7.

- Tu sais que tu vas finir par me faire avoir une crise cardiaque ! vitupéra Skendar. Depuis que je t'ai retrouvé en vie, tu n'arrêtes pas de manquer de mourir !

- Si tu crois que ça m'amuse, grinça Albator depuis son lit.

- Comment tu vas ? reprit son père, soucieux.

- Votre fils va de mieux en mieux, intervint Doc Surlis. Il était en hypothermie profonde mais on s'est occupé de tout. Il a été bien secoué, mais il pourra se lever dès demain. Nous continuerons donc notre vol comme prévu.

- Et ces Carsinômes ?

- Ils ne sont plus vraiment d'actualité, plus pour nous, capitaine Waldenheim. Les flottes de défense vers où se dirige l'Arche prennent le relai.

- Et moi, j'ai un rendez-vous, souffla Albator.

- Avec qui ? Si j'en crois les coordonnées de vol transmises par ta seconde, tu vas à l'opposé du chantier naval où l'Ephaïstor de Salmanille est en réparations !

- Elle était rassurée pour Alhannis depuis un bon moment. Je doute qu'elle ait été aussi enthousiaste pour moi…

- Vous avez à refaire connaissance, quand le moment sera venu et les circonstances mieux appropriées.

- Comme dans un certain château allemand ? bâilla le jeune homme qui arrivait au bout de ses forces.

- Possible. Quel rendez-vous en ce cas ? insista son père. J'ai vu les photos de cette Galahane, plutôt un joli brin de fille !

- Oui, j'ai remarqué aussi. Mon rendez-vous est moins glamour : un duel avec Warius Zéro !

- Au lieu de roucouler, ce sera un affrontement de coqs. C'est vraiment nécessaire ?

- Indispensable.

- Tu ne vas pas te laisser faire, comme au pied de l'escalier à impériale ? s'alarma Skendar.

- Capitaine Waldenheim, votre fils doit se reposer.

- Je constate, fit Skendar qui n'avait pu que constater le teint plus blême que jamais du capitaine de l'Arcadia, son regard encore éteint et ses mains légèrement tremblantes crispées sur les draps. Dors tout ton saoul durant ces vingt-quatre heures, Albator. Tu dois être en pleine forme face à Zéro.

- Il le sera, assura le Doc de l'Arcadia en remontant le drap sur son patient qui s'était déjà rendormi. Et quoi qu'il en pense et ordonne, il ne sera pas seul !

- Merci, soupira Skendar, soulagé. Il ne va pas apprécier, car il le saura inévitablement !

Le Mécanoïdes eut un petit rire.

- Comme d'hab., et comme toujours nous on s'en tamponne de ses états d'âmes du moment qu'on le récupère à peu près en un seul morceau !

- Je constate que nous nous comprenons parfaitement. Ramenez-moi mon fils et mon petit-fils vivants, c'est tout ce que je vous demande !

- Nous ferons comme à l'accoutumée, assura encore Surlis. On protègera ce fichu gamin malgré lui !


Alhannis hésitait entre babiller pour témoigner de son plaisir à retrouver le contact avec son père, ou protester de façon véhémente contre les grattouilles insistantes sur son bidon rebondi ! Ayant choisi pour la première option, il rit de toute la vigueur de ses poumons.

Albator pressa doucement le corps potelé contre sa poitrine, passant les doigts dans les boucles flamboyantes.

- Tu aurais vraiment dû t'appeler comme cet ancêtre roux et infernal d'Aldéran ! Je sens que sous tes airs d'angelot, tu vas m'en faire voir de toutes les couleurs ! Je t'adore, mon adorable diablotin !

Le jeune homme enfouit son visage dans le petit ensemble imitation cuir et couleur pétrole du bébé.

- Ta chaleur, elle m'aurait été précieuse quand mon âme errait dans ce monde de folie et que mon corps gelait ici !

Clio posa une main légère sur l'épaule valide du grand corsaire balafré.

- Oui, je l'ai retrouvée, cette blessure, en revenant, maugréa-t-il. Les trois semaines de voyage jusqu'au rendez-vous avec Warius devrait me rendre une bonne autonomie.

- A peine, rectifia la Jurassienne, préoccupée. Quant à Alhannis en guise de bouillotte, tu étais bien trop glacé pour cela. Je me serais bien blottie contre toi, peau contre peau, mais ma température corporelle ne dépasse pas les vingt-six degrés…

Albator esquissa un sourire au charme ravageur.

- Je suis sûr que tu peux la faire monter de façon assez spectaculaire, en fonction des circonstances !

Et la Jurassienne rougit pour la première fois de sa vie.


Le capitaine du Karyu avait pris contact avec celui de l'Arcadia.

- Je préfère ces dernières nouvelles, Albator.

- Quoi, vous vous préoccupiez pour moi ? Non, un duel qui vous file sous le nez, vous ne l'auriez pas supporté plutôt ! Je serai au rendez-vous, soyez sans crainte, Zéro pointé !

- Toujours les compliments, avec vous, parut néanmoins s'amuser Warius. Je crois que je vous préfère dans un état proche du coma, le quotidien est alors beaucoup moins agité !

- Une Arche semblable à une planète, j'étais tout à fait de taille !

- Oh, toujours tout ramener à des mensurations, vous ne seriez pas un peu frustré, en réalité ?

Albator eut un petit ricanement.

- Croyez-moi, je me trouve parfaitement monté ! Nous nous retrouverons donc dans trois semaines sur cette planète de métal et de mort, déserte, Technologia. J'ai hâte, Zéro.

- Moi aussi. Ce que vous m'avez fait durant mes années de Boursier fut odieux, totalement gratuit et ça a bien amusé votre cour d'admirateurs de l'époque… De jeunes gosses désœuvrés, se fichant des études puisque leur avenir est tout tracé et assuré… Vous n'imaginerez jamais.

- Je le sais d'autant plus que désormais je n'ignore plus rien de chacun des sévices que je vous ai infligé… Et, effectivement, rien ne peut rattraper cela, ni mon passage à tabac ni ma mort… Cette fois, en revanche, je défendrai mes chances.

- J'y compte bien !

Warius fronça les sourcils.

- « Je n'ignore plus rien », vous avez retrouvé la mémoire ?

- Oui, entièrement, et je vous prie de croire que ce n'est pas brillant, grommela Albator en mettant fin à la communication.