15.
- Tu m'as mis en cage !
- Oui, je trouve que ça te va bien, ironisa la capitaine de la Janae.
- Avec un lit en forme de cœur ? Tu es complètement frappée si tu crois qu'on va encore copuler !
- Pourtant, il s'agit bel et bien de mes projets, sourit largement Léllanya. Chaque chose viendra en son temps. Oh oui, j'ai tout mon temps ! Et elle aussi d'ailleurs !
- Elle compte jouer les voyeuses ? marmonna Albator avec un regard en biais vers la femme papillon en vol stationnaire au plafond de l'immense salle.
- Elle va faire beaucoup mieux que ça : elle va se substituer à toi et tu seras mon docile petit toutou.
- Non seulement tu veux une coquille vide, mais dont l'esprit est totalement détruit. Tu es encore plus barge que je ne pouvais l'imaginer ! Ce n'est même plus de l'instinct… En fait, je ne sais pas trop comment je pourrais qualifier ça.
- Fornication ? suggéra la jeune femme.
- Attends seulement que tu viennes me rejoindre ici, dès que je t'aurai à portée de main…
- Des nèfles ! Et tu le sais très bien. Je reviendrai un peu plus tard, là j'ai envie d'un peu de sensations fortes et Trixhe est très en forme à ce qu'il me semble !
- Si on pouvait éviter de citer ce triste individu…
- Trixhe a fait ce qu'il devait, jeta Léllanya. Ca a même marché au-delà de mes espérances ! Tu es vraiment une chiffe molle, Albator ! Pour ma part, j'ai vraiment surestimé mon meilleur amant !
- Oui, au passé. Lothar m'a programmé, mais j'ai changé. Ces codes sont différents, ils me ramènent au passé, et j'aime ça ! Etre un Pirate, je ne le pourrai plus jamais… Enfin, je suppose… Quant à toi, vaudrait mieux que tu me ramènes à mon vaisseau, mes amis, car dans le cas contraire je suis désormais destiné à te combattre !
A la surprise du capitaine de l'Arcadia, Léllanya éclata de rire.
- Ca m'étonnerait que tu sois capable de quelque chose après que j'en ai fini avec toi.
Avec un ricanement, Léllanya se retira, ce qui fit que la Carsinoé se rapprocha légèrement du sol.
Sachant à quoi s'en tenir quant à l'apparence réelle des Carsinoés, Albator n'apprécia pas un instant de voir une femme papillon voleter devant lui.
- Vous vous ressemblez toutes… Qui es-tu, toi ?
- Je suis Malahèdre, je serai à jamais celle qui te tourmentera.
- Et moi, je compte pour du beurre ?
Dos appuyé aux barreaux de la cage de la taille d'une salle immense, Albator se redressa légèrement à la vue du grand rouquin balafré d'une quarantaine d'années qui venait d'apparaître entre la Carsinoé et lui.
- Alhannis ! C'est donc ainsi que tu vas devenir ? Tu es magnifique !
- J'imagine donc que cet Alhannis sera mon portrait craché, il est né ainsi, si pareil, un véritable clone. Moi, je suis Aldéran !
- Mon ancêtre, le fils de cet Albator effacé sur la fresque… ? Je dois cauchemarder car rien n'a de sens et je perds la tête !
Le capitaine de l'Arcadia soupira.
- Et si ce n'était que la tête… Tout est brouillé, si enchevêtré, si douloureux… Trixhe, il… Trixhe, est-ce qu'il…
- Non. Il l'a dit lui-même, il voulait juste faire du mal et il savait être en terrain conquis. Il n'a eu qu'à te cueillir comme un fruit mûr.
- Comment peux-tu le savoir ? Comment pourrais-tu avoir idée de ce que j'ai ressenti ?
- Je suis passé par là, sauf que je n'ai pas fini dans des mines.
- Dis donc, c'est toi qui oublie que je suis là ! glapit Malahèdre en agitant ses ailes avant de s'avancer.
- Bas les pattes, gronda Aldéran en élevant la main pour projeter un flux d'énergie qui colla la Carsinoé aux barreaux du mur opposé. J'ai à discuter, ensuite tu l'auras tout à toi, il y a longtemps que j'ai appris à ne plus mêler des affaires des autres, enfin la plupart du temps.
- C'est quoi, ce symbole lumineux à ton front ? hoqueta Albator.
- C'est celui de mon Sanctuaire, de mon héritage surnaturel.
- Talmaïdès a eu d'étranges propos à ton encontre. Je n'ai rien compris en fait ! Et la famille a tout effacé de ton Albator de père, et il n'y a rien de ton passé surnaturel comme tu le dis… D'où as-tu dégagé cette énergie surgie de ta paume ?
- Trop longue histoire, et elle importe peu. C'est juste que tu as à prendre le relai, à ta manière. L'Ame pure des Carsinoés te l'a fait comprendre : pour contrer ses sœurs dégénérées, il te faudra des alliances de leur monde, des mondes dont je suis issu.
- Mais je suis parfaitement normal, humain ! protesta le grand corsaire balafré. Je n'arrive déjà pas à gérer les soucis de l'année qui vient de s'écouler, c'est comme si j'étais un capitaine débutant, toute mon expérience ne me servant à rien, mes amis se retournant contre moi et les ennemis désignés comme tels devenant ma plus proche famille !
- Tu n'as plus aucun repère, normal que tu ne parviennes plus à fonctionner, à maîtriser ton quotidien, ce qui fait que tu tombes dans tous les pièges qu'on te tend. Il est temps d'inverser la donne. Une fois que tu auras mis les bouts d'ici, tu vas reprendre le contrôle, autant que celui de la barre de bois de l'Arcadia.
- Sortir d'ici me semble un peu impossible.
- Il le faudra bien, aboya alors Aldéran, ses prunelles bleu marine étincelantes. Tes amis ne peuvent pas te tirer toujours du pétrin, il est temps de faire preuve de tous tes talents. Mais il reste une inhumaine épreuve à passer… Léllanya va jouer de tous tes traumatismes pour se faire plaisir en te détruisant à chaque fois un peu plus.
- Tu restes ?
- Ce n'est pas mon martyre. J'ai donné, bien trop de fois, du temps de ma vie humaine. Mais je reviendrai, de temps en temps, pour te cadrer. Il est grand temps que tu prennes toute ton envergure car je dois me montrer d'accord avec Léllanya sur un point : tu es une vraie chiffe molle ces derniers mois !
- Merci… grogna Albator alors que le rouquin disparaissait.
- Et maintenant, j'ai le champ libre, se réjouit Malahèdre en se précipitant toutes ailes déployées sur sa victime et en prendre possession.
