18.

Toujours guidé par le plus improbable des spectres, trébuchant autant de faiblesse que sous les coups de boutoir que subissait le cuirassé Pirate de la part de l'Arcadia et du Karyu, Albator avait récupéré ses armes fétiches dans l'appartement de Trixhe avant de se diriger vers le pont d'envol des navettes de sauvetage.

« Parfois, ça aide d'avoir collaboré au redesign d'un vaisseau ! Je parcourrais cette Janae l'œil fermé ! ».

- Moi, je ne te demande que de tenir bon jusqu'à ce que tu aies quitté cette même Janae, marmonna Aldéran. Tu me donnes l'impression de devoir tomber en miettes si j'avais un corps suffisamment physique que pour te bousculer !

- Quinze jours, et autant de nuit à être l'objet de plaisir d'une folle, ça t'est déjà arrivé, prétentieux rouquin ?

- Non, j'avoue… Je suis arrogant, orgueilleux, sûr de moi et même parfois hautain, mais pas prétentieux ! Et je trouve très puéril d'insulter son sauveur !

- Tu n'existes même pas…

- Ce n'est pas faux. Mais j'ai eu assez d'énergie à dégager pour mettre KO cette Malahèdre, le temps que tu quittes ce bord ! Au fait, pour arriver à puiser dans ton peu de forces autant de volonté pour fuir, je dois rectifier mon jugement : tu es loin d'être une chiffe molle !

- Trop aimable… Un fantôme sarcastique, il ne me manquait plus que cela !

- J'ai toujours été casse bonbons !

Telle la plus belle des promesses, Albator aperçut les navettes de sauvetage, posées sur les catapultes.

- Je n'ai aucune présence physique. Embarque puis dépressurise le pont d'envol, ordonna le grand rouquin balafré.

- Tu m'accompagnes ?

- Je ne vais plus te lâcher tant que tu auras besoin de moi. La mort est vraiment loin d'être de tout repos !

Albator se glissa dans le poste de pilotage d'une des navettes de secours, verrouillant les portes du pont d'envol et évacuant l'air avant d'ouvrir le sas de sortie.

- Quitter un enfer pour me jeter dans un espace en fusion, entre trois cuirassés qui se canardent… Je suis vraiment cinglé !

Et il abaissa le levier de mise à feu du réacteur.

Opérant une brusque poussée, le Karyu alla au-devant de la navette, la couvrant de sa masse, la protégeant de tout tir.

- J'espère que vous avez raison, Pr Oyama, et qu'il s'agit bien de notre ami. Bien que j'imagine mal la capitaine de la Janae laisser échapper sa prise !

- Albator est plein de ressources et son instinct de survie est surdéveloppé, grogna Toshiro depuis la passerelle de l'Arcadia.

- Il faut que ce soit lui, n'est-ce pas ? fit doucement Warius. Vous n'êtes son ami que depuis un an mais vous avez une foi absolue en lui, n'est-ce pas ?

- Il m'a méprisé, mis plus bas que terre, et à deux reprises il est venu me sauver d'une mort certaine. Clio et moi lui serons à jamais fidèles. Et vous aussi, Zéro, vous avez vu le meilleur en lui et vous savez désormais qu'il mérite amplement votre amitié. La navette ?

- Dans mon sas 14, je ne décèle aucune activité… J'envoie trois Mécanoïdes armés, on ne sait jamais.

- Nous arrivons, ne faites rien sans nous.

- Je vous attends.


Quatre spacewolfs s'étaient posés au sas 14 du cuirassé de la Flotte Indépendante. Kei et Toshiro soutenant une Clio vacillante descendirent, accompagnés de Surlis.

- Pourquoi il ne sort pas ? souffla le petit ingénieur, perplexe.

- Bon, j'y vais, ouvre manuellement la porte de secours, Ishikura !

- Mais ça peut être dangereux, capitaine ! protesta le jeune homme blond aux yeux verts.

- Pas plus qu'autre chose.

Mais ce fut la main sur l'étui de son pistolet que Warius entra dans la navette, sursautant quand un grand rouquin balafré parut littéralement sortir du mur.

- Votre ami est dans la soute. N'importe qui, sauf vous, devrait aller auprès de lui.

- C'est mon cuirassé, je fais ce que je veux ! Et je dois savoir pourquoi mon ami ne sort pas de lui-même… Est-ce que vous êtes Alhannis ?

- Si ça peut vous chanter. Non, je suis Aldéran. Et Albator a besoin d'aide, et pas de la vôtre !

- Comme si j'allais laisser une sorte de fantôme me dicter des ordres, marmonna Warius en se dirigeant vers l'arrière de la navette de la Janae.

Passant rapidement près de lui, Clio se précipita vers une silhouette recroquevillée au sol, totalement indifférente à ce qui l'entourait.

- Albator, qu'est-ce qu'elle t'a fait… ? J'ai essayé de te protéger, seulement je n'étais pas assez forte face à une seule Carsinoé. Mais je n'étais pas seule, heureusement, tu as pu nous rejoindre ! Nous sommes là, près de toi. On va s'occuper de toi.

La Jurassienne leva ses yeux d'or sur Aldéran.

- Merci. A bientôt.

Aldéran s'agenouilla à son tour.

- A vous de prendre soin de lui… Je ne sais pas si vous êtes arrivés à temps…

- Où vas-tu, toi ?

- J'ai une visite à rendre !


Alhannis posa ses prunelles bleu marine sur Aldéran, rit.

- Oui, je comprends leur confusion à tous, sourit ce dernier. Tu seras bel et bien ma copie conforme, mais pas sur tous les points, j'espère ! Longue et heureuse vie à toi, avec tout l'amour de ton papa !

Masgoll renifla la projection astrale d'Aldéran, indécis, surpris. Il eut un petit aboiement complice quand Aldéran disparut une dernière fois.