Allez, voici un nouveau chapitre ... L'histoire avance, il ne me reste plus que deux chapitres à envoyer !
Bonne lecture...
Le lendemain matin, comme tous les jours au chant du coq, Elizabeth sortit de son lit, s'habilla et descendit prendre son petit-déjeuner. Elle avait repensé à la surprenante soirée de la veille toute la nuit et aurait souhaité en discuter avec la première concernée. Elle espérait pouvoir lui parler après le déjeuner mais elle avait un mauvais pressentiment. Pourquoi Julia semblait remplir une valise hier soir ? Pourquoi Elizabeth ressentait une sorte de vide en elle ? Arrivée à table, Carolyn, Roger et David l'accueillirent aimablement. La place de Julia était vide.
- Où est Julia, ce matin ? demanda innocemment Elizabeth, en prenant sa voix la plus neutre et détachée que possible.
- Hum, quoi ? Roger avait encore une fois fait la fête tout la nuit et n'était pas encore bien réveillé. Ah oui, Julia … Pfff, j'en sais rien … Je ne l'ai pas vue ce matin…
- Et toi, Carolyn, tu l'as vue ? Elizabeth commençait à être inquiète.
- Maman, tu crois vraiment que je suis les faits et gestes de tout le monde ? Si ça se trouve, elle n'est pas encore réveillée…
- Non, Carolyn, ça ne se peut pas, répondit sèchement Elizabeth. Elle participe toujours aux repas avec nous. Il s'est passé quelque chose… Je vais voir. Elizabeth se leva brusquement, interrompant le petit-déjeuner sous les regards indifférents des autres Collins.
- Elle est quand même bizarre, ta mère parfois, Carolyn…, lança Roger. Puis il but une gorgée de café qui acheva de le réveiller.
A la porte du bureau de Julia, Elizabeth hésita à frapper. Elle ne voulait pas se risquer à la déranger, ni avoir la preuve qu'elle était vraiment partie... Elle ne savait pas ce qui lui avait pris, pourquoi elle s'était abandonnée dans ses bras, mais elle reconnaissait, non sans une certaine honte, avoir aimé ce court moment avec elle. Pourquoi donc avait-elle été si dure en paroles après ce moment de tendresse ? Elle s'en voulait. Sans doute avait-elle prononcé ces mots afin de prouver à Julia, mais surtout prouver à elle-même, qu'elle restait la maîtresse du lieu et que c'était elle qui décidait. Mais elle avait été maladroite et voulait s'en excuser…
Surtout, elle aurait voulu sentir à nouveau son parfum et plonger sa tête dans son cou elle aurait donné cher pour pouvoir à nouveau sentir les mains de la psychiatre parcourir son corps et faire naître ce doux frisson en elle… Mais pourquoi alors lui en avait-elle voulu ? Elizabeth haïssait ses sentiments paradoxaux. Elle ne comprenait pourquoi elle ne pouvait clairement avouer ce qu'elle souhaitait avec Julia. D'habitude, les choses étaient claires pour elle. Elle savait ce qu'elle voulait et savait comment l'obtenir, que ce soit dans l'éducation de Carolyn, dans l'administration du château ou dans la gestion des employés. Mais Julia mettait à bas toutes ses certitudes. Elizabeth aimait tout diriger, elle avait cependant apprécié être contrôlée par les bras et les mains curieuses de Julia ; Elizabeth était toujours maîtresse d'elle-même, elle avait cependant apprécié pouvoir s'abandonner dans les bras de la jolie rousse Elizabeth dirigeait sa vie d'une main de fer, elle avait cependant aimé se laisser faire Elizabeth avait eu un mari et une fille, elle avait cependant adoré les caresses tendres et douces de sa compagne… Elizabeth était perdue.
Elle frappa à la porte, personne ne lui répondit. Ses craintes commencèrent à prendre une forme plus concrète. Elle poussa la porte.
Le bureau était vidé des affaires de Julia. Seul son parfum, légèrement dissipé dans l'air, rappelait la présence de la psychiatre en ces lieux. Elizabeth se sentit dévastée… Elle s'apprêtait à se laisser fondre en larmes quand son regard fut attiré par un éclat blanc sur le bureau. Une lettre attendait sa destinataire, « Madame Elizabeth Collins Stoddard » depuis quelques heures.
Elizabeth, tremblante, décacheta l'enveloppe et commença sa lecture :
« Ma chère amie,
Je ne peux rester parmi vous tous. J'ai été employée pour aider un jeune homme à vaincre ses peurs et ses hallucinations, mais je suis impuissante et tous mes efforts me semblent vains. Cet enfant est aussi sain que n'importe quel autre enfant, si ce n'est ces névroses dont j'ignore le remède. Je suis confuse de vous avoir imposé ma présence pendant toutes ces semaines sans résultat. Je pars, en priant qu'un plus éminent psychiatre arrivera à guérir votre cher David.
Toutefois, et vous le savez, mon amie, mon incompétence face à David n'est pas la seule raison de mon départ. Hier soir, dans mon bureau, j'ai vécu mon plus beau moment avec vous. Je ne voulais en aucune façon vous gêner ou vous choquer. Je vous aime, Elizabeth. Je vous aime depuis mon arrivée dans cette maison, et je ne pourrai pas supporter le regard dégoûté que vous porterez dorénavant, et sans aucun doute, sur moi. Je pars car je suis lâche et que je ne peux vivre à vos côtés sans pouvoir vous toucher, vous approcher, vous sentir contre moi. Ne m'en veuillez pas et oubliez-moi…
A vous pour toujours,
Dr. Julia Hoffman »
A la lecture de cette lettre, le cœur d'Elizabeth fit un bond dans sa poitrine. Elle se maudit encore une fois et comprit qu'elle était la seule raison du départ de Julia. En pensant qu'elle ne la reverrait sans doute plus jamais, Elizabeth se ressaisit. Son orgueil de châtelaine reprit le dessus : elle ne pouvait la laisser partir avec le dernier mot. Elle voulait lui parler d'hier soir. Après tout, personne ne lui avait jamais refusé quoi que ce soit.
Elle ne savait pas pourquoi, ni n'en était vraiment consciente, mais elle ressentait au fond d'elle que cette fierté qu'elle arborait cachait quelque chose de plus profond, un sentiment depuis longtemps refoulé et dont elle avait fini par oublier les sensations.
Quelques brèves minutes plus tard, Elizabeth sortit en trombe du manoir pour s'engouffrer dans sa voiture. Elle ne savait où aller. Elle ignorait comment retrouver Julia, ainsi que par où elle était partie. « Elle a sûrement pris la route de New York », se dit-elle. « A moins qu'elle n'ait pris un bateau au port… mais non, ce n'est pas possible puisqu'elle est partie avec sa voiture… Que faire ? Où aller ?... » Le découragement l'envahit. Elle décida de se diriger vers le port il y aurait sans doute plus de chance qu'elle rencontre quelqu'un qui l'ait vue… Arrivée à l'embarcadère du bateau pour New York, elle approcha d'une gracieuse silhouette blonde vêtue d'un élégant costume noir dernier cri qui discutait avec des pêcheurs.
- Bonjour, Angelique, excusez-moi d'interrompre votre travail…
- Bonjour Elizabeth, dit la belle jeune femme dans un grand sourire en se retournant. Que me voulez-vous de si bon matin ?
- Je suppose que vous connaissez le Dr Hoffman … vous savez, la psych…, heu, le médecin qui s'occupe de David. Il se trouve qu'elle est partie ce matin, et j'ignore où chercher. L'auriez-vous aperçue ?
Angelique Bouchard observa profondément la châtelaine de ses grands yeux marron. Etonnamment, Elizabeth aurait juré que la femme d'affaire sondait les profondeurs de son âme avec une curiosité malsaine. Puis, elle répondit avec un léger sourire entendu :
- Je ne l'ai pas vue, non. Mais si vous voulez bien vous donner la peine d'attendre, je vais poser la question à mes employés.
Elizabeth ne pouvait refuser même si la perspective de rester immobile, ne serait-ce que quelques minutes, pendant que Julia mettait de la distance entre elle, la rendait folle. Angelique revient vers elle, accompagné d'un jeune pêcheur maigrichon.
- Ce jeune homme aurait vu la voiture de Julia, dit Angelique. Voulez-vous bien répéter à Mme Collins ce que vous avez vu, ce matin, Johnny ?
- Heu ouais, mais c'est Billy, mon prénom… Ben, c'matin, j'montais dans mon rafiot, faut bien gagner sa vie, hein ? et moi, ben, ma vie, c'est sur la mer que j'la gagne. Bon, eh ben, j'montais d'ssus et pis j'ai vu une de ces p'tites voitures anglaises, là, vous voyez... Elle sortait d'chez Ed, c'est le pompiste, là d'en face, et pis elle a r'pris la route pour New York…
- Avez-vous vu la personne au volant, Monsieur ? interrogea Elizabeth, inquiète.
- Ben, j'l'ai juste vue par la f'nêtre alors c'était pas très clair, mais j'crois ben qu'elle avait les ch'veux roux du démon…
- Merci monsieur, merci Angelique. Elizabeth coupa court à la discussion et courut vers la station-essence.
Ed le pompiste fut surpris de voir débarquer Mme Collins dans son modeste commerce, mais il répondit du mieux qu'il le put aux questions de la châtelaine angoissée. C'est ainsi qu'Elizabeth apprit que Julia avait pris la route aux aurores, qu'elle semblait bouleversée et qu'elle se dirigeait vers l'est. Julia avait donc au moins trois heures d'avance sur Elizabeth. Elle ne pourrait jamais la rattraper… Au bord des larmes, elle rentra au manoir et s'enferma dans sa chambre.
