Me revoici avec l'avant-dernier chapitre, après une pause-vacances ... Bonne lecture !
Les jours passèrent. Elizabeth ne sortait de sa chambre que pour les repas, et même lors de ces réunions familiales, elle était absente et semblait avoir perdu toute joie de vivre. Elle aurait voulu appeler la psychiatre, elle aurait voulu lui écrire… mais elle se rendit rapidement compte qu'elle ne savait rien d'elle, et qu'elle ignorait presque tout de sa vie d'avant son arrivée. Elle ne lui avait même pas demandé son adresse… Elle n'avait aucun moyen de la retrouver…
David fut attristé du départ de son amie mais s'en sembla pas bouleversé. Quelques instants, il pensa que le départ de Julia était sa faute, en raison de la dernière entrevue avec sa mère. Mais il comprit vite que cela n'avait sûrement aucun rapport : il avait l'habitude d'être abandonné. Julia ne dérogeait pas à la règle, voilà tout. Et quelques jours plus tard, bien que les séances de parole lui manquent, il reprit sa vie solitaire. Roger et Carolyn, quant à eux, remarquèrent rapidement le changement d'attitude de la maîtresse de maison autrefois charismatique et volontaire et qui n'était plus que l'ombre d'elle-même. Et ils ne tardèrent pas à faire un rapprochement avec la disparition de la psychiatre. Mais Roger, fidèle à lui-même n'en fit guère plus de cas et cessa d'essayer de comprendre. En revanche, Carolyn était inquiète pour sa maman. Quand elle comprit qu'elle n'irait pas mieux, elle décida d'agir.
Un soir, elle frappa à la porte de sa mère. Cette dernière était allongée, les cheveux en bataille et semblait avoir été dérangée dans ses pensées.
- Bonsoir Maman, je peux entrer ?
- Oui, bien sûr Carolyn, entre, viens t'assoir près de moi.
- Maman, je ne sais pas ce qui se passe, mais je m'inquiète pour toi. Je crois que ça a un rapport avec le départ de Julia… Est-ce que je me trompe ?
- Carolyn… tu sais, tout ça est compliqué… répondit Elizabeth, surprise. Elle ne savait pas où Carolyn voulait en venir.
- Je ne sais pas pourquoi elle est partie, je ne sais pas pourquoi son départ te met dans cet état. Ce que vous avez vécu ensemble ne regarde que vous. Mais je ne veux plus te voir dépérir et voir dépérir encore plus Collinswood Manor. Si la seule solution pour que tu reviennes à toi est le retour de Julia, alors je la ferai revenir !
Elizabeth se redressa et regarda sa fille avec tendresse. Elle n'était plus une petite fille. Sa perspicacité et sa volonté nouvelles prouvaient une grande maturité.
- Mais… Carolyn, comment voudrais-tu la faire revenir ? J'ignore tout de sa vie anglaise, je ne sais pas comment la joindre, ni où chercher… C'est une quête vaine.
- Maman, dit la jeune fille en soupirant d'exaspération, tu me crois si peu débrouillarde ? J'ai appelé tous les hôpitaux de Londres et de sa région, toutes les universités ayant un cursus de psychiatrie, tous les cabinets de grands psychiatres…
Elizabeth commença à comprendre… Carolyn aurait donc réussi à la retrouver ? Elle n'en croyait pas ses oreilles.
- Après dix jours de recherches, j'ai réussi ! continua Carolyn avec dans sa voix un ton triomphant encore un peu enfantin. Elle arrive la semaine prochaine !
- Comment ? Qu'as-tu dit ? Qui arrive la semaine prochaine ?
- Ben, Julia, maman … Elle arrive mercredi prochain, je viens de te le dire !
A ces mots, le sang d'Elizabeth ne fit qu'un tour. Serait-ce possible ? Dans une semaine, sa chère Julia serait à nouveau à ses côtés ? Non, ce n'était pas possible … Mais que se diraient-elles ? Par où commencer ? Et puis, d'abord, pourquoi être aussi impatiente et survoltée ? Elizabeth refusa de succomber à la panique, et voulut relativiser, mais, c'était plus fort qu'elle, elle ne pouvait s'empêcher de sourire et d'être heureuse. Mais elle ne voulut rien laisser paraître à sa chère petite fille et essaya tant bien que mal de reprendre ses esprits :
- Merci, Carolyn, il était en effet important que j'aie avec le docteur une discussion à propos de David…
- Mouais, David, joli prétexte… Il se débrouille aussi bien en étant tout seul, marmonna Carolyn dans un sourire, en se dirigeant vers sa chambre.
A nouveau seule dans sa chambre, Elizabeth se mit à réfléchir. Julia reviendrait dans six jours. Il faudrait donc qu'en six jours, tout redevienne comme avant : il lui faudrait ranger, épousseter, mettre de l'ordre dans sa tête et dans son manoir. Tout ce qu'elle avait entassé et dérangé depuis le départ de Julia devrait être rangé elle ne voulait pas que Julia remarque l'état dans lequel elle avait mis le cerveau et la maison d'Elizabeth. Il faudrait aussi préparer David. Serait-il heureux de revoir Julia ? Voudrait-elle même le reprendre en consultation ? Et puis, à la réflexion, que lui avait dit Carolyn pour la faire revenir ? Lui avait-elle parlé de David ou d'elle-même ? Qu'est-ce qui l'avait poussé à revenir ? Sa conscience professionnelle, ou son désir inassouvi pour Elizabeth ? Ces questions la torturaient. Sans doute après tout revenait-elle pour achever de guérir David. Elle avait sûrement pris contact avec des collègues qui l'avaient aidée et elle se sentait armée pour revenir soigner l'enfant. Pourquoi Elizabeth gardait en tête l'idée qu'elle revenait pour elle ? Et surtout, pourquoi cette idée lui faisait du bien ?
Quand elle se coucha, elle repensa à ce qui s'était passé ce fameux soir. Dans la douce tiédeur de ses draps, elle se sentit sereine pour la première fois depuis longtemps. Le souvenir des sensations ressenties dans les bras de la belle rousse, refoulé par Elizabeth, rejaillit avec force. « Arrête de penser à ça, je ne suis pas attirée par elle, j'aime les hommes et je n'ai pas aimé ce qu'elle a fait, l'autre nuit. » Elle essaya de s'endormir mais les images s'imposaient à sa mémoire et son corps tout entier sembla réclamer les caresses que Julia avait esquissées. Alors, laissant s'exprimer son instinct animal, Elizabeth ne contrôla plus rien. Dans un mouvement mimétique, ses mains jouèrent avec ses cheveux, ses seins, et caressèrent sa peau tout comme le faisaient celles de Julia. Elizabeth ferma les yeux et se laissa envahir par le souvenir du parfum de Julia, par le contact de ses bras autour d'elle, par la profondeur de son regard aimant. Ses mains, qui ne lui appartenaient plus, se dirigèrent vers son entrejambe, et là, dans la douceur de son grand lit, Elizabeth s'abandonna au bonheur physique avec sa belle amante lovée dans sa mémoire.
Elizabeth et Julia vont-elles enfin se retrouver ? Vous le saurez dans le dernier chapitre, qui sera en ligne bientôt :-)
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