10.
Rajustant ses épaisses lunettes rondes, Toshiro leva les yeux vers les hautes tours qui montaient haut au-dessus des plus grands immeubles de la ville déserte.
- Je ne comprends pas… Même si les batteries ne se rechargeaient plus automatiquement, les Mécanoïdes disposaient de suffisamment de connaissances et de matériels suffisants pour les réparer ou même en construire de nouvelles !
- Sans compter qu'ils avaient l'éternité devant eux, remarqua Albator. Et, au contraire, ils ont laissé leurs processeurs s'éteindre lentement, et depuis leurs carcasses rouillent tout partout.
- Peut-être est-ce la raison…
- De rouiller ? grinça le grand corsaire balafré.
- Non, la vie éternelle. Ça peut se révéler d'un ennui, j'imagine. Et au vu du peu que j'ai tiré des archives de New City ici, une fois les humains partis, c'est là que les Mécanoïdes se sont laissés aller.
- Pourtant, d'après les informations dont tu m'as envoyé copie, ils s'étaient installés sur Technologia pour vivre en paix, loin de tout, et donc à jamais ! protesta le capitaine de l'Arcadia.
- Sans doute y a-t-il eu d'autres raisons, mais nous ne les connaîtrons jamais… Je peux encore fouiller, mais je doute d'exhumer beaucoup plus.
A un sifflement traversant l'air, Albator suivit du regard la navette militaire du Karyu qui allait se poser sur l'une des pistes de l'aéroport.
- Zéro sera là dans quelques minutes, murmura le petit ingénieur binoclard. Albator…
- Tu ne vas t'y mettre, à nouveau ? ! s'insurgea ce dernier. Continue, et c'est toi que je défie en duel !
- Je pourrais te surprendre, glissa Toshiro. Mon katana et moi ne redoutons pas grand-chose, et sa lame pourrait bien rayer ton beau gravity saber !
- Nous verrons, plus tard. Aujourd'hui, je n'ai que Zéro à mon agenda !
- Et il n'est pas venu seul, remarqua le génial ingénieur de l'Arcadia. Si j'en crois le relevé de l'équipage, ces deux-là sont Accéluder et Shizuo Ishikura.
- Warius se ramène avec un Mécanoïde, je me demande bien ce qu'il a derrière la tête, ce cerveau tordu !
- Tout comme notre Surlis, cet Accéluder pourrait mieux interpréter les raisons des actes de ses compatriotes.
- Tu n'as pas des choses plus importantes à faire, toi ?
- Je croyais que ça t'intéresserait…
- J'ai déjà bien assez à faire avec mes propres soucis ! grogna Albator.
- Et moi, j'ai pas mal de temps libre, glissa Toshiro. Une civilisation qui disparaît, de sa propre volonté, ça pique toujours la curiosité. Je veux savoir, comprendre !
- Si ça te chante…
Prenant une bonne inspiration, le capitaine de l'Arcadia observa celui du Karyu qui se rapprochait, le visage fermé et dénué d'expression.
- Tu es sûr de ne pas regretter ta décision ? murmura Toshiro, pas rassuré pour son ami.
- Mais, je n'ai pas eu le choix, c'est Warius qui m'a lancé son défi au visage après me l'avoir tuméfié !
- Ah oui, c'est vrai… Et il ne semble effectivement pas disposé à faire l'impasse dessus.
Alors que son adversaire parcourait les derniers mètres, Albator fit légèrement bouger son épaule droite, ce qui lui incendia tout le côté et le dos d'ondes de douleur. Il serra les dents, songeant que l'affrontement s'annonçait mal avait seulement que les saber ne soient sortis de leurs fourreaux !
- Toshy.
Ce dernier éleva légèrement le ceinturon des armes de son capitaine qui tira le gravity saber hors de son étui pour faire face à son adversaire.
- Je suis prêt à recevoir tes assauts, Zéro. Tu n'auras que cette occasion pour te venger des avanies que je t'ai fait endurer !
- J'aurais préféré que les circonstances soient meilleures, mais je n'ai pas le temps d'attendre que notre collaboration forcée contre les Pirates s'éternise. Nous sommes des adultes désormais et je peux me mesurer à toi à niveau et armes équivalents.
- J'attends de voir ça. Et commence par ordonner à tes copains de dégager le terrain.
- J'en ai autant à l'adresse de ton ingénieur.
- Toshiro ne représente guère une menace, mentit le grand corsaire balafré alors que le long manteau du binoclard dissimulait son katana.
Mais en un mouvement de recul synchronisé, tous dégagèrent l'espace autour des deux hommes.
Depuis un des immeubles abandonnés entourant ce qui avait dû être la place principale de New City, là où les duellistes s'apprêtaient à croiser le fer, Trixhe Muhel avait tout observé.
- Dans quelques minutes, ces deux-là auront occulté tout ce qui se trouve autour d'eux. Ils sont allés où je pensais bien les trouver et arrivé avant eux, ils n'ont aucun moyen de savoir que nous sommes là. Je vais dès lors pouvoir vous déployer afin de les cerner et que vous me rabattiez la proie vers moi.
- Comment devons-nous nous déployer ? firent les Pirates qui l'avaient accompagné, une vingtaine au total, armés, encagoulés, sans autre signe distinctif que la tête de mort et les tibias entrecroisés.
- Il vous faudra agir en fonction de leurs réactions. Mais vous devez vous débrouiller pour que, d'une façon ou d'une autre, Albator vienne ici ! Ensuite, repli immédiat car nous décollerons sans perdre un instant pour rejoindre la Janae. Allez-y, nous n'aurons droit qu'à une seule tentative !
Par groupe de deux ou trois, les Pirates se dirigèrent vers le lieu du combat, invisibles.
- Tu es en position, Trixhe ?
- Oui, Léllanya. J'ai donné le signal, les Marins vont pousser Albator par ici et je n'aurai plus qu'à m'assurer de lui pour te l'amener.
- Sois prudent.
- Ne t'inquiète pas, je le connais, j'ai pu l'observer quand vous vous battiez ensemble. Je sais exactement ce que j'ai à faire ! Ses amis réagiront rapidement, sois prudente, capitaine.
- Tout est prêt. Je joindre l'utile à l'agréable, en réglant tous mes comptes en une fois, se réjouit Léllanya qui n'avait plus qu'à attendre qu'on lui livre son colis !
Dans le pesant silence qui était tombé, les deux saber s'entrechoquèrent.
