21.

Installée sur une chaise longue, Alhannis au milieu de ses jouets d'éveil à ses pieds, Salmanille leva les yeux pour apprécier le spectacle qui s'offrait à elle.

Sortant de la piscine, le père de son fils affichait une plastique parfaite, ayant retrouvé une complète forme physique, la musculature sans excès sous un épiderme demeurant bien pâle en dépit des récents bains de soleil.

- Sans vouloir te vexer, Albator, je comprends parfaitement cette Léllanya ! Rien d'étonnant à ce qu'elle ait voulu de toi jusqu'à plus soif !

- Je préfère être consentant, marmonna-t-il après s'être rincé et séché, laissant sa crinière en bataille et trempée aux rayons du soleil.

- Papa, babilla Alhannis.

- Mon sac à patates, rit son père en le prenant sur ses genoux.

- Cuit ! réclama le tout petit.

Salmanille fronça les sourcils.

- Que veut-il ?

- Un biscuit, fit Albator en ouvrant une boîte émaillée.

- Je n'en reviens pas de tout ce qu'il peut raconter, sourit Salmanille.

- Si ce n'était que ça ! Il chante des heures dans son parc, soliloque à l'envi – mais il est bien le seul à avoir idée de ce qu'il raconte !

- Je peux le prendre ? pria-t-elle.

- Bien sûr, fit-il en lui passant le bébé de onze mois qui se laissa prendre mais sans manifestation particulière de plaisir, se contentant de saisir à pleines mains les longues mèches blondes qu'elle avait gardées libres sur les épaules.

- Maman, Alhannis, reprit Salmanille en se désignant. Maman.

Alhannis tourna la tête vers son père, tout sourire.

- Papa !

- Ça viendra, assura Albator alors que Salmanille affichait une mine dépitée.

- Tu as des projets particuliers pour ce soir ? préféra-t-elle alors questionner.

- Non, comme d'hab., une soirée tranquille ici.

- En ce cas, je te propose de laisser Alhie à Cyvelle et à Masgoll. On pourrait descendre en ville, manger un bout sur une terrasse et pourquoi pas se faire un ciné.

Albator leva un sourcil surpris, esquissa un sourire mutin.

- Je me trompe où c'est bien une sortie que tu projettes ? Tu me dragues ?

- Nous sommes sous le même toit, avec Alhannis. Tu ne crois pas qu'il est grand temps qu'on apprenne à se connaître ? A moins bien sûr que tu n'aies quelqu'un à qui tu tiennes…

- Je ne suis pas très d'humeur à ce que l'on me monte dessus de sitôt, maugréa Albator.

Salmanille ne put s'empêcher de rire.

- Je te propose une virée en ville, je n'ai jamais insinué que j'allais te sauter dessus au premier moment d'inattention venu ! Quoiqu'on s'était plutôt bien entendu sur ce point la nuit de l'anniversaire de ton père ! Une relation saine, consentie, te ferait le plus grand bien après tout ce qui t'est arrivé !

- Ce n'est pas faux, reconnut le jeune homme.

Remis dans son parc, Alhannis s'était couché sur le ventre, pouce en bouche, tout ensommeillé.

- Tu es jeune, Albator, tu as toute la vie devant toi, poursuivit Salmanille. Peut-être ne faut-il pas chercher trop loin ce que tu as juste à portée de mains ! Tu es un corsaire, je suis une Militaire, c'est déjà bien plus compatible que du temps où tu étais mon ennemi Pirate !

- On a déjà effacé un Pirate de la lignée…

- Comme si ton père allait le faire ! protesta Salmanille. Il est bien trop heureux de t'avoir retrouvé !

Elle caressa doucement les boucles couleur de feu du bébé endormi.

- Tu es sûr qu'il faille qu'Alhannis fête son premier anniversaire dans la mer d'étoiles ?

- Où voudrais-tu donc qu'il le passe ? Il n'est absolument pas envisageable qu'il demeure ici, seul !

Salmanille soupira, étirant son corps de sirène, le maillot bleu électrique moulant agréablement ses formes pleines.

- Moi, j'aurai un plan de vol précis à respecter. Mais toi tu es plus que jamais un électron libre. Tâche de croiser ma route de temps en temps ?

- Promis, fit-il alors qu'elle piquait une tête dans la piscine.

Alhannis baigné par sa nounou, son père était revenu sur l'une des terrasses de son appartement, le violon noir hors de prix entre les mains.

Il eut un regard pour le ciel qui se teintait des tons plus chauds du début de soirée.

- Déjà des semaines que tu t'es envolé, papa. Ton nouveau Firmize semble péter des flammes ! Et cela va bientôt être à mon tour… L'Arcadia doit passer me prendre, c'est ça le luxe et la liberté absolue.

Calant le violon contre son cou, il laissa libre court à l'inspiration du moment.


Albator et Salmanille avaient finalement délaissé la ville elle-même pour une auberge pas trop fréquentée, en bordure de lac, les tables dressées sur pilotis à bonne distance de la berge.

- On a un peu fait les choses dans le désordre, tu ne crois pas ? murmura-t-elle après la première des entrées. Moi, c'est Salmanille Lorénie Khurskonde !

Elle se pencha légèrement en avant.

- Tu sais que ça le fait, maintenant ?

- Quoi donc ?

- Tu n'as plus besoin de la défroque du corsaire pour impressionner. Tu dégages simplement de toi-même un charisme animal et sauvage.

- Je croyais que ça avait toujours été le cas ? ironisa le jeune homme, le nez dans son verre de vin.

- Avant, c'était encore juvénile, instinctif, poursuivit Salmanille. Les élans tout fous d'un chiot. Maintenant, c'est la jeune maturité d'un adulte qui a repris le contrôle de sa vie. Je n'ose imaginer ce que cela donnera d'ici quelques années. Tu aurais fait un terrible roi des Pirates. Je pense que le corsaire pourrait être bien plus impressionnant !

- Tant de compliments… Tu espères une tête à tête encore plus privé, une fois que nous serons de retour au château ?

- Qui sait ? gloussa-t-elle, ne pouvant s'empêcher de le dévorer du regard, en un message plus qu'éloquent.

Albator sourit sans mot dire.