ce n'est pas grave d'avoir peur. C'est normal, tu sais… Tout le monde a peur. Même les adultes. C'est quand elle prononça sa phrase que Julia comprit qu'elle parlait d'elle. Le tout, c'est de surmonter ses peurs. Je suis sûre que ta maman ne voulait pas t'effrayer, mais te mettre en garde. Toutes les mamans cherchent à protéger leurs enfants, tu sais…

- Oui, je sais, merci, Julia… Julia, est-ce que tu peux rester à côté de moi jusqu'à ce que je m'endorme ?

- Bien sûr, David , endors-toi, je suis là … « Mais pour combien de temps encore ? » se demanda-t-elle intérieurement.

Elle se sentait complètement démunie envers cet enfant et ce soir, elle avait purement et simplement trahi l'amitié d'Elizabeth. « De toute façon, si je ne pars pas, elle me renverra. Je fais le bon choix… Je ne suis plus utile dans cette maison. Je ne peux aider le jeune Monsieur et Elizabeth doit être dégoûtée par ce que j'ai fait. Demain, je pars.»

En sortant de la chambre de David, sa décision était irrévocable. Ce soir, elle finissait sa valise et demain à la première heure, elle s'en irait.

Une demi-heure plus tard, son bureau entièrement rangé et toutes ses affaires empaquetées, Julia eut un pincement au cœur. Depuis quelques semaines, elle avait fait sien cet endroit. Elle se sentait bien dans ce bureau de psychiatre dans lequel elle s'était installée. Avant de se coucher, elle entreprit la dernière tâche difficile à faire avant de partir. Elle devait des explications à Elizabeth. Elle s'assit donc une dernière fois à son bureau, sortit un stylo et une feuille de papier. Dix minutes plus tard, elle allait se coucher.