20.

- Pourquoi quand je reviens, c'est toi qui es sur le départ ? râla Albator.

- J'aurais même dû repartir à la fin du mois dernier, remarqua son père. Mais il était hors de question que tu sortes sans que je ne sois là pour t'accueillir !

- Oui, j'apprécie. Mais il me faut reprendre ma vie en mains au plus vite. Ce fantôme d'Aldéran avait raison : je me suis complètement ramolli. Il ne reste rien de la réputation du Pirate redouté de tous ! Je dois redevenir crédible, sinon je n'arriverai plus jamais à me faire respecter, à commencer par mon propre équipage !

- Je crois qu'ils sont entièrement derrière toi, glissa Skendar en refermant la valise la plus proche. Vu les messages envoyés ici, ils étaient très inquiets pour toi, et je ne peux pas dire que j'ai vraiment pu les rassurer, sauf ces dernières semaines.

- Je prendrai contact avec l'Arcadia, bien que je n'aie guère envie de me colleter de sitôt à cette partie de ma vie, marmonna le jeune homme, en totale incohérence avec les propos tenus juste avant ! Être ici, hors du temps, presque, avec Alhannis, que demander de mieux à la vie ! ?

- Je comprends. Et c'est effectivement cet environnement protégé qui va te permettre de repartir de plus belle.

- Oui, il faut que je rejoigne l'Arche des Carsinômes… J'ai besoin de réponses.

- A propos de la Carsinoé qui s'est alliée à Léllanya Urghon et qui t'a torturé.

Albator inclina positivement la tête.

- Viens avec moi, intima soudain son père en quittant rapidement la chambre.


Skendar avait quitté le corps principal du château, avait traversé le parc pour se rendre dans un grand kiosque de verre.

- Le pavillon de musique ? s'étonna son fils.

- Si tous tes souvenirs te sont revenus, il doit y avoir ceux doux de l'instrument que je t'avais offert pour tes six ans ?

- Mon Giguntark !

- Oui, je l'avais gardé précieusement à ta disparition, comme ton appartement… jusqu'à ce qu'un Pirate m'embarque tout !

- Mon Giguntark, répéta Albator en ouvrant l'étui dans lequel reposait un violon noir.

Il pinça les cordes.

- Et toujours parfaitement accordé, comme si je l'avais utilisé chaque jour.

- J'y ai fait veiller. Il n'est que temps que tu reprennes ce fidèle compagnon.

Albator fit glisser l'archet sur les cordes pour quelques notes improvisées.

- Lui est intact, mais moi je me sens complètement rouillé !

- Ça te reviendra, assura son père.

Il sourit.

- Et je compte bien que tu me joues quelque chose d'ici demain !

- Promis.

Sortant son téléphone, le jeune homme observa un moment la caméra du berceau qui lui relayait les images de son fils en pleine sieste.

- Je crois que j'ai tout le temps d'aller faire cette chevauchée que m'a proposée Bérylle au petit déjeuner. Je vais la rejoindre aux écuries, elle a dû faire seller Phoenix.

- Bonne promenade à tous les deux, je vous attendrai au salon lilas.


Les deux cousins s'étaient arrêtés près d'un des bras de la rivière qui traversait le domaine, eux-mêmes soufflant tandis que les chevaux se désaltéraient.

- Salmanille Khurskonde va vraiment venir ici ?

- Oui, la Générale Nhoor lui a accordé une permission exceptionnelle et de finir sa mission de surveillance avec trois semaines d'avance. Elle devrait passer ses mois de congé ici, enfin une partie, puisque je repartirai avec Alhannis le moment venu.

- En ce cas, je te laisserai en de bonnes mains. Et j'ai tous les préparatifs de mon mariage à finaliser !

Bérylle jeta une œillade à son cousin.

- Oui, je ne sais pas ce que j'aurais donné pour un mariage entre nous, comme au bon vieux temps !

- Merci pour la consanguinité surtout, rit Albator. Alhannis est encore tout mignon tout gentil, mais je crains de lui avoir transmis une bonne part de mon côté foldingue – il suffisait de voir les réactions et les propos de cet Aldéran ! – enfin, il a quand même finit Général, il ne devait pas être si mauvais que ça !

- Alhannis sera un petit gars très bien, comme son papa.

Bérylle hésita un instant.

- Et, Salmanille et toi ?

- Nous verrons. Une chose à la fois, fit précipitamment Albator. Là, je veux juste câliner mon fils. Rentrons !

Bérylle sourit, l'embrassant sur les deux joues avant de remonter en selle et qu'ils reprennent côte à côte, le chemin du château.