14.

Ayant quitté au triple galop la place du duel, par réflexe, le capitaine de l'Arcadia était parti dans la direction opposée à celle de ceux du Karyu, Toshiro tâchant de demeurer à bonne distance.

- Albator ? souffla-t-il.

- Arrête de me coller au train ! aboya le grand corsaire balafré alors qu'ils prenaient des ruelles latérales, vers des immeubles de moyenne hauteur, s'éloignant toujours plus de la place centrale de New City.

- Je crois que, qu'importe de qui il s'agisse, ils nous en veulent, non ? haleta encore le petit ingénieur binoclard, les poumons en feu, tous les muscles douloureux sous la course folle.

De nouveaux tirs touchèrent les murs, entre les deux amis.

- Mais où sont-ils ? glapit Toshiro.

A sa surprise, il constata que son ami balafré observait assez attentivement les impacts.

- Heu, Albator, on se fait tirer comme à la foire, là !

- Je me casse à droite, toi prends à gauche ! ordonna soudain le capitaine de l'Arcadia.

- Mais, pourquoi ?

- Parce que tu me ralentis ! Je tente ma chance de mon côté !

Toshiro fronça les sourcils.

- Non, je ne te crois pas, tu n'as plus cette absence de cœur… Qu'essaies-tu de faire, pour me protéger ?

- Pas de discussion et disparais de mon environnement immédiat ! éructa encore Albator en fonçant vers la ruelle de gauche, disparaissant au premier tournant.

Le soupir de Toshiro ne dura pas longtemps, sept adversaires sortant de leur cachette pour l'encercler, ce qui fit qu'il sortit son katana.

Après avoir couru quelques dizaines de mètres, toujours poursuivi par les tirs des snipers toujours bien camouflés, et n'entendant pas d'autres déflagrations ce qui accréditait sa conclusion comme quoi il n'avait jamais été que la seule et unique cible, Albator s'était engouffré dans un immeuble de trois étages.

Les portes de l'entrée toutes verrouillées, il ne lui restait plus qu'une seule alternative possible.

Il se précipita alors vers les escaliers, parvenant au palier, cherchant une issue du regard, mais seule une fenêtre semblait lui permettre de quitter les lieux. Il prit son élan et s'étala de tout son long, ses armes lui échappant et allant glisser loin de lui.

Tournant la tête, il aperçut le filin lumineux qui lui encerclait les chevilles, légère mouvant, comme vivant.

- Tout, mais pas… lui.

Se redressant sur les genoux, il allait se traîner jusqu'à ses armes quand un autre filin s'enroula autour de sa poitrine, lui bloquant les bras, le livrant en quelques secondes impuissant à ses ennemis.

- Trixhe, je sais que c'est toi. Tu es le seul à utiliser ces fouets d'énergie ! Et c'est donc Léllanya qui t'envoie. Une autre expédition punitive ?

- Oui et non. Léllanya a effectivement quelques projets te concernant. Elle te veut au plus près. Je peux te dire qu'elle est bien remontée, Albator, tu as lui fait faux bond de la plus inélégante des manières !

- Je n'ai pas trop eu le choix, ces derniers mois, les événements ont plutôt décidé pour moi.

- La rumeur souffle que tu as plutôt suivi les idées de papa. C'est vraiment en-dessous de tout !

- Ca me regarde, marmonna le capitaine de l'Arcadia alors que deux des comparses du responsable des opérations spéciales de la Janae le relevaient, que les mèches de fouet se relâchaient mais que des anneaux de menottes claquaient à ses poignets, les lui immobilisant dans le dos. Qu'est-ce que tes Marins ont fait à Toshiro Oyama ? !

- La peau, si possible, gronda Trixhe en s'approchant, dominant son prisonnier d'une bonne demi-tête. Il n'y a que toi que je devais prendre vivant.

- D'où le fait que j'ai été mitraillé en règle ! railla ce dernier.

- Allons, pas tant de mauvaise foi, espèce de corbeau ambulant, je dispose des meilleurs tireurs qui soient parmi les Pirates !

Albator fit la grimace.

- Je ne l'ignore pas. Je les ai formés ! Alors, après Lothar et les mines de carcinium, que me réserve Léllanya ?

- Je pense en avoir une petite idée. Elle est restée sur sa faim, elle veut te bouffer jusqu'à l'os.

- Bon, et après qu'elle me soit sauté dessus une dernière fois, que me réserve-t-elle ? insista Albator qui n'en menait guère large, espérant du secours mais doutant que quiconque arrive, et cela à condition qu'on tâche de remonter sa piste !

- Qui a dit qu'elle allait se contenter d'une seule fois ? ironisa le Pirate. Sans compter qu'elle m'a laissé entière carte blanche, pour ce qui est de mes coutumiers bonus de prise !

Albator tressaillit, le peu de couleur habituel de ses joues les ayant quittées, reculant instinctivement sans provoquer de réaction à ses deux gardiens qui faisaient confiance aux entraves de métal qu'ils lui avaient passées et l'escalier étant la seule issue de fuite possible, et deux derniers Pirates gardaient la porte d'entrée du rez-de-chaussée.

- Non, ce n'est pas ton genre, Trixhe…

Trixhe éclata d'un rire caverneux.

- Comme si tu savais vraiment quoi que ce soit de moi. Je n'ai jamais été que dans l'ombre de Léllanya pour laquelle tu n'avais d'yeux, tu m'utilisais quand tu avais besoin de moi. Aujourd'hui, le rapport de force est inversé. Et rien que pour préparer le terrain à Léllanya, pour me faire plaisir en te faisant du mal je vais juste forcer un chouya ma nature ! Et je dois avouer qu'en dépit de ces marques sur ton visage, tu dégages un charme certain, et même pour ceux qui ne font pas des mecs leurs priorités sexuelles.

- Attends un peu que j'aie les mains libres, je ne te raterai et plus jamais tu ne pourras servir une mauvaise maîtresse ! glapit Albator à qui il ne restait que sa langue pour opposer une dérisoire défense.

- Comme si tu allais jamais quitter la cage que te réserve Léllanya, au propre comme au figuré ! ricana Trixhe alors que le mur avait arrêté sa proie.

Poignets entravés, son épaule plus douloureuse que jamais après tous les efforts qu'il s'était imposé, Albator doutait de pouvoir opposer la moindre résistance aux deux mètres cinq et aux cent trente kilos de celui qui lui avait tendu un piège parfait !

- Crois-moi, Trixhe, ce sera un coup à sens unique, grinça-t-il encore dans une bravade désespérée, littéralement décomposé, et toutes les fibres de son corps se tordant de terreur au souvenir des atroces sévices subis à la Cité Pirate puis aux mines de carcinium, ce dont son violeur n'ignorait et ne doutait pas un instant.

Assez maladroit, mais tout en brutalité, le responsable des opérations spéciale de la capitaine Pirate avait refermé sa bouche sur celle de son prisonnier, enfonçant sa langue bien profond.

Immobilisé par les mains à l'échelle de la stature de Trixhe, Albator avait perdu ses derniers réflexes de défense sous la déferlante des émotions qui rejaillissaient au pire moment après des semaines et des semaines de thérapie, le débordant.

Il avait senti les doigts du Pirate se glisser dans son pantalon, vers son membre, mais, bien ou mal, il n'avait rien su de ce qui avait suivi, s'étant évanoui.