3.

Albator soupira.

- C'est une impression où ça fait des heures que je marche, sans me rapprocher de quoi que ce soit au demeurant ! ?

Talmaïdès revint en vol stationnaire devant le capitaine de l'Arcadia qui tentait de retrouver son souffle.

- Cet environnement m'éprouve à un point inimaginable, je me sens juste sur le point de tomber, et pourtant si Doc Surlis prenait mes constantes, il ne relèverait certainement rien d'anormal, je parie !

- Normal : tu es mort !

- Formi…

Le grand corsaire balafré, se redressant soudain, ouvrant la bouche à la recherche d'air et n'ayant depuis longtemps plus une seule goutte de sueur à donner.

- Que va-t-il advenir de mon corps ?

L'âme des Carsinoés ne répondit pas tout de suite.

- Mais encore ? insista-t-il.

- Tes amis ont récupéré ton corps. Ils ont réfrigéré ta chambre, mais ils risquent de passer à la vitesse supérieure s'ils ne croient pas ton amie Jurassienne sur la préservation de ton âme. S'ils utilisent la cryogénisation au lieu de la léthargie, en l'absence de ton âme ça tuera tes cellules et tu ne pourras pas revenir à la vie. Mais ça ne dépend absolument pas de toi, donc n'y pense pas.

- Désolé que ça me semble un tantinet important !

- Depuis le temps que tu bourlingues, tu aurais dû apprendre à ne te tracasser que pour les événements sur lesquels tu peux influer ! Là, il faut rejoindre le lieu où flottent les cocons des âmes.

- Et, où sont-elles ?

- Mais, dans la grotte des âmes, bien sûr !

- C'est encore loin ?

- Ce monde est aléatoire, en constante mutation, ça peut être juste derrière cette colline à des mois de marche !

- Ce que je m'éclate…

- Je t'ouvre la voie, fit Talmaïdès. Les Carsinoés, jeune venues, ou à naître, ne se trouveront que dans la grotte, à protéger les cocons jusqu'à ce qu'ils partent en lambeaux. Nous ne risquons rien jusqu'à ce qu'on arrive sur place. D'ici là, mon énergie pure et originelle te protège.

- Et que me vaut ce traitement que j'imagine de faveur ? jeta soudain Albator. Vu que jusque-là tu me sembles la seule autre créature vivante, je suis bien obligé de te faire une relative confiance, de te suivre. Mais vu que nombreux sont ceux qui ont dû passer avant moi, je m'interroge. Là, je peux me tracasser puisqu'il s'agit du monde où je me trouve et dans lequel j'agis, enfin façon de parler. Alors, Talmaïdès ? Les Humains, ou plutôt les Mortels dans leur ensemble, sont curieux et obstinés ! Et j'attends une réponse.

- Je ne pourrai te répondre qu'après avoir vu ce qui se passera une fois que tu seras dans la grotte, pour récupérer ton âme.

- Toi, tu me réserves une épreuve, ou un autre test du genre, comme on en voit dans les fictions ?

- C'est la moindre des choses, non ?

Le jeune homme ne se priva pas de ricaner, bien que dans l'environnement desséché, il se demandait s'il parvenait encore à sortir un mot de sa bouche dépourvue de salive, ou s'il échangeait télépathiquement avec Talmaïdès.

- Finis de me faire rire, papillon : tu ne songes tout de même pas à lancer sur le sentier de la guerre, seul, un ancien Pirate qui a sur les mains le sang de milliers de ceux qui te vénéraient de la plus pure façon ?

- Et pourquoi pas ? Ton père lui-même l'a dit : il n'y a rien de mieux comme arme contre les ennemis de toujours, qu'un de ceux que l'on a combattu ! Je t'en donnerai les moyens, les mondes se mobiliseront.

- J'ai tué tant de tes civils, qui n'ont jamais levé même le poing sur moi, soupira l'ancien capitaine du Deathsaber. Tu ne peux pas tenter de faire de moi un instrument, la Flotte terrestre est en train d'essayer et ça ne plait plus guère après seulement quelques semaines ! Et je ne crois pas non plus que tu ferais en sorte que je combatte ton propre peuple de déesses !… Comme si j'avais seulement une chance !

- Chaque chose viendra le moment venu, ou non. Pour le moment : va de l'avant, je crois que c'est ce que tu fais de mieux dans la vie et la mort.

- En fait, ce n'est pas vraiment à moi que je pense en ce moment…


Alhannis gazouilla de façon presqu'ininterrompue en saisissant à pleines mains les modules placés au-dessus de son berceau.

Il s'agita de bonheur en retrouvant au-dessus de lui l'étrange visage s'une femme à la chevelure bleu nuit et dépourvue de bouche, Clio venue se restaurer quelques minutes durant.

- Tu les retrouveras, Alhie, fit-elle en lui caressant tendrement la joue. Un jour, ils seront auprès de toi, ton papa et ta maman !