9.

Premier arrivé en orbite de Technologia, l'Arcadia était néanmoins demeuré sous bouclier d'invisibilité, attendant l'adversaire de son capitaine.

Toujours pas rassurée quant à ce qui se préparait, Kei avait légèrement tourné vers la position surélevée de la passerelle où un grand brun pensif se tenait assis, indifférent à tout, et à ses angoisses à elle en premier semblait-il !

- Je peux te donner mon avis ?

- Si c'est le même qu'il y a cinq minutes, non !

- Mais…

- N'y va pas, c'est trop dangereux, Zéro ne te fera aucun cadeau, c'est de l'orgueil mal placé, et blablabla et blablabla !

- Tu sais très bien que j'ai raison ! gronda la jeune femme blonde qui avait très envie de le saisir par les épaules et de le secouer d'importance, du moins tant qu'il était assis et ne le dépassait pas d'une bonne tête !

- Le duel doit avoir lieu, un point c'est tout. Et Technologia conviendra parfaitement, il n'y a plus âme qui vive ! Toshiro, tu m'entends ?

- Je finis de monter un nouveau système sur tes réacteurs, capitaine. Je t'écoute.

- Qu'as-tu trouvé comme renseignements sur Technologia ? Tout indique qu'elle a été habitée mais il n'y a plus rien…

- Quand j'ai extrait les derniers fichiers mémoire du Grand Ordinateur, les autres ont été écrasés, je n'ai donc plus rien sur la vie de l'Albator qui t'a précédé, hors Technologia semble remonter à son époque. Mais renseignements pris, il semble que l'énergie a fait défaut aux Mécanoïdes qui s'y trouvaient, les cités batteries ne se sont plus auto-rechargées. Quant aux humains avec lesquels ils cohabitaient, ils ont épuisé les ressources naturelles et sont partis. De leurs deux civilisations, il ne reste donc que les vestiges. Zéro et toi y serez tranquilles pour régler vos comptes, si tant est que cela soit nécessaire.

- C'est obligatoire !

- Je préfère ignorer que ça va arriver, deux bons guerriers n'ont pas le droit de s'affronter !

- Et tu seras aux premières loges, ricana Albator, tu viens avec moi !


Marina grognait, elle aussi.

- Quoi, tu n'aimes pas quand j'astique ? ironisa son mari.

- D'ordinaire, c'est plutôt ma tâche, ronchonna la seconde du Karyu.

- Et j'apprécie, gloussa-t-il. Mais là, inutile de te dévouer, le saber est déjà long et dur !

- Hilarant… Tu n'as jamais eu le sens de l'humour et c'est encore pire en situation de stress ! Je préfèrerais de loin t'astiquer le manche au lieu que tu fasses reluire ton saber.

Poings sur les hanches, elle fronça les sourcils.

- Est-ce que tu as bien regardé l'arme d'Albator ? siffla-t-elle. Elle a beau ressembler à ton saber, elle n'a absolument rien à voir !

- Oui, un modèle unique. L'Ordinateur Central n'en a pas trouvé un autre, et ça fait des jours et des jours qu'il cherche, toutes civilisations confondues. Mais, ça n'a guère d'importance. Je m'inquiète bien moins de l'arme que de celui qui la tient ! Et ce n'est pas parce que le capitaine de l'Arcadia relève de blessure et qu'il n'est pas à ton top physique qu'il ne demeure pas redoutable au possible !

- Ca me semble également une évidence, reconnut Marina en lissant un pli imaginaire à la courte jupette de sa tunique rose pâle. Si tu veux mon avis…

- Inutile, Marina, je ne renoncerai pas à ce duel !

- Je m'en doutais, mais je devais le tenter. Je suis ta femme et tu es celui que j'aime plus que ma propre vie.

- Je sais que tu attendras mon retour. Mais si douze heures après que je me sois posé sur le sol de Technologia…

- Des nèfles, je t'accompagne !

- Marina, il faut que l'un de nous… Et il y a notre enfant ! Je ne veux pas qu'elle subisse ce que le petit Alhannis endure depuis sa venue au monde.

Marina eut un doux sourire.

- Je serais très curieuse de voir le capitaine de l'Arcadia s'occuper de son petit bout de chou !

- Mais ce n'est pas vrai, cette manie de craquer pour ce corbeau borgne et balafré !


- Gnaaaa !

Alhannis se saisit du biscuit que lui tendait son père, le mâchouilla sans vraiment le manger, bavouillant, distrait, regardant autour de lui, un peu perdu semblait-il.

- Si tu préfères, je te donne une pomme, proposa Albator.

- A croquer ? ironisa Clio.

- Oui, bien sûr, la plus grosse que je pourrai trouver ! persifla le grand corsaire balafré. Fais poêler cette pomme, ensuite asse-moi une assiette, un couteau, une cuillère et du sucre, je vais lui faire une panade.

Alhannis s'agita alors, agitant les bras, avant de recommencer à mordiller son long boudoir, comme s'il avait compris et attendant patiemment le goûter promis !


Bien calée dans son fauteuil, Léllanya observait sur son écran central l'Arcadia et le Karyu qui se trouvaient en orbite de Technologia.

- Je sens que je vais faire d'une pierre plusieurs coups, se réjouit la Pirate. Ils vont tellement être obnubilés l'un par l'autre que je vais pouvoir les tirer comme des lapins… Quoique, j'ai des projets pour toi, Albator, et toi je t'embarque avant de repartir ! Khell, jeta-t-elle à l'adresse de son premier lieutenant, envois Trixhe et ses Marins me ramener Albator !

- A tes ordres. D'ici ce soir, il sera en cellule à ce bord.