4.
- Il n'y a que toi et moi ici ? J'ai peine à le croire ?
- Ceci sont l'équivalent de vos limbes. Il n'y a que des esprits. Même ton apparence physique n'est pas réelle, mais ton cerveau d'Humain et de Mortel n'assimilerait et n'accepterait une forme comme l'était le nuage du Thanatos.
- Pas faux… J'étais déjà rêvé que j'étais pas mal de choses, mais certainement pas un nuage !
- A vous, les Mortels, il faut du concret, quelle que soit votre origine. Vous êtes vraiment compliqués !
Albator eut un regard mauvais pour la femme-papillon.
- Possible, mais au moins nous ne passons pas notre temps à nous transformer, à nous camoufler ! siffla-t-il, aigre. Car la seconde apparence de Dambale, c'était votre véritable physique, n'est-ce pas ?
- Oui. Un aspect agréable vous séduit forcément mieux, ça capte votre confiance. Et avec les Carsinômes, nous avons été récompensées au-delà de toutes espérances !
- Vous êtes loin d'être des papillons. Je pencherais plutôt pour des harpies !
- Si te référer à un quelconque bestiaire mythologique peut t'aider à accepter mon existence…
- Du papillon dans ton hérédité, je dirais, un rapport avec ce Thanatos qui me colle aux basques ?
- Je n'ignore pas qui sont les Thanatos, mais ils n'ont rien à faire dans cette histoire, bien que ton âme soit en jeu. Toutes les entités surnaturelles sont liées, qu'elles appartiennent – selon votre terminologie basique et réductrice – au Bien ou au Mal. Dambale l'a oublié.
- Vos histoires intérieures ne m'intéressent pas. J'ai l'impression de marcher depuis des jours !
- Quelques minutes, quelques mois. Le temps n'existe pas ici. C'est l'éternité !
- Et dans mon monde, à quelle vitesse s'écoule-t-il ? s'alarma le capitaine de l'Arcadia.
- J'en déciderai, le moment venu. Je suis murée dans cet inconsistant univers mieux que dans la plus redoutable des forteresses, mais je peux toujours influer sur le temps si je mobilise toute mon énergie sur cet unique élément, mais je ne peux garantir aucune précision.
- Quoi, je pourrais retourner chez moi plusieurs semaines après que Dambale m'ait infligé ce châtiment ? s'étrangla le grand corsaire balafré.
- Possible.
- Ils vont me cryogéniser bien avant… Kei peut se révéler très procédurière ! Alors, où est ta grotte aux âmes, on y arrive, je n'ai pas toute la mort devant moi ! ?
- Qui sait…
Albator poussa un soupir exaspéré !
A l'entrée de Kei dans la chambre où la température avait été fortement baissée, Clio cessa d'être lumineuse.
- Il ne faut pas faire ça ! pria avec ferveur la Jurassienne.
- Pourquoi ? C'est la moins pire façon de faire. C'est la tradition aussi.
- Je ne sais pas… Mais il ne faut pas le placer dans un étui à cristaux cryos ! se récria encore Clio.
- Je t'ai déjà dit qu'on ne pouvait pas recourir à un ralentissement maximal de son métabolisme : il n'a plus aucune constante vitale !
- Doc Surlis a dû aussi te dire qu'il n'y a pas la plus petite dégénérescence des cellules ou des tissus ? Je peux ajouter que je capte une infinitésimale activité, mais ça relève davantage de l'instinct puisque les instruments ne détectent aucune activité cérébrale ou autre. Mais le conserver ainsi lui ôtera toute chance…
Kei prit par les épaules la Jurassienne qui tremblait.
- Clio, avec ou sans son âme, son corps est mort.
- Tu es très terre à terre, Kei, batailla encore Clio. Je peux t'assurer pour ma part qu'il y a d'autres mondes, d'autres vies, et que la vie elle-même peut demeurer en suspension, défier toutes les lois.
- Crois-moi, Clio, j'avais déjà roulé ma bosse quand Lothar m'a mise comme seconde sur le Deathsaber d'Albator, et lui et moi en avons vu de toutes les couleurs. Il n'y a qu'une seule constante : la mort est la fin de notre parcours de chair et de sang.
- Si tu me laisses une chance, je te prouverai le contraire. Et d'ailleurs…
- Quoi encore ? s'impatienta la jeune femme en combinaison bleu azur.
- L'expérience d'Albator avec le Thanatos, ça devrait te donner à réfléchir, et à ne pas le faire… Quelles que soient les pressions en ce sens, repousse-les au maximum !
- C'est vrai, ce Thanatos, j'avais oublié, reconnut la seconde de l'Arcadia. Bien que pour de nombreuses personnes, cela relève de la divagation, du rêve ! Et cela n'influera pas un instant Skendar Waldenheim et la générale Nhoor.
- Je me doutais bien qu'ils s'agissaient d'eux, fit doucement la Jurassienne. Et Albator n'a pas encore sa place dans la crypte familiale !
- J'aimerais partager ta certitude, ta foi… Mais j'ai la fâcheuse habitude de croire à ce que je vois.
- Kei ! se récria encore Clio.
- Quand j'aurai le message de Skendar Waldenheim, son fils sera placé dans un étui de conservation.
