11.
« C'était bien le moment de mettre de côté les principes chevaleresques pour attaquer comme un malade ! ».
Surpris d'entrée par la rage de frappe du capitaine du Karyu, Albator avait dû se contenter de contenir les assauts, de dévier les passes les plus dangereuses, mais dans l'incapacité de reprendre l'avantage, même un fugitif instant.
Laissant de côté toute sa désinvolture d'avant duel, son mépris même pour son adversaire, Albator avait dû mobiliser toute sa concentration et rassembler ses forces pour faire front et ne pas, tout simplement, se faire battre à plates coutures !
Pestant contre son épaule droite qui le bloquait presque tous ses mouvements, le grand corsaire balafré avait dû en revenir aux mouvements auxquels il s'était entraîné en fonction de son handicap du moment.
« Il n'y aura peut-être qu'une chance de forcer sa défense et de passer, je devrai la tenter dès qu'elle se présentera ! ».
Shizuo Ishikura porta la main à son oreillette.
- Tu vois tout, Marina ?
- J'ai pu connecter les ordinateurs de la navette au satellite en orbite, très peu d'énergie mais suffisante pour suivre ce duel. Je devrais être avec vous sur cette place !
- Certainement pas ! Tu as quasiment failli faire un malaise quand on a débarqué, tu restes assise. Tu ne devrais même pas suivre le combat ! Et Doc Machinar aura à t'examiner dès que nous serons revenus à bord !
- Inutile, je sais très bien ce que… Ce qui importe là, c'est Warius.
- Il a plutôt bien engagé les hostilités.
- Mais lui et moi avons oublié quelque chose d'essentiel quand nous avons programmé les robots escrimeurs…
- Quoi donc ? s'étonna Shizuo.
- Contrairement à l'habitude, et par la force des choses, le capitaine de l'Arcadia se bat en gaucher là ! Ce n'est pas du tout en ce sens que Warius s'est entraîné sans relâche !
- Mince alors, convint Shizuo en se mordant la lèvre. Mais ça ne semble pas gêner outre mesure notre capitaine !
- Warius n'est pas un bretteur né. Contrairement à Albator, il n'a pas reçu cette formation en tant que fine fleur de l'aristocratie allemande.
- Pardon, Marina, mais pas plus que les autres à bord, je ne comprends les raisons de ce duel ! Le capitaine de l'Arcadia et lui avaient plutôt collaboré en bonne entente, résultats à l'appui ?
- Il s'agit d'une très ancienne querelle… quand Albator s'appelait encore Ilian Waldenheim.
- Waldenheim, oui, ce nom est très connu dans la Flotte terrestre. Skendar Waldenheim est le dernier de la lignée depuis que son fils…
Marina put presque deviner Shizuo qui devait tourner la tête vers le capitaine de l'Arcadia, yeux écarquillés, stupéfait, comprenant.
- Oui, c'est assez compliqué, convint-elle.
Bien que le haut de son côté droit soit raide, presque inutilisable – quoique à la réflexion Warius songea que son adversaire préférait ne pas s'en servir – Albator tenait néanmoins la dragée haute au capitaine du Karyu qui bien que le harcelant sous tous les angles ne parvenait à trouver la moindre ouverture pour porter une estocade décisive.
Le temps passant, même s'il fatiguait le convalescent, il semblait le doper aussi, faire monter la confiance en lui et il passait enfin à son tour à l'offensive !
- Jusqu'ici, ce n'était qu'un échauffement, Zéro. Je me sens enfin bien. Je peux reprendre les choses en main. Tu vas découvrir le véritable gouffre qu'il y a entre un gars des rues et quelqu'un né dans le baldaquin de la chambre aux trois couronnes !
- Oui, chassez le naturel… grinça Warius. Dire que tu étais presque devenu fréquentable ces dernières semaines. Mais crois bien qu'après toutes ces années, je suis devenu autre chose que le zéro pointé de mon enfance.
Albator bloqua l'attaque qu'un perfide Warius avait dirigée vers son épaule blessée, ancra les talons de ses bottes dans le sol et mobilisa ses forces pour l'arrêter net dans son élan.
- Mon Pr Oyama a effectué quelques recherches. Tu n'as qu'à songer que « zéro » désignait aussi un antique avion de combat, redouté de tous et de navires bien plus grands qu'eux !
- Jeter le chaud et le froid, tu n'arrêtes jamais, siffla Warius dont le poignet commençait à chauffer alors qu'il serrait la poignée de son saber à le briser, sachant qu'il ne pouvait rompre sa position sans s'exposer au déséquilibre et donc offrir une opportunité inratable à son adversaire !
Mais mobilisant une énergie insoupçonnée, Albator repoussa effectivement son rival, le faisant légèrement vaciller sur ses chevilles, l'obligeant à reculer de deux pas, le saber toujours levé mais semblant ne plus savoir où le diriger.
Un sourire se dessinant sur ses lèvres, le grand corsaire balafré passa rapidement le dos de son gant sous son menton dégoulinant de sueur.
- Prêt pour le deuxième round, Zéro ?
- Combien de rounds as-tu prévu ?
- Autant que de nécessaire !
Le souffle court, déjà bien éprouvé par les premières passes, les deux duellistes se remirent en position, mais avant qu'ils ne puissent à nouveau se jeter l'un sur l'autre, des tirs constellèrent d'impacts le sol autour d'eux.
